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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 23:26

Les élites sont une oligarchie liée aux intérêts financiers

 

Ce 22 octobre est le jour de deux coups de force réalisés en France par un chef de l’Etat aux abois, l’un ce matin - lire La raffinerie de Grandpuits réquisitionnée (Le Monde, 22 octobre), l’autre ce soir - lire Le Sénat a adopté la réforme des retraites (Le Monde, 22 octobre).

 

Deux articles de presse sont utiles pour comprendre ce qui nous arrive, à nous malheureux citoyens d’une nation qui a cru bon, en 2007, d’élire Nicolas Sarkozy à la présidence de la République :

- L’un montre que le président ne s’intéresse qu’à sa réélection en 2012 et évite le débat sur le problème des retraites. L’amendement adopté par le Sénat est un aveu de taille (édito Le Monde).

- L’autre décrit comment les élites françaises se sont transformées en oligarchie liée à la finance (Marcel Gauchet, sur France Inter, ce matin). La démocratie est en trompe-l’oeil.

 

Pour le vrai débat, rendez-vous en 2013 ? (Le Monde, édito, 22 octobre)

 

Etrange situation. Pour ne pas dire absurde. Voilà un gouvernement qui, depuis six mois, présente sa réforme comme une ardente et urgente obligation pour garantir durablement le financement du système français de retraites par répartition. Et qui, en conséquence, pousse les feux pour faire adopter son projet au plus vite.

 

Au terme de deux mois de débat parlementaire, le même gouvernement vient, pourtant, de donner son feu vert à l'adoption par le Sénat d'un amendement qui prévoit l'organisation, "à compter du premier trimestre 2013", d'un débat national sur une réforme "systémique" des régimes de retraite. Cette réflexion, est-il précisé, devrait porter sur la mise en place d'un "régime universel par points ou en comptes notionnels" (comme il en existe dans d'autres pays européens), afin de "faciliter le libre choix des assurés".

Cette initiative se veut, à l'évidence, une manoeuvre habile pour amadouer les centristes, mais aussi la CFDT, favorable à un tel système "à la suédoise".

Elle est, en réalité, un aveu. Un triple aveu, même.

D'une part, c'est reconnaître qu'à peine l'actuelle réforme mise en oeuvre il faudra rouvrir le chantier des retraites. Autrement dit, selon la formule du président de la commission des finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis, qu'elle n'est qu'un "colmatage" provisoire.

D'autre part, c'est admettre implicitement que la réforme en discussion n'a pas posé globalement le problème des retraites, ni exploré toutes les pistes de réforme.

Enfin, c'est avouer sans le dire que, sur un sujet aussi déterminant, un débat national eût été indispensable et que l'on en a imprudemment fait l'économie.

Or il s'agit là, précisément, des trois critiques formulées depuis des mois - et au fil de huit journées de mobilisation syndicale, politique et sociale, un record - à l'encontre du projet défendu par le gouvernement.

 

Absurde situation, donc. Sauf à considérer que l'objectif du président de la République n'était pas celui d'une réforme en profondeur. Mais, au contraire, de donner des gages immédiats de rigueur budgétaire aux agences de notation internationales et de faire la démonstration - musclée si nécessaire - de son autorité et de sa détermination aux yeux de sa majorité. Il l'a confirmé, jeudi 21 octobre, en dénonçant la "prise en otage" du pays par ceux qui bloquent les dépôts de carburant, en imposant au sénateurs la procédure du vote bloqué et en ordonnant la réquisition d'une première raffinerie de pétrole, en Seine-et-Marne.

 

Compte tenu de la façon dont il a engagé cette réforme, l'oeil rivé sur l'échéance présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy n'a guère d'autre choix. Mais, en passant en force comme il le fait, il prend un triple risque : susciter une amertume redoutable chez tous ceux qui ont le sentiment de n'avoir pas été écoutés ; rejeter les syndicats dans une opposition sans états d'âme ; apparaître comme trop préoccupé par sa réélection pour engager sereinement une réforme de long terme, nécessaire au pays. Audacieux pari !

 

Marcel Gauchet: «une oligarchie se substitue aux élites» (Marianne2, Elodie Carcolse, 22 octobre)

Réforme des retraites, blocages, radicalisation, manifestants etc. Autant de thèmes abondamment commentés depuis plusieurs semaines. Ce matin, Marcel Gauchet, père de l'expression « Fractures sociales », apportait une analyse différente de la crise. Entre « anxiété sociale » et retour à une oligarchie d'Ancien régime.

 

 (…) Invité de France Inter ce matin, Marcel Gauchet - historien et philosophe – posait le problème d’une autre façon. Selon lui «le conflit des retraites est le problème de l’avenir par excellence». Une immense crise d’incertitude se fait jour parmi les manifestants. Ces derniers  demandent aux politiques de les rassurer sur ce que sera la société en 2030, 2040 mais les politiques ne leur opposent que l’échéance qui les intéresse, c'est-à-dire 2012 et les élections présidentielles.

Cette « anxiété sociale » n’est pas prise en compte par les politiques qui confisquent le débat. «Ces problèmes ne peuvent être résolus que par une délibération collective plus large que celles des parlementaires. Les parlementaires, une fois élus, n’ont pas à débattre seulement entre eux.»

De plus, ce débat sur les retraites ne peut avoir lieu sans une certaine pédagogie vraisemblablement absente dans le gouvernement. La réforme des retraites est trop complexe pour que la population débatte des termes techniques (ajustement financier, législation sociale, etc.). L’évolution de la société nécessite de reposer de grands principes. L'inventeur du terme de « fracture sociale » constate que « la technique gouvernementale dans ce cas précis consiste à nous embrouiller en mélangeant la technique et les principes ». « La solution se trouve dans le dialogue entre politiques et opinion mais nous ne savons pas faire ça en France » (…).

Cette confiscation du pouvoir par nos représentants, censés agir dans nos intérêts, est perçue comme une « dérive oligarchique » par le philosophe.

Dans toutes les démocraties, ces oligarchies sont pilotées par des « élites ». Dans notre société, celles-ci opèrent une fracture entre les instruits et ceux considérés comme non instruits. Cette forme de pouvoir engendre des sociétés profondément inégalitaires alors même que sont prônées les valeurs démocratiques.

Marcel Gauchet explique que la période est spécifique au retour des anciens régimes qui s’accompagne d’une hiérarchie sociale. Le non instruit est considéré comme un archaïque, « vous ne savez rien, laissez nous faire ». En laissant faire, ces gens travaillent ensuite dans leurs propres intérêts. « On passe donc d'une élite à une oligarchie. » (…)

 

* Marcel Gauchet, philosophe au chevet de la démocratie, parle d'or - 2 août 2009


Cet article est le 45ème sur ce blog dans la catégorie Les retraites

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Published by SORIN Michel - dans Les retraites
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