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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 23:55

Comment les éleveurs vont faire face à la facture ?

 

Le prix du lait baisse et les coûts de production s’envolent. Comment les éleveurs laitiers vont-ils s’en sortir, sachant que la grande distribution refuse de répercuter les hausses demandées par les industriels, eux-mêmes sous la pression des producteurs ? Il y a une énigme à résoudre.

Un ami du Québec me signale un article de La Charente Libre qui n’est pas passé inaperçu dans son pays. Voir Crise du lait: des éleveurs arrêtent les frais (4 octobre 2012). Philippe Varacher, président départemental de l’association des producteurs de lait indépendants (Apli) arrête la production laitière et passe à la viande bovine.  

Coûts de production qui explosent, concurrence européenne et même mondiale qui tire les prix vers le bas, normes qui obligent à investir et s'endetter... Parallèlement, des prix de vente, et donc des revenus, qui baissent, qui baissent. L'effet ciseau décapite la filière. Philippe Varacher l'assure : «En Charente, seuls 5 à 10% des éleveurs laitiers s'en sortent avec un prix à 300 euros. Ce sont des gens proches de la retraite, qui ont de toutes petites structures et ne sont pas forcément aux normes.»

 

Xavier Bonnardel, dans Ouest-France (édition datée du 6-7 octobre 2012), montre bien ce qui se passe. « La mauvaise récolte mondiale de grains entraîne la filière alimentaire dans une valse à trois temps. Premier temps : céréales, maïs et soja, ingrédients de base des aliments pour le bétail, flambent. Deuxième temps : la facture payée par les éleveurs pour nourrir leurs troupeaux s’alourdit au point de menacer l’équilibre économique des exploitations. Troisième temps : les éleveurs cherchent à répercuter la hausse de leurs charges à l’industriel du lait ou de la viande qui achète et transforme leur production. Cela n’est possible que si la grande distribution consent à acheter plus cher. La valse s’enraye et se transforme en bras de fer ». Voir Agriculture : Avis de tempête sur les prix alimentaires

 

AG Apli 120911 001 TLa seule organisation de producteurs qui existe vraiment au niveau européen, l’EMB (European Milk Board), avance des explications dans son bulletin de septembre (cliquer sur suite). 

Des hauts et de nombreux bas ont émaillé la saison météorologique mais aussi le marché du lait. La chute du prix du lait s’est prolongée jusqu’au mois d’août, nous confrontant ainsi aussitôt aux mêmes inepties. En raison de la sécheresse aux USA, les spéculateurs sur le marché du lait redoutent un tarissement de l’approvisionnement ; ils se mettent alors à gonfler, de façon effrénée et incontrôlée, la demande, poussant ainsi les prix sur le marché spot à la hausse. Et dire que d’autres prétendus experts avaient pronostiqué un scénario diamétralement opposé… Ce nouveau marché du lait libéralisé nous fait ici deux magnifiques cadeaux, l’incertitude et le manque de transparence ! Tout ce qu’un cours du lait stratosphérique sur le marché spot n’est jamais parvenu à établir, c’est un meilleur prix du lait.

Le Traité de Lisbonne, à l’article 39, alinéa C, prévoit, sans ambiguïté que : « La politique agricole commune a pour but de stabiliser les marchés. » Par sa politique de libéralisation des marchés, la Commission Européenne renie cet objectif. Elle se montre également totalement déconnectée de la réalité. Il y a quelques semaines encore, le Commissaire à l’Agriculture, Dacian Ciolos, expliquait que le marché du lait ne connaissait aucune crise puisque les prix très bas enregistrés en 2009 n’étaient pas encore atteints. Si le Commissaire prenait la mesure de l’énorme augmentation des coûts de production, il comprendrait que la crise actuelle est déjà bien plus grave que l’épisode de 2009.

Le monde politique ne porte pas seul la responsabilité du marasme actuel. L’industrie laitière et les syndicats majoritaires nous donnent aussi du fil à retordre. En Grande-Bretagne, l’organisation de producteurs laitiers « Farmers for Action » a manifesté contre la baisse annoncée du prix du lait et est parvenue à faire plier les laiteries, les supermarchés et les décideurs politiques. Vous en apprendrez davantage sur cette campagne dans ce numéro du bulletin d’information de l’EMB. Mais quelles sont les raisons de ce succès britannique ? Les producteurs de lait ont réussi à convaincre, non seulement, l’opinion publique mais aussi le syndicat majoritaire de leur apporter leur soutien. Avec ce dernier, ils travaillent de concert afin d’user de leur influence sur les décideurs politiques. L’EMB ne peut encore se targuer de pouvoir compter sur un tel allié. En Europe, les grandes associations d’agriculteurs historiques soutiennent, en priorité, l’industrie laitière et le commerce, au détriment de leurs propres adhérents. Ce sont les grands syndicats majoritaires qui insistent auprès des élus et de la Commission Européenne pour ne pas évoquer une crise du lait.

Plus que jamais et en dépit de toutes les oppositions, l’EMB se mobilise pour un prix du lait équitable, capable de garantir la survie économique des producteurs de lait. Nous portons aussi cette revendication avec les participants de la Good Food March 2012 qui a débuté partout en Europe au mois d’août et se terminera à Bruxelles le 19 septembre. Les citoyens et les producteurs luttent ensemble pour l’émergence d’un marché équitable, la garantie d’une alimentation de qualité et la mise en œuvre d’une politique durable. En quelques mots comme en cent : pour une véritable valeur ajoutée.

Voir les Positions de l’EMB

Notre stratégie pour préserver en Europe la couverture géographique de la production laitière est claire. Il faut une régulation souple des quotas pour assurer une base solide à des prix équitables.

Régulation de l'offre souple et à l'écoute du marché assurant à long terme la couverture géographique et la durabilité de la production et de l’industrie laitières en Europe.

 

Guy Laluc, dans son bulletin ARGOS de juillet-août 2012, porte les préoccupations des éleveurs.

ENTENDEZ-VOUS DANS LES CAMPAGNES

 

(…) Et les malheureux éleveurs. Confrontés à la cherté de l’alimentation animale, vous pouvez vous octroyer la médaille d’or des laissés du bénéfice.

J’entends votre incapacité à pouvoir répercuter ces hausses de prix des grains sur le prix de vente de vos animaux (exemple concret fourni par le cabinet Optimes, en production de porc sous label, la rentabilité devient négative avec un cours de maïs excédant 150 euros/tonne alors qu’il dépasse actuellement largement les 200 euros/tonne)… J’entends votre frustration de bosser pour des queues de cerises quand industriels et distributeurs se partagent le fruit de votre travail. J’entends votre ras-le-bol de ces mises aux normes continues, certes utiles, mais qui au niveau du bien-être imposent quasiment plus de respect de la gent animale que celle des Humains.

J’entends vos interrogations sur l’arrêt éventuel de votre activité d’élevage, devenue fastidieuse dans une société dans laquelle le travail semble avoir perdu son sens, au profit d’une exploitation entièrement tournée vers les céréales. J’entends votre compagne inquiète de ne pouvoir acheter sereinement les fournitures pour la rentrée scolaire de vos enfants. J’entends les dirigeants d’Unigrains et de Sofiprotéol vous proposer une aide (alors qu’ils pourraient vous céder à prix dérisoire les tourteaux qui sortent des usines de biocarburants). J’entends le ministre de l’agriculture vous dire que, de toutes façons, votre coopérative est à vos côtés pour les moments difficiles. J’entends aussi certains d’entre vous se régaler du malheur de leurs voisins espérant grappiller quelques hectares au passage…

J’entends aussi et surtout les uns et les autres dans la France entière, pauvres ou plus aisés, se battre pour la liberté d’entreprendre et pour se faire respecter

Cet article est le 342ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
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