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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 23:48

L’Allemagne a su se protéger pour tirer son épingle du jeu

 

Le club de réflexion MARS (Mouvement agricole et rural solidaire) a été créé en 1983 à l’initiative de Didier Minot et Joseph Racapé. Actuellement présidé par ce dernier, il organise - selon un rythme mensuel - des réunions sur des thèmes différents avec un intervenant ayant produit un livre ou un travail de réflexion (par exemple, voir André Neveu s'alarme de la pénétration du capitalisme en agriculture - 13 février 2013). Pour y participer, me le faire savoir. Je transmettrai à Joseph Racapé.

 

La  prochaine réunion de « MARS » traitera d’un sujet qui occupe une place de plus en plus importante dans les propos des leaders agricoles français ces dernières années « La perte de compétitivité de notre agriculture par rapport à celle de l’Allemagne ». De manière plus concrète, nous nous attacherons à rechercher ce que pourraient être "Les marges de manoeuvre du gouvernement français dans la PAC à la lumière de l'expérience allemande".

 

On répète toujours que tout se décide à Bruxelles et que les Ministres français de l'agriculture n'ont plus aucun pouvoir. On se désole de la concurrence allemande et des nombreux dangers qui guettent les filières animales en France. On ne retient des décisions allemandes que la nécessité d'importer en France leurs turpitudes Bolkestein en baissant les salaires.

N’y a-t-il pas d'autres enseignements à tirer sur la stratégie de filières, la régionalisation des aides ou la façon d'interpréter la législation sur les énergies renouvelables ou l'environnement.

Autrement dit, peut on s'autoriser en France à construire des stratégies nationales efficaces qui correspondent au contexte et aux besoins des agriculteurs et des IAA, ou de la commercialisation ?

 

Controverses Marciac 3et4 aout 2011 076 TLe sujet sera introduit par Lucien Bourgeois (photo : Les controverses de Marciac, août 2011), économiste, membre de l’Académie d’agriculture, qui vient d’écrire dans le dernier numéro (Janvier-Mars 2013) de La Revue politique et parlementaire sous le titre :

 

« L’agriculture française et le syndrome allemand ».

 

L’introduction  

La PAC a été construite il y a cinquante ans maintenant sur l’idée très ambiguë de l’intérêt commun entre une France « agricole » et une Allemagne « industrielle ». Les Allemands acceptaient de payer une part importante des dépenses parce que c’était le prix à payer pour l’ouverture du marché européen à leurs produits manufacturés. Tel était le dogme qui semblait admis par tous.

Dans ces conditions, on comprend le désarroi devant la percée récente des exportations allemandes même dans le secteur des produits agroalimentaires. Est-ce le signe d’un déclin français dans le domaine agroalimentaire ? Est-ce de nature à remettre en cause la stratégie agricole française par rapport à la PAC ?

Une chose est sûre, la stratégie allemande nous montre qu’il y a, dans le cadre de la PAC, beaucoup plus de marges de manoeuvre qu’on ne le dit souvent. Cette interrogation sur les performances allemandes nous permettra de passer en revue les atouts et handicaps de l ‘agriculture française. Mais ce type de bilan n’a d’intérêt que s’il est complété par une analyse des acteurs qui sont avantagés ou pénalisés et si cela conduit à trouver de nouvelles stratégies.

La crise économique qui se poursuit depuis 2008 est le signe que les stratégies anciennes ont trouvé des limites. Il importe de trouver de nouvelles solutions. Cela passe par plus de concertation entre les États. Il n’est pas indifférent que la PAC qui est toujours la seule politique économique commune de l’UE puisse rester un exemple de mutualisation réussie.

 

Le début  

Avant d’examiner les dernières informations concernant le commerce extérieur, nous rappellerons les éléments essentiels de l’évolution de l’agriculture française. On ne peut comprendre certains aspects de l’actualité qu’en comprenant mieux les logiques en présence et les choix qui ont été faits dans la longue histoire de ce secteur resté très important dans la vie politique de notre pays.

 

Une situation géographique privilégiée

Géographiquement, la France est un pays béni des Dieux pour l’activité agricole.

Située de part et d’autre du 45e parallèle, on peut donc y cultiver à la fois les productions du Sud et celles du Nord. Cela donne des avantages considérables pour certains produits comme les fruits, les légumes et la vigne dont certaines variétés peuvent difficilement être cultivées ailleurs que sur une bande très étroite en latitude.

Entourée de mers, ce pays jouit d’un climat tempéré et d’une pluviométrie suffisante. De nombreux massifs montagneux lui permettent un stockage de l’eau et l’approvisionnement de grands fleuves entourés de plaines alluviales.

 

La France dispose de la plus grande surface agricole utile de l’UE avec 27 millions d’ha soit un sixième du total européen. Ramené au nombre d’habitants, cela représente une surface de 0,4 ha par habitant (4 000 m²).

C’est plus que la moyenne européenne (0,33). C’est deux fois plus qu’en Allemagne (0,20) et quatre fois plus qu’aux Pays-Bas. Ce pays ne dispose que de 1 000 m² par hab. C’est exactement le même chiffre que pour la Chine ! La pression foncière est donc nettement moins élevée dans notre pays que dans la plupart des grands pays industrialisés européens.

Cela explique que le prix des terres cultivables soit l’un des plus bas de l’UE.

 

Une histoire favorable à la compétence des hommes et à l’originalité des produits

La Révolution de 1789 a, plus tôt que dans les autres pays d’Europe, permis un développement de la production en diminuant la surface détenue par les propriétaires absentéistes, en attribuant la terre à ceux qui la travaillent et en sécurisant ce changement par un système de propriété privée consignée dans un Code législatif formalisé et respecté.

Le développement de la production a suscité beaucoup d’innovations pour transformer les produits agricoles, les stocker et les commercialiser plus facilement sous forme de fromages ou de charcuterie fumée ou salée d’une extrême variété entre régions. Cela a donné lieu à une culture vivace et bien ancrée sur le territoire autour de la cuisine régionale et de la gastronomie.

 

À l’abri de la concurrence extérieure

Le Royaume-Uni a aboli ses taxes sur le blé (Corn Laws) en 1846. Mais cet exemple n’a pas été suivi en France. Il y a eu une timide tentative d’ouverture des frontières pendant la deuxième moitié du Second Empire et au début de la Troisième République. Cela a duré une vingtaine d’années entre 1860 et 1880. Mais lorsque la concurrence des blés américains ou russes s’est accentuée grâce à la baisse du coût des transports maritimes puis des chemins de fer, les lois Méline des années 1880 ont protégé les agriculteurs français de la concurrence extérieure. Cela a eu pour effet de ralentir l’exode rural. Il y avait encore presque un actif sur trois dans le secteur agricole à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il faudra attendre les années 1970 pour voir apparaître les premiers excédents du commerce extérieur de produits agroalimentaires. La « vocation exportatrice » de la France n’a jamais existé dans l’histoire et les excédents structurels ne datent que d’une trentaine d’années.

 

Une modernisation très rapide depuis la guerre

Les agriculteurs français avaient un retard technique important sur leurs voisins d’Europe du Nord à la sortie de la Deuxième Guerre mondiale. En quelques décennies, le retard a été rattrapé. Le graphique sur l’évolution du rendement du blé montre clairement le changement brutal qui a eu lieu depuis la fin de la guerre. En cinquante ans, la population active agricole a été divisée par quatre en passant de 3 millions en 1970 à 750 000 en 2010.

La part de la population active qui travaille dans l’agriculture est donc tombée à moins de 3 % et la part de l’agriculture dans le PIB est inférieure à 2 %.

Sur le plan des structures, l’évolution a aussi été extrêmement rapide. Les exploitations agricoles françaises sont désormais parmi les mieux structurées d’Europe. Il n’en reste plus que 490 000 en 2010 avec une surface moyenne de 55 ha contre 19 en 1970. La moyenne européenne n’est que de 15 ha. Il y a en effet encore 12 millions d’exploitations dans l’UE à 27 pour 170 millions d’ha.

Malgré cette division par quatre du nombre d’actifs dans les cinquante dernières années, la production a doublé en volume grâce à un accroissement extrêmement rapide de la productivité du travail. Cela signifie en clair que chaque actif produit huit fois plus de produits qu’en 1960. Mais cette très forte augmentation de la productivité a été contrebalancée par une diminution considérable des prix à la production. En moyenne, ces prix ont été divisés par deux depuis le début des années 70. Cela explique que la valeur réelle globale de la production ait pu diminuer et que les revenus agricoles aient pu prendre à certains moments du retard par rapport aux revenus des autres catégories socioprofessionnelles.

Notre pays avait aussi un retard considérable sur ses concurrents allemands et anglais sur le plan de ses entreprises de transformation de produits alimentaires. Des entreprises performantes se sont constituées depuis cinquante ans et figurent désormais parmi les plus importantes du monde. Par ailleurs, la France bénéficie d’un flux important d’investissements en provenance d’entreprises étrangères dans le domaine agroalimentaire. Actuellement, les industries agroalimentaires (IAA) sont devenues le premier secteur industriel de la France avec près de 600 000 emplois.

 

Les évolutions par secteur de production

Il est intéressant de regarder les évolutions par secteur de production. De nombreux travaux ont montré les évolutions très rapides de la production française en quantités physiques. Pour ce travail sur l’aspect économique nous nous polariserons sur les évolutions en valeur réelle pour prendre en compte l’impact de la baisse des prix sur la valeur ajoutée du secteur. Au total, il est clair que la Ferme France a vu son chiffre d’affaires baisser depuis le début des années 80. La très forte chute des prix dans les secteurs qui ont connu les gains de productivité les plus importants conduisent à des situations étonnantes. La production céréalière annuelle a augmenté de 42 à 59 millions de tonnes entre le début des années 80 et 2011. C’est une augmentation de 64 %. Mais la valeur réelle de la production a baissé de 16 Mrd € à 10 en 2011 soit une baisse de 37 % ! Inversement, la quantité de vin produite en France n’a pas augmenté depuis cinquante ans mais grâce à la montée en gamme de la majorité de la production, la valeur réelle de la production française a plus que doublé. Les vins ne représentaient qu’à peine la moitié de la valeur produite par les céréales au début des années 60. Ils représentent désormais un chiffre d’affaires de 20 % supérieur. Cet exemple montre les limites des stratégies de développement visant à produire des « matières premières » ou des « commodités » comme on le dit dans le secteur des céréales, ou du « minerai » comme on le dit parfois dans le secteur des viandes. Cette stratégie permet d’approvisionner les industries alimentaires au meilleur coût mais elle permet difficilement de créer beaucoup de valeur ajoutée (…).

 

Voir Agriculture : L Bourgeois compare l'histoire de la France et de l'Allemagne - 21 mai 2013. Extrait qui introduit bien la réunion de MARS.

L’évolution des échanges agroalimentaires nous montre pourtant que nous avons une sorte de naïveté en ce domaine.

La France s’est un peu vite ralliée aux thèses libérales en estimant qu’il ne fallait plus que l’État intervienne car les marchés devaient assurer plus rapidement l’optimum. On voit clairement que cela n’a jamais été la pensée dominante en Allemagne dans le domaine agricole. Ce pays a toujours veillé jalousement au maintien de son potentiel de production agricole par des prix élevés, des aides régionalisées, l’utilisation des politiques fiscales et des incitations financières à la production d’énergie renouvelable…

En pure logique libérale, ce pays aurait pu choisir de sacrifier son agriculture sur l’autel de la spécialisation internationale comme le professe l’OMC. Sa puissance industrielle lui permettait d’importer ses produits alimentaires du reste du monde à l’exemple du Royaume-Uni dont le déficit agricole dépasse 25 Mrd € en 2011, soit l’équivalent de la moitié du déficit énergétique de la France ! Au contraire, l’Allemagne a choisi de relever le défi par une politique « industrielle » de l’agriculture. Pire encore, on peut se demander si la vieille malédiction hitlérienne n’est pas en train de se réaliser avec la désindustrialisation actuelle de la France et sa spécialisation dans la fourniture au reste de l’Europe de matières premières comme les céréales et les animaux vivants.

Les autres pays transforment ces matières premières en produits à plus haute valeur ajoutée qui reviennent sur nos marchés sous forme de découpe de volaille ou de jambon de Parme.

 Cet article est le 391ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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