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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 19:14

France, les élites t’ont trahie, le peuple te sauvera

 

L’affaire Cahuzac est le symptôme du mal qui mine notre démocratie. Après Strauss-Kahn, qui a failli être son candidat à l’élection présidentielle, le PS va traîner un autre boulet et, là, c’est encore plus grave : le ministre socialiste du Budget de la Nation, donc des impôts, était depuis plus de 20 ans un champion de l’évasion fiscale (voir Cahuzac, un succès pour Mediapart, un boulet pour le gouvernement - 3 avril 2013). 

 

Le PS finira-t-il par comprendre qu’en se laissant aller à l’accompagnement du néolibéralisme et en s’éloignant toujours plus depuis 1983 de ses idéaux socialistes et des intérêts du peuple français, cela l’entraînait sur une pente glissante ? 

Au lieu de rompre avec son ministre de l’intérieur en 2000, en se mettant dans le sillage idéologique libéral de Strauss-Kahn, Lionel Jospin aurait été mieux inspiré d’écouter les propos républicains de Jean-Pierre Chevènement. Cela lui aurait peut-être évité le naufrage du 21 avril 2002, au second tour de l’élection présidentielle.

 

Onze mois après avoir été élu président de la République, François Hollande, qui fut de 1997 à 2008 à la tête du PS, va-t-il finir par comprendre que la voie néolibérale est une impasse pour la gauche et pour la France ?  

 

Afin de l’y aider, voici un retour sur le livre Sortir la France de l'impasse (Fayard, 2011) dont l’auteur est Jean-Pierre Chevènement.

 

Extraits de la deuxième partie du livre Remettre debout le peuple français

 

Rendre au peuple français sa fierté en combattant l’antipopulisme de ses élites

 

L’imbécile campagne « antipopuliste » des élites vise au discrédit du peuple et, à travers lui, de la démocratie. Aux yeux des élites bourgeoises qui s’arrogent le monopole de l’intelligence et plus encore de la morale, les couches populaires seraient, par définition, vouées à des perceptions grossières et à des préjugés infamants. Ces gens oublient complètement que « le Peuple », dans la conception républicaine, est un peuple de citoyens instruits par l’Ecole. Il est vrai qu’ils ont depuis longtemps renoncé à instruire le peuple de ses véritables intérêts.

 

L’intelligentsia post-républicaine (je devrais dire antirépublicaine) n’a de cesse de saper tous les jours le patriotisme républicain, c’est-à-dire la nécessaire estime de soi sans laquelle un peuple ne peut poursuivre son Histoire. Consciemment ou non, et depuis longtemps, nos élites bourgeoises organisent la « sortie de l’Histoire » de la France. Leur médiocrité y est pour beaucoup. Les intérêts font le reste.

 

1940 et le discrédit de la Nation

 

Elles y ont puissamment contribué dans la période de l’entre-deux-guerres et, en 1940, par antibolchevisme primaire et absence de patriotisme véritable. Elles ne voulaient pas faire la guerre à Hitler. Dès les années 1920, elles n’ont pas pris les moyens de faire respecter le traité de Versailles en dotant la France d’un corps blindé et mécanisé. Selon la doctrine officielle, il était préférable que l’armée française s’abritât derrière la ligne Maginot, en contradiction avec tous les engagements pris vis-à-vis de nos alliés de la « Petite Entente » L’armée française, bras armé de la Société des Nations, se voyait ainsi privée de sa seule ressource : la mobilité. Nos élites n’avaient pas non plus la volonté de faire face à Hitler. Elles l’ont attendue de nos alliés anglo-saxons, hélas eux aussi défaillants (remilitarisation de la rive gauche du Rhin sans réaction militaire de la France, compte tenu de l’opposition des Etats-Unis ; non-intervention en Espagne ; acceptation de « l’Anschluss » de l’Autriche et des accords de Munich ouvrant la voie au démantèlement de la Tchécoslovaquie ; invasion de la Pologne, sans autre réponse que la « drôle de guerre »).

 

La France, avant 1940, s’est ainsi mise à la remorque de la politique « d’appeasement » des Anglo-Saxons. Elle avait, certes, des circonstances atténuantes : les terribles blessures subies de 1914 à 1918, à l’origine du pacifisme d’une grande partie de l’opinion, et, surtout, son isolement diplomatique et militaire en Europe. Mais aucun peuple, fût-il seul, n’a le droit de s’abandonner, au risque d’encourir les pires catastrophes. Ce fut 1940. La demande d’armistice du 17 juin ne solda pas seulement deux décennies d’impéritie. Elle ouvrit une période encore plus noire, à laquelle nos élites bourgeoises ont collaboré. Celles d’aujourd’hui, dans leur majorité ralliées à la mondialisation libérale, ne cessent de vouloir ramener la France à cette période sombre pour déconsidérer à jamais la nation. La voie héroïque proposée par de Gaulle le 18 juin 1940 était pourtant la bonne : le réaliste, c’était lui, car la guerre n’était pas une guerre européenne, mais mondiale, ce que Pétain et les hommes de Vichy n’avaient pas compris.

 

Dans son discours du 22 juin 1940, de Gaulle évoque non seulement l’honneur, mais l’intérêt de la France : « Si la cause de la Liberté devait l’emporter, que resterait-il d’une France qui aurait abandonné le combat ? » Si la France avait poursuivi la lutte en 1940, Hitler n’aurait pas occupé l’Afrique du Nord : car il y avait le détroit de Gibraltar, fossé antichars, aussi efficace que le fut la Manche pour la Grande-Bretagne et la marine française, sans parler de la marine britannique. La France eût-elle souffert davantage ? La souillure de Vichy, dont ses adversaires encore aujourd’hui font leurs choux gras, lui eût été épargnée. Jacques Chirac aurait sans doute évité sa malheureuse déclaration de juillet 1995 selon laquelle « en avril 1942 la France [et non l’Etat français] a commis l’irréparable ».

 

L’européisme et la diabolisation des nations

 

Les élites françaises ont rallié de Gaulle en 1944, mais, au fond d’elles-mêmes, elles n’ont jamais repris confiance en la France. Leur prétendue « vocation européenne » et le succès de Jean Monnet après la Seconde Guerre mondiale viennent de là.

 

Nos élites ont adhéré à l’idée de reconstruire la France dans un cadre européen, en fait dominé par les Etats-Unis, où les souverainetés nationales seraient tenues en lisière. Ce fut, en 1951, la Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca) ; on voit ce qu’il en reste aujourd’hui : ArcelorMittal, une multinationale de droit néerlandais dont le patron est un Indien vivant à Londres. Triomphe du capitalisme multinational !

 

Ce serait ne rien comprendre à la construction européenne que de ne pas voir qu’elle procède tout entière, dans l’esprit de Jean Monnet et de ses émules, d’une démonisation des nations (à l’exception des Etats-Unis), comme si le nationalisme allait de pair avec la Nation alors qu’il n’en est que la maladie. Mais cette diabolisation offrait un avantage pour les élites : elle discréditait encore une fois la démocratie, laquelle vit d’abord et avant tout dans le cadre national. Et elle les délivrait du contrôle populaire.

 

La globalisation contre la démocratie

 

Avec l’avènement du capitalisme financier globalisé, au tournant des années 1980-1990, nos élites ont cru pouvoir s’affranchir définitivement de la Nation et de l’Etat. La fuite en avant dans un fédéralisme européen utopique leur servit de couverture. Puis vint la crise de 2008-2009. Momentanément, elles se raccrochèrent aux Etats sur lesquels, aujourd’hui, elles entendent reprendre la main. Les marchés financiers qui avaient conduit à la faillite affirment à nouveau avec arrogance leur suprématie sur les Etats (pas seulement sur la Grèce, mais aussi sur les Etats-Unis !).

 

Depuis la mutation du capitalisme engagée à la fin des années 1970, les élites françaises ont accepté la suzeraineté du dollar (accords de la Jamaïque de 1976), la renonciation par étapes à notre indépendance monétaire (création du SME en 1979, de la monnaie unique en 1992 par le traité de Maastricht), la dérégulation généralisée à travers l’Acte unique (1985-1987), le démantèlement de l’Etat national, au nom du mythe de la concurrence au profit d’une bureaucratie bruxelloise proliférante, le transfert vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre d’une bonne part de notre appareil de production et, corollairement, l’installation d’un chômage de masse permanent de 10 % de la population active, frappant d’abord la jeunesse (23 %).

 

Le désarroi de la jeunesse

 

Non contentes d’afficher un pareil bilan, nos élites ont tout fait pour saper le roman national, déculturer la jeunesse livrée aux « petits boulots », détruire les repères auxquels elle aurait pu s’accrocher. Abandonnés à l’hyperindividualisme libéral, les jeunes peinent à penser une situation concrète dans un contexte plus large et à la resituer dans une histoire qui lui donnerait figure humaine.

 

La crise de la démocratie

 

Nous vivons une spectaculaire crise de la démocratie depuis qu’au prétexte de l’Europe ou de la mondialisation, le peuple a été, dans les faits, dessaisi de sa souveraineté et réduit à choisir entre le pareil et le même. Le ralliement, explicite ou non, de la droite et du Parti socialiste au néolibéralisme a abouti à un profond rejet, qu’il prenne la forme de l’abstentionnisme électoral ou du vote pour les extrêmes. De son côté, confronté à la crise, le capitalisme financier n’entend pas lâcher les rênes. Il ne voit d’issue à ses contradictions que dans un recul encore plus prononcé de la démocratie.

 

Ce recul constant se manifeste de plusieurs manières :

 

-          L’Ecole ne met plus au cœur de ses missions la transmission des savoirs et des valeurs, mais l’élève, censé construire par lui-même ce qu’on ne lui enseigne plus. En résulte largement la panne de l’Ecole, observable à travers les statistiques depuis 1995 : la proportion d’élèves poursuivant des études longues jusqu’au niveau du bac a cessé d’augmenter depuis seize ans (68 à 69 %). Mais bien d’autres signes le manifestent : l’augmentation constante de la part des élèves « décrocheurs » (25 % d’une classe d’âge), la diminution du pourcentage des « bons élèves », le recul constant de la France dans les classements internationaux en français, en mathématiques et en sciences (enquêtes Pisa menées par l’OCDE), l’effondrement de l’expression écrite et orale, le déclin des humanités classiques, l’effacement de l’Histoire de France, enfin la stagnation de nos effectifs d’étudiants, et même le déclin de l’université au bénéfice de l’enseignement supérieur privé.

 

-          Les médias imposent leurs grilles de lecture. Les problématiques raciales et communautaires se sont substituées, dans leur décryptage de la réalité, à la traditionnelle analyse en termes de classes sociales. Une nouvelle bien-pensance s’est installée, dont les « chiens de garde » traquent la liberté d’expression dès lors qu’elle mord sur les lignes jaunes du « politiquement correct ». Paradoxalement, les campagnes anti-racistes, malgré sans doute leurs meilleures intentions initiales, peuvent aboutir, comme l’avait relevé Claude Lévi-Strauss aux résultats inverses de ceux qu’elles prétendaient rechercher. Elles installent la race comme critère discriminant essentiel dans la société française. Elles ethnicisent les problèmes sociaux et opposent ainsi les classes favorisées bien-pensantes aux couches populaires. Un ministre de gauche devant lequel je déplorais, en 1984, le vote d’une partie de l’électorat ouvrier en faveur du Front national me répondit : « Ces gens-là ne font rien d’autre que de révéler ce qu’ils sont vraiment ». C’était là passer par profits et pertes l’immense effort des républicains et du mouvement ouvrier pour relever le peuple et la classe ouvrière, les sortir de l’obscurantisme et en faire des citoyens responsables et les militants d’une société plus juste.

 

-          L’abandon des valeurs républicaines. A la perspective de la transformation sociale par l’acquisition de droits collectifs, la gauche sociale-libérale a substitué des revendications individuelles ou minoritaires fondées sur la différence ou la « diversité » (minorités « visibles » ou non, régionalismes de divers types, etc.). Comme l’a analysé justement Laurent Bouvet : « C’est désormais l’individu dans ses identités multiples qui doit être émancipé, et non plus le travailleur ou le salarié dans son rapport à la production… Les socialistes ont ainsi littéralement abandonné le terrain de la lutte pour l’égalité au profit d’une promotion de la diversité qu’ils ont érigée en valeur ». Ces « luttes » peuvent certes partir d’un bon sentiment. Elles n’en renversent pas moins la hiérarchie des valeurs et des priorités qui définissaient historiquement la gauche républicaine et socialiste.

 

La reconquête républicaine

 

Les républicains doivent repartir à la conquête des couches populaires. Celles-ci n’ont pas disparu. Mais c’est l’idée même de « peuple », au sens de Rousseau aussi bien que de Marx, qui est tombée en déshérence. Il faut donc à la fois relever l’idée d’un « peuple de citoyens » et le respect dû à ceux qui travaillent. Bien entendu, il faut pour cela mettre en œuvre des politiques au contenu social avancé, rompant avec la logique des marchés financiers et capables de rencontrer directement les aspirations des couches populaires (salaire, emploi, éducation et formation, sécurité, logement, santé). Le rejet explicite du néolibéralisme permettra seul le retour au bercail républicain des brebis égarées. Cette rupture doit être franche. C’est une « autre politique », dont le contenu a été largement développé par ailleurs*, qui doit être mise en œuvre. Il s’agit de « sécuriser » à tous égards les couches populaires, et d’abord par rapport à l’avenir, le leur et celui de leurs enfants. Elles pourront alors porter une plus juste idée de la France, à travers ce que j’appelle le « regard républicain ». Là est la priorité. C’est ainsi que pourra également être résolue la question de l’intégration.

 

* Programme de salut public du Mouvement républicain et citoyen.

 

Autres extraits du livre « Sortir la France de l’impasse » :

JP Chevènement : un projet alternatif, pour sortir la France de l'impasse - 3 avril 2013 

JP Chevènement explique en quoi consiste le vice constitutif de l'euro - 29 mars 2013 

Sortir la France de l'impasse dans laquelle elle s'est mise il y a 20 ans - 26 mars 2013

 

Conseil national MRC 240313 013 TPour information, voir aussi l’autre livre de Jean-Pierre Chevènement publié en 2011, celui pour lequel il a reçu le prix du livre politique de l’année : "La France est-elle finie?" de Jean-Pierre Chevènement - Résumé du livre (Fayard, janvier 2011) en 10 pages.

 

Cet article est le 166ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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Published by Michel SORIN - dans CHEVENEMENT
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