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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 23:00

Quelle politique énergétique pour la France et l’Europe ? 

 

La Fondation Res Publica (Voir Présentation de la Fondation) annonce un prochain colloque de grand intérêt sur le thème de l’énergie.  

La France et l'Europe dans le nouveau contexte énergétique mondial  

Lundi 17 Juin 2013 à 18h - 28 rue Saint-Dominique 75007 Paris.  

Avec la participation de :
- Olivier Appert, président du Conseil français de l'énergie (section française du World Energy Council)
- Jean-Paul Bouttes, directeur de la Stratégie et de la Prospective et Chef économiste du Groupe EDF
- Thierry de Montbrial, directeur de l’IFRI

- Etienne Beeker*, économiste de l'énergie, auteur de "La transition énergétique allemande est-elle soutenable ?" (Note d'analyse du Centre d'Analyse stratégique, n° 281, septembre 2012)
- Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica

 

* Etienne Beeker a cosigné (avec Jean Syrota) cet article publié le 6 mai 2013 par Les Echos :

 

  Transition énergétique : le contre-modèle allemand  

 

L’Allemagne a fondé son développement industriel sur le charbon (houille et lignite), dont elle continue à subventionner la production Aujourd’hui encore, rien que pour assurer 45% de sa production d’électricité, elle en consomme plus de 200 millions de tonnes par an qui sont la première source des fortes émissions de CO2 du pays. Ainsi, en moyenne, un citoyen allemand émet moitié plus de ce gaz à effet de serre qu’un citoyen français (10,3 tonnes par an contre 6,3), pour une consommation d’énergie et un niveau de vie comparables.

L’action du gouvernement allemand, ces dernières années, dans le domaine de l’énergie, a été axée principalement autour de :

- la construction de 23 centrales électriques au charbon,

- l’inauguration d’un nouveau gazoduc, Nordstream, permettant des importations massives et directes de Russie,

- un fort développement des énergies renouvelables intermittentes (éolien et photovoltaïque) et de la biomasse avec des cultures dédiées

- une attitude cahoteuse et imprévisible concernant l’avenir du nucléaire, qui faisait l’objet d’un consensus favorable jusqu’en 1998 ; une coalition SPD-Verts planifie alorsla sortie progressive du nucléaire, avec 2020 comme échéance. En 2010, le gouvernement dominé par la CDU prolonge la durée de vie des réacteurs jusqu’en 2036 puis, après l’accident de Fukushima, en 2011, ramène cette date à 2022 et fait arrêter huit réacteurs, dans le cadre d’une transition énergétique, ou « Energiewende ». L’Energiewende : une gigantesque ambition nationale et déjà des interrogations.

 

Ce programme acte l’abandon du nucléaire en Allemagne, mais projette également, d’ici 2050, celui des énergies fossiles (lignite, charbon, pétrole et gaz, qui ont produit plus de 60% de l’électricité en 2012), pour les remplacer par des énergies renouvelables (ENR). Il doit surmonter d’ores et déjà des difficultés considérables, même pour un pays qui ne manque ni de capacités financières, ni de compétences technologiques et qui a pu compter jusqu’à présent sur la mobilisation de ses citoyens :

- la population supporte de plus en plus difficilement un prix de l’électricité qui ne cesse de grimper,

- la production des ENR (éolien et du solaire), par nature intermittente, engendre déjà une très forte volatilité, difficile à gérer, de la puissance produite et des prix ; elle a aussi pour effet de réduire le temps de fonctionnement des centrales à gaz au point de les rendre non rentables, ce qui favorise l’usage du charbon (dont le prix est en baisse, en raison de l’arrivée sur le marché de la production de gaz de schistes aux Etats-Unis),

- les quatre grands électriciens nationaux sont fragilisés, alors qu’ils fournissent la plus grande partie des besoins du pays avec leurs centrales conventionnelles, fermant des unités de production et licenciant massivement du personnel,

- l’Allemagne est en passe de perdre le pari industriel qui visait à mettre sur pied une filière solaire. La concurrence chinoise, conjuguée à la baisse des subventions à cette énergie, ont eu raison des principales start-up du pays, présentées naguère comme des fleurons technologiques,

- il faut construire les milliers de km de nouvelles lignes indispensables pour acheminer la production des ENR, spécialement celle des éoliennes implantées massivement en mer dans le nord-ouest de l’Allemagne, alors que la consommation est élevée dans le sud-est ; le raccordement des éoliennes de la mer du Nord prend dès à présent de longs retards.

Peter Altmaier, ministre fédéral chargé de l’environnement, dans une déclaration faite à la Frankfurter Allgemeine Zeitung le 19 février dernier, a annoncé que mille milliards d’Euros seront nécessaires à l’Allemagne d’ici 2030-2040, pour la seule sortie du nucléaire.

 

Un coût global qui serait insupportable par la France

Ce chiffre est astronomique - il correspond à la moitié du PIB français, mais il ne concerne que 22 tranches nucléaires, alors que la France aurait 58 tranches à arrêter. La France pourrait-elle supporter de perdre un an de PIB réparti sur 40 ans, soit 2,5 points par an ? Si la riche Allemagne disposant d’un excédent commercial important a peut-être les moyens financiers de son aventure énergétique, la France, endettée de presque un an de PIB et cherchant à réduire cet endettement, souffrant, de plus, d’un déficit commercial inquiétant, a toutes chances de ne pas les avoir.

Les tarifs de l’électricité favorables aux ménages en France, favorables à l’industrie en Allemagne ; l’avenir de l’industrie française en jeu

 

Il faut également tenir compte des cultures tarifaires spécifiques à chacun des deux pays. Si la France bénéficie, grâce à l’hydraulique et au nucléaire, de prix relativement bas de l’électricité, c’est le secteur résidentiel qui en a le plus profité ; le chauffage électrique a été la cible commerciale d’EDF depuis le début des années 1970 et, pour l’atteindre, le tarif domestique n’a pas intégré le surcoût de la production de l’électricité en hiver ; ainsi, la France est l’un des très rares pays européens où le chauffage électrique s’est massivement développé. Mais, en contrepartie, l’industrie n’a pas bénéficié des prix aussi bas qu’elle aurait dû ou pu avoir. La stratégie allemande est inverse : pour elle, la compétitivité est un enjeu primordial ; les coûts de l’électricité sont globalement plus élevés qu’en France, mais l’industrie est relativement protégée aux dépens des ménages. Ainsi, les particuliers paient leur kWh deux fois plus cher en Allemagne qu’en France, alors qu’en moyenne l’industrie allemande paie son électricité seulement 20% plus cher que l’industrie française. Bien plus, certains industriels électro-intensifs allemands bénéficient d’un prix de l’électricité moins élevé que leurs homologues français grâce à d’importantes exonérations, une rémunération importante de leur interruptibilité et un tarif d’accès au réseau fort avantageux.

L’arrêt du nucléaire se traduira par une augmentation massive du prix de l’électricité. Qui va payer ? Il suffit d’évoquer les débats qui agitent notre pays chaque année lorsque le prix de l’énergie doit augmenter tant soit peu, que ce soit pour le gaz, l’électricité ou les carburants et les dispositions sans cesse renforcées afin de réduire la précarité énergétique, pour pouvoir affirmer que les particuliers continueront d’être largement protégés, ce qui se traduira par une perte importante de compétitivité pour notre industrie qui en manque déjà.

L’avenir de nombreux secteurs industriels français est en jeu : ainsi, les industries du papier, de la chimie minérale, des fibres artificielles, des métaux non-ferreux et de la fonderie sont à la fois très énergivores et soumis à la concurrence internationale. Elles représentent 3,5% des emplois industriels actuels. L’examen des comptes sociaux industriels représentatifs de ces filières révèle que le prix de l’électricité constitue un des éléments majeurs de leur compétitivité.

 

Des destructions d’emplois en perspective

L’emploi et, ajoutée récemment, la compétitivité des filières industrielles françaises font partie des thèmes centraux du débat national sur la transition énergétique amorcé en novembre dernier. Ce qui précède montre qu’un avenir énergétique en rupture trop importante aurait un coût insupportable qui mettrait à mal la compétitivité de notre économie. Cependant, pour certains, souvent sans qu’ils étayent leur point de vue de la moindre analyse coût-bénéfice, la transition énergétique constitue a contrario une opportunité créatrice d’emplois et de filières d’avenir, ce qui suffirait à la justifier.

Le Centre d’Analyse Stratégique a certes montré que la création d’emplois directs liée au développement et à l’installation de parcs éoliens et photovoltaïques dans un scénario de sortie du nucléaire ferait plus que compenser les destructions d’emplois dans la filière électronucléaire. Mais en ce qui concerne l’impact sur l’économie dans son ensemble, les études montrent que la transition énergétique conduirait in fine à des destructions d’emplois en raison d’un double effet-prix, négatif sur l’économie : d’une part, la perte de pouvoir d’achat des ménages (augmentation de la facture d’électricité), d’autre part, la perte de compétitivité des entreprises. Si lors d’une première phase keynésienne (2010-2020), les investissements immédiats dans l’éolien, le photovoltaïque et les centrales thermiques généreraient des emplois directs en France, la perte d’emplois induits dominerait largement à horizon 2030. Ainsi, en amorçant une réduction de la part du nucléaire dans l’énergie produite, les effets de relance de l’investissement seraient contrebalancés dès 2020 par l’impact négatif sur l’emploi de l’augmentation des prix de l’électricité.

 

Un contre-modèle

Pour l’instant, l’Allemagne a réussi ce tour de force de faire rêver des activistes de l’environnement, tout en étant le plus gros émetteur de CO2 d’Europe, avec des émissions actuellement en hausse. Mais des points de vue critiques apparaissent, y compris en Allemagne. .Ainsi, le journal « die Welt » écrivait récemment: « nous avons, sans analyse ni planification préalable, englouti des milliards dans les niches technologiques les moins rentables. Ce n’est pas ainsi que se présente un modèle de politique énergétique digne de ce nom ».

Jean Syrota est l’ancien président de la commission énergie au Centre d’analyse stratégique. Etienne Beeker est économiste de l’énergie.

 

Voir aussi La transition énergétique à l'allemande critiquée, la France cherche son modèle (Le Monde, Anne Eveno et Gilles Paris, 25 mai 2013).

Deux jours après un rendez-vous des chefs d'Etat et de gouvernement européens consacré en partie à l'énergie et pauvre en résultats, le rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) sur la stratégie allemande, publié vendredi 24 mai, met en évidence la primauté des choix nationaux, mais aussi leurs limites. Comment avoir la garantie d'une énergie propre et bon marché ? Cette ambition vertueuse de Berlin alimente les doutes de l'agence internationale qui n'en discute pas l'objectif, mais les modalités.

 

Rappel : Accumulation de CO2 : le collectif Sauvons le climat réagit et s'inquiète - 14 mai 2013

Sauvons le climat s'est prononcé en AG pour le réalisme énergétique - 15 avril 2013

Débat sur la transition énergétique pour une loi de programmation 2013 - 29 novembre 2012 

 

Cet article est le 72ème paru sur ce blog dans la catégorie Climat énergies environnement

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