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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 20:35

Avoir une vision plus réaliste et plus souple sur l'Europe

 

Quatre mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, posons-nous la question : que faut-il pour qu’un candidat de gauche soit en position de rassembler une majorité du peuple français le 6 mai sur la base d’un projet alternatif crédible pour la France et pour l’Europe ?

A l’issue d’un entretien publié par Mediapart le 21 décembre (voir Chevènement: pourquoi je suis encore candidat, Jean-Pierre Chevènement  a répondu à la question « A quelles conditions pourriez-vous retirer cette candidature ? » (en faveur de François Hollande) :

Il faut qu'on s'entende mieux sur ce que pourrait être la croissance à l'échelle européenne. Comment l'organiser? Comment peser sur l'Allemagne et sur sa psychorigidité en matière monétaire? Nous devons être plus fermes sur la souveraineté de la France et sur l'avenir de la dissuasion nucléaire, sur notre indépendance à la fois militaire et diplomatique. Nous devons avoir une vision plus réaliste et plus souple sur l'Europe. Bien évidemment, l'accord PS-Verts ne nous engagera jamais. Et nous souhaitons que le candidat se souvienne qu'il est candidat à la présidence de la République et non dans une négociation type gauche plurielle. Cette combinaison politicienne ne conduit nulle part.

 

Le dialogue, cordial, entre les deux hommes remonte à loin. Voir Université d'été MRC à Valence : le dialogue Chevènement-Hollande. Il y a une volonté, de part et d’autre, de s’entendre. Jean-Pierre Chevènement ne cache pas qu’il est candidat par devoir et pour faire bouger les lignes, c’est-à-dire l’orientation de celui qui représentera la gauche au second tour de l’élection présidentielle.

Selon le JDD (21 décembre), François Hollande lance également un appel à Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) et candidat déclaré à la présidentielle. Selon lui, il "sera plus utile avec nous dans la poursuite de sa propre démarche". "Je suis pour cet élargissement", conclut le socialiste.

Selon Jean-Dominique Merchet (Marianne, 23 décembre), l’une des conditions posées par Chevènement est en bonne voie d’être acceptée : « dans un texte paru cette semaine dans le Nouvel Observateur (que l'on peut lire ici ), François Hollande se prononce très nettement en faveur de la dissuasion nucléaire, expliquant que "dans un monde désormais multipolaire et face à une menace multiforme, vouloir la paix ne saurait s’envisager par un désarmement unilatéral. Un responsable politique ne peut ignorer que l’histoire est tragique". " Nous disposons de moyens proportionnés et suffisants, que j’entends maintenir".

MRC national 005 TMais l’essentiel concerne l’Europe et l’euro. L’Europe, d’abord. Claude Nicolet (MRC Nord, voir Le blog de Claude Nicolet) le dit bien, dans un texte publié par Mediapart le 19 décembre : François Hollande ne peut pas ignorer le «non»

 

François Hollande, pour être élu, peut-il n'être que le candidat des partisans du «oui» à l'Europe? Cette question mérite d'être posée. L'idéal serait même que François Hollande y réponde. Après le dernier «sommet» européen, il a en effet déclaré qu'il renégocierait le traité prôné par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. C'est déjà ça. Mais ce n'est «que ça».

La situation actuelle n'est que le résultat d'un long processus. Celui qui de la fin des années 70 à aujourd'hui a tout fait pour déréguler, abaisser les droits de douanes, déséquilibrer les rapports de forces entre monnaies. L'euro n'est pas responsable de tout cela. Il n'a été que l'instrument efficace d'une idéologie, un outil parmi d'autres, dans la boite des néo-libéraux.

Or les contradictions sont aujourd'hui d'une telle puissance qu'elles finiront par l'emporter. La réaffirmation de la souveraineté allemande, éclatante suite à la décision du tribunal constitutionnel de Karlsruhe du 30 juin 2009, pose une question existentielle à la construction européenne, si cette dernière est conçue comme un projet politique à vocation fédérale. Sauf à dire et à refuser de voir ce qui crève les oreilles et les yeux: ce fédéralisme-là ne peut se faire qu'aux conditions de l'Allemagne et de ses intérêts. Dans cette perspective, ce qui est à craindre n'est pas la force de l'Allemagne, mais la faiblesse de la France. Il s'agira d'une hégémonie douce. Aucun conflit militaire n'est à craindre entre nos deux pays et c'est heureux, mais tous les discours sur la «germanophobie» des uns ou des autres sont ridicules et en réalité démagogiques. Leur seule fonction est classique: nous empêcher d'évoquer l'essentiel.
L'essentiel, c'est la disparition de la liberté des peuples et de la démocratie. C'est la mise en place de l'austérité, de la rigueur et de la mise en coupe réglée de l'héritage issu des luttes sociales et de la Seconde guerre mondiale au profit du marché.

Il faut reconnaître qu'à la fin des années 80, suite à l'effondrement du Mur de Berlin, on nous a vendu l'Europe au nom de l'amitié, de la paix perpétuelle et de la fraternité entre les peuples, alors qu'en réalité on achetait le néo-libéralisme des néo-conservateurs. Il y a eu tromperie sur la marchandise. On se souvient de la phrase de François Mitterrand: «La France est notre patrie, l'Europe est notre avenir.» Qu'en reste t-il aujourd'hui? François Hollande peut-il se faire l'héritier de cet effondrement?

Peut-il être élu sans tenir compte des arguments des partisans du «non» à Maastricht et au Traité constitutionnel européen? Peut-il être élu dans quelques mois sans s'adresser aux Français qui ont voté «non» à 55% le 29 mai 2005? Date historique, alors que tout a été fait pour en effacer l'importance. Je comprends la difficulté politique et intellectuelle dans laquelle François Hollande se trouve. Il doit en quelque sorte faire une révolution copernicienne. Pourquoi la désindustrialisation? Pourquoi la fuite de l'électorat populaire et ouvrier? Pourquoi cette profonde crise nationale? Pourquoi ce rejet des «élites»? Ignorer le «non» sera se condamner à la défaite politique et condamner la France aux dangereuses aventures.

 

Universite-d-ete-MRC-2011-029-T-copie-1.jpgEt cela concerne aussi et surtout l’euro. Christian Hutin, député MRC du Nord (voir Le blog de Christian Hutin), le dit bien dans une Tribune publiée sur le site Atlantico le 19 décembre : Resserrer la zone euro, c'est construire un nouveau mur de Berlin

 

De jour en jour, de semaine en semaine, de réunions internationales en sommets divers et variés, le feuilleton de la crise de la zone euro se déroule sous nos yeux. Rien n’y fait, l’euro se meurt tel le roi de Ionesco. L’absurdité le disputera bientôt à la tragédie.

Il ne faut pas se tromper d’analyse. Ce qui est en train de se jouer c’est l’avenir de la démocratie. Après la chute du mur de Berlin en 1989 qui résultait du rapport de force international issu de la seconde guerre mondiale, le continent européen s’apprête éventuellement à connaître une nouvelle division. Un nouveau mur de Berlin est en cours de construction avec un « noyau dur » monétaire qui regrouperait neuf pays de l’actuelle zone euro.

Il s’agit là d’un constat d’échec retentissant. L’euro aura profondément fractionné l’Europe. Les tensions entre les économies se sont accrues et avec elles les inégalités et la « tiers mondisation » de territoires entiers. Où en est la devise (dans tous les sens du terme) de l’Union européenne. « In varietate concordia ». Que l’on traduit par « Unie dans la diversité ». Divers nous le sommes de plus en plus et l’unité quant à elle s’éloigne. En outre le terme concordia renvoie aussi à l’idée de paix, d’entente harmonieuse…

Le recul démocratique est considérable puisque tout cela n’est conçu que par le durcissement de l’application des règles budgétaires et veut accélérer l’intégration fiscale européenne. L’erreur intellectuelle fondamentale est de considérer que ce qui échoue en ce moment pour les 17 États de la zone euro, réussira pour 9. L’effet sera exactement inverse et ne fera qu’accélérer le phénomène tel une gigantesque centrifugeuse.

Que deviendront alors les huit autres ? Livrés à leur sort ? Nous créerions alors au cœur même du continent une zone périphérique qui se viderait de sa substance. A-t-on pensé aux conséquences possibles ? Peut-on laisser l’Europe centrale et balkanique à la marge d’un système qui la mettra sous tension, coincée entre le monde germanique qui se retranchera au cœur de sa fragile forteresse budgétaire et industrielle et l’influence turque renaissante qui caracole sur un taux de croissance à faire pâlir d’envie ? Nul doute que la Russie ne pourrait se désintéresser de ce nouvel espace politique d’influence stratégique traditionnelle. Mesure-t-on ce que cela représente et peut signifier ?

Nous sommes et nous resterons différents dans nos structures économiques et sociales. Ce n’est pas un drame, c’est une réalité. Voilà des années qu’avec Jean-Pierre Chevènement, nous dénonçons le fonctionnement de l’euro. Dès le traité de Maastricht, nous avions démontré le vice fondamental qui ronge la monnaie unique. Il ne faut donc pas mettre en place un « camp monétaire et fiscal disciplinaire » mais un système qui permettra de mettre de la souplesse entre les États membres. Pour ce faire le passage de la monnaie unique à la monnaie commune doit être absolument pris en compte.

 Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie Présidentielle 2012

 

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Published by SORIN Michel - dans Présidentielle 2012
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