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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 22:47

Le prix des matières premières, la concurrence allemande

 

Elevage-porcin-Lecherbault-150112-012-T.jpgLa belle époque où les producteurs de porcs bénéficiaient de conditions de marché favorables est loin derrière nous. Les bretons, notamment, se permettaient d’être les plus libéraux des agriculteurs. La situation a bien changé. La filière porcine cumule aujourd’hui les difficultés.

 

Voir La filière porcine passe à l'abattoir (La Tribune, Jessica Dubois, 18 mars 2013)

 

Entre la hausse des prix des matières premières, la concurrence allemande, les exigences de la grande distribution et l'obligation de respecter de nouvelles normes, la filière porcine française souffre terriblement. Ce qui commence à provoquer de sérieux dégâts dans les abattoirs. La filière, au total, emploie 100.000 personnes en France, boucher-charcutiers inclus.

Le 27 février 2013, Gad SAS, est placé en redressement judiciaire. Un coup dur pour les 1.500 salariés qui travaillent dans ses deux abattoirs de découpe de porcs installés à Josselin dans le Morbihan et à Lampaul dans le Finistère. L'entreprise ne sera sûrement pas la dernière à tomber. Car la filière porcine française fait face aujourd'hui à plusieurs difficultés. "La crise existe depuis très longtemps", fait remarquer Antoine Gautier, analyste chez ODA, Offre et demande agricole, "les années 1980 étaient très bonnes, mais la situation s'est détériorée dans les années 1990 et, depuis, les éleveurs sont considérés comme en crise. Depuis 2007, avec la première crise des matières premières, les coûts de production sont de plus en plus souvent au dessus du prix de vente".

 

Une baisse de la rentabilité pour les éleveurs

Alors que le prix de la tonne de blé était encore à 100 euros en avril 2005 sur le marché à terme de la place de Paris, il est aujourd'hui, pour un achat à mai 2013, à 232,5 euros. Un pic à 280 euros la tonne a même été atteint en novembre, à la suite de la sécheresse aux Etats-Unis, en Argentine et au Brésil. "Les évolutions sont les mêmes sur le colza et le soja", ajoute Antoine Gautier. "Il faudrait que nous puissions vendre nos cochons à 1,8 euro le kilo à l'abattoir. Aujourd'hui on le vend 1,65 euro le kilo", témoigne François Valy, responsable porc de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) Bretagne, et éleveur dans le Morbihan. Difficile de lutter contre les hausses des matières premières : "70% de nos charges sont alimentaires", estime-t-il (…).

 

Les normes européennes fatales pour des éleveurs ?

A cela s'ajoute, pour les éleveurs, de nouvelles normes imposées pour le bien-être des truies. Depuis le 1er janvier, celles-ci doivent être maintenues en groupe pendant une partie de la période de gestation, de telle sorte qu'elles puissent bouger plus facilement. Fin février, selon des chiffres fournis par le ministère de l'agriculture à une ONG, 28% des éleveurs français ne respectaient pas ces normes (…).

 

Les abattoirs en tenaille

D'un côté, les abattoirs voient donc arriver moins de porcs, à un prix plus élevé. De l'autre, ils n'arrivent pas à faire augmenter les prix d'achat par les grandes surfaces. "La grande distribution dicte sa loi", regrette Patrick Piguel, délégué syndical CFDT à l'abattoir Gad SAS de Josselin. Certains distributeurs, comme Système U, commencent à changer leur approche. En moyenne, dans les grandes surfaces selon Inaporc, l'interprofession nationale porcine, le kilo de viande fraîche se revend entre 6 et 7 euros et le kilo de charcuterie entre 9 et 10 euros au consommateur.

 

Concurrence allemande

Les abattoirs ne peuvent pas non plus tenter leur chance à l'export. La part de marché des opérateurs français est déjà faible, et ne peut peser face à la concurrence. Surtout face aux Allemands. Car outre-Rhin, les abattoirs peuvent employer des salariés venus d'Europe de l'Est payés jusqu'à trois fois moins cher qu'en France. Et les tarifs des porcs qui sortent des abattoirs allemands font concurrence aux abattoirs français sur le marché hexagonal, dans la distribution. Les espoirs de la filière reposent désormais sur les grandes surfaces. Les abattoirs Gad SAS ont, eux, six mois pour examiner les moyens de pérenniser leur activité.

 

Des études concernant le coût de la main-d’œuvre et ses répercussions sur la compétitivité de l’abattage-découpe dans les principaux pays producteurs de porcs (Allemagne, Espagne) ont été conduites par l’IFIP-Institut du porc. Voici le résumé des travaux de Marie-Alix Roussillon, Justine Saffray et Michel Rieu (décembre 2011) :

 

L’Allemagne, l’Espagne et la France sont les trois premiers producteurs de porcs en Europe. Alors que la production française est relativement stable depuis 10 ans, celle de l’Allemagne et de l’Espagne connaissent un fort développement. Celui-ci s’accompagne d’un accroissement des exportations de viande et notamment de pièces désossées, dont l’élaboration nécessite une main-d’oeuvre importante.

 

Dans le marché européen très concurrentiel du porc, la maîtrise des coûts de production est primordiale pour garantir la compétitivité des produits du porc. Le coût de la main-d’œuvre en abattage et découpe est ainsi déterminant dans la compétitivité relative des entreprises.

 

L’examen des règlementations nationales sur le travail met en évidence des écarts importants entre la France, l’Allemagne et l’Espagne, ce qui peut générer des avantages comparatifs. L’Etat allemand intervient peu dans le marché du travail et les entreprises ont une certaine liberté, en particulier en matière de rémunération de leur personnel, puisqu’il n’existe pas de salaire minimum. En outre, les conventions collectives d’application générale sont souvent inexistantes dans les entreprises allemandes d’abattage-découpe de porc.

 

Alors que l’accès direct au marché allemand du travail avait été restreint lors des élargissements de l’Union européenne, le recours aux travailleurs détachés s’est beaucoup développé pour contourner ces restrictions. En l’absence de convention collective et de salaire minimum, cette main-d’oeuvre représente un coût très faible pour les entreprises : environ 5 €/h dans certains cas. L’introduction du salaire minimum en Allemagne a fait l’objet de nombreux débats en 2011, en amont des prochaines élections législatives prévues en

2013. Le parti de la Chancelière Merkel s’est déclaré en faveur d’un salaire minimum, contrairement à un accord passé avec les Libéraux, lors des dernières élections.

 

Une convention collective d’application générale existe pour le secteur de l’industrie de la viande en Espagne. Elle définit les rémunérations minimales et les conditions de protection sociale des employés. Les entreprises espagnoles ont aussi recours à une main-d’œuvre étrangère importante. Celle-ci est toutefois rémunérée au salaire minimum, qui est bien inférieur au SMIC français. Le coût horaire minimum dans l’abattage-découpe de porc s’établit ainsi à 12 €/h en Espagne, alors qu’il est au minimum de 16 €/h en France.

 

Le coût de la main-d’oeuvre pour abattre et élaborer un kilo de porc dans un atelier type a été simulé. Ce coût est de 0,05 €/kg en Allemagne, 0,07 €/kg en Espagne et 0,085 €/kg en France en raison des différences de rémunérations, toutes choses égales par ailleurs.

Pour compenser ces écarts de coût de main-d’oeuvre, les entreprises peuvent revoir leur organisation industrielle et recourir à une automatisation plus poussée, comme cela est le cas au Danemark. Cela permet d’accroître la productivité du travail et d’améliorer les conditions de travail sur la chaîne d’abattage-découpe. L’automatisation génère toutefois des coûts supplémentaires en maintenance.

Comme le font déjà Vion ou Danish Crown, la délocalisation des activités intenses en main-d’œuvre permet de bénéficier des avantages comparatifs des pays voisins, tels que l’Allemagne ou les nouveaux Etats membres, voire même, pour certaines opérations, l’Asie.

 

Le renforcement de la flexibilité du travail, par le recours à des travailleurs temporaires ou étrangers ou en interne dans l’entreprise en aménageant les temps de travail permet d’adapter les besoins de main-d’oeuvre en fonction de l’activité.

Finalement, une harmonisation des règles sociales au sein de l’Union européenne permettrait de réduire les distorsions entre Etats membres et améliorerait les conditions de travail dans l’industrie de la viande.

 

Voir Compétitivité de l'aval de la filière porcine

Le coût de la main d'œuvre dans l'industrie de la viande en Espagne et en Angleterre

Le ministère de l’agriculture a réuni l'ensemble de la filière le 15 avril 2013 pour élaborer un Plan d’avenir de la filière porcine.

L’objectif est de redonner confiance en l’avenir à l’ensemble des opérateurs constituant la filière. Cela passe par une dynamique collective et coordonnée, l’interprofession étant le lieu permettant de dégager une vision partagée de la filière et une vraie solidarité entre les différents maillons, que les pouvoirs publics accompagneront.

 

Voir Filière porcine : Stéphane Le Foll et Guillaume Garot s'engagent avec les professionnels pour l'avenir de la filière porcine

1) Retrouver un niveau de production de 25 millions de porcs tout en continuant à améliorer l’impact environnemental des exploitations

2) Consolider les secteurs abattage découpe et transformation

3) Mieux encadrer les relations commerciales dans les filières agricoles et agroalimentaires

4) Mieux vendre en renforçant les stratégies de marché

 

Cet article est le 384ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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