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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 16:41

Une école publique exigeante qui transmet des savoirs

 

A la suite de la publication du compte rendu de la table ronde sur l’école (voir Université d'été MRC à Valence : petit déjeuner thématique sur l'école - 12 septembre 2010), Véronique Blanc-Blanchard (MRC, Drôme), auteur de la première intervention, m’a adressé son texte que je publie volontiers, car il complète le résumé que j’ai fait de son intervention. J’invite celles et ceux qui le souhaitent à donner leur avis sur ce qui a été dit à Valence par les trois intervenants (photo, de gauche à droite), Véronique, Claire Mazeron et Jean-Claude Blanc.  

           Université d'été MRC 2010 027 TVéronique Blanc-Blanchard, professeur des écoles, préfère le mot « institutrice », parce qu’il signifie « instituer l’homme dans l’enfant ».

           Elle explique que pour défendre efficacement l’école, il ne suffit pas de la défendre comme institution. Il faut aussi la défendre comme concept.

          La dette de l’école à l’égard de la République est double : la 3ème république a inventé l’école comme institution, mais avant, avec Condorcet, la Révolution Française, en avait forgé le concept.

           Pour Condorcet, la finalité de l’école c’est la liberté, mais il n’y a pas de liberté possible sans instruction. Si l’école a pour fin la liberté, alors tous les individus doivent être instruits. Il s’ensuit la nécessité de créer une instruction publique qui consistera en une transmission raisonnée des savoirs. Conséquence : l’école doit être un lieu protégé des bruits du monde, où les savoirs pourront se déployer selon un ordre rationnel.

           Or, les réformes menées ces trente dernières années par des gouvernements de droite et souvent de gauche ont attaqué l’école à la fois comme institution et comme concept en détruisant ce paradigme républicain.

            Certes, la gauche a toujours défendu l’école comme institution en dénonçant la suppression des postes d’enseignants, en réclamant l’assignation des fonds publics à la seule école publique. Mais cela n’est pas suffisant.

Dans les années 80 : clivage au sein de la gauche, entre « pédagogistes » et « anti-pédagogistes », le pédagogisme désignant la position de ceux qui, tout en défendant l’école comme institution, voulaient la réformer c'est-à-dire changer de paradigme. Au paradigme républicain supposé ringard, accusé trop hâtivement d’être élitiste, on voulait substituer paradigme pédagogiste, jugé lui plus adapté à l’élève et au monde moderne. Résultat paradoxal : en refusant l’élitisme républicain du travail et du mérite personnel, on a rétabli l’élitisme de la naissance et de la fortune.

Quelques caractéristiques du pédagogisme :

 Un des moments forts de ce processus de destruction : 1989, loi Jospin, loi d’orientation sur l’éducation, création des IUFM sous l’influence des « sciences de l’éducation » :

-          Survalorisation de la didactique qui conduit à  faire passer le contenu de l’enseignement au 2ème plan. Au lieu d’apprendre, on « apprend à apprendre ».

-          Constructivisme : l’élève doit être acteur de ses propres apprentissages, ce qui le condamne à errer, et l’invite à…deviner !

-          Décomposition des apprentissages en micro-objectifs portant largement sur des « savoir-faire », des « savoir-être ». Rationalisme instrumentaliste aux antipodes de la raison humaniste. Conséquence : rupture de la chaîne des savoirs constitutive de l’humanité.

-          Ouverture de l’école aux parents, aux marchands…

Donc, trois renversements opérés par le « pédagogisme » :

-          La finalité de l’école n’est plus la liberté (qui suppose maîtrise des savoirs et usage critique de la raison) mais l’entretien de la spontanéité de l’enfant et l’adaptation au monde social.

-          Son objet est moins l’instruction que la transmission de valeurs, l’acquisition de « savoir-être ».

-          Son lieu naturel n’est plus la classe, mais tout ce qui existe « hors les murs ».

La droite néolibérale s’est engouffrée dans la brèche : elle a compris que pour affaiblir l’école, il ne suffisait pas de l’attaquer comme institution en supprimant des postes…il fallait aussi l’attaquer comme concept, dans le but de liquider le paradigme républicain. Ex : alliance Darcos/Meirieu (chef de file des « pédagogistes ») pour justifier la suppression du redoublement.

 

Conclusion : pour être défendue efficacement, l’école publique doit être défendue comme institution et comme concept. La gauche doit aujourd’hui clarifier le modèle qu’elle veut défendre pour l’école publique et rompre avec l’idéologie pédagogiste. La revendication des moyens restera stérile si l’on poursuit la destruction du paradigme républicain des Lumières. Il faut donc revenir à celui-ci, c'est-à-dire à l’idéal d’une instruction forte dévolue à la transmission de savoirs exigeants et à une école sourde aux pressions venant de la société civile.

Bref, pour combattre le néolibéralisme, il faut se ranger derrière Condorcet.

 

Cet article est le 22ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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