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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 23:56

 

Objectif : imposer le respect à toute la filière laitière

 

Plus d’un millier d’adhérents de l’association des producteurs de lait indépendants (APLI) dans la salle polyvalente de La Chapelle-d’Andaine (commune de l’Orne, frontalière avec le canton de Lassay-les-Châteaux, en Mayenne) étaient présents le 20 octobre, particulièrement silencieux et attentifs aux propos de Pascal Massol, l’aveyronnais, et de Pascal Cousté, l’armoricain, les deux principaux dirigeants de l’APLI.

 

Il avait suffi d’un message par courriel pour que ces gens motivés des différents départements de l’ouest se mobilisent, sans craindre de rentrer très tard, la réunion se terminant à 0h40, après plus de trois heures d’échanges d’informations*.


Pascal Massol, au micro, et Pascal Cousté

Pascal Massol, président de l’APLI, a commencé son intervention par ces mots « Toute la France attendait le Grand Ouest, car la clé était ici. Et toute l’Europe du lait attendait le signal de la France. Vous avez répondu présent ».

 

« Chacun pensait dans son coin qu’il était seul à ne pas y arriver. Or, le problème touche tout le monde dans tous les pays européens. L’Allemagne a perdu 3000 producteurs laitiers depuis le début de cette année. Et c’est une énorme lame de fond qui a fini par s’imposer, pas seulement au ministre français, mais à la Commission européenne. Madame Fischer Boel doit aujourd’hui faire le deuil de ses cinq années de travail à déréguler les filières agricoles. Nous avons réussi le premier mouvement européen. Et, comme c’est le premier, il va rester dans les annales ».

 

Le dirigeant de l’APLI insiste sur la nécessité de respecter les citoyens. « En dix mois, ce mouvement a été monté sans radicalisation, un mouvement qui sort de nulle part et qui se tient. Et, en un mois et demi, on a fait plus qu’en trente ans ».

 

Pour lui, ce qui a compté, c’est que les producteurs européens ont parlé de la même chose en même temps. La présidence suédoise a changé de comportement et de ton. Il y a besoin de régulation européenne pour régler les problèmes sociaux européens.

 

Il insiste : c’est une erreur de croire que la taille peut sauver. Au-delà de 40 vaches laitières par unité de travail humain, la rentabilité baisse. Refuser la régulation, c’est accepter de décapiter l’avenir du lait en Europe. Les producteurs qui arrêteront, personne ne les remplacera.

 

Le sondage Ouest-France (92% d’opinions favorables à la grève du lait) a été positif. Le milieu rural est accroché à l’élevage, en raison de l’emploi autour. Il a soutenu le mouvement.

 

Pas question d’une régulation à la sauce intégration, dite contractualisation. Le lobbying au niveau européen est bien engagé, notamment avec le Parlement (les échanges sont bons).

 

Des mesures à court terme, pour finir l’année, sont nécessaires. Les prix en France sont autour de 280 euros la tonne, mais en Europe du Nord, c’est moins (220-240). La flexibilité, décidée par les laiteries, c’est du vol. Des pressions devront être faites sur elles pour les amener à changer de méthode. Il faut rester zen. Nous devons être comme les mouches sur le dos des vaches. La queue ne va pas assez loin pour les attraper.

 

Pascal Cousté parle de 60 millions d’euros à redistribuer aux producteurs de lait. Il a proposé d’affecter 80 euros par tonne sur la base des 100 000 premiers litres par UTH de la référence laitière, soit 8000 euros. Par ailleurs, l’intervention serait prolongée jusqu’en février 2010.

 

Pascal Massol constate que les perspectives du marché laitier s’améliorent (remontée des prix en Asie et perspective de sécheresse en Océanie). A moyen terme, il faut mettre en place la régulation, celle proposée par l’EMB (European Milk Board), l’association des producteurs de lait au niveau européen.

 

A partir du lait, la régulation doit toucher les autres productions. Les avancées, maintenant, se font à petits pas. Mais l’obligation de résultat s’applique à tous, ministre de l’agriculture et représentants professionnels inclus.

 

L’hégémonie du pouvoir professionnel devra être limitée. Comme en politique, les mandats devront être ramenés à deux. Il n’est pas acceptable qu’un responsable professionnel cumule une dizaine de casquettes. Deux, ce serait assez.

 

Il faudra du temps pour obtenir la représentativité. L’APLI doit se structurer, tout en restant une association. Elle peut toucher un producteur sur deux. Il faut innover et prendre les bonnes idées (peu importe de qui vient l’idée, si elle est bonne). En matière de reconnaissance d’une association, il y a un précédent (une association horticole).

 


Maryline Chesnel
(Sud Manche) évoque le fonctionnement du CNIEL (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière), dont le président est Henri Brichard, président de la FNPL (l’organisation laitière de la FNSEA).

 

Les cotisations obligatoires (1,22 euros par 1000 litres) des producteurs apportent 39 millions d’euros au CNIEL qui dispose d’un bel immeuble dans le 9ème arrondissement de Paris et consacre 52% de son budget à des actions de communication.


Paul de Montvalon (49) informe que les cotisations à la FNPL ne sont pas obligatoires. Il suffit de prévenir la laiterie, mais l'expérience du Maine-et-Loire montre que les réponses sont différentes selon les laiteries.
 


Pascal Cousté
 observe que la filière laitière française, tout en étant la plus riche du monde, a des difficultés, qui ont commencé à partir de l’élargissement de l’Europe, en 2005, et la dérégulation des marchés. Les pertes de parts de marché depuis un an s’élèvent à 28%. Les importations de lait de consommation ont augmenté. C’est toute la filière qu’il faut sortir de l’ornière.

 

Le souci, c’est la contractualisation, comme outil de régulation. Le mot contrat est à bannir. Dans une coopérative, l’éleveur appartient à la coopérative. Il n’a plus la liberté de choisir sa laiterie. L’organisation de producteurs n'est pas la panacée, car ce serait un maillon coûteux et l’outil de vente d’une carte syndicale. Il faut trouver d’autres solutions. 

 

 

Pascal Massol note un apport de poids : le rapport de la Cour des comptes européenne, très critique à l’égard de la politique de dérégulation de la Commission européenne. Madame Fischer Boel  n'a pas aimé. La question de sa succession est évoquée à Bruxelles. Entre un néerlandais ultralibéral et un roumain francophile, la tendance est plutôt en faveur de ce dernier.

A propos des coopératives laitières, il considère que les trois prix ABC relèvent de l'intégration pure et simple. Elles ont l'obligation de moyens, le but étant la valorisation du lait. Il faut un rapport de forces dans la négociation pour la fixation du prix. "Nous frappons à la porte. Si elle s'ouvre, pas besoin de l'arracher". Les producteurs doivent se prendre en mains. C'est la leçon de la grève. Il y a une prise de conscience, un changement de psychologie. On est responsable de ce qui nous arrive.

Un responsable de la Confédération paysanne est intervenu dans le débat pour rappeler que le projet des 21 pays est la régulation d'excédents, alors qu'il faudrait la régulation des volumes. L'objectif est un prix de 400 euros la tonne et la maîtrise des volumes.

Pascal Massol, en réponse à une question de la salle concernant les chambres d'agriculture, a indiqué que cela ne l'intéresse pas. Il ne s'intéresse qu'au lait, à son prix et à ce qui tourne autour. L'APLI va s'organiser, mais rester une association.

A l'EMB, partout, sauf en Autriche, les relations sont bonnes avec les ministres de l'agriculture. La France et l'Allemagne jouent un rôle moteur (35% du lait). Même au Danemark, 60% des producteurs de lait sont pour la régulation, le gouvernement est contre et les syndicats sont passifs. Les échanges de l'EMB (qui a son propre groupe d'experts) sont bons avec le groupe d'experts mis en place par l'Union européenne.

L'Apli va organiser des réunions départementales afin d'asseoir la légitimité des responsables. C'est fait en Mayenne. Sébastien Bellier est délégué principal; Stanislas de Poulpiquet est délégué technique; Hervé Delogé est délégué réseau (adjointe, Rosita Anfray); Ghislaine Laumonnier est délégué financier (adjoint : Jean-Claude Aubry).

Au nom de l'APLI 53, Hervé Delogé a fait applaudir Pascal Massol pour son action à la tête du mouvement et il a lu ce texte :

"Nous, les agriculteurs, on veut être reconnus à notre juste valeur et prouver que nous sommes indispensables. Continuons de le montrer, et fortement. Nous avons fait une bonne partie du chemin. Mais, nous arrêter serait reculer dramatiquement. Nous devons donc continuer d’avancer. Les choses vont très vite. Notre victoire est proche. Mobilisons-nous ! Le monde a trouvé le moyen de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres. Refusons cela et soyons fiers d’être agriculteurs. Courage ! Devenons européens".


* C'était aussi le cas le 17 septembre à La Chapelle Craonnaise, en Mayenne (voir Grève du lait : Pascal Massol (APLI) hier soir à La Chapelle-Craonnaise - 18 septembre 2009).

Cet article est le 140ème paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC

 

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