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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 23:50

Déjà en 1992, il proposait trois réorientations majeures

 

Faire bouger les lignes, pour Jean-Pierre Chevènement, c’est amener François Hollande à se dégager du tropisme européen traditionnel du PS qui conduit à s’aligner sur les politiques européennes de récession avec, au bout du chemin, l’échec de la gauche.

 

Les déclarations d’intention ne suffisent pas. Que fera François Hollande, président, si l’Allemagne campe sur sa politique économique actuelle ? Saura-t-il s’engager dans une politique différente, contraire aux traités européens ?

Certes, il a un peu bougé, évoquant la surévaluation de l’euro et le maintien de la dissuasion nucléaire. Mais, c’est peu, au regard des difficultés qui attendent un futur président de gauche, dans le contexte de crise de l’euro et de l’Europe. Avec une industrie qui ne cesse de perdre de la substance.

 

Le 23 décembre 2011, j’écrivais ceci (voir Présidentielle : les conditions du soutien de Chevènement à Hollande) :

Le dialogue, cordial, entre les deux hommes remonte à loin. Voir Université d'été MRC à Valence : le dialogue Chevènement-Hollande. Il y a une volonté, de part et d’autre, de s’entendre. Jean-Pierre Chevènement ne cache pas qu’il est candidat par devoir et pour faire bouger les lignes, c’est-à-dire l’orientation de celui qui représentera la gauche au second tour de l’élection présidentielle.

 

Deux semaines plus tard, Jean-Pierre Chevènement semble se montrer plus pessimiste. Il constate que François Hollande ne prend pas les moyens de son autonomie par rapport aux orientations du PS et des accords PS-EELV. Il n’impose pas sa volonté et il est clair que, s’il n’est pas capable de s’affirmer vis-à-vis de Martine Aubry aujourd’hui, il sera bien incapable d’imposer ses vues quand il sera face à Angela Merkel demain.

 

L’Europe est dominée par les choix allemands, fondés sur les traumatismes du passé. C’est une politique à courte vue, qui ne convient pas à la France.

Nous sommes comme le renard pris dans un piège, qui s’étrangle de plus en plus. Cette situation exige de prendre des mesures de nature à restaurer un peu de capacité de décision au niveau français.

François Hollande doit se hisser au niveau qui devra être le sien, s’il est élu président de la République. Son parcours jusqu’à présent ne plaide pas en sa faveur, ayant baigné longtemps dans l’idéologie européiste de Jacques Delors, puis ayant soutenu tous les traité européens, de Maastricht en 1992 au traité constitutionnel européen en 2005, puis au traité de Lisbonne en 2008.

Son parcours est à l’opposé de celui de Jean-Pierre Chevènement. Voir "En 2002, mon projet était en avance sur la crise". Chevènement était l'invité de Bourdin 2012 sur BFM TV et RMC mercredi 28 décembre 2011, répondant aux questions de Christophe Jakubyszyn.  

Université d'été MRC 2010 003 TJean-Pierre Chevènement était en avance en 2002. Il l'était déjà au moment de ratifier le traité de Maastricht. J'ai sous les yeux un article du Monde daté du 9 juillet 1992, intitulé "Inventer une autre Europe". Il annonce les crises qui suivront l'application du traité de Maastricht. Et il préconise trois réorientations :

1)       Simultanément revoir l'union monétaire et lancer une initiative européenne de croissance

2)       Affirmer clairement la vocation confédérale de l'Europe

3)       La construction européenne doit se faire avec la démocratie et non pas à ses dépens.

 

1)     Simultanément revoir l'union monétaire et lancer une initiative européenne de croissance

 

a) Revoir l’union monétaire.

Les critères de Maastricht, imposés par la Bundesbank, tournent le dos au bon sens. De combien de millions de chômeurs supplémentaires faudra-t-il payer l’aveuglement de technocrates asservis aux exigences du capital financier ? (…)

Mieux vaut concevoir un système de parités fixes et ajustables, sorte de Bretton-Woods européen, destiné à agréger progressivement les monnaies des pays qui auraient acquis la capacité d’en faire partie. L’écu serait la monnaie commune. Il entrerait dans la composition des réserves des banques centrales. Un mécanisme de compensation, inspiré de l’Union européenne des paiements, qui rendit jadis tant de servicesdans la reconstruction de l’Europe occidentale, faciliterait l’intégration de l’Europe de l’Est et du Maghreb dans le marché européen (…).

 

b) Une initiative européenne de croissance s’impose, en effet, aussi bien pour faire reculer le chômage à l’Ouest que pour stabiliser les démocraties nouvelles à l’Est et au Sud. Elle servirait aussi de locomotive à une reprise de l’activité économique mondiale.

Une telle initiative devrait favoriser un nouveau modèle d edéveloppement et reposer sur des projets concrets : réseaux TGV, sécurité nucléaire, environnement, réhabilitation des chemins de fer et des villes en Europe de l’Est, dépollution de la Méditerranée, politique industrielle dans les secteurs sensibles (automobile, électronique, aéronautique), préservation d’une industrie de défense européenne, projets spatiaux, aménagement du territoire (zones de conversion, régions périphériques, espace rural), politique sociale, tendant à réorganiser le procès de travail, à en aménager le temps, à mieux utiliser les compétences aujourd’hui négligées, bref, à faire intelligemment reculer le chômage. Enfin, politique commerciale, permettant de préserver nos équilibres sociaux et de gérer, de manière équilibrée, nos relations avec le Japon et les Etats-Unis.

Parce qu’une relance par l’investissement implique des financements considérables (de l’ordre de plusieurs centaines de milliards de francs par an), elle devrait reposer sur des politiques budgétaires coordonnées. Une telle politique d’inspiration clairement keynésienne, appuyée sur de grands projets de développement ou de mise à niveau, implique bien évidemment une rupture avec les critères de Maastricht et avec les modes de pensée monétaristes : soumission aux marchés financiers et sélection de projets en fonction de la seule rentabilité à court et à moyen terme (…).

 

2) Affirmer clairement la vocation confédérale de l'Europe (…)

 

3) La construction européenne doit se faire avec la démocratie et non pas à ses dépens.

 

Il est nécessaire de définir restrictivement les compétences des institutions européennes et le cadre dans lequel elles sont habilitées à intervenir.

 

Il faut rétablir le rôle des Parlements nationaux, non seulement à l’élaboration des textes dits communautaires, mais en soumettant à leur ratification les actes essentiels. Parce que les Parlements nationaux expriment pour l’essentiel la légitimité populaire, il faut privilégier la coopération des exécutifs et des législatifs nationaux sur la délégation systématique à des instances technocratiques, soustraites au contrôle des assemblées élues et qui rendent leurs décisions dans l’opacité et l’arbitraire.

 

Sur les seules décisions qui seront déléguées à l’échelon communautaire, sur la base de règles clairement définies, il faudra organiser un contrôle public et démocratique. La légitimité du Parlement européen n’a pas aujourd’hui de réalité. Je serais partisan, une fois redéfinies les compétences des institutions européennes d’élire les députés européens dans des circonscriptions, chaque pays disposant d’une représentation proportionnelle à sa population. Au moins les députés européens auraient-ils des comptes à rendre aux citoyens.

 

La dérive accélérée des institutions européennes vers une démocratie purement juridique et jurisprudentielle n’est pas acceptable. La démocratie citoyenne, celle de la volonté générale, est trop ancrée dans notre tradition pour que le peuple français, mais aussi beaucoup d’autres peuples européens, acceptent sans réagir de se voir dépossédés de leurs droits civiques, et leurs élus réduits au rôle de potiches.

 

Sinon l’arrogance des technocrates ne connaîtrait plus de bornes. L’inégalité devant la justice – a fortiori européenne – consacrerait le règne des oligarchies. Le citoyen garderait certes son bulletin de vote, mais la contrainte dite « européenne » ayant pris le visage de la fatalité antique, son vote serait privé d’effet. Le rideau du surnaturel tomberait sur la scène désormais désertée de la démocratie.

 

Revenons sur terre. L’Europe de Maastricht repose sur la croyance à un au-delà des nations. L’idéologie post-nationale fleurit chez nous, alors même qu’elle est passée de mode là où elle était née, de l’autre côté du Rhin après 1945.

Au fidéisme maastrichtien et à la croyance aux miracles, opposons la méthode expérimentale : partons des réalités, c’est-à-dire des nations, briques de base de la démocratie, pour donner corps et vie à l’idée européenne et l’identifier aux yeux des peuples à des projets et à des valeurs dignes d’inspirer l’enthousiasme.

 

Une Europe « européenne », démocratique et sociale, implique une France consciente d’elle-même.

Les valeurs de citoyenneté, de laïcité, d’antiracisme, font corps avec l’héritage de la République. La France est en Europe une puissance de mesure et d’équilibre. Elle est, par sa position géographique, une charnière essentielle entre le Nord et le Sud, qu’une fracture toujours plus profonde tend à séparer. Sur son rôle propre, repose, en priorité, l’avenir de la francophonie.

 

C’est parce que je crois en la France que je ne me résigne pas à l’Europe de Maastricht.

Et quelque chose me dit que le peuple français, tout assommé qu’il soit, comme aux plus beaux jours du Golfe, d’une propagande à sens unique, a envie, lui aussi, d’inventer une autre Europe.

 

Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie Présidentielle 2012

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Published by SORIN Michel - dans Présidentielle 2012
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