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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 23:42

Où trouver de l’argent ? Là où il y en a en masse !

 

La Lettre du Lundi, parue le 30 octobre 2011, faisait la comparaison entre 1789 et aujourd’hui. Le point commun est le manque d’argent dans les caisses de l’Etat. Qu’ont-ils fait en 1789 ? Ils ont nationalisé les biens du clergé. En 2012, il faudra taxer lourdement les très hauts revenus et les grandes fortunes.

En 1789, Talleyrand propose de nationaliser les biens du clergé pour résoudre la « crise financière ». Quels sont les biens du clergé du XXIe siècle ? Comment les taxer ? Pourquoi les taxer ?

 

Les biens du clergé

 

1789 : les impôts ne rentrent plus, les épargnants (le « marché financier » de l’époque) refusent de prêter de l’argent à l’État. La faillite menace le royaume de France.
Pour trouver une solution à cette « crise financière », Louis XVI réunit les États Généraux au mois de mai, avec en tête un seul objectif : trouver de l’argent.
Passons sur les événements et péripéties qui jalonnent les premiers mois des États et arrivons-en au cœur de notre sujet : la résolution de la crise financière.

Au mois d’octobre, un jeune ambitieux de 35 ans, Talleyrand, évêque d’Autun, propose une solution radicale : nationaliser les biens du clergé, dont la valeur représente environ dix fois le montant du budget annuel de la France.
Âprement discuté, le principal argument pour soutenir cette proposition est le suivant : l’immense fortune du clergé s’est constituée à l’aide des dons de l’ensemble des fidèles, c’est-à-dire de toute la Nation. Les biens du clergé doivent donc, en toute logique, revenir à la Nation.
En moins d’un mois, l’affaire est pliée et, le 2 novembre 1789, les biens de l’Église deviennent propriété de l’État.
  
2011 : la croissance économique s’est arrêtée, le chômage progresse, la République croule sous les dettes – plus de 1 800 milliards d’euros – et dépense chaque année une centaine de milliards d’euros de plus qu’elle n’engrange en recettes.
Nicolas Sarkozy, auquel l’Histoire décernera sans doute le titre de plus mauvais Président de la Cinquième République, a multiplié les cadeaux fiscaux à ses amis et obligés depuis le début de son mandat, réduisant d’autant les recettes de l’État. Soudainement paniqué et atteint dans son orgueil de Narcisse à l’idée que la France perde son « triple A » qui rassure ses créanciers, il multiplie les effets de manche et, d’un hebdomadaire « sommet de la dernière chance » aux conciliabules journaliers, il s’agite aussi inutilement que dangereusement.
Comme en 1789, la question reste la même : où trouver de l’argent ? À part augmenter la TVA, raboter quelques niches fiscales et dégrader encore un peu plus le service public, le Président du Fouquet’s ne sait trop que faire. Comme un enfant qui a cassé son jouet, il jure que « c’est pas de sa faute, c’est la faute à la crise ».  

2012 : comme en 1789, il faut désormais envisager des mesures radicales. Mais quels sont, aujourd’hui, les biens du clergé à nationaliser ?
Avant de poursuivre la lecture de ce billet, nous vous invitons au préalable à lire ou relire celui consacré à notre « troisième proposition pour 2012 » : la répartition des richesses.
Dans ce billet, nous avancions deux mesures pour parvenir à une meilleure répartition des richesses dans notre pays. La première consistait à taxer très lourdement, 90 % par exemple, tous les revenus supérieurs à 330 000 € par an. La seconde concernait le capital : dans le cadre d’un impôt imposant toute fortune supérieure à un million d’euros, nous proposions de taxer très fortement tout patrimoine supérieur à 100 millions d’euros.
Aujourd’hui, nous allons plus loin : imposons à 90 % toute fortune supérieure à 100 millions d’euros, réalisant de facto une nouvelle nationalisation des biens du clergé, version XXIe siècle.
  
Quelques chiffres
  
Selon le magazine Challenges, en 2010, en France, 377 personnes ou groupes familiaux détenaient un patrimoine égal ou supérieur à 100 millions d’euros, depuis Bernard Arnault jusqu’au propriétaire de Pixmania ou des vins Chapoutier (voir liste intégrale ici).
Le total de ces 377 fortunes ? Un peu plus de 270 milliards d’euros, soit, à une quinzaine de milliards près, le montant total des dépenses de l’État français en 2011.
  
Nous n’aborderons pas ici la question du « comment employer cet argent », dont la ou plutôt les réponses pourraient remplir plusieurs volumes d’une bibliothèque et susciter des polémiques sans fin. Notre objectif est plus simple : souligner les écarts de richesses ahurissants qui existent dans notre pays et montrer pourquoi, si nous voulons « sauver la République », nous devons réduire ces écarts de façon spectaculaire.
Compte tenu de la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier ces dernières années, le patrimoine de l’ensemble des Français est aujourd’hui estimé à 10 000 milliards d’euros. Quand au patrimoine médian, il est de moins de 100 000 , ce qui signifie que 50 % des Français ont un patrimoine inférieur à ce chiffre.
À l’inverse, 377 personnes ou groupes familiaux, qui doivent représenter un total d’environ 1 200 individus, se partagent 270 milliards, soit environ 716 millions par « personne ou groupe familial » ou 225 millions par individu : selon le mode de calcul choisi, un écart de 1 à 7 160 ou de 1 à 2 250 par rapport au patrimoine d’un « Français moyen »
Imposer une taxation à 90 % au-delà de 100 millions d’euros reviendrait à ramener de 1 à 1 000 l’écart de fortune entre les plus riches et le « Français moyen ». La proposition est donc infiniment plus modérée qu’il n’y paraît de prime abord : nous restons à des années-lumière d’une « société égalitaire ». Et pourtant…
  
« Vous êtes dingue ! »
  
« Taxer à 90 % la fraction du patrimoine supérieure à 100 millions d’euros ? Vous êtes dingue ! C’est une blague ? C’est du collectivisme, tout cet argent est le fruit d’une vie de travail. Pourquoi spolier ces (pauvres) gens ? »
Voilà peu ou prou le type d’objection que l’on entendrait si cette proposition était avancée par un homme – ou une femme – politique d’envergure, un(e) candidat(e) à la présidentielle, par exemple. Pour y répondre, prenons un peu de hauteur.
Nous ne citerons pas ici les nombreux billets qui, sous une forme ou sous une autre, ont abordé et analysé depuis trois ans cette question centrale : la concentration des richesses nous mène droit à la fin de la démocratie.
- D’une part, le véritable pouvoir est déjà entre les mains d’un « réseau » d’environ 2 000 personnes, dont les « 377 » font partie, faisant de notre République une oligarchie, ou plutôt une ploutocratie.
- D’autre part, face à des inégalités de plus en plus criantes, il n’y a déjà plus qu’une solution, ou plutôt trois, pour maintenir l’ordre social : « bourrer les crânes » en abêtissant la populace (laissons crever l’école publique) et en contrôlant la communication (TV, presse…) ; réprimer (la presse encore indépendante, les syndicats, les juges… tous les contre-pouvoirs qui « osent l’ouvrir ») ; diviser, dresser les individus les uns contre les autres (salariés du privé contre « fainéants de fonctionnaires », parents d’élèves contre professeurs, blancs contre noirs et arabes, etc.).
  
Réduire violemment et irrémédiablement (une fois que l’argent est pris, on ne le rend pas !) le gouffre social et financier qui s’est creusé en France est, en définitive, indispensable si l’on veut sauver la démocratie et éviter de poursuivre le chemin déjà entamé vers une république impériale, oligarchique et ploutocratique (pardonnez la pédanterie et la longueur de l’expression). Cette nécessité n’est ni de droite ni de gauche, elle est tout simplement républicaine.

 

Qui rédige La Lettre du Lundi ? Pour le savoir, Cliquer ici

 

Cet article est le 37ème paru sur ce blog dans la catégorie République Parlement.

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Published by SORIN Michel - dans République Parlement
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