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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 22:59

Les pouvoirs publics ont soutenu un système pervers

 

D’abord, les faits. Le Groupe Doux, géant breton de la volaille, a été placé le 1er juin 2012 en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Quimper (Finistère).

Voir sur le site de Libération (1er juin, Pierre-Henri Allain) : Doux se prend un gros grain 

(…) Une nouvelle qui a fait l’effet d’une petite déflagration dans le monde de la volaille, et en Bretagne, berceau du groupe. Leader européen, Doux, principalement implanté dans l’Ouest, emploie 3 400 salariés en France et travaille avec environ 800 éleveurs (…).

Les difficultés financières du groupe remontent à plusieurs mois et découlent à la fois de l’échec de son implantation au Brésil et de la hausse des coûts des céréales servant de base à l’alimentation des poulets. Ses créances bancaires s’élèvent à 200 millions d’euros au Brésil, où, après avoir racheté le leader local Frangosul en 1998, le groupe a dû se résoudre récemment à céder les sites de sa filiale en location-gérance au géant local de l’agroalimentaire JBS Friboi. Les syndicats mettent aussi en cause la gestion du directeur général, Guy Odri, qui a été remplacé la semaine dernière par Jean-Charles Doux, fils du président-fondateur. En France, les dettes du groupe s’élèvent à 140 millions d’euros auprès de la banque Barclays, auxquels s’ajoutent plusieurs millions d’euros d’impayés auprès des fournisseurs, à commencer par les éleveurs. Détenu à 80% par la famille du fondateur Charles Doux et à 20% par BNP Paribas, le groupe a tenté jusqu’à ces derniers jours de négocier une recapitalisation avec ses créanciers. Les discussions se sont poursuivies jeudi au ministère du Redressement productif, sous l’égide d’Arnaud Montebourg. Sans succès (…). Pour plus d’informations, voir Wikipédia : le Groupe Doux

 

Parmi les réactions politiques, citons celle de René Louail, membre du groupe Europe Ecologie Les Verts au Conseil régional de Bretagne, qui est intervenu lors de la séance du 28 juin 2012, par le biais d’une Question au Président, sur « l’absurdité des choix économiques faits pour la filière avicole ». Voir Filière avicole : il est temps de tourner la page

 

Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen, a écrit à la Commission européenne (voir Groupe Doux : suppressions d’emplois dans la filière avicole française).

Puis il a publié un éditorial dans le mensuel La Terre, le 10 juillet 2012 : Contre un désastre social ; sauver le groupe Doux !

Avec la déclaration de cessation de paiement du groupe volailler Doux, le risque d’un terrible drame social est en train de se nouer dans des dizaines de milliers de familles dans l’ouest de la France. Créé en 1955 près de Châteaulin dans le Finistère, ce groupe dominant dans le secteur avicole n’a cessé de grandir et de profiter à ses propriétaires et actionnaires. Il est actif sur la totalité de la filière : de l’élevage, aux produits frais et congelés jusqu’à la fabrication de produits alimentaires élaborés à forte valeur ajoutée. Il est devenu le cinquième exportateur mondial, grâce en partie aux subventions Européennes à l’exportation. Ceci a fait sa force durant longtemps. Peut-être aussi sa faiblesse ! En tout cas celles-ci n’ont pas empêché ce groupe de réduire l’emploi et de compresser les salaires et les revenus des aviculteurs ces dernières années. Aujourd’hui, le groupe est en cessation de paiement depuis le 1er juin. Mais cela fait au moins deux ans que le groupe est entré dans de sérieuses difficultés. C’est l’un des principaux dossiers lourds pour l’emploi auquel s’est attelé le nouveau gouvernement*.

(…) l’an passé encore, le groupe Doux a bénéficié de 59 millions d’euros d’aides publiques de la politique agricole commune. On peut estimer que ces dernières années, Doux a bénéficié de près d’un milliard d’euros de crédit public européen sous forme de « restitutions aux exportations »sur le budget de la politique agricole commune. J’ai demandé à la Commission de Bruxelles de nous fournir des éclaircissements à ce sujet.  Jamais aucune autorité, qu’elle soit française ou Européenne, n’a conditionné de telles aides au maintien de l’emploi agricole et agro-alimentaire ainsi qu’à la vie des territoires. Celles-ci ont continué à faire baisser les prix de la volaille exportée dans le cadre d’une concurrence mondiale acharnée. Le bilan de ces choix a conduit à de dramatiques impasses (…).

* C’est le ministre délégué à l’agroalimentaire, Guillaume Garot (voir Guillaume Garot, chargé de l'Agroalimentaire près de Stéphane Le Foll - 22 juin 2012), 523:53qui a pris en charge ce dossier. Voir

- Le Monde (13 juillet) : Doux : le gouvernement veut un "vrai projet" industriel

- Ouest-France (13 juillet) : Selon Guillaume Garot, les offres des repreneurs peuvent encore être améliorées

Pour sa part, l’APLI (voir ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT) a publié un communiqué, le 7 juillet, afin de témoigner de son empathie et de son soutien total aux éleveurs et aux salariés de l’entreprise DOUX. 

Le parallèle entre la contractualisation laitière contestée par l’APLI et les tenants et aboutissants de la contractualisation entre l’entreprise DOUX et ses producteurs est indéniable. La triste réalité des déboires de la société DOUX et de ses fournisseurs n'est que la transposition de l'argumentaire des laitiers.

En s’engageant sur des marchés low-cost, à faible valeur ajoutée, à forte volatilité et faiblement sécurisés, DOUX a provoqué sa perte. En lait, à l'identique, des entreprises coopératives obsolètes recherchent des débouchés pour des produits industriels (beurre-poudre) sur des marchés mondiaux aux cours très aléatoires, tirant ainsi les prix à la production vers le bas et fragilisant les producteurs.

Les éleveurs Doux, pourtant contractualisés, devront patienter jusqu’à la fin du plan d’apurement de la dette pour être payés, le contrat obligeant même le fournisseur producteur à poursuivre son engagement envers la société concernée. (Législation sur les procédures collectives).

Nous ne pouvons que constater toutes les formes de pressions qui ont pour seul but l’asservissement du producteur.

L'APLI rappelle ses fondamentaux :

- la régulation de l'offre en fonction de la demande avec la prise en compte des coûts de production

- un prix rémunérateur pour le producteur afin de rétablir l’équité dans les filières

- un retour aux bases du système coopératif tel que défini par les principes de Rochdale

C’est avec ces objectifs que l’'APLI encourage les éleveurs DOUX à reprendre en mains leur outil en créant une SCOP, en partenariat avec les salariés, à l'image de SEAFRANCE pour une meilleure répartition des marges entre les différents acteurs de la filière. Il est possible de mettre en place un modèle capitaliste véritablement coopératif au service des divers partenaires de la filière, modèle transposable par la suite à d'autres secteurs économiques, qu'ils soient agricoles ou industriels.

Sans cela, le profit financier restera le seul but de tout repreneur, au détriment des producteurs, salariés et consommateurs.

Pour l’APLI, cette affaire Doux est bien la preuve que la contractualisation n'est pas une garantie suffisante pour les producteurs mais qu’elle laisse la place à bien des dérives.

L'APLI appelle à la réflexion: Quelle agriculture souhaite t-on demain en France et en Europe ?

« Le changement, c’est maintenant » ne doit pas être seulement une promesse de campagne mais une réalité de terrain.

 

Cet article est le 320ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
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