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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 22:27

Des débats sur le thème « La France, le peuple, la crise »

 

Il y aurait danger populiste en France, qui viendrait de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon. Qui le dit ? La presse, qui reprend des affirmations de l’UMP et du PS. De quoi parlent-ils, ces grands partis ? Quelle définition du populisme ? Ce n’est pas si simple. Ne serait-ce pas plutôt notre démocratie qui est en danger, avec l’abstention de l’électorat populaire ? Nous éviterons les dérives populistes si le peuple se sent correctement représenté par les élites du pays.

C’est quoi, le peuple ? Poser la question, c’est être un citoyen responsable, compte tenu de ce que représente ce mot dans notre Constitution. Mais la réponse n’est pas évidente.

 

C’est pourquoi il faut revenir aux notions de base et à la formation. C’est l’engagement pris pour l’année 2011 : relancer CIVIQ (voir Présentation CIVIQ - le but de CIVIQ est de promouvoir la citoyenneté - 17 juillet 2006 et CIVIQ, école de la politique concrète pour des citoyens républicains - 22 février 2010) et les rencontres CIVIQ sur de nouvelles bases.

 

En écho à la globalité de la crise du capitalisme financier, à laquelle nous sommes confrontés, le thème de l’année sera global « La France, le peuple, la crise ». Avec des invités qui apporteront leur contribution à la réflexion, selon leur spécialité.

 

Parmi les intervenants qui seront sollicités, il y aura Gaël Brustier (voir Politique-actu.com "Recherche Peuple désespérément" - Entretien avec Gaël Brustier et la Fondation Res Publica Le peuple : mutations politiques, histoire électorale, représentations idéologiques).

 

Le quotidien Libération, ce 13 décembre, dans sa page Rebonds, a publié une « tribune » de la Fondation Res Publica, signée par Gaël Brustier et Julien Landfried. Extrait.

 

Classes populaires: pour sortir des mythes

 

L’évidente rupture entre les classes populaires et la politique découle directement d’une vision erronée de la société française. La compréhension géographique et sociale de la France doit s’émanciper du sens commun et de trop fréquentes représentations imposées pour retrouver le chemin d’une représentation réaliste et lucide de la France populaire. Il faut «chasser les mythes» comme aurait dit le sociologue Norbert Elias.

 

D’abord concentrons-nous sur les faits. Il n’existe pas de jeunesse qu’en ville et, a fortiori, les «quartiers populaires» sont loin d’être tous concentrés dans les métropoles. Une nouvelle réalité sociale est née de la mondialisation néolibérale et s’incarne dans une géographie sociale nouvelle.

 

La mutation de l’économie liée à la globalisation financière a engagé la mutation du territoire : la France ne ressemble plus à l’image que l’on se fait d’elle. Un puissant effet de persistance rétinienne a en effet empêché de comprendre les mutations à l’oeuvre. Cette nouvelle géographie sociale a entraîné un profond changement des représentations collectives. Globalisation financière, changement de géographie sociale et modification des représentations collectives sont liés.

 

Il faut d’abord préciser le vocabulaire employé. Parler des «quartiers populaires» c’est avant tout parler des milieux populaires, dont la présence ne peut plus être réduite - loin s’en faut - au fait urbain dense. La vision déformée (et médiatique) de la géographie française qui résume les quartiers populaires aux banlieues à forte concentration de populations immigrées est réductrice et ne correspond pas à la réalité. En outre, le fait urbain dense est aujourd’hui minoritaire, ainsi que l’a démontré le géographe Christophe Guilluy (Fractures françaises, Bourin Editeur, 2010).

 

La France populaire, celle des ateliers et des usines, n’est plus celle des grandes métropoles mais une France périphérique, soit périurbaine, soit rurale. Depuis le début des années 1980, la France subit un double effet d’étalement urbain et d’expulsion des ouvriers et des employés de ses villes centres. Ce phénomène concerne le halo périurbain qui entoure les grandes métropoles urbaines françaises. Mais une partie de l’espace rural aussi est en pleine croissance démographique.

 

Un exode urbain se produit en direction des zones périurbaines d’une part et des zones rurales de l’autre. Ainsi les communes périurbaines, peuplées de 820 habitants en moyenne, accueillent-elles un nombre croissant d’ouvriers et d’employés. Les grandes métropoles se nourrissent par exemple d’un salariat d’exécution dans le domaine des services qui a élu domicile dans l’espace périurbain.

Ce dernier rassemble 12% des emplois mais 22% des salariés. Ces mêmes salariés sont soumis aux plus longs temps de transport et bien souvent subissent les effets de la rigueur salariale.

En effet, les employés sont ceux qui ont le plus perdu, d’un point de vue salarial, dans les deux dernières décennies. Cette réalité périurbaine est aussi liée à l’importance de la petite propriété. Le dédain pour la France des pavillons fait l’impasse sur le fait qu’une grande partie du salariat d’exécution français a opté pour l’habitat individuel et le pavillon loin des centres-villes où on peut encore trouver des prix de terrain accessibles, loin aussi des quartiers gangrenés par la délinquance.

 

Etalement urbain et précarisation des classes dites «moyennes» mais appartenant en réalité au salariat d’exécution sont deux phénomènes corrélés l’un à l’autre.

Plusieurs rapports - celui de l’inspection générale des affaires sociales (Igas) ou de la direction du Trésor - pointent pour l’un les difficultés liées aux mondes ruraux et pour l’autre à la désindustrialisation, qui sont étroitement liés. Pourtant, la vision médiatique de la société nous masque ces enjeux. 35% des actifs des mondes ruraux sont des ouvriers, fait constamment ignoré ou mésestimé. Les premières victimes de la crise et des délocalisations depuis 2008 sont en effet les ouvriers ruraux ainsi que les précaires, de plus en plus nombreux dans un rural tout à la fois délaissé et refuge des plus modestes (…).

 

Il s’agit aussi de s’interroger sur les représentations collectives nées de la mutation de cette géographie sociale. Une dimension fondamentale de la globalisation financière est l’oeuvre de sape qu’elle a accomplie au regard de l’identité des mondes ouvriers. Le sociologue Norbert Elias avait défini dans les Logiques de l’exclusion le fonctionnement des ressources d’autochtonie qui était consubstantiel à la définition de l’identité des mondes ouvriers de l’Europe d’après la révolution industrielle.

 

Le capital d’autochtonie - conceptualisé par Jean-Noël Retière - est définissable comme l’ensemble des ressources mobilisables par celui qui est né là où il vit et qui lui donnent un avantage social par rapport à celui qui vient d’ailleurs. Ce capital, adossé au sentiment de l’enracinement local, a longtemps permis une participation à la vie publique et une insertion dans l’économie locale plus aisées pour les couches populaires. La globalisation financière, et son impact en termes de délocalisations, est coupable d’avoir fait voler en éclats le «capital d’autochtonie» et d’avoir entraîné une désaffiliation massive des citoyens. Il s’ensuit que le besoin de «sécurisation morale» s’est développé et que, l’exercice de la citoyenneté se trouvant malmené par la crise, les revendications sociales ont pu, parfois, se muer en revendications «morales».

 

La question du lien entre les territoires et les entreprises doit être posée. La France souffre, dans la compétition mondiale, d’une désindustrialisation massive, dans un contexte de monnaie surévaluée, d’absence de protections commerciales et de refus de politique industrielle cohérente. Mettre un terme à l’appauvrissement des classes populaires et redonner un avenir à la jeunesse du monde du travail passe par une réindustrialisation de la France. Où l’on voit qu’à l’heure de la globalisation financière, tout est lié.

Enfin, comment ne pas voir que, face à cette réalité sociale, l’offre politique peine à répondre ? Les questions de l’industrie, du libre-échange, de l’école, de la sécurité ne sont pas traitées dans le champ politique. La crise de la représentation puise ses sources dans cette non prise en compte des enjeux qui déterminent pourtant l’avenir des classes populaires… autant que de notre pays.

Cet article est le 20ème paru sur ce blog dans la catégorie CIVIQ Rencontres CIVIQ

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