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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 16:57

Un « think tank » qui cherche à pérenniser l’euro

 

Vingt ans après la ratification du traité de Maastricht par la France, la Fondation Res Publica organisait, le 24 septembre 2012, un colloque sur le thème « L'euro monnaie unique peut-il survivre ? » dans le droit fil du séminaire du 13 février 2012 sur le même thème « Approches théorique et pratique d'une monnaie commune ».

 

Comme l’indiquait l’ancien directeur, Jean-Yves Autexier, de cette Fondation présidée par Jean-Pierre Chevènement, Res Publica travaille à une alternative en cas de crise de la monnaie unique. Comment passer à une monnaie commune ? Aucun gouvernement ne peut travailler sur un plan B mais les « think tanks » peuvent le faire et c’est même notre devoir d’explorer les voies possibles, afin de pouvoir, un jour, être utiles à notre pays et à l’Europe. C’était lors du 3ème Forum des « think tanks » à Paris (voir Jean-Yves Autexier (Fondation Res Publica) pour l'Europe des projets - 10 janvier 2013).

 

La Fondation Res Publica a été créée en décembre 2005 sous la forme d’un établissement reconnu d’utilité publique. Elle s’est donné pour objectif la réflexion, l’analyse et la capacité de proposer des choix de politiques publiques, face aux grands enjeux actuels, dans le cadre national et dans le cadre du monde globalisé. C’est un centre de réflexion et de proposition sur les enjeux principaux du monde d'aujourd'hui

 

Ce colloque du 24 septembre 2012 a produit des interventions et débats de grande qualité. Voici les deux premières interventions : l’introduction par Jean-Pierre Chevènement et  l’intervention de Dominique Garabiol, qui a situé la crise de l’euro dans le contexte de l’économie mondiale.

Introduction de Jean-Pierre Chevènement

Intitulé « L’euro monnaie unique peut-il survivre ? », ce colloque fait suite à celui organisé par la Fondation Res Publica en février dernier sur le thème de la possibilité d’une monnaie commune*. La différence entre monnaie unique et monnaie commune est claire : la monnaie commune est une monnaie étalon, un pivot, un panier de monnaies qui s’apprécie sur le marché. Ces monnaies restent des monnaies nationales ayant naturellement une parité fixée à l’intérieur d’un Système monétaire européen bis (…).

 

Je voudrais rappeler une position de fond qui réunit un certain nombre d’esprits, en tout cas à la Fondation Res Publica : le vice de l’euro est dans l’euro lui-même, c’est un vice originel, un « péché originel » : l’euro rassemble sous le même toit des économies de structures extrêmement différentes, de niveau de développement inégal, dont les langues, les cultures, les repères culturels, les options politiques diffèrent. Mais c’est surtout la différence des structures économiques qui fait qu’une monnaie unique s’appliquant à dix-sept pays aboutit presque inévitablement à des effets de polarisation de richesse ou de sous-développement aux extrêmes (...).

Universite-d-ete-MRC-2011-008-T-copie-2.jpgLa crise de l’euro et l’économie mondiale

 

Lors des colloques qui se sont succédé au sein de la Fondation Res Publica, on a bien vu que la crise financière globale, mondiale, est née de déséquilibres financiers sans cesse croissants depuis des décennies. Ces déséquilibres ont généré de l’endettement qui a été utilisé pour alimenter des bulles spéculatives. En 2007 le taux d’épargne des ménages américains (qui n’avait cessé de baisser depuis 1945) était tombé à zéro. C’était un signe de rupture.

L’endettement était la contrepartie financière de deux phénomènes :
- un phénomène de déséquilibres réels : balances commerciales mais aussi déséquilibres financiers internes aux pays.
- le gonflement des prix des actifs financiers.
L’endettement a atteint un niveau très élevé, ce qui a généré une crise.

La crise est arrivée sur un type d’actifs particulièrement pervers : les subprimes. Mais la crise aurait pu tout aussi bien être déclenchée par un autre produit. Comme pour un phénomène physique, une tension croissante finit toujours par provoquer une rupture. Le point de rupture lui-même n’a guère d’intérêt, ce qui est déterminant, c’est la croissance de la tension qui finit fatalement par atteindre un niveau insoutenable.
Avec la crise, on s’est donc rendu compte qu’il fallait entamer un processus de désendettement, ce qui a été fait progressivement.

Le processus de désendettement a évidemment eu un effet dépressif sur l’économie. Cet effet dépressif a été traité par des plans de relance des États européens, américain et même asiatiques. Mais ces plans de relance ont privilégié le maintien des prix des actifs financiers au détriment de la croissance économique. Aujourd’hui, les actifs financiers ont retrouvé leur prix de 2008. L’immobilier, qui fait la liaison entre les actifs financiers et la sphère réelle, reste toutefois très déprimé. Et si les déséquilibres réels sont moindres qu’il y a trois ans, c’est d’une façon marginale.

La crise de l’euro, dans ce contexte, est un peu étonnante.

On parle d’une crise de la dette. Or le taux d’endettement des États de la zone euro est inférieur à ceux des États-Unis, de l’Angleterre et du Japon. La zone euro a, grosso modo, une balance commerciale équilibrée. La monnaie se porte bien. Il n’y a pas de défiance particulière à l’égard de la monnaie en tant que monnaie unique.

La vraie question est celle de la cohérence de la zone euro. On constate un équilibre de la balance commerciale globale de la zone euro. Or l’Allemagne dégage quelques 160 milliards d’euros d’excédent ! Ces 160 milliards se résument donc à des déséquilibres internes de la zone euro.

 

D’où proviennent les déséquilibres internes à la zone euro ?

Il y a deux explications alternatives proposées par les économistes et par les politiques.

La première explication est la déficience de la gouvernance de la zone euro.
Ce thème est très développé par les fédéralistes dans la mesure où il permet de promouvoir des avancées sur la création de nouvelles institutions européennes :
- le gouvernement économique transformé en surveillant du traité budgétaire alors qu’initialement le gouvernement économique était conçu, du moins par la France, comme une coordination des politiques destinée à veiller à la cohérence des conjonctures dans les différents pays.
- l’union bancaire, c’est-à-dire la création d’institutions européennes de régulation et de supervision des banques.
La déficience de la gouvernance suffirait à expliquer l’ensemble des incohérences de la zone euro.

Une autre explication, évoquée à l’instant par Jean-Pierre Chevènement, a de plus en plus de poids. C’est l’aspect structurellement déséquilibré de la zone euro.
Une monnaie unique imposée à des régions différentes sur les plans de la spécialisation industrielle, de la productivité, de la démographie, contrairement à un discours répandu, n’entraîne pas spontanément une convergence des économies. Elle entraîne une spécialisation des économies.
L’intégration économique, facilitée par la monnaie unique, correspond à une spécialisation accrue des régions, donc un accroissement des divergences. Du fait de ce processus à l’œuvre depuis une dizaine d’années, l’Allemagne, qui bénéficiait d’une position industrielle très forte, s’est renforcée et les pays périphériques, initialement plutôt faibles, se sont encore affaiblis.

C’est tout le débat actuel. Les différentes solutions proposées sont sur la table. Le débat sera spectaculaire et peut-être dramatique parce que le traité budgétaire est en réalité une continuation de la logique initiale de l’euro, il n’y a pas de rupture. La volonté de rentrer dans une logique différente supposerait une solidarité financière réelle et la recherche de ressorts de rééquilibrage des balances commerciales internes à la zone euro dans le but de réindustrialiser les pays périphériques. C’est à cette condition que la zone euro trouverait un équilibre interne durable. On n’en prend pas le chemin.

 
Prochain rendez-vous de la Fondation Res Publica : lundi 21 janvier 2013 sur le thème : Occident et mondialisation

 

Cet article est le 110ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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Published by Michel SORIN - dans France et Europe
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