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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:46

Chevènement a souligné l’importance des relations entre la France et la Russie


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C’était un colloque de très haut niveau qui était organisé le 23 septembre 2014 par la Fondation Res Publica, présidée par Jean-Pierre Chevènement (voir la Présentation de la Fondation Res Publica) sur le thème

La Russie en Europe.

Accueil de Jean-Pierre Chevènement et Introduction de Alain Dejammet. Interventions de M. Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica, et M. Alain Dejammet, Président du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

 

La Russie et la grande Europe, quarante ans de recherche. Intervention de Marc Perrin de Brichambaut, Conseiller d’État, Secrétaire général de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) de 2005 à 2011.

 

Les conséquences de la crise ukrainienne sur la position de la Russie en Europe. Intervention de M. Jacques Sapir, Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).

 

La crise ukrainienne. Intervention de Mme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française.

 

Intervention de Jean-Pierre Chevènement *

 

Débat final


* Intervention de Jean-Pierre Chevènement (extrait)


 (…) On a parlé de la russophobie des pays de la « nouvelle Europe » (comme la nommait M. Rumsfeld il y a déjà onze ans), mais elle est très présente aussi dans les pays de l’ancienne Europe. Et, même dans notre beau pays, la liste des organes de presse qui ne peuvent pas être suspects de russophobie serait assez courte. L’information que nous avons ne nous permet pas de comprendre l’ampleur et les conséquences immenses que peut avoir la crise que nous vivons. 

Je ne crois pas que la Russie veuille envahir ni annexer l’Ukraine et je ne vois pas l’intérêt qu’elle aurait à la déstabiliser durablement. Si, comme je le crois, le projet de Poutine est un projet national de modernisation, est-il compatible avec une quasi-rupture des liens avec l’Europe ?  

(…) J’ai écouté ce qu’a dit Jacques Sapir avec l’intérêt que je porte à tout ce qu’il dit et tout ce qu’il écrit car j’ai beaucoup de respect pour son travail, son intelligence, sa compréhension des phénomènes. Je lui dirai qu’il faut se méfier d’un langage qu’on entend souvent chez les Russes qui feignent l’indifférence à l’égard de ces sanctions qui ne les affecteraient pas (« Même pas mal ! »). C’est une posture de défense et, en réalité, ils ne le pensent pas. Si nous devions annuler le contrat sur le navire Mistral, le langage changerait et nous apparaîtrions comme ayant abandonné la politique d’indépendance, et même de souveraineté, qui était traditionnellement la nôtre. Ce contrat, qui ne porte pas sur des armes mais sur une coque non armée, est devenu un symbole. Et l’on sait qu’il est très bien vu dans certains milieux, y compris en France, de faire de l’anti-France. 

Ce que dit Jacques Sapir est juste, Vladimir Poutine a certainement observé la stagnation de l’économie européenne et cela se répercute dans les ventes de gaz russe aussi bien que dans le commerce, dans les deux sens. L’Europe est à l’évidence aujourd’hui une zone de non-croissance par rapport à l’Asie, les États-Unis, les émergents etc. Et tout sera programmé pour réorienter dans une certaine mesure l’économie russe. Mais, comme l’a dit Mme Carrère d’Encausse, les Russes se sentent fondamentalement européens. J’ai quitté Moscou vendredi soir. Les avions vers l’Europe étaient assaillis par des milliers de jeunes Moscovites qui allaient passer leur week-end à Paris, à Londres ou partaient vers le soleil de la Turquie. 

Il existe une classe moyenne dont le sentiment avait complètement changé vis-à-vis de Poutine dont elle était plutôt contestataire. Elle a cessé de l’être à la suite de l’affaire de l’Ukraine. Mais cela peut encore changer. Le développement de ces couches nombreuses, lié à la modernisation de la Russie, était quand même la meilleure promesse de la démocratie. Ces classes nouvelles portent l’évolution vers un style de vie adapté à la vie moderne (je raisonne comme Samuel Pisar autrefois). Sur ce point les Russes ont fait d’immenses progrès, il faut ne pas avoir d’yeux pour ne pas le remarquer. 

Je ne dis pas que tout est parfait et je pourrais critiquer un certain nombre d’orientations mais gardons un jugement équilibré, ne cédons pas à cette idéologie mortifère qu’est une russophobie qui aurait peut-être pu se justifier au temps de Custine [3] mais pas aujourd’hui. Des raisons géopolitiques ont pu intervenir concernant l’Angleterre ou l’Allemagne mais pas la France. Les plaques tectoniques que représentent le monde russe et le monde francophone ne se sont jamais vraiment heurtées. L’expédition de Napoléon en Russie – une erreur – était en réalité dirigée contre l’Angleterre, ce que je rappelle régulièrement aux Russes que je rencontre. Et nous concluons toujours en rappelant que Borodino [4] est célébrée comme une victoire tant par les Français que par les Russes. 

Ce qui se passe est extrêmement grave par les effets économiques, psychologiques, politiques que cela aura dans la longue durée. Le danger est grand si nous voulons faire l’Europe contre la Russie. Pour moi l’Europe est « européenne » (je reprends l’expression du Général de Gaulle) mais elle ne peut pas être une Europe contre la Russie, contre le peuple russe. Nous n’avons pas accepté qu’adhèrent à l’Union Européenne les pays de la « nouvelle Europe » pour qu’ils nous dressent contre la Russie et mettent notre politique étrangère à la remorque d’impulsions que nous pouvons certes comprendre, en raison de leur histoire propre, mais que nous ne pouvons pas faire nôtres. 

Quand on examine les sanctions, quand on observe la peur des banques (l’amende sur la BNP Paribas, qui fait jurisprudence, n’a pas été critiquée politiquement puisque la banque a plaidé coupable), on constate que les États-Unis sont en train de s’octroyer un pouvoir normatif, s’ils ne l’ont pas déjà. Je songe aux normes Itar (International traffic in armes regulations) sur les composants américains. Quel produit exportons-nous qui ne comporte pas un composant américain ? Avec le traité transatlantique, nous allons assister à un transfert du règlement des litiges entre les entreprises et les États vers les juridictions américaines ou soumises à l’influence des États-Unis. Il y a donc un monde de normes qui correspond à la vision « The West against the Rest », l’Occident contre le reste, c’est-à-dire contre les émergents. C’est un non-sens complet du point de vue des intérêts de la France. 

L’intérêt de la France est d’être un pont entre l’Occident, dont nous sommes une partie originale, et le reste du monde, les autres nations. Nous sommes naturellement des « universalistes », nous ne sommes pas des « occidentalistes ». Ou alors nous avons fait la Révolution française pour rien ! 

Le moment est grave et la prise de conscience est vraiment très difficile étant donné ce qu’est l’information dans le pays. Un concours d’émulation est engagé avec la Russie de Poutine pour savoir qui est le mieux informé – ou le mieux désinformé – mais il est certain qu’aujourd’hui nous n’avons pas les éléments qui nous permettent de juger de manière approfondie. Plus que le problème de l’Ukraine, plus que le problème des relations entre la Russie et l’Europe, cela pose le problème de la Russie et de la France et du sens du projet d’Europe européenne auquel la France, que je sache, n’a pas renoncé. 

Cet article est le 192ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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Published by Michel SORIN - dans CHEVENEMENT
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