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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 23:16

Développer les moyens de la recherche publique

 

La publication des résultats des travaux de recherche menés depuis deux ans par Gilles-Eric Séralini a déclenché des réactions diverses. Voir OGM et herbicides : l'étude de Séralini est un bon début (Le Nouvel Observateur, François Veillerette, 24 septembre 2012).

 

Université d'été MRC 2010 017 TMon ami Arthur Riedacker, directeur de recherche honoraire à l’Institut de la Recherche Nationale Agronomique (INRA), membre du Mouvement Républicain et Citoyen (Val-de-Marne), a saisi l’opportunité pour faire le point, en scientifique, sur les recherches menées dans le domaine des produits phytosanitaires en agriculture et des Organismes génétiquement modifiés (OGM).

 

Voici (sans ses nombreux renvois en bas de page, pour des raisons techniques) le texte qu’il m’a transmis.

 

Cette présentation qui a fait la une de la presse le 20 septembre est l’occasion de faire un point sur l’utilisation des produits phytosanitaires en agriculture et les OGM : leurs effets sur les rendements, sur la santé des hommes, le  rôle des organismes publics de recherche et les politiques à mener.


La tonalité des débats à propos de cette question n’est pas surprenante puisqu’elle concerne la santé de chacun d’entre nous en tant que consommateurs, et bien évidemment, les agriculteurs en tant que producteurs et utilisateurs des herbicides. 

 

Mais il faut aller plus loin et clarifier un peu le débat sur le plan scientifique, sans oublier de prendre en compte les dimensions  historiques, politiques et géopolitiques.

 

Au cours de l’histoire, les herbicides se sont révélés comme de précieux auxiliaires des agriculteurs. La destruction des plantes adventices concurrentes des céréales était devenue indispensable après l’abandon de l’agriculture itinérante sur abatis brûlis des forêts. Ce mode de culture qui évitait d’avoir à désherber était encore pratiqué au début du XXème siècle en Finlande, dans les Ardennes et bien sûr sous les tropiques. Ceux qui ont encore enlevé manuellement les chardons des champs de blé, comme moi en France au début des années 1950, se souviendront de la pénibilité de ce travail et de l’intérêt que présentait alors l’utilisation des herbicides. Désherber est essentiel pour obtenir de bons rendements. Ne dit-on pas par ailleurs qu’un binage vaut deux arrosages ? Seuls ceux qui n’ont jamais manié une bêche l’ignorent ?

 

On découvrit alors que certains herbicides, comme l’atrazine utilisé dans les cultures de maïs, étaient non seulement efficaces, mais aussi assez toxiques et fortement rémanents. Ils descendaient lentement des couches superficielles des sols vers les nappes d’eau, puis réapparaissaient quelques années plus tard dans l’eau. L’utilisation de l’atrazine finit donc heureusement par être interdite. D’autres produits remplacèrent ces premières molécules de synthèse.

 

Mais on connaissait, et on connaît toujours très mal, les effets directs sur la santé et l’environnement  de ces produits, et encore plus mal  les effets indirects des produits issus de  la dégradation de ces molécules. Les recherches de ce type sont onéreuses, longues et également peu gratifiantes quand elles ne sont pas soutenues financièrement et socialement.

 

En 1973, lors d’une réunion de l’IUFRO (Union  Internationale des  Instituts de Recherches Forestières), la Suède avait demandé que l’on étudie l’effet de l’utilisation des herbicides sur la santé des ouvriers forestiers qui les épandaient, et des colles à bois sur la santé des ouvriers des industries du bois. La question était simplement et clairement posée. Comment fut-elle évacuée ? L’américain Jemison, le nouveau  et premier président de l’IUFRO non européen depuis 1892, balaya cette proposition sous prétexte qu’elle concernait tout l’environnement : Elle était par conséquent bien trop compliquée à expertiser !

 

Faute de mieux, il fallut attendre le Grenelle de l’environnement en septembre 2008 et le Plan Ecophyto 2018 recommandant la division par deux, d’ici 2018, des quantités de pesticides utilisés annuellement ! En 2009, la surface  agricole utile (SAU) de la France était de 27,5 millions d’hectares, et selon Eurostat, le nombre moyen de doses homologuées par hectare (IFT) était

·       de 3,8 pour les grandes cultures (sur 45% de la  SAU) 

·       de 12,5 pour la vigne (sur 3% de la SAU)

·       de 17,3  pour les fruits, horticulture et autre  (sur 1,6% de la SAU)

·       de 0,4 pour les fourrages (sur 39% de la SAU)

 

Diviser l’emploi des pesticides par 2 d’ici 2018  est donc un objectif intéressant et à soutenir. Un millier de fermes écoles ont été mises en place pour des formations d’agriculteurs.

 

Les praticiens pensent, d’une part, qu’il sera difficile d’atteindre cet objectif sans pertes de productions. Ils craignent cependant aussi que cela entraîne des distorsions de concurrences, surtout  si les pays voisins ne sont pas soumis aux mêmes normes !

 

Or, l’agriculture « bio »  bien menée, sur des sols ni trop pauvres en éléments minéraux et en humus, demanderait au moins 30% de superficie supplémentaire pour l’obtention de productions totales quantitativement  identiques.

Il faudrait donc, pour les grandes cultures, au moins 3,7 millions d’hectares supplémentaires (ou annuellement de l’ordre de 250 millions de quintaux de céréales en moins). Cette superficie serait  à prendre sur des forêts  et des prairies. Ce qui diminuerait d’autant les capacités de production de bois (y compris de bois de chauffage), et de fourrages tout en augmentant les émissions de gaz à effet de serre ainsi que la nécessité de recourir à plus d’énergies fossiles et au nucléaire pour le chauffage dans l’habitat. Si cette surface supplémentaire ne pouvait être obtenue par défrichement en France, il faudrait donc y diminuer les productions, et par conséquent les exportations de céréales, ce qui aggraverait évidemment davantage les déséquilibres actuels de la balance commerciale de notre pays. 

 

Il y a donc de bonnes raisons de préserver le niveau actuel de production, à condition que ce soit de manière acceptable. Cela prendra du temps. Raison de plus pour s’y intéresser sans tarder. Toutes les molécules n’ont en effet  pas les mêmes effets sur la santé. Il faudrait en particulier mieux connaître la gravité des perturbations endocriniennes  occasionnées par les différentes molécules, ce qui, évidemment, implique des moyens publics conséquents.

 

Et les OGM dans tout cela ? 

 

C’est dans cette approche qu’il faut replacer le débat sur les OGM.  Si la culture de certaines plantes, par exemple de cacaoyer, pouvait permettre de prémunir les plantes contre certains parasites sans nécessiter de recourir à des pesticides, tant mieux, a priori tout au moins pour les consommateurs de chocolat ! Cela permettrait de consommer moins de résidus de pesticides. On peut imaginer de créer  plusieurs sites de résistances sur les chromosomes pour éviter que les parasites dont il faut se protéger ne contournent la barrière ainsi créée.  Mais cela peut avoir d’autres conséquences. On s’est aperçu, par exemple en Chine, que le coton OGM pouvait bien résister aux parasites. Mais l’absence de traitements a entraîné le développement d’autres parasites s’attaquant à d’autres plantes dans le voisinage. Décidément,  les choses ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le souhaiter.

     

Sur le plan politique on doit aussi ajouter quelques commentaires. Il faut, tout d’abord, rappeler que c’est sous la présidence de Bill Clinton qu’ont été développés aux Etats Unis les productions d’OGM via Monsanto. Et cela, sans mise en place de contrôles scientifiques suffisants. Ce qui a permis à cette multinationale états-unienne d’acquérir une place dominante dans le monde.  De telles recherches devraient évidemment être menées par des organismes publics. A la différence des entreprises privées, celles-ci n'ont en principe  pas d’objectifs immédiats de rentabilité susceptibles de justifier des mises prématurées sur le marché de graines OGM ! Il n’y a, aujourd’hui, pas de menaces de famines dans les pays développés. Et dans les pays les moins avancés, la sécurité alimentaire pourrait sérieusement être améliorée avec les techniques agronomiques traditionnelles déjà connues.

 

Dans les années 1920, on n'avait pas encore redécouvert les lois de Mendel. Même les ouvrages français parlaient alors d’hérédité des caractères acquis, comme  tous les néo-lamarkiens de l'époque. Michurin était aussi de cet avis. Cela n'a cependant  pas pu être vérifié. Lysenko, en revanche, avait prétendu que cela marchait. Mais pour cela, il a dû falsifier les résultats ! Les généticiens classiques de l’URSS,  qui étaient alors sans solution miracle pour régler le problème de la faim (bien réel sous Staline),  furent de ce fait mis sur la touche. C'est ainsi que l'URSS a perdu 50 ans dans les recherches génétiques,  en particulier dans le domaine de l'amélioration végétale. (cf. à ce propos l’excellent livre, quoique déjà ancien, de Dominique Lecourt).

 

N’y a-t-il pas des risques du même genre, aujourd’hui, en France ? N’y a-t-on pas  diabolisé les recherches sur les OGM ? D’aucuns n’ont-ils pas arraché des plants de vignes à l’INRA de Colmar et détruit des plants de coton Bt au Cirad de Montpellier.  Comment la recherche peut-elle dans ces conditions se poursuivre ? Comment cela peut-il encourager des jeunes chercheurs à travailler dans ce domaine ? Cela ne va-t-il pas plutôt les encourager à s’expatrier ou à conduire les recherches ailleurs, dans les organismes de recherches internationaux ou aux Etats-Unis ?


Il est  non seulement  normal, mais encore tout à fait souhaitable  que l'on communique les résultats obtenus. L’important est  d’indiquer la méthodologie pour que cela puisse être reproduit. C'est la b, a,  ba de la science. Cette posture est bien évidemment différente de la militance contre les biotechnologies.

Qu'on se souvienne des travaux de Flemming sur l'effet antibiotique de la pénicilline. Comme cela allait à l'encontre des opinions dominantes de l'époque, ses publications ont d'abord été refusées. Heureusement, on n'en est pas resté là... Car on a pu vérifier la validité de ses conclusions.

Dans les années 1970, un  certain "professeur ( ?)" Kervran parlait de transmutation du calcium en potassium. Cela devait permettre de se dispenser d’apports de potassium au champ.  Ses conclusions étaient très connues  de tous les adeptes de l'agriculture biologique. Quand on a voulu reproduire ses essais on n'a pas pu le faire... Mais personne n'en a parlé.

 

Si nous soulignons cela, c’est aussi parce que nous pensons qu’il est très important de distinguer les effets des pesticides (qui a envie de manger des molécules nocives pour sa santé ?) des effets des engrais minéraux. On sait que l’agriculture biologique renonce dogmatiquement aux uns et aux autres. Cela peut servir à faire des progrès dans les connaissances. Mais  au niveau mondial, nous ne pensons pas que l’avenir réside dans le « bio », contrairement à ce qui est parfois affirmé, mais dans la « production d’aliments non nocifs pour la santé », en quantités suffisantes, si possible dans tous les pays.


Il y a quelques années, des chercheurs allemands d'un prestigieux institut prétendaient que les parties aériennes des plantes émettaient du méthane et que cela renforçait l'effet de serre!  On les a vite oubliés.

 

Paul Crutzen - chimiste et prix Nobel pour ses travaux sur les CFC, mais pas agronome -  avait également publié au début des années 2000, avec d’autres collègues, un article dont les grands quotidiens s'étaient empressés de reprendre les conclusions afin de démolir les biocarburants. Or cet article a ensuite été tellement critiqué par la communauté scientifique que les auteurs ont dû en publier un second, dans la même revue scientifique, pour reconnaître (une partie seulement de) leurs erreurs.  Les grands quotidiens ont évidemment superbement ignoré ce deuxième article.


On pourrait citer toute une série de prétendues connaissances scientifiques qui sont véhiculées par les uns et les autres et par divers médias, en particulier par certains journaux très friands de nouvelles sensationnelles.

 

La déontologie voudrait que, quand il y a des expériences ou des conclusions ensuite démenties - parfois par les mêmes chercheurs, le plus souvent  par d'autres chercheurs -  ces mêmes journaux accordent la même place aux démentis. C’est malheureusement trop rarement le cas.

 

Alors, revenons sur la question très sérieuse des OGM. Mais il faut ici au préalable souligner qu’il y a bien d’autres applications des techniques à OGM que le développement de plantes résistantes à certains herbicides dont il est question ici. Comme toujours, il peut y avoir des applications intéressantes, et d’autres à éviter, ou même à interdire. Attention donc aux amalgames ! 

 

Pour cette question des OGM résistants aux herbicides, ce n’est toutefois pas le moment de baisser les bras. La nocivité des produits phytosanitaires, d’ailleurs même sans OGM, peut être bien réelle. Il conviendrait donc, entre autre, d’étudier plus spécifiquement les impacts endocriniens des différentes molécules, ceci afin de produire des aliments « non nocifs pour la santé », sans que cela entraîne des baisses significatives de rendements ou des augmentations trop importantes des coûts de production.  Abandonner ces objectifs pourrait, en effet, favoriser le recours à l’agriculture bio pour les plus riches ! Les autres continueront-ils alors à acheter les fruits sans taches, mais sans savoir combien de pesticides ils contiennent ? Cela suppose donc non seulement des recherches quantitatives et qualitatives, mais aussi des efforts de pédagogie en direction des consommateurs et des producteurs.

 

Si ce maïs OGM abreuvé d’herbicides a des effets sur la santé, comme semble le laisser entendre les expériences venant d’être publiées par l’équipe de M. Seralini, il faut évidemment l’interdire, comme l’a souligné le Premier Ministre. Mais cela ne règle pas tout.

 

Plusieurs commentateurs ont indiqué que, pour le moment, il était trop tôt pour en dire plus. Sur le détail sans doute. Il faut répéter les expériences. Mais cela suppose aussi des politiques de long terme, préservant ou développant sérieusement les capacités de recherches qui s’imposent. Et que les organismes publics soient encouragés à développer de telles recherches, en ayant réellement les moyens de le faire. De cela on parle trop rarement dans les journaux. Il faut donc le souligner fortement ici. Evidement, pour certains journaux, il est « plus politiquement correct » de diaboliser l’augmentation des postes dans la fonction publique. Alors que, dans certains domaines, comme celui évoqué ici, la société aurait bien besoin de davantage de recherche publique. Ce n’est donc évidemment pas seulement, comme on a pu le lire, une question de rapport entre l’argent et la vérité. Ce serait bien trop simple !

 Cet article est le 340ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by SORIN Michel - dans AGRICULTURE et PAC
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