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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 23:56

France : le résultat est bon, mais peut mieux faire

 

Colloque agriculture Res Publica 71111 151 TLucien Bourgeois*, qui était l’économiste des Chambres d’agriculture, membre de l’Académie d’Agriculture, a écrit un article publié dans la revue Paysans, n° 340, juillet-août 2013.

* Rappel : Lucien Bourgeois et l'efficacité du système productif agricole français - 23 mai 2013 

MARS : débat sur les marges de manoeuvre pour la France dans la PAC - 22 mai 2013 

Agriculture : L Bourgeois compare l'histoire de la France et de l'Allemagne - 21 mai 2013

 

Dans cet article, il analyse les résultats du commerce extérieur de la France en agroalimentaire. Derrière les bons résultats du secteur des céréales, se cache des questions. Le solde est positif en 2012 (6,2 milliards d’euros). Mais, contrairement aux vins et boissons, l’essentiel des exportations concernent le marché interne européen (4 milliards d’euros d’excédent). Le solde 2012 sur les pays tiers n’a été que de 2,2 milliards d’euros. Sachant que le principal objectif de la réforme de la Pac de 1992 avait été de permettre aux producteurs français et européens de devenir plus compétitifs sur les marchés mondiaux, il y a lieu de poser la question des aides directes pour les céréales, qui ont été de plus de 3 milliards d’euros en 2012. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?...

 

Commerce extérieur agroalimentaire : la France pourrait mieux faire. Elle devrait miser davantage sur l’exportation des produits à haute valeur ajoutée.

 

Il y a des mythes qui fonctionnent bien. La France est un grand pays agricole. Il semble logique qu’elle puisse exporter de nombreux produits alimentaires dans le monde entier.

De fait, on a tout lieu d’être satisfait puisque le solde du commerce extérieur dépasse 12 milliards d’euros en 2012 et vient opportunément combler une partie du déficit structurel en matière énergétique, mais aussi ceux de trop nombreux autres secteurs industriels touchés par la délocalisation.

En fait, il n’y a pas de quoi pavoiser pour la majorité des secteurs de l’agriculture française. L’excédent agroalimentaire de notre pays est essentiellement dû aux vins et boissons. Pour le reste, la France s’est spécialisée dans les matières premières et peine à développer des stratégies de conquête des marchés pour les produits à haute valeur ajoutée. Peut-être serait-il opportun de s’interroger sur la manière dont on utilise, dans notre pays, le budget de la PAC.

 

DES RESULTATS GLOBALEMENT IMPRESSIONNANTS

 

Les derniers résultats du commerce extérieur agroalimentaire sont impressionnants. Le record historique de 2011 est consolidé et même légèrement dépassé. Avec plus de 12 milliards d’euros, ce brillant résultat permet au secteur agricole d’arriver en seconde position après l’aéronautique (+20 milliards) et avant la parfumerie, cosmétique (+7,5 milliards). Malgré ces excédents considérables, la balance commerciale française globale reste très déséquilibrée avec un déficit global de 67 milliards d’euros. Un tel niveau de déficit n’est pas durable et entraînera nécessairement des problèmes monétaires.

Il sera indispensable de le réduire à l’avenir en cherchant à diminuer notre dépendance énergétique, certes, mais aussi à regagner les parts de marché que nous perdons régulièrement à cause des délocalisations. Mais, outre les réajustements monétaires ou les mesures de TVA ou de protection par rapport aux importations, il existe des marges de manoeuvre possibles. Il faudra prendre les moyens de mieux positionner les produits français sur les créneaux porteurs afin que la valeur ajoutée soit suffisamment importante pour pouvoir payer des heures de travail à un prix permettant d’assurer notre niveau de vie.

Dans le secteur agricole, comme dans les autres, cela supposera d’adopter des stratégies plus combatives à l’avenir pour aller chercher cette fameuse valeur ajoutée dont nos partenaires allemands semblent avoir le secret. Le secteur agroalimentaire offre, de ce point de vue, un champ d’investigation intéressant. Commençons d’abord par rassurer nos concitoyens souvent mal informés qui finissent par croire que, même dans le secteur alimentaire, les Allemands sont devenus plus performants que les Français.

En fait, nos voisins d’Outre-Rhin exportent effectivement plus que nous mais comme ils importent beaucoup plus, ils ont un déficit du même ordre que notre excédent, soit environ 12 milliards d’euros en 2012.

Mais, avant de faire des comparaisons entre pays européens, analysons les résultats français du commerce agroalimentaire.

 

LES VINS ET BOISSONS, VALEURS SURES DE LA FRANCE

 

Malgré les doctes rapports tous plus alarmistes les uns que les autres sur l’arrivée de nouveaux concurrents pour la production de vin dans le monde, la France reste un des acteurs majeurs de ce secteur sur les marchés mondiaux.

L’excédent vins et boissons a été de 11 milliards d’euros sur un total de 12 en 2012 ! On peut produire du vin moins cher dans de nombreux pays mais ce n’est pas avec le vin ordinaire qu’on peut faire de la valeur ajoutée. Les entreprises françaises ont un savoir-faire dans les industries du luxe et ont su l’adapter pour la vente des vins et alcools.

Dans ce secteur, nous savons depuis longtemps que les stratégies de volume sont souvent contre productives. Les quantités de vins produites en France n’ont pas augmenté depuis 50 ans mais que la part du vin a plus que doublé en valeur réelle dans le chiffre d’affaires de la ferme France.

C’est le contraire dans la plupart des autres secteurs où l’on a privilégié les quantités au détriment du prix de vente. Une chose est sûre, cette philosophie privilégiant la montée en gamme, la qualité d’origine, le terroir, la diversité quasi infinie des appellations s’est révélée très performante. Elle a pourtant été très souvent raillée comme exemple de l’éternel esprit de clocher de ces Français incapables de s’adapter aux exigences de l’économie moderne. Or, c’est justement cette politique de terroirs qui permet à l’ensemble du secteur agroalimentaire d’apparaître comme un de nos trop rares succès à l’export au même titre que l’aéronautique, la parfumerie ou la cosmétique. Soulignons au passage que les bons résultats des vins et boissons sont encore plus éclatants sur les seuls marchés des pays tiers. Sans ce secteur, le solde agroalimentaire français hors Union européenne serait négatif de 400 millions d’euros alors qu’il est positif de +6,7 milliards d’euros.

 

DES CEREALES FRANÇAISES TRANSFORMEES EN ALLEMAGNE

 

Il convient de se poser quelques questions sur les bons résultats du secteur des céréales. Leur solde est positif de 6,2 milliards d’euros en 2012. Mais, contrairement aux vins et boissons, l’essentiel des exportations concernent le marché interne européen (+4 milliards d’euros). Le solde 2012 sur les pays tiers n’a été que de 2,2 milliards d’€.

Rappelons que le principal objectif de la réforme de la Pac de 1992 avait été de permettre aux producteurs français et européens de devenir plus compétitifs sur les marchés mondiaux. Sachant que les aides directes pour les céréales ont été de plus de 3 milliards d’€ en 2012, on peut se demander si le jeu en vaut la chandelle !

Mais on peut aussi se poser la question pour les exportations de céréales vers l’Union européenne. Est-il opportun de réserver une part aussi importante des aides disponibles dans le cadre de la Pac pour encourager les exportations de céréales françaises vers les pays européens ? En vendant ses céréales, la France fait le pari qu’un pays riche peut adopter une stratégie gagnante en vendant des matières premières alors que tout démontre le contraire quand on examine les résultats du commerce extérieur de tous les pays du monde. L’exemple allemand est intéressant à cet égard. En matière industrielle, ce pays a adopté une stratégie de montée en gamme de ses produits. Cela s’est révélé très efficace pour l’équilibre de sa balance commerciale des échanges extérieurs.

Dans le domaine agroalimentaire, ce pays a un handicap considérable par rapport à la France. Il dispose de deux fois moins de surface cultivable par habitant ! Il a su néanmoins exporter plus de produits alimentaires que la France grâce à la mise en place de filières industrielles compétitives. Les Allemands ont développé, avec les céréales françaises, une industrie très performante pour l’ensemble des viandes. A l’inverse, les filières françaises de la volaille et du porc sont en crise profonde et connaissent des déséquilibres grandissants en matière d’échanges extérieurs. Il est dommage que cela n’incite pas à réorienter les soutiens de la Pac dans leurs directions surtout au moment où les hauts prix actuels des céréales auraient permis de faire ces modifications sans mettre en péril l’équilibre économique des exploitations spécialisées dans leur production.

 

LES EXCEDENTS IMPORTANTS DES PRODUITS LAITIERS ET DU SUCRE

 

A noter, aussi, dans les résultats du commerce extérieur de 2012, d’excellents résultats sur des produits à plus haute valeur ajoutée que sont les produits laitiers et le sucre. Le solde positif des produits laitiers dépasse 3 milliards d’€ et la part exportée sur les pays tiers augmente d’année en année et atteint 1,4 milliard d’€ en 2012, soit les deux tiers du solde céréales. Le solde positif du sucre est d’1,5 milliard d’€ et il est essentiellement réalisé dans l’Union européenne.

Mais la France connaît des déficits importants parfaitement compréhensibles comme le café, le thé et le cacao (1,6 milliard d’€). Il est plus difficile de s’expliquer le très important déficit des fruits de plus de 2 milliards d’€, même si une partie est due aux importations de fruits tropicaux.

Comment s’expliquer aussi le déficit de 600 millions d’€ pour les légumes et celui de 2,5 milliards d’€ pour les poissons et crustacés alors que notre pays est baigné par les mers et les océans et qu’il ne manque pas de ports de pêche. Même remarque sur le tabac qui connaît un déficit croissant de 1,4 milliard d’€ alors que sa consommation diminue.

 

LES PAYS-BAS : UN EXEMPLE A SUIVRE

 

Les Français pourraient méditer à ce sujet les résultats obtenus aux Pays-Bas. En 2012, le solde positif agroalimentaire de ce pays a été deux fois plus important que celui de la France avec 25,3 milliards d’€. Sa seule stratégie a été celle de la valeur ajoutée. On rêve d’une politique d’exportation de produits agricoles français avec des méthodes hollandaises. Peut-être cela conduirait-il à une politique d’aides Pac avec des objectifs différents plus orientés vers la valeur ajoutée et l’emploi. Comment accepter que les déficits français des filières fruits et légumes se creusent d’année en année ? C’est pourtant vers ce type de produits que tous les médecins poussent les consommateurs. Ne serait-il pas possible d’utiliser une partie des aides pour permettre à ces secteurs de s’organiser pour mieux répondre à cette demande sociétale prégnante ?

Les vins et boissons ont montré la voie à suivre. Il y aurait intérêt à changer de politique. La demande des consommateurs ne porte plus sur des matières premières indifférenciées mais sur des produits adaptés à chaque type de consommateurs. Les succès à l’exportation de l’industrie allemande montrent aussi que la production de masse ne permet plus de rémunérer la main-d’oeuvre des pays riches.

L’exemple historique de l’Argentine mérite qu’on s’y arrête un instant. Ce pays a, à peu près, la même situation géographique en latitude que les Etats-Unis. Les Argentins ont longtemps cru que cela leur permettrait de s’enrichir en devenant un grand pays exportateur de produits agricoles bruts. En revanche, les Etats-Unis ont adopté une politique très différente. Ils n’ont pas favorisé leurs grandes exploitations agricoles du Sud. Ils se sont polarisés sur la production industrielle. On ne peut pas dire que le résultat ait été favorable à l’Argentine ! La vente de matières premières a rarement été une opération lucrative à long terme.

 

SE FIXER DES OBJECTIFS PLUTOT QUE DE SUBIR UNE HISTOIRE

 

Les résultats de notre commerce extérieur en 2012 devraient faire partie des critères utilisés pour évaluer l’impact des aides de la Pac. En France, nous avons privilégié une approche historique qui a transformé, petit à petit, les aides en une sorte de rente foncière. Le moins que l’on puisse dire est que cette approche n’est pas toujours en cohérence avec l’efficacité économique. On pourrait tout aussi bien s’interroger pour savoir si ces aides sont en rapport avec l’emploi, l’aménagement du territoire ou la préservation de l’environnement. On peut quelques fois en douter. On aurait pu espérer que la nouvelle Pac 2014-2020 apporte des changements salutaires. Cela ne semble pas être le cas pour les orientations globales. Mais, contrairement à une idée reçue, les Etats ont beaucoup plus de marges de manoeuvre qu’on ne le dit. Rien n’interdirait donc que le gouvernement français cherche à améliorer l’efficacité des aides au regard de critères économiques comme les exportations, la valeur ajoutée dans l’ensemble des filières ou l’emploi, ou de critères autres comme le territoire, la santé ou l’environnement. L’essentiel est qu’on se fixe des objectifs consensuels pour l’avenir plutôt que de subir une histoire de plus en plus lointaine. Edgard Pisani disait qu’il en était des politiques agricoles comme du temps pour les agriculteurs. Le mauvais temps est le temps qui dure. Les mauvaises politiques sont celles qui ne changent pas !

 

Cet article est le 398ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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