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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 22:21

Les énergies renouvelables intermittentes mises en cause

 

L’association « Sauvons le climat » (voir Le blog de Sauvons Le Climat) a fait des propositions dans le cadre de la transition énergétique, même si elle n’a pas été invitée à participer au grand débat organisé par le gouvernement. Voir Sauvons le climat : quinze propositions pour la transition énergétique - 26 juillet 2013.

 

Le 31 juillet 2013, elle a publié un communiqué dans lequel elle met en évidence la forte probabilité d’un « black-out » du réseau électrique si l’Europe ne consent pas à mettre sur pied une vraie politique commune. Les énergies renouvelables électriques, dites « intermittentes » ou « fatales » car non maîtrisables, bénéficient d’une obligation d’achat à des tarifs administrés. Les conséquences sur le marché rendent problématiques les investissements dans ce secteur. Lire ce communiqué.

 

Situation ubuesque en Europe : électricité à prix négatifs et chute des investissements

 

En Europe, les énergies renouvelables électriques bénéficient d’une obligation d’achat à des tarifs administrés (évidemment avantageux pour leurs producteurs sans quoi ces tarifs n’auraient pas lieu d’être) de sorte que notre “marché [dit] libre et non faussé” se trouve associé à un système quasi-soviétique de subvention de certains modes de production, forcément au détriment d’autres.

L’ennui, au-delà d’une distorsion que la Cour de Justice Européenne est en passe de qualifier “aide d’Etat”, réside dans l’intermittence structurelle des deux principales énergies « vertes » (à ce titre, dites “fatales”) :

- l’éolien européen ne produit de façon efficace que 15 à 25 % du temps sur terre (environ 35% en offshore),  et selon une météorologie plus ou moins prévisible ;

- le solaire-photovoltaïque ne donne que 10 à 15% du temps, certes de façon cyclique mais dépendante de la nébulosité, donc de la météorologie.

Cette donnée est rarement mise en lumière, les tenants de ces énergies (militants, politiciens) préférant vanter leur apport en termes de puissance installée, passant sous silence leur faible contribution à la production réelle (au prorata des facteurs de charges sus-indiqués). Régulièrement, au rythme de la progression de puissance installée de ce parc (de l’ordre de 7.000 MW dans l’hexagone à ce jour), le Syndicat des Energies Renouvelables émet des communiqués de victoire, complaisamment relayés par les medias, soulignant les pics de puissance instantanée atteints par le parc éolien.

Les mêmes acteurs se gardent bien de souligner les “pannes de vent” faisant chuter la puissance des aéro-générateurs à quelques % seulement de la puissance nominale (226 et 243 MW respectivement les 22, à 10:45, et 24 juillet 2013 à 11:15, selon le site RTE “éCO2mix”), ce qui se produit de façon récurrente. En cas d’anticyclone chaud, ce n’est guère gênant pour les gestionnaires du réseau, a contrario des grands froids hivernaux qui privent RTE de l’assurance d’une “puissance garantie” substantielle, essentielle à l’équilibre production-consommation (et ce sur toute l’Europe, bien souvent, comme l’a démontré une étude SLC).

 

Il y a plus grave !

L’essor des énergies intermittentes, dopé par l’obligation de leur achat, est tel (l’Allemagne cumule d’ores et déjà plus de MW éoliens et solaires que la France ne compte de MW nucléaires) que certaines conditions (épisodes venteux, soleil au zénith) provoquent des bouffées d’électrons verts submergeant toute l’Europe (Rép. Tchèque, Pologne, Pays-Bas, France, notamment), au gré des lois de Kirchhoff (lois physiques qu’un vote en Assemblée Nationale ne peut abolir !). En période de faible demande (fins de semaine, estivales surtout), ces excédents pèsent sur les cours boursiers, à la baisse bien sûr. Ce qui contraint certains opérateurs à arrêter leurs centrales dites “dispatchables” (c’est-à-dire susceptibles d’être mises à l’arrêt ou démarrées en fonction des besoins du réseau), qu’elles soient au gaz, au charbon ou à l’uranium, en fonction de leurs contraintes propres. Au solstice d’été 2011, EDF dut se résoudre à un véritable gâchis en déversant de l’eau de ses retenues ... sans la turbiner alors que l’hydraulique constitue presque la seule énergie renouvelable vraiment dispatchable. L’idéal serait de pouvoir engranger ces surplus d’énergie, sous réserve de disposer des moyens ad hoc : seule la technique des Stations de Transfert d’Energie par Pompage (STEP), stockant de l’eau en altitude, est industriellement opérationnelle à ce jour mais, à supposer que de telles installations, comme celles de Grand-Maison (38) ou Revin (08), soient acceptées par le public, il en faudrait de quoi ceinturer l’hexagone de Stations de Transfert d’Eau de Mer (STEM) compte tenu des puissances mises en jeu rien qu’en Allemagne !

 

Encore plus préoccupant, sur le moyen terme !

L’obligation d’achat a un autre effet, totalement imprévu : faute d’être le “marché électrique donnant un «signal-prix» cohérent ” (sujet d’interrogation de l’éditorial d’Enerpresse du 23 07 2013), le système européen de promotion des énergies renouvelables engendre, sur les Bourses, des prix d’électricité ... négatifs, des opérateurs préférant payer pour qu’on les débarrasse de leurs propres électrons plutôt que de devoir arrêter leurs propres moyens de production au risque de ne plus pouvoir les redémarrer quand la demande l’exigera ! Situation ubuesque qui dissuade les investisseurs, le modèle économique de leurs moyens de production ne pouvant plus s’appuyer sur des prévisions de recettes crédibles. Des centrales à gaz toutes neuves sont mises sous cocon, en France, en Allemagne ..., même les électriciens suisses en viennent à abandonner leurs projets de STEP si propices à leur commerce habituel !

De ce fait, alors que le parc de production fatale, c’est-à-dire immaîtrisable, ne cesse de croître, celui des moyens garantis, voire dispatchables, stagne. Il devrait même régresser avec l’entrée en vigueur, en 2016, des nouvelles normes environnementales visant les centrales thermiques à flamme. Et c’est dans ce contexte que certain(s) envisage(nt) de se priver des 1760 MW de Fessenheim …

Sans gravité en été (il faut tout de même construire de longues lignes THT pour acheminer une énergie théoriquement destinée à la consommation locale vers les centres de consommation !), cette situation sera ingérable en hiver, sauf délestages, quand la consommation de pointe ne sera plus assurée par une production défaillante pour cause d’anticyclone ...

D’où, pour la toute première fois, de sombres prévisions de RTE qui n’ont pas échappé à la presse spécialisée comme le « Journal de l’Environnement » du 9 07 2013 titrant “Vers un maxi black-out en 2016 ?”. Un tel black-out, hautement probable si l’Europe ne réagit pas, constituera plus qu’un avertissement car les délais de reconstruction d’un parc cohérent feront perdurer quelques années le déséquilibre alors patent, pesant sur la compétitivité de notre économie.

Il est vrai que la France, après l’Espagne (qui en fait les frais …) et quelques autres Etats européens, semble n’avoir d’autres soucis que d’imiter l’Allemagne, ignorant que celle-ci n’en fait qu’à sa tête ; assise sur son lignite et adossée, grâce à Gerhardt Schröder et Joschka Fisher, à ses contrats de gaz russe, elle n’hésite pas à transférer sur ses voisins les déséquilibres de ses réseaux qu’elle ne peut résoudre seule !

De nombreuses voix déplorent l’absence d’une vraie politique européenne. Les risques encourus, en l’occurrence sur le réseau le plus réactif et le plus fragile qui soit, semblent ignorés de nos dirigeants. Le sacro-saint principe de précaution les contraindra-t-il à ouvrir les yeux ?

 

Cet article est le 80ème paru sur ce blog dans la catégorie Climat énergies environnement

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