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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 22:01

Bras de fer entre Angela Merkel (CDU) et Sigmar Gabriel (SPD)

 

Près de trois mois de réflexions et de négociations ont abouti, en Allemagne, à un nouveau gouvernement dirigé par la chancelière fédérale Angela Merkel. Les élections avaient été un succès pour l’alliance de droite CDU-CSU et un échec pour la gauche social-démocrate SPD (voir Elections allemandes du 22 septembre 2013 : recherche de coalitions - 26 septembre 2013). Mais le succès n’était pas abouti puisqu’il manquait six sièges à Angela Merkel pour être réélue sans avoir besoin de faire appel à d’autres partis (le partenaire libéral de la CDU-CSU s’étant liquéfié, n’obtenant pas le seuil d’entrée au parlement).

 

Que penser de ce nouveau gouvernement, en place pour les quatre prochaines années à Berlin (Voir Le nouveau gouvernement allemand (FranceTV info, 16 décembre 2013) ?

Manif Antilles Laval 003 TLe mieux est de consulter le site « Mes Allemagnes » de Jacques Omnès, comme je l’ai fait régulièrement dans le passé avec intérêt (* Voir http://mesallemagnes.net).

 

Je soumets à la réflexion de chacun la conclusion de cet article recommandé par J Omnès Comment Angela Merkel a piégé les sociaux-démocrates (Romaric Godin, La Tribune, 16 décembre 2013) qui évoque la stratégie de la chancelière. 

Ce n'est pas un hasard si en 2009 et 2013, ses deux partenaires de coalition ont, à chaque fois, subi des défaites électorales de grande ampleur. Par le sérieux qu'elle inspire, par son discours ambigu, par ses décisions à double tranchant, la chancelière parvient à canaliser vers ses partenaires le mécontentement. Elle va encore tenter de renouveler cette stratégie cette fois-ci. Un bras de fer s'engage dès ce 17 décembre entre elle et Sigmar Gabriel. Ce dernier est certes également subtil : il l'a montré en laissant Peer Steinbrück brûler sa carrière dans la campagne et en émergeant comme vainqueur sur les ruines de la défaite. Mais il s'attaque à un roc.

Les Sociaux-démocrates semblent sortir vainqueurs de la formation du gouvernement Merkel III. Mais la chancelière pourrait n’avoir cédé que pour mieux avancer.

A la lecture des principaux commentaires qui ont suivi l'annonce de la formation du gouvernement Merkel III, la cause semble entendue. En faisant peser la menace d'un « non » de sa base et, partant, d'une crise politique inédite en Allemagne, les Sociaux-démocrates sont parvenus à imposer leurs vues à Angela Merkel. La SPD, malgré un score électoral des plus décevants de 25 % le 22 septembre dernier, serait ainsi parvenu à dicter sa loi à une Union CDU/CSU qui avait engrangé 42 % des voix et à qui il ne manquait qu'une poignée de sièges pour obtenir la majorité absolue. Pour preuve : les Sociaux-démocrates sont parvenus, malgré la disproportion des forces, à obtenir plus de portefeuilles que la CDU… C'est, comme le sous-entend ce lundi matin le très libéral directeur de la rédaction du Handelsblatt, Gabor Steingart « la victoire des perdants. »

Feindre de céder pour se renforcer

Ce scénario semble acquis par la plupart des observateurs. Mais c'est un peu oublier qui est Angela Merkel : une des plus fines politiques d'un temps qui, il est vrai, n'en compte guère. Si l'on observe la carrière de l'ancienne physicienne est-allemande, on comprend que, comme le roseau, elle peut plier, mais qu'elle ne rompt guère. Depuis 2005, pas un de ses actes, pas une de ses décisions n'a eu pour d'autres fonctions que celle de se faire réélire et de renforcer in fine son pouvoir. Il en est évidemment encore ainsi cette fois-ci.

Un salaire minimum à double tranchant pour la SPD

La stratégie d'Angela Merkel ressemble à une retraite tactique. Elle feint de céder du terrain pour, en réalité, renforcer sa position. C'est ce qui s'est passé sur le salaire minimum, la décision qui sera la plus symbolique et la plus significative de ce nouveau gouvernement. En cédant sous la pression de la SPD, en affectant d'avoir tenté de résister en vain, elle fait de cette décision une décision sociale-démocrate. Aussi ne s'aliène-t-elle qu'à moitié la partie la plus conservatrice de son parti et le monde de l'entreprise. Surtout, si ce salaire minimum coûte cher aux entreprises et à l'économie allemande, s'il fait grimper les prix, si le « miracle allemand de l'emploi » marque le pas, il sera aisé à Angela Merkel de s'en dédouaner et d'en accuser les Sociaux-démocrates. On chantera la chanson habituelle des conservateur d'un SPD n'ayant pas rompu réellement avec son marxisme d'antan, ne comprenant pas les entreprises, etc. Et l'on insistera sur les fruits de la « résistance » de la chancelière : le report à 2017 (autrement dit la date des prochaines élections fédérales) de l'application de cette loi dans de nombreuses branches, notamment ceux des salariés des associations religieuses, qui représentent une part importante. Mais si ce salaire minimum devient une évidence outre-Rhin. S'il ne provoque pas l'apocalypse que certains économistes prédisent, s'il ne nuit ni à l'emploi, ni à la compétitivité des entreprises, alors Angela Merkel n'aura aucun mal à s'en attribuer une partie du bénéfice. Elle pourra souligner combien c'est elle qui, en 2011, a réussi à imposer à une CDU réticente le principe du salaire minimum. Elle pourra rappeler que c'est elle, chef du gouvernement qui aura imposé ce salaire minimum, qui a fait céder les résistances de la droite de la CDU en 2013 lors des négociations de coalition. La gloire de cette « révolution sociale » ne pourra que se refléter sur la chancelière.

Le piège de la transition énergétique

Avec une telle stratégie, Angela Merkel qui rappelons-le, s'est fait très discrète durant les négociations de coalition dans les médias, entend sortir gagnante à tous les coups. Un autre élément vient le prouver : la nomination de son grand rival Sigmar Gabriel au portefeuille de l'Economie et de l'énergie. En attribuant le portefeuille de l'énergie à son rival, elle lui confie la gestion d'un des dossiers les plus délicats de l'Allemagne contemporaine : le tournant énergétique. Sigmar Gabriel va devoir engager la sortie du nucléaire décidée par Angela Merkel après la catastrophe de Fukushima pour 2022. Les chantiers sont immenses : réorganisation du réseau de distribution électrique, gestion écologique et sociale des fermetures des centrales, construction d'un nouveau dispositif de production énergétique. Entre 2011 et 2013, le gouvernement Merkel II n'a pas beaucoup avancé sur ce terrain. Sigmar Gabriel est condamné à agir. Là encore, s'il réussit ce travail de titan, comment son succès ne pourrait pas retomber sur les épaules de la chancelière qui a décidé de ce tournant en 2011 ? Mais s'il échoue, il sera aisé de condamner ces Sociaux-démocrates incapables de mettre en œuvre concrètement leurs beaux idéaux écologiques. Il sera donc temps en 2017 de revenir à du « sérieux » et de… voter CDU, le parti qui avait engagé le tournant écologique avant que la SPD ne vienne tout gâcher. Là encore, Angela Merkel ne peut que sortir gagnante d'une telle situation. En revanche, Sigmar Gabriel devra avancer avec un piège tendu sous ses pieds.

Un portefeuille de l'économie symbolique, mais risqué

Le piège est d'autant plus subtil que le portefeuille de l'économie dont peut s'enorgueillir le patron de la SPD est entièrement vidé de sa substance. Celui qui détermine la vraie politique économique du pays, c'est le ministre des Finances qui, en Allemagne, est même le seul capable de s'opposer à la volonté de la chancellerie. Or, Wolfgang Schäuble, désormais le plus fidèle allié d'Angela Merkel (après avoir été un de ses rivaux les plus sérieux, preuve encore de la force politique de cette dernière) demeure le locataire de la Wilhelmstrasse. La marge de manœuvre de Sigmar Gabriel sera du reste encore plus réduite par l'attribution à la CSU bavaroise d'un ministère du « développement économique. » Bref, le titre économique de Sigmar Gabriel est principalement honorifique. En cas de succès de l'économie allemande, Angela Merkel ne manquera pas de le souligner. Mais en cas de détérioration de la conjoncture, son rival ne pourra pas se soustraire à la responsabilité que son titre lui confère de droit sinon de fait. Déjà, ce matin, Gabor Steingart insiste sur cette responsabilité du successeur de Ludwig Erhard, ministre de l'économie de l'après-guerre et auteur du « miracle allemand. »

Ne rien céder sur l'Europe

On notera cependant, pour finir, que la chancelière a conservé un atout dans la manche. Cet atout, c'est l'Europe. En faisant céder la SPD sur toute la ligne sur ce point, elle entend pouvoir poursuivre une ligne dure qu'ont illustrée les négociations sur l'union bancaire. La nomination annoncée d'une des « dures » de la Bundesbank à la BCE en est une autre preuve. L'ambition de la chancelière est claire : prouver à la partie de l'électorat tentée par le parti anti-euro Alternative für Deutschland (AfD) qu'elle lutte contre toute « union des transferts » et qu'elle défend avant tout les intérêts des contribuables allemands. Pour 2017, les 4,7 % des voix d'AfD et une partie des voix libérales représentent pour elle un réservoir électoral tentant.

2017 en ligne de mire

Si la chancelière prétend vouloir « décrocher » en 2017, ses actes ne semblent guère en cohérence avec ses paroles. Tout se passe comme si elle tentait de renouveler ses succès de 2009 et 2013 dans quatre ans. Aussi Angela Merkel n'innove-t-elle pas. Elle applique la recette qu'elle a déjà appliquée lors de ses deux précédents gouvernements. Ce n'est pas un hasard si en 2009 et 2013, ses deux partenaires de coalition ont, à chaque fois, subi des défaites électorales de grande ampleur. Par le sérieux qu'elle inspire, par son discours ambigu, par ses décisions à double tranchant, la chancelière parvient à canaliser vers ses partenaires le mécontentement. Elle va encore tenter de renouveler cette stratégie cette fois-ci. Un bras de fer s'engage dès ce 17 décembre entre elle et Sigmar Gabriel. Ce dernier est certes également subtil : il l'a montré en laissant Peer Steinbrück brûler sa carrière dans la campagne et en émergeant comme vainqueur sur les ruines de la défaite. Mais il s'attaque à un roc.

*Jacques Omnès a contribué à ces articles en 2012 : L'Allemagne pousse la France à s'aligner sur sa politique d'austérité - 12 novembre 2012 ; Jacques Omnès critique l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder - 4 novembre 2012 ; L'Allemagne, donneuse de leçons d'austérité, cherche à imposer sa loi - 3 novembre 2012 ; Allemagne : des points communs avec la France, selon Jacques Omnès - 9 janvier 2012.

  Cet article est le 61ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

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Published by Michel SORIN - dans Etats Union européenne
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