Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
  • Contact

Texte libre

Recherche

Courriel

 

 

 

 

Articles Récents

5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 21:29

Début d’une série de crises et recul de la démocratie

 

Les rédacteurs de La Lettre du Lundi avaient prévu la crise grecque dans de précédents articles publiés l’été dernier. Ce 5 novembre, ils font le bilan de ce qui vient de se passer à Bruxelles, à Cannes et Athènes. Aujourd’hui la Grèce, demain la France ? Les rédacteurs (qui ne révèlent pas leur identité, afin de préserver leur tranquillité) n’en doutent pas. Voici leur lettre de ce 5 novembre.

 

τραγδία… tragôidía… tragédie

 

Les récents épisodes de la tragédie grecque ont eu pour principal effet de mettre en lumière, de révéler la nature profonde, les craintes et ambitions des différents protagonistes qui y ont participé.

 

- D’un côté Angela Merkel et la presse allemande – le journal populaire Bild notamment (voir ci-contre une accroche d’article de ce journal que l’on pourrait traduire par « Vendez vos îles, Grecs ruinés, et l’Acropole par la même occasion ! ») – qui traitent Papandréou et les Grecs avec tout le mépris, le dédain et la condescendance dont ils sont capables.

- Au centre, se voulant le plus visible possible, le Prince-Président, soufflé d’orgueil et bouffi de suffisance, qui s’auto-congratule et se considère comme un des dirigeants les plus importants de la planète. Convoquant Papandréou pour le morigéner comme on le fait d’un laquais désobéissant, il roucoule comme une colombe dès qu’Obama lui manifeste la moindre attention.

- Dans la coulisse, le lobby bancaire, mené par Charles Dallara, directeur général de l’Institute of International Finance, qui s’affaire pour que les décisions politiques cadrent avec ses intérêts

Sans oublier tous ceux qui exhortent les Grecs à sortir de l’Union européenne et à abandonner l’euro, rêvant – pour des raisons parfois peu avouables – de précipiter la chute de la monnaie unique.

 

Quelques rappels
  
En premier lieu, ne soyons pas trop étonnés par ce qui se déroule aujourd’hui. Ce scénario, nous l’avions envisagé et décrit dès cet été dans deux billets, Les marches d’Odessa et Timeo Danaos. Nous vous proposons de les relire car, rédigés « à froid » avant le déclenchement de la crise grecque, ils sont vierges de l’influence de la pression du quotidien, qui perturbe bien plus souvent l’analyse qu’elle ne l’éclaire.
  
En second lieu, rappelons le deal proposé à la Grèce le 27 octobre par le trio Merkel-Sarkozy-Dallara :

• Les banques renoncent, sur la base du volontariat, à la moitié de leurs créances sur la dette publique grecque ;

• Un nouveau prêt de 100 milliards d’euros est accordé, sous conditions, à la Grèce d’ici 2014. Les conditions ? Plan d’austérité draconien, privatisations en série et contrôle permanent de la politique budgétaire grecque par une « troïka » composée de représentants de l’Union européenne, de la BCE et du FMI. En clair, une mise sous tutelle économique de la Grèce par des institutions chargées de pérenniser la structure du système financier actuel.

Ceci posé, quels enseignements tirer des événements de ces derniers jours ?
     
Un recul démocratique majeur
  
Papandréou, qui voulait faire ratifier par référendum l’accord ci-dessus mentionné, a du bien vite faire machine arrière devant la réaction et les menaces du lobby bancaire et du couple Merkel-Sarkozy (comme le dit servilement Paris Match, « il s’était attiré les foudres des Dieux européens, le président de la République française Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel »). On ne peut dire aujourd’hui si cet accord aurait été ou non ratifié par le peuple, celui-ci n’ayant plus son mot à dire sur des décisions qui vont changer complètement le sort et l’avenir du pays.
     
Une première victoire du lobby bancaire et financier…
  
À l’inverse, on peut affirmer qu’une bataille importante a été gagnée par le lobby bancaire dans sa volonté de soumettre le politique à ses intérêts. Le meilleur indicateur a été l’évolution en Bourse des actions des banques : à la hausse lorsque l’accord du 27 octobre a été conclu, elles ont plongé à l’annonce du référendum avant de remonter quand Papandréou a jeté l’éponge.
  
De façon très révélatrice, très significative, la plupart des commentateurs ont présenté cet abandon du référendum comme une bonne nouvelle, un « soulagement », se faisant l’écho d’un Christian Estrosi qui avait jugé le recours au peuple « totalement irresponsable ». Ces réactions montrent à quelle vitesse nous sommes en train de sortir du modèle républicain que nous avons connu pour entrer dans une « démocratie sous contrôle », à la russe ou à la chinoise.
     
… en attendant la prochaine
  
Nous en verrons une nouvelle preuve lors des prochaines « crises » qui ne manqueront pas de toucher l’Italie, l’Irlande ou le Portugal… en attendant la France. Dans tous les cas, le discours adressé aux citoyens sera le même que celui qui a été tenu aux Grecs : « tenez-vous à carreau, acceptez ce que nous vous proposons et dîtes merci, sinon ce sera pire encore. »

Lorsque nous avons commencé la rédaction des premiers billets de La Lettre du Lundi il y a près de trois ans, nous nous étions alors définis comme « extrêmement préoccupés par l’évolution que prennent nos institutions, l’économie, les relations sociales et désireux d’offrir aux lecteurs de La Lettre un point de vue et une analyse que l’on ne retrouve pas souvent dans les médias grand public ».
  
Au fil de nos billets, nous n’avons cessé de vous alerter sur ce qui était en train de se préparer : importance croissante des lobbies et, plus particulièrement, du lobby financier ; faillite, mise sous tutelle, voire quasi-disparition des États-nations ; transfert des compétences régaliennes aux TGE (très grandes entreprises) ; accélération du développement des inégalités ; naissance d’une nouvelle aristocratie tirant sa puissance d’une incroyable concentration des richesses ; marchandisation de l’ensemble des activités humaines et de l’homme lui-même ; régressions démocratiques majeures dans les pays occidentaux.
  
Ce qui se préparait est maintenant une réalité. Ce qui arrive aujourd’hui aux Grecs nous arrivera demain, se généralisera demain : ce n’est que la première étape d’un processus qui ne s’arrêtera pas. Pardonnez-nous de nous « auto-citer » une fois de plus mais, pour reprendre l’image utilisée dans Les marches d’Odessa, le landau a commencé sa descente. Pour l’arrêter, il n’y aurait qu’une solution dont la probabilité d’occurrence est quasi-nulle : dynamiter l’escalier.

 

Cet article est le 85ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe.

Partager cet article

Repost 0
Published by SORIN Michel - dans France et Europe
commenter cet article

commentaires