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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 22:35

L’industrie française : comment redresser la pente ? 

 

Il m’avait demandé de le présenter sous un faux nom, Louis Vincent, car il ne voulait pas que l’organisation patronale qui l’avait embauché, après son départ du ministère de l’industrie, découvre dans la presse qu’il intervenait dans des réunions socialistes. Directeur de l’industrie de 1982 à 1986, Louis Gallois (voir Wikipédia)* était l’invité du PS à Saint-Berthevin ce soir de tempête (elle commençait au moment où je le reconduisais à son hôtel à Laval, peu avant minuit) le 15 octobre 1987.

 

La soirée, dans une salle du Centre de Rencontres de Saint-Berthevin en Mayenne, s’était partagée en trois parties : des témoignages concernant l’industrie mayennaise, l’exposé de Louis Gallois et le débat. Ce fut l’une des réunions politiques les plus intéressantes auxquelles j’ai participé depuis 1973.

 

Le texte qui suit reste d’une brûlante actualité en 2012 - 25 ans après. C’est un compte rendu de l'exposé de Louis Gallois, que j’ai rédigé à partir de l’enregistrement réalisé par mon ami Georges Garel, qui était alors secrétaire de la section PS de Saint-Berthevin.

 

« L’industrie française : comment redresser la pente ? »

 

L’INDUSTRIE FRANCAISE - DESCRIPTION DE LA SITUATION

 

Ce qui se passe en Mayenne se retrouve au niveau national où le tissu industriel se rétrécit au fur et à mesure des restructurations. L’industrie française connaît une phase de déclin qui, curieusement, coïncide avec une très bonne santé d’un grand nombre d’entreprises. C’est cette situation qu’il faut expliquer.

La production industrielle en 1987 est équivalente à celle de 1979, alors que la croissance de l’économie française et mondiale sur la même période s’est située entre 1 et 2 % par an. Cela traduit une perte de parts de marché en France et à l’étranger. Cette stagnation touche d’autres pays européens mais, par contre, certains font mieux que nous.

Les conséquences sont sensibles au niveau du commerce extérieur des produits manufacturés :

            En 1984 : solde mensuel positif de 8 milliards de francs (import-export).

            En 1987 : solde mensuel négatif de 2 milliards de francs ‘1er semestre)

Soit une différence de 10 milliards F par mois X 12 = 120 milliards F par an.

Ce qui se traduit par une perte de plusieurs centaines de milliers d’emplois.

 

C’est cela la « perte de compétitivité » française. Autrement dit, d’autres sont meilleurs que nous sur les marchés. Nos produits sont fortement concurrencés à deux niveaux : le « haut de gamme » et l’innovation ; ce qui nous fait perdre des marchés dans les pays industrialisés (consommateurs plus exigeants). D’autre part, les marchés des pays en développement se tarissent (ils sont asphyxiés par le surendettement).

Nous sommes donc « coincés » entre, d’un côté, les pays « hyper compétitifs » (Japon, Allemagne, bientôt l’Italie) et de l’autre, les nouveaux pays industrialisés (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, mais aussi l’Espagne, le Portugal, le Brésil, le Mexique, l’Inde…).

Le « catalogue » de l’industrie française est « mité ». De plus en plus de produits ne sont plus fabriqués en France. Nous sommes obligés d’importer (60 % de nos biens d’équipement viennent de l’étranger). C’est ce qui explique qu’une relance (souhaitable) de l’investissement relancerait les importations. Et, pourtant, les entreprises vont bien. Certaines vont beaucoup mieux (augmentation des profits de 20 à 30 % cette année) parce que, depuis 1983-84, des mesures ont été prises pour restaurer leurs marges.

Mais on ne constate aucun progrès dans la situation globale de l’industrie française. C’est la même chose en Grande-Bretagne où, comme en France, les entreprises investissent de préférence à l’étranger. La conséquence est la « déstructuration » du tissu industriel du pays. Les sous-traitants ou « donneurs d’ordre » disparaissent, laissant l’entreprise esseulée. Elle ne vit plus dans un ensemble cohérent qui la porte. Elle n’a plus de relations proches.

 

Le problème de l’industrie française, c’est que les entreprises (dont beaucoup sont désormais prospères) sont obligées de vivre dans un tissu industriel qui n’est pas structuré (« mité »). On ne peut éviter de parler d’un certain « déclin » industriel, même si le mot n’est pas agréable.

-          Entre 1981 et 1986, on a « sauvé les meubles » mais sans pouvoir inverser la tendance. On a empêché des disparitions d’entreprises : Bull, Péchiney, Thomson… On a bien aidé Rhône Poulenc. On a évité que l’industrie textile soit davantage laminée.

-          Depuis mars 1986, le libéralisme n’a fait qu’accentuer le contraste entre des entreprises prospères en position sociale forte et un tissu industriel qui, globalement, se déstructure.

 

ALORS QUE FAIRE ?

 

Trois grands axes d’actions :

1-       Le trio de la compétitivité : formation, recherche, investissement.

2-       Actions structurelles : pour combattre les faiblesses du tissu industriel.

3-       Conditions plus générales dans lesquelles une politique industrielle peut réussir en France.

 

1- Le trio de la compétitivité : formation, recherche, investissement (ce sont des choses évidentes, mais encore faut-il les faire et les payer !).

 

a) La formation ; les entreprises qui réussissent sont celles qui font l’effort de la formation : capacité d’adaptation à des métiers nouveaux, à des nouvelles technologies, à de nouvelles formes de travail qui nécessitent beaucoup d’initiative de la part des salariés.

Dépenses des entreprises pour la formation professionnelle :

-          En Allemagne (RFA) : 83 milliards F (M² F)

-          En France : 23 M² F

Toutes choses égales par ailleurs, c’est plus de deux fois plus d’effort de formation en Allemagne qu’en France. Sur 20 ans, les effets sont cumulatifs. Faut-il s’étonner que les Allemands aient une qualité et un degré d’innovation supérieurs, des formes de travail plus productives ?

Au Japon, toute la classe d’âge est portée au niveau du baccalauréat alors qu’en France, l’objectif de 80 % en l’an 2000 est qualifié d’irréaliste… C’est dire l’ampleur du défi à relever en matière de formation.

Comment agir ? En aidant les entreprises à accroître leurs efforts de formation : par un crédit d’impôt formation, ce qui a été fait pour la Recherche en 1983 et repris par le gouvernement actuel.

Toute entreprise qui accroît son effort de formation peut déduire de ses impôts une partie de l’accroissement de l’effort. Ce sont les PME qui en ont le plus besoin, elles qui ont beaucoup hésité, jusqu’à présent, à s’y engager.

 

b) La recherche ; c’est le « nerf de la guerre ».

Pour être dans la course dans 20 ans sur le plan technique, il nous faut porter notre effort de recherche au niveau du Japon, de l’Allemagne, des USA, voire de la Grande-Bretagne, ce qui revient à passer de 2,2 % de notre produit national (taux actuel) à environ 3 % l’an en 1992, soit une progression de 0,8 % qui correspond à 40 M² F, ce qui est l’équivalent du « trou » de la Sécurité sociale que nous laissera Séguin en juin 1988.

Le principal effort est à porter sur la recherche industrielle car c’est là que le bât blesse. Cet objectif n’est pas irréalisable mais cela suppose de ne pas se contenter de boucher les trous…

 

c) L’investissement : il est insuffisant depuis 1973. Actuellement, l’investissement est surtout consacré à la réduction du coût du travail (substitution capital-travail) mais trop peu à l’innovation et à la fabrication de produits nouveaux.

Une relance de l’investissement est indispensable. Il y a sur ce point un débat à l’Assemblée Nationale pour la préparation du budget 1988. Les socialistes font des propositions. D’abord, la relance de l’investissement suppose l’assainissement de la situation financière des entreprises, ce qui est fait. D’autre part, les entreprises investissent quand elles ont des marchés, quand il y a de la croissance. Il y a peut-être parmi les marchés perdus depuis 7 ou 8 ans des marchés à reprendre. Ce qui suppose de leur part une capacité d’initiative.

Elles investissent quand il est plus intéressant d’investir que de placer son argent sur les marchés financiers. Ce problème est plus compliqué. Il faut rendre l’investissement productif plus « rentable » que l’investissement financier. Comment ? En réduisant certains impôts si le bénéfice est réinvesti dans l’entreprise. Les socialistes proposent dans ce cas de ramener l’impôt sur les sociétés de 42 à 35 % ; par compensation, le taux d’imposition sera plus élevé sur le bénéfice distribué aux actionnaires (pour financer la ressource correspondante). Autre possibilité : le crédit d’impôt investissement.

De toute façon, il faut agir car les taux d’intérêt sont si élevés que toutes les entreprises sont incitées à placer leur argent sur les marchés financiers :

-          taxer les revenus des placements financiers,

-          tout faire pour réduire les taux d’intérêt (ce point doit être développé par ailleurs).

Le financement du trio de la compétitivité suppose un plan urgent dès notre retour au pouvoir, d’où l’idée d’un emprunt dans le pays, remboursable sur 2 ou 3 ans, placé sur un compte spécial, clairement affecté à la formation, à la recherche et à l’investissement.

Mais la condition essentielle de ce financement est l’obtention d’un minimum de croissance. Comme la vitesse est indispensable à la bicyclette pour rouler, il faut de la croissance à un pays comme la France, qui ne roule bien qu’à une certaine vitesse. Entre 1 et 2 % de croissance, l’économie reste immobile, ce qui est le cas actuellement.

 

2- Actions structurelles, pour combattre les faiblesses du tissu industriel français.

 

Trois faiblesses fondamentales : un modèle de gestion industrielle dépassé, un tissu industriel déstructuré (ou insuffisamment solidaire), un problème de dirigeants d’entreprises.

 

a) Un modèle de gestion industrielle dépassé.

L’industrie française s’est constituée dans les années 1960 à partir d’une main-d’œuvre sous-qualifiée, provenant de l’exode rural et de l’immigration, ce qui a modelé tout le tissu industriel :

-          développement du taylorisme : travail à la chaîne, rôle d’exécutants, peu de réflexion, peu de responsabilité, caporalisme dans les usines, main-d’œuvre sous-payée et non préparée au travail industriel, formation non jugée nécessaire.

-          Rapports sociaux modelés par les conditions de production (relations maîtrise-ouvriers ou maîtrise-ingénieurs),

-          Modèle de production jugé satisfaisant parce que non coûteux à l’époque (faible coût du travail).

La réaction a été trop tardive. Elle s’est traduite par des licenciements. Ce modèle de gestion est complètement dépassé dès lors qu’il s’agit désormais de miser sur la qualité, le respect des délais, la motivation du personnel, l’esprit d’initiative, la capacité d’adaptation des travailleurs, le développement des nouvelles technologies (cf Japon et Allemagne : main-d’œuvre très qualifiée).

Il va falloir complètement changer et s’adapter. C’est une réforme gigantesque, qui suppose formation mais aussi transformation du mode de production et des relations sociales dans les entreprises.

L’Etat n’a pas de baguette magique. Son rôle est, au moins, de fixer le cap, situer les enjeux, et s’appuyer sur ceux qui acceptent de s’engager dans cette voie, et il y en a, heureusement !

 

b) Un tissu industriel insuffisamment solidaire.

Sur ce point, l’Etat peut agir, en particulier auprès des PME. Toutes les entreprises sont en situation de concurrence et de coopération. Les grands pays industriels (Japon, Allemagne, Italie) ont bien compris ce qu’en France on ne sait pas faire : s’entendre entre entreprises pour gagner des marchés. Certes, la concurrence a un effet bénéfique (stimulant) mais il faut aussi savoir valoriser toutes les relations de coopération entre entreprises, surtout à l’exportation.

 

Deux entreprises d’un même pays se battant pour un marché en Indonésie, on ne trouve cela qu’en France. Deux Japonais en présence dans les mêmes conditions s’entendent très vite. Les deux entreprises françaises préfèreront laisser la place à un Japonais plutôt que s’allier pour gagner ce marché. En France, on admet très bien qu’un vendeur soit battu par un Japonais (« ils sont les meilleurs ») mais si c’est par une autre entreprise française, on dira de ce vendeur que c’est un incapable… C’est tout un état d’esprit qu’il faut changer.

 

L’Etat peut intervenir en aidant tout ce qui va dans le sens de la coopération entre entreprises (le partenariat). Par exemple, dans le Choletais, cela fonctionne bien entre les entreprises de bonneterie : concertation sur les fournisseurs, structures d’exportation et laboratoires en commun. L’Etat peut jouer un grand rôle. Il l’a démontré par le biais des entreprises nationales et du secteur public.

Ce qui marche bien en France dans l’industrie française a été structuré autour des grands services publics. L’électronique et l’aéronautique se sont développés autour de la Délégation Générale à l’Armement, les télécommunications autour de la DGT, le matériel ferroviaire autour de la SNCF et de la RATP, l’espace autour du CNES, le génie électrique autour d’EDF et du CEA…

 

Ce lien entre les grands pôles publics et les entreprises privées est une spécificité française. C’est un atout formidable que la droite est en train de remettre en cause. Une des légitimités les plus fortes du secteur public et des entreprises nationales est de structurer le tissu industriel autour d’eux.

Un exemple : l’équipement automobile.

-          Peugeot et Renault dans le passé ont serré les prix au point d’écraser leurs sous-traitants, qui ont été absorbés par de Benedetti (Valéo) et Fiat, leur concurrent.

-          Wolkswagen, par contre, a joué la politique de la qualité chez ses sous-traitants tout en leur laissant suffisamment de marge pour vivre. Ils sont les meilleurs aujourd’hui (Peugeot et Renault ont pris conscience de leurs erreurs ; ils ont changé leurs méthodes, mais trop tard).

Cet exemple est très illustratif de ce que nous pouvons demander à nos entreprises nationales jouer avec leur environnement industriel la carte de la qualité, de la promotion mutuelle et de la coopération. C’est une des raisons d’être essentielles du secteur public et c’est pourquoi il importe qu’il reste fort en France.

 

c) Le problème des dirigeants d’entreprises (« ils pourraient être meilleurs »…).

 

Vieillissants (génération d’après-guerre, près de la retraite), ils ont une approche trop hexagonale, patrimoniale (maîtrise de la propriété), frileuse (mais ils ont subi des douches froides dans les années 1970 après s’être endettés excessivement). C’est la faiblesse du capitalisme français. On attend de nouvelles couches de dirigeants. Ce sera peut-être notre responsabilité, en revenant au pouvoir, de favoriser l’éclosion de nouveaux entrepreneurs, plus nombreux, dans le cadre d’un système d’économie mixte où le secteur capitaliste reste très important. Le renouvellement peut aussi se faire par la reprise des entreprises par les salariés.

 

Ce qui est le plus important, c’est de mettre les dirigeants d’entreprises devant leurs responsabilités vis-à-vis de leurs actionnaires et de leurs salariés. Ce doit être le rôle des banques nationalisées de devenir plus actionnaires des entreprises, éventuellement par le biais de filiales, et d’être des actionnaires exigeants vis-à-vis des patrons, lesquels ont besoin d’être mis en responsabilité. Quand on voit le système allemand où les banques jouent un rôle essentiel dans l’actionnariat, on pense à ce que nous aurions pu faire avec notre secteur bancaire public pour revivifier notre tissu industriel et, éventuellement, nous séparer de certains dirigeants incompétents. En laissant Monsieur Mantelet, 86 ans, continuer de présider Moulinex qui est, maintenant, au bord du désastre, nous avons pris une lourde responsabilité. M Mantelet fut, certes, génial, et son entreprise formidable. Mais il n’est plus capable d’être dirigeant à cet âge et personne n’a osé le lui dire parce qu’il est le propriétaire de son entreprise. Les banques avaient les moyens de lui dire : prenez votre retraite. C’est cela la mise en responsabilité par rapport aux actionnaires mais aussi aux salariés.

 

Quand on évoque ce point (responsabilité envers les salariés), il faut parler de la flexibilité. Ce mot ne nous plaît pas car il est chargé d’une certaine histoire depuis 4 ans mais c’est une réalité. Ce qu’il vaut mieux appeler capacité d’adaptation devient une réalité quotidienne avec la formation, la mobilité plus grande à encourager, l’aménagement du travail (ce ne sont pas des choses faciles).

Mais, en face, il doit y avoir des contreparties pour les salariés. Comment et par qui est contrôlée cette flexibilité ? Seulement les dirigeants d’entreprise ou doit-il y avoir intervention des syndicats ? L’expérience de cette entreprise lavalloise (Salmson) est intéressante et il y a eu de nombreux accords syndicaux sur le plan national, y compris avec la CGT.

 

La question essentielle est la suivante : quelles compensations pour les salariés, en termes de qualifications, de justice sociale, d’emplois, de capacité de concertation et de négociation ?

Il y a les termes d’un nouveau dialogue social, un peu rude à la fois pour les dirigeants mais aussi pour les syndicats, qui sont obligés de changer de discours. On n’y discute plus seulement de pouvoir d’achat mais aussi de l’avenir de l’entreprise, de la productivité, du partage des gains de productivité (aux salaires, à l’emploi, à la compétitivité de l’entreprise ?), du programme d’investissements, de formation, de recherche.

On y débat du projet d’entreprise. Et, pour les travailleurs, comme pour les dirigeants, il faut articuler une pratique qui reste conflictuelle (les intérêts sont divergents) avec une sorte de coresponsabilité qui doit s’organiser de telle façon que les travailleurs ne servent pas de faire-valoir aux dirigeants (ceux-ci sont en responsabilité vis-à-vis des travailleurs).

 

3- Conditions de mise en œuvre de cette politique : la croissance, l’Europe industrielle, le plan

 

a) La croissance

Pour mettre en œuvre cette politique, il faut un minimum de croissance pour financer le « trio de compétitivité » et un minimum de solidarité (la sécurité sociale est victime du chômage et du manque de croissance). On sait très bien que les comportements des individus (patrons, consommateurs) sont fortement influencés par les perspectives de croissance.

Mais comment obtenir cette croissance, au niveau français ou européen ?

Actuellement, si les pays européens voulaient relancer ensemble la croissance, ils pourraient le faire ; il y a des réserves de croissance en Europe et les grands équilibres sont établis. La croissance ne serait pas génératrice de déséquilibres. Si ce n’est pas fait, c’est parce que l’Allemagne n’y est pas favorable. Notre devoir est de la convaincre d’accepter cette initiative de croissance européenne, qui pourrait entraîner un gain de croissance de 1 à 2 %, qui serait de nature à changer totalement le climat en France.

Convaincre l’Allemagne, cela signifie lui parler de sa sécurité, mais c’est un autre sujet.

En cas de refus de l’Allemagne, si on en restait à une Europe du démantèlement unilatéral, avec suppression des barrières internes et externes, les perspectives pour 1992 seraient très sombres et les déséquilibres entre le Nord et le Sud de l’Europe s’accentueraient au détriment du Sud et de la France et en faveur de l’Allemagne.

Notre pari, c’est jouer 1992 dans la croissance, sinon mieux vaut ne pas le jouer et reprendre notre liberté. La domination monétaire de l’Allemagne fait que la France se situe dans la zone mark et l’issue ne fait pas de doute : c’est le pot de terre contre le pot de fer.

Dans ce cas, le retrait du système monétaire européen devrait être décidé, ce qui n’a rien de dramatique (la Grande-Bretagne n’y est pas) et nous obligerait à une rigueur soutenue pour faire face à la responsabilité de notre monnaie.

 

b) Politique industrielle européenne

Elle est, actuellement, à la croisée des chemins :

-          soit vers le démantèlement libéral,

-          soit vers la construction de politiques communes.

Le marché unique de 1992 peut être une catastrophe si l’on continue comme maintenant. Ce peut aussi être une chance si l’Europe sait se doter de politiques communes (recherche, grands programmes, aides aux secteurs défavorisés) avec protection extérieure.

 

c) Le plan

Il est indispensable pour un redressement industriel qui a besoin d’une dizaine d’années pour se réaliser. Un plan moderne et adapté suppose :

-          des grands engagements contraignants de l’Etat,

-          un éclairage pour les entreprises afin que celles-ci puissent s’associer de manière contractuelle aux objectifs de l’Etat.

Le cap doit être mieux défini par temps de grands vents et de turbulences. C’est ce que n’ignorent pas les marins…

 

* Le « rapport Gallois » : Louis Gallois a récemment quitté la présidence d’EADS - voir EADS change de direction : retour sur le profil de Louis Gallois (BFMTV, 31 mai 2012) - puis il a été nommé Commissaire général à l’investissement. Voir Louis Gallois revient dans le champ de la politique industrielle française - 9 juin 2012. Le Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, lui a demandé un rapport sur la compétitivité de l’économie française, qu’il lui remettra le 5 novembre 2012. 

Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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