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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 12:43

La lente dégradation de notre appareil industriel

Colloque mondialisation Montebourg JPC 300811 007 TJean-Pierre Chevènement a accueilli Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, lors du séminaire de la Fondation Res Publica le 26 novembre 2012. A lire les Actes du séminaire de la Fondation Res Publica: L'esprit du redressement productif, on constate l’intérêt des échanges que les deux hommes d’Etat et les autres intervenants ont eus, ce soir-là (photo colloque mondialisation Paris, 30 août 2011).

Les actes du séminaire du 26 novembre 2012 sont en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

Introduction de Jean-Pierre Chevènement

 

Cher Arnaud, Monsieur le ministre, nous vous sommes reconnaissants du temps que vous nous consacrez au soir d’une journée particulièrement chargée et difficile. Votre tâche est rude. Nous l’apprécions en connaisseurs : un ministre se meut dans un système complexe dont il ne maîtrise pas toutes les variables. S’il dispose d’une feuille de route (les engagements pris par le Président de la République), la vie est mobile, par définition, et les obstacles jonchent le chemin, les rapports de forces se nouent.

L’affaire Mittal est en soi un scandale. En effet, cette sidérurgie avait été nationalisée, de fait par Raymond Barre, juridiquement par le gouvernement de gauche auquel j’ai appartenu (1981). C’était difficile à une époque où on n’anticipait pas la reprise qui s’est produite ensuite. Privatisé en 1995, Usinor-Sacilor, est devenu Usinor en 1997 avant la fusion avec Arbed (groupe luxembourgeois) et Aceralia (groupe espagnol) qui, en 2001, aux conditions imposées par la Commission européenne, donnera naissance au groupe Arcelor. Je rappelle que les dernières participations que l’État possédait au capital d’Usinor avaient été liquidées dans les années 99-2000, ce qui nous privait de la petite minorité qui nous permettait d’avoir voix au chapitre. Et quand l’OPA de Mittal aboutit en 2006 à la fusion des deux groupes (Arcelor-Mittal), l’État était réduit au rôle de spectateur impuissant.
La situation est très difficile (…).

La question de l’industrie est plus vaste. Je vais vous donner tout de suite la parole pour que vous nous exposiez la manière dont vous voyez les problèmes de l’Industrie et du redressement productif dont vous avez la charge.

Intervention d'Arnaud Montebourg (introduction)

Merci, cher Jean-Pierre. Je suis très heureux de vous retrouver et de rencontrer les membres de la Fondation Res Publica dont les publications ont nourri mes réflexions pendant la « primaire » du Parti socialiste. Depuis de longues années, j’ai lu, relu, travaillé à partir de l’expérience politique dont vous avez assuré et assumé la transmission à d’autres générations. C’est pour moi un plaisir et un honneur que d’être ici au milieu de ceux qui pensent et travaillent à vos côtés pour essayer d’améliorer le niveau du débat public et faire en sorte que notre pays trouve son chemin dans les nouveaux périls qu’il a à affronter.

Je tenterai d’être assez complet pour aborder l’esprit dans lequel je vois le redressement productif, mission qui m’a été confiée.

Peut-être pour commencer devrais-je dire que je suis l’un des rares ministres à voir dans l’intitulé de son ministère une obligation de résultat. Je le prends comme un défi mais aussi comme un hommage. C’est évidemment une obligation que de réussir à redresser l’économie productive de notre pays. Quels sont les critères du redressement ? Une balance commerciale hors énergie qui sera rééquilibrée et un emploi industriel qui aura recommencé à croître. Tout le reste n’est qu’apparences. C’est bien là l’enjeu de ces cinq années qui doivent nous mener à des résultats.

Nous partons de très loin. Les chiffres sont connus de chacun d’entre vous. Vous-même, cher Jean-Pierre, les exposez très souvent dans vos discours, cela depuis très longtemps. C’est le résultat de la lente dégradation de notre appareil industriel. Le rapport de Louis Gallois a permis de résumer assez clairement les choses en montrant que « la cote d’alerte a été franchie » et que nous sommes dans une situation de décrochage productif, industriel. Secteur par secteur, région par région, nous constatons sur le terrain qu’avec la crise et les dégâts qu’elle a occasionnés des pans entiers de l’économie industrielle ont disparu.

Certains secteurs se battent pour survivre, d’autres cherchent à innover pour se porter vers le futur. La France des métropoles, lieux de croissance, d’échanges, comme l’étaient les places de foires au Moyen-Age, est optimiste, voyage, paie des loyers élevés… et vote à gauche plus facilement qu’ailleurs. Cette France-là n’a rien à voir avec la France des petites villes et des villes moyennes qui ont payé très cher le prix de la crise et où ne viennent plus s’allouer les ressources nouvelles. J’ai présidé un département (1) qui réunit ces deux types de territoires : d’une part la vallée du Rhône, proche de Lyon, qui profite de cet afflux démographique donc économique, d’autre part une zone abandonnée dont la désertification économique précède la désertification humaine. Cette France-là, c’est la France du Front national, de l’inquiétude, de la violence sociale, économique, politique. Cette France-là est en passe d’être majoritaire dans sa sociologie. Nous avons donc le devoir de reprendre les leçons de Paul Delouvrier des années 45-50, de les confronter avec les analyses et les choix des années 80 afin d’identifier nos erreurs et de mesurer le rôle de tous les facteurs de la désindustrialisation. À cet égard, je dirai que Louis Gallois a été modéré dans son analyse du rôle de la monnaie car c’est un point central. Mais c’est un point sur lequel nous n’avons malheureusement guère de prise puisque nous l’avons concédé dans des accords internationaux européens. Cette question ne relève donc pas de notre politique mais de notre diplomatie. Voilà pourquoi elle a dû être un peu mise à l’écart, pourtant elle fait partie des problèmes que nous avons à résoudre.

Nous pâtissons d’un décrochage industriel et économique qui s’est aggravé dans la crise (tandis que l’Italie et le Royaume-Uni, sans parler de l’Allemagne, se réindustrialisent) en raison même de la gestion de la crise par nos dirigeants politiques. Ils ont pris des décisions inadéquates. Tel le choix de la stratégie des heures supplémentaires, pour un coût de quatre milliards chaque année. L’Allemagne a investi une somme équivalente dans le chômage partiel, ce qui a permis aux Allemands de conserver leurs outils de travail quand les carnets de commandes s’effondraient. Quand l’économie est revenue à une forme de normalité, sans toutefois rattraper le niveau antérieur, les Allemands ont augmenté leurs parts de marché et utilisé cette gestion astucieuse des difficultés que, plus encore que la France, ils avaient traversées. Les chiffres sont d’ailleurs assez impressionnants. Cette erreur-là nous coûte très cher en signes d’aggravation industrielle.

J’approuve sans réserve le diagnostic détaillé dans le rapport Gallois. Aussi ne m’y étendrai-je pas (…).
 

 

Cet article est le 160ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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Published by Michel SORIN - dans CHEVENEMENT
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