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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 23:49

La voie du saut fédéral est obstruée pour longtemps

 

Lors du 3ème "Forum des think tanks", le 15 décembre 2012 à Paris, Jean-Yves Autexier, membre du Conseil Scientifique de la Fondation Res Publica, est intervenu sur le thème Europe: quelle union voulons-nous ? Voici un résumé de son intervention (la vidéo a été mise ce jour  sur le site de la Fondation Res Publica - voir Fondation Res Publica | Think tank).

 

Universite-d-ete-MRC-2011-051-T-copie-1.jpgLes Fondations ont un rôle à jouer en réfléchissant à ce que pourrait être l’Europe des projets, seul moyen de permettre à l’Europe de se relancer en rendant service aux nations qui la composent.

 

Si l’on observe la crise actuelle de l’idée européenne, les difficultés de l’euro, les lézardes de l’édifice européen existaient déjà en 1992 (Schröder les avaient détectées, jugeant qu’il n’y avait plus d’amortisseurs et qu’il y avait de grands risques de chocs asymétriques sur les économies, difficiles à absorber par l’architecture européenne) mais elles étaient alors peu visibles. C’est la crise qui les a révélées.

Mais ce qui est frappant, c’est l’absence de politiques communes. La seule qui ait été mise en œuvre, de manière complète, c’est la politique agricole. Elle sera démembrée complètement en 2013.

Pas de politique industrielle, ni de recherche, ni de l’énergie. Pas de politique commerciale propre (c’est une succursale de l’OMC). Absence de projets communs réalistes, de travail ensemble. C’est cela qui est la cause des difficultés actuelles du projet européen.

 

Certains parlent d’un sursaut des institutions, d’un saut fédéral pour faire rebondir le projet européen. A la Fondation Res Publica, nous sommes assez sceptiques pour deux raisons.

 

-          La première tient à la politique elle-même : en Europe, il n’y a pas un peuple européen. Un peuple, cela ne se décrète pas, cela se forge, on le voit dans l’histoire. Aujourd’hui, il y a 27 peuples, pas un seul. C’est donc une difficulté de promouvoir un ensemble fédéral qui ne se sent pas lié par la nécessité de solidarité qui existe dans un peuple. Au niveau d’un peuple, d’une nation, les riches acceptent de payer pour les pauvres (transferts fiscaux), par exemple l’Ile-de-France avec la Corse. S’il n’y a pas un seul peuple, les gens regimbent. En Europe du nord, on regimbe à financer la Grèce et ses errements. C’est tout à fait compréhensible. Donc, un renouveau par les institutions se heurte à un obstacle bien connu qui est ancien : « On ne peut pas aller plus vite que la musique ». On ne peut pas décréter l’existence d’un peuple et il faudra beaucoup de temps pour faire accepter une solidarité partagée, un effort commun admis et respecté par tous.

 

-          Le second obstacle, ce sont les transferts financiers immenses qui existent dans un saut fédéral. Les riches devraient effectivement payer pour les pauvres. L’Europe du nord paierait pour le sud. A cela, les opinions d’Europe du nord ne sont pas prêtes.

On critique beaucoup l’Allemagne, mais avant de la critiquer, il faut essayer de la comprendre. Les Allemands ont fait beaucoup d’efforts dans les transferts à l’est et les salariés ont été très sollicités par les plans Hartz (maîtrise des salaires). Quand on leur demande, après cela de venir en aide à la Grèce ou au Portugal, on peut comprendre qu’ils soient réticents. Les transferts financiers sont énormes et les opinions n’y sont pas prêtes.

On le voit bien quand il s’agit seulement d’une augmentation minime du budget européen, les réticences des opinions, pas seulement en Grande-Bretagne, mais aussi aux Pays-Bas, en Allemagne, dans des pays favorables à l’idée européenne.

 

Nous pensons, donc, que la voie des institutions est fermée, ou en suspens, pour un saut en avant de l’Europe et que, par contre, nous pourrions avancer très vite dans l’Europe des projets.

Ce pourrait être le rôle des Fondations de formuler des propositions en matière de projets de politique commune européenne à mener à bien. Parce que nous n’avons pas les contraintes politiques.

Par exemple, Res Publica a travaillé à une alternative en cas de crise de la monnaie unique*. Comment passer à une monnaie commune ? Aucun gouvernement ne peut travailler sur un plan B mais les « think tanks » peuvent le faire et c’est même notre devoir d’explorer les voies possibles, afin de pouvoir, un jour, être utiles à notre pays et à l’Europe.

En matière de politique énergétique, on voit bien à quel point il manque cruellement une politique des approvisionnements énergétiques de l’Europe. Les intérêts de nos pays sont communs. Nous importons tous du gaz et du pétrole aux mêmes pays, en ordre dispersé. On ne peut pas compter sur la seule loi du marché. Dans les approvisionnements énergétiques, sont en jeu des investissements très lourds qui impliquent des relations de confiance, sur le long terme. C’est pareil en matière de recherche et d’industrie.

 

Le rôle des Fondations, c’est de travailler sur les politiques qui manquent. Par exemple, l’agriculture, qui n’est pas un service et un bien comme les autres (c’est la survie des peuples qui est en jeu), il faut réanimer une politique agricole commune. Ce ne sera plus la PAC mais il faut quelque chose car il n’y a plus rien.

Donc, je crois fermement et profondément dans l’Europe des projets car la voie des institutions est obstruée pour longtemps.

 

* Voir L'euro monnaie unique peut-il survivre?

 

Voir, parmi les Notes de lecture de la Fondation Res Publica…

L’Europe prise en étau entre les Etats-Unis et la Chine

… Ce qui concerne l’Europe

 

Ce déplacement du centre de gravité géopolitique vers l’Asie-Pacifique se réalise au détriment de l’Europe. Et c’est justement dans la conclusion du livre que le lecteur peut trouver une source de réflexion : où est l’Europe ? Elle n’est, selon les Américains, « pas en mesure de jouer un rôle international conforme à son poids économique ». Pour les Américains, « les Européens ont abandonné la pensée stratégique ». De leur côté, les Chinois ne considèrent pas l’Europe comme un ensemble, ils mènent « une stratégie différenciée » selon les Etats membres. De fait, l’hétérogénéité de puissance, d’influence, de structure économique des pays européens « empêche la définition d’une politique commune vis-à-vis de la Chine ». Ainsi, « en dix ans le monde a changé mais la stratégie européenne ne s’est pas adaptée, faute de consensus sur l’analyse des changements et sur les politiques à mener ». La Chine est, à titre d’exemple, à peine citée dans un rapport sur la « stratégie européenne de sécurité » qui date de 2003 [pages 237-243].

Cet article est le 109ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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Published by Michel SORIN - dans France et Europe
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