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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 17:04

Le socialisme doit adapter l’économie à la société

 

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, en présence d’une dizaine de ses conseillers, a reçu Marcel Gauchet , philosophe et historien français*, le 14 août 2013 à l'Hôtel de Matignon. Leur entretien, qui a duré trois heures, a porté sur le thème de la France dans le monde en 2025.

Le Nouvel Observateur a publié, le 22 août 2013, un article de Eric Aeschimann dans lequel le philosophe et historien raconte l’entretien de Matignon :

 

J'ai rencontré Jean-Marc Ayrault : ce que je lui ai dit sur la France de 2025

 

On ne change pas l’identité d’un pays par décret

Je l’ai d’abord mis en garde : pour se projeter à long terme, il faut aller au-delà de l’économie. Le profond malaise qui paralyse la France tient moins aux difficultés économiques qu’à une crise d’identité. Depuis la Révolution, notre pays se définit par une identité universaliste, mais la mondialisation réduit mécaniquement notre influence dans le monde, et la prétention universelle de notre modèle n’est plus tenable.

Que faire ? On ne change pas l’identité d’un pays par décret : sur ce point, il faut méditer l’échec de Nicolas Sarkozy, qui a tenté d’aligner l’identité française sur le modèle européano-libéral. Il a échoué à cause de la méthode, mais aussi à cause du but : les Français n’avaient pas envie de ça.

Il convient donc d’actualiser l’identité française tout en restant dans la continuité. Je crois que la France peut avoir l’ambition d’être un pays exemplaire dans sa capacité à ne laisser personne au bord du chemin. Le néolibéralisme divise la société entre les utiles et les assistés. Définir une société qui fasse de la place à tout le monde, voilà qui pourrait donner un nouveau contenu à l’universalisme français.

Mais, pour cela, il faut changer de méthode, renoncer aux recettes miracles imposées d’en haut et prendre le temps d’associer les gens concernés. À cet égard, la conférence de consensus sur la récidive de Christiane Taubira allait dans le bon sens, quoi qu’en dise Manuel Valls. Lorsque ce sujet a été évoqué avec le Premier ministre, celui-ci a surtout regretté que ce travail préparatoire n’ait pas été encore plus ouvert au public.

 

Adapter l’économie à la société

Autre exemple : l’école, qui est devenue une machine à dé-démocratiser. On devrait réunir les professionnels et les publics concernés, car c’est ensemble qu’ils inventeront des solutions que, par définition, on ne connaît pas aujourd’hui. Ainsi, à l’occasion de la remise en route des anciens IUFM, on devrait se demander ce que nous attendons des futurs enseignants. Agir maintenant aura des effets directs sur l’école en 2025 et après.

J’ai enfin abordé la question européenne. Pourquoi a-t-on laissé l’Europe modifier les normes comptables de nos entreprises en les calquant sur les normes américaines ? Pourquoi s’est-on engagé dans la négociation d’un accord de libre-échange transatlantique ? C’est une bombe à retardement qui transformera profondément la société européenne, toujours plus clivée, plus coupée en deux.

Dans la logique néolibérale, la société doit s’adapter à l’économie. Un véritable socialisme réformiste doit chercher au contraire à adapter l’économie à la société.

 

Autres déclarations de Marcel Gauchet

 

Voir cet article : Marcel Gauchet : "le fonds de sauce européiste dans lequel nous sommes enlisés  (Au fait, 2 sept. 2013). Extrait.

 

"La politique est-elle devenue impuissante, incapable de répondre aux aspirations des populations ?

Il s'agit d'une impuissance fabriquée et, d'une certaine manière, souhaitée par certains acteurs de la construction européenne dont la philosophie sous-jacente est de vider les appareils nationaux de toute substance. Ceux-ci voudraient construire un espace politique non seulement post-national mais aussi post-étatique. C'est-à-dire un espace où la "gouvernance", par un mélange de droit et de régulation économique, aurait remplacé l'action de gouvernements élus, toujours soupçonnés d'arbitraire et d'inefficacité. Les arguments juridiques et économiques constituent le fonds de sauce européiste dans lequel nous nous sommes enlisés. [...] Les institutions actuelles, en prétendant contourner les nations, n'aboutissent qu'à vider de tout contenu la possibilité d'opérer des choix collectifs."

Sur la présidentielle : "les candidats étaient incapables d'aborder le fond de leur programme car ils avaient peur que les citoyens, droite et gauche confondues, se rendent compte que c'était globalement le même que celui de la Commission européenne."

Plus loin, Marcel Gauchet rappelle que nombre d'européens sont fascinés par les Etats-Unis, mais que les Etats-Unis, eux, conservent un caractère d'Etat-nation fort.

 

Et cet autre, du même blog (Au fait, 20 sept. 2013) : Marcel Gauchet a encore frappé !

 

(…) l’Europe a complètement changé de nature du fait de la mondialisation. François Mitterrand a vendu l’Europe aux Français en leur disant "on va faire à l’échelle européenne ce qu’on ne peut plus faire en France", c’est-à-dire résister à la mondialisation. La promesse était de construire une Europe puissante capable de jouer d’égal à égal avec les États-Unis. Or c’est l’inverse qui s’est produit. L’Europe est devenue un accélérateur de la mondialisation et de la pénétration de ses normes en France. Elle n’a pas été le rempart annoncé, mais un cheval de Troie. Et l’on s’étonne ensuite de la désaffection de l’opinion !"

 

(…) "Je pense que la clé du déblocage se situe du côté du rapport à l’Europe. Il faut sortir de cette mécanique infernale qui est devenue paralysante et contre-productive par rapport à ses objectifs initiaux. Il ne s’agit pas de se replier dans son coin, mais de concevoir l’Europe autrement. Elle a démarré à six pays avec une intention fédérale, en vue d’une défense commune contre la menace soviétique. Or il n’y a plus d’Armée rouge, elle regroupe 28 pays, l’idée d’un État-nation européen n’a plus de sens et nous fonctionnons toujours avec les mêmes institutions! Comment cela pourrait-il marcher? Il faut reposer la question européenne à nouveaux frais."

 

* Voir Marcel Gauchet, philosophe au chevet de la démocratie, parle d’or - 2 août 2009 

Cet article est le 34ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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