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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 23:04

 

L’euro a besoin de confiance pour contrebalancer ses handicaps de naissance

 

Le nouveau gouvernement grec a décidé de négocier avec les instances européennes mais en respectant ses engagements électoraux. Ce qui est en jeu, c’est la sortie (ou non) de la zone euro, le « Grexit ». La bonne question est celle qui est posée par Romaric Godin, ce 11 février, sur le site de la Tribune : Zone euro: qui a le plus à perdre d'une sortie de la Grèce ? Extraits. 

Dans le bras de fer (à distance et via l'Eurogroupe et la BCE) qui se joue, ces jours-ci, entre la Grèce et l'Allemagne, la clé qui décidera in fine de tout, sera la peur du Grexit, la sortie de la Grèce de la zone euro. Sur le papier, personne ne veut de ce scénario, mais dans les faits, tout le monde joue avec la peur de l'autre (…).

Au final, on comprend qu'un Grexit fasse peur à tous. Mais, face au choix, les Européens pourraient penser avoir plus à perdre dans cette affaire que les Grecs qui, rappelons-le, viennent de connaître un enfer économique de cinq longues années.

Dans ce contexte, qui peut changer, il semble donc important de jouer la montre pour les Européens, sans avoir l'impression de trop céder (d'où l'action de la BCE). D'où, sans doute, l'avancée vers une solution temporaire, un "programme pont". Ce programme serait une première victoire pour Athènes : il prouverait qu'on accepterait, côté européen, de négocier...

 

Rappel sur les conditions à réunir pour la réussite d’une monnaie unique entre différents pays. 

Pour savoir s'il est préférable pour plusieurs pays d'adopter une monnaie unique ou de conserver chacun leur monnaie nationale, Robert Mundell (économiste prix Nobel d'économie en 1999) préconise que ces derniers comparent 4 critères qu'il pense obligatoire à uniformiser afin d'adopter une monnaie unique entre eux.

Les 4 critères nécessaires à mettre en place sont : la mobilité des travailleurs (ces derniers doivent être prêts à travailler dans n'importe quel pays de la zone), un mouvement libre des flux de capitaux, une économie diversifiée, un système fiscal qui permet de transférer des capitaux d'un pays à un autre. Si ces 4 critères ne sont pas réunis entre les pays et que ces derniers ont des réactions différentes aux chocs extérieurs, Mundell préconise aux pays de garder leurs monnaies nationales, ce qui leur permet de les faire fluctuer et donc de servir d'outils d'ajustement afin de préserver la stabilité économique du pays.

La zone euro ne respecte pas la plupart de ces conditions. Elle rassemble des pays dont les économies sont trop disparates.

 

Nicolas Gonzales, étudiant, a bien résumé le problème de l’euro (Facebook, 10 février 2015) :

La crise financière de 2007-2008 a constitué un choc exogène qui a déstabilisé l'ensemble de la zone euro, mais qui n'est nullement la cause de ses déséquilibres. Dès 2003-2004, les statistiques montraient la profonde divergence à l'intérieur de la zone euro et l'accumulation de dettes publiques et privées dans les pays du sud pour compenser cette divergence.

La constitution d'une Union monétaire ne rend donc pas une zone monétaire optimale de façon endogène : il est donc nécessaire de voir où nous en sommes des conditions "théoriques" de cette optimalité dans la zone euro aujourd'hui.

Petit rappel : pour qu'une union monétaire puisse, en théorie, fonctionner en situation de circulation imparfaite du capital et des travailleurs, il faut : 
1/ Un mécanisme de redistribution de nature fédérale, richement doté, des zones les plus riches vers les zones les plus pauvres
2/ Une harmonisation fiscale entre les pays composants l'Union monétaire
3/ Une harmonisation sociale entre les pays composants l'Union monétaire
4/ Une même politique monétaire sur l'ensemble de la zone.

Prenons quelques exemples d'actualité : 
1/ Le dernier budget communautaire est en légère baisse, et toujours bloqué à seulement 1% du PIB européen ; le refus d'une Union de transfert est une constante forte de l'Europe du nord
et particulièrement de l'Allemagne, qui ne consent son "aide" à l'Europe du sud que dans le cadre d'institutions para-européennes, de nature disciplinaire et instituant des politiques d'austérité ; le soutien européen aux régions les plus en difficulté s'est dilué avec l'élargissement ; la baisse des taux d'intérêts consécutive au lancement de l'euro n'a fait que renforcer des modèles de développements différents (dans leurs forces et leurs faiblesses) et n'a pas abouti à la moindre cohérence européenne d'ensemble ;

2/ La concurrence fiscale s'est développée au point de favoriser une forte progression de la fraude et de l'évasion fiscale (il suffit de penser à l'affaire HSBC) ; sur la longue période on observe une baisse continue de l'impôt sur les sociétés et des tranches élevées de l'impôt sur le revenu, et une hausse des impôts indirects les plus injustes, et notamment de la TVA ; 
3/ La concurrence sociale se traduit par un dumping permanent, qu'il soit institutionnalisé par des directives communautaires (les travailleurs détachés) où l'oeuvre de politiques de passager clandestin des différents Etats (l'Allemagne des années Schröder). Les politiques de déflation salariale sont aujourd'hui institutionnalisées dans l'ensemble des pays du Sud de la zone ;

4/ La politique monétaire unique des années 2000 n'a pas fait converger les taux d'inflation, ce qui montre qu'une part significative de celle-ci était structurelle et de nature institutionnelle et non monétaire. Les politiques d'austérité ont transféré ces taux d'inflations structurels différents vers une explosion du chômage, aboutissant à des taux d'inflations inférieurs à leur moyenne structurelle (situation qu'on peut déjà qualifier de déflationniste) et donc à des taux de croissance inférieurs à la croissance potentielle.

Ce rapide survol permet de voir que, puisque la zone euro n'est toujours pas une zone optimale, la seule façon d'empêcher son explosion sauvage consiste à institutionnaliser les politiques d'austérité ET de déflation. C'est en ce sens que l'euro est bel et bien la clé de voûte du capitalisme financiarisé dans sa version européenne continentale.

Une Europe fédérale, sociale et solidaire est bien, en théorie, une des possibilités de sortir de la crise, mais ses tenants doivent simplement nous expliquer comment ils comptent inverser le cours bien établi de l'histoire ! A défaut, une profonde flexibilisation de l'institution monétaire en Europe est, de toute évidence, indispensable à tous ceux qui envisagent toujours de transformer profondément l'économie, la société et le politique.

 

Bastien Faudot, dans son intervention lors de la conférence sur le thème « Faut-il sauver l’euro ? », le 28 janvier 2015, à l’Assemblée nationale, a bien précisé : "Il nous faut déterminer si la monnaie unique, dans sa configuration actuelle, est viable économiquement, socialement et au bout du compte, politiquement".

Voir sur son blog : "C'est pour sauver l'Europe qu'il s'agit de transformer l'euro"

Rappel (31 janv. 2015) : Débat organisé par le MRC le 28 janvier : évolutions possibles de l'euro

 

23:30Cet article est le 137ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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Published by Michel SORIN - dans France et Europe
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