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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 23:52

Il faut réintégrer les protéines par la voie fourragère

 

Dans les fermes d’élevage traditionnel que j’ai connues dans ma jeunesse (je pense, notamment, à celle de mes parents), la luzerne était bien présente. C’était un fourrage apprécié pour son apport azoté (dans le fourrage et dans le sol) et son intérêt dans l’assolement. La fenaison était parfois difficile, selon la pluviométrie, le risque étant la déperdition en valeur fourragère en cas de mauvais temps prolongé. Il fallait aussi des sols filtrants et riches en calcium pour que les rendements soient bons (plusieurs coupes successives à foin).

Jeune diplômé ingénieur agronome, au début des années 1970, quand j’ai commencé mon activité professionnelle en conseillant les adhérents d’une coopérative d’agriculteurs mayennais sur la façon de produire intensivement des fourrages (maïs et prairies temporaires), la luzerne n’avait plus sa place dans le système fourrager.

Depuis 40 ans, cette remarquable plante est marginalisée parce que, sous la pression des USA, l’Europe a accepté d’ouvrir son agriculture aux tourteaux de soja américain, ceux-ci apportant à bas prix la complémentation azotée au maïs ensilé, plante très productive (à condition de trouver l’eau dans le sol) et mécanisable aisément.

Nous en sommes encore là aujourd’hui mais, pour des raisons économiques et environnementales, le changement semble s’amorcer. Cette légumineuse aux qualités multiples qu’est la luzerne pourrait bien reprendre une place intéressante.

 

Voici plusieurs articles de presse, notamment de L'Avenir Agricole, l'Information Agricole des Pays de la Loire, qui vont dans ce sens.

 

D’abord, le témoignage d’éleveurs laitiers mayennais (L’avenir agricole, Frédéric Gérard, 26 août 2011) : « Moins de maïs et moins de prairies mais plus de luzerne par sécurité »

A Courcité, Marie-Françoise et Luc Brizard font évoluer leur système fourrager dans un souci d’économie. Leur exploitation s’étale sur des sols superficiels. Ils prennent toutefois le temps d’appliquer les changements par touches. Depuis quatre ans, ils ont introduit 5 à 6 hectares de luzerne chaque année dans la rotation. Actuellement : 18 ha de luzerne, 20 ha de maïs, 20 ha de prairies temporaires, 15 ha de prairies naturelles. 30 ha de cultures de vente (avoine, blé, triticale). Surface agricole utile : 110 ha. Deux UTH (unités de travail humain). Quota laitier 330 000 litres de lait. 110 animaux au total (vaches, génisses, veaux de lait).

 

Ensuite, les propos de Konrad Schreiber, ancien agriculteur, agronome, consultant indépendant, dans L’avenir agricole, 23 septembre 2011 :

 

« Il faut réintégrer les protéines par la voie fourragère »

Il s’agit de répondre à la fois à la crise économique et à la crise environnementale. Il y a des pollutions de toutes sortes, une perte de biodiversité et de matière organique dans les sols. Les techniques mises en place par l’agrobusiness ne sont pas si performantes que cela : on est trop dépendants d’un système énergivore basé sur des ressources fossiles à pas cher. Or, on ne tiendra pas le coup face à leur raréfaction. Leur coût va augmenter durablement, ce qui va entraîner une perte de compétitivité.

La première énergie à utiliser, c’est le soleil. Les plantes, avec la photosynthèse, produisent de l’énergie carbonée. L’intensification fourragère passe par l’intensification de la photosynthèse. Il faut capter le plus de soleil, réintégrer les protéines par la voie fourragère.  C’est de l’intensification écologique. Il faut donc sélectionner des plantes très productives.  

L’objectif est l’autonomie ?  

Il faut supprimer le plus possible le soja et l’intrant azoté. En enlevant le soja, je dois retrouver de la protéine dans ma ration : des légumineuses, des protéagineux. L’apport de protéines doit se faire par la plante la mieux adaptée localement. Le maïs soja n’est plus le pivot du système. Les légumineuses (trèfle violet, luzerne, vesce, pois, féverole) doivent constituer 60 % de la ration de base. Le maïs doit retrouver sa place normale, c’est-à-dire 30 à 40 % de l’assolement et non plus 60 %. Le système est alors beaucoup moins en danger, on démarre une sécheresse sans souci avec les stocks de l’année déjà réalisés (…).

 

Et aussi, le témoignage du responsable d’une coopérative de déshydratation de fourrage (L’avenir agricole, 23 décembre 2011, Samuel Maignan, responsable administratif d’une coopérative de déshydratation de fourrage (Coopédom, 650 adhérents)

 

« Conservez vos hectares de luzerne, ses atouts sont innombrables »

 

Contrairement à l’ensilage, la déshydratation de fourrage permet de conserver 100 % de la valeur nutritive des aliments. Notre coopérative Coopédom, basée à Domagné, en Ille-et-Vilaine, transforme 2 000 hectares de luzerne, ce qui représente la moitié de notre activité (les autres aliments déshydratés : ray-grass, prairies temporaires, maïs). Les atouts de la luzerne sont innombrables. C’est une culture qui s’intègre parfaitement dans la rotation. On reste très peu de temps sans culture, entre le blé, l’orge et la luzerne. La luzerne nécessite aussi peu, voire pas du tout, de produits phytosanitaires. De plus, c’est une plante épuratrice. Elle améliore la durabilité des exploitations sur le plan économique, environnemental et sociétal. C’est ce qu’a démontré l’étude Idéa menée cette année.  La luzerne est une culture de choix pour l’autonomie protéique et la qualité de l’eau. C’est aussi une plante intéressante en terme de santé animale. Le problème, c’est que c’est un secteur menacé. La PAC est défavorable aux prairies temporaires. La réforme de la PAC 2003 a supprimé les soutiens publics à la déshydratation (…). Il faut conserver cette culture qui aura un atout incontournable dans le cadre de la nouvelle PAC (verdissement).

 

Et, enfin, deux articles plus récents :  

- La hausse du prix des aliments renforce l'intérêt de la luzerne (Réussir Lait, Véronique Bargain, 20 mars 2013). Des essais et simulations en Pays de la Loire montrent l’intérêt technique et économique de l’introduction de la luzerne sur un élevage laitier, encore plus quand le prix des aliments augmente.  

- La conjoncture renforce l’intérêt de la luzerne en élevage laitier (L’avenir agricole, 2 août 2013, Bertrand Daveau pour Réseau lait des Pays de la Loire)

Dans un contexte de prix élevé de la matière azotée, la luzerne peut présenter de nombreux atouts : elle fixe l’azote atmosphérique, elle a une valeur azotée intéressante, une bonne résistance à la sécheresse. Une culture pertinente pour un élevage laitier en remplacement  d’une partie du maïs, si on tire parti de ses atouts tout en minimisant son point faible : des récoltes multiples, coûteuses et exigeantes en temps de travail.

  

Cet article est le 403ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

 

 

  Quel est l’objectif fixé par le système agronomique que vous proposez ?

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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