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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 19:36

Comment renouer avec les milieux populaires ?

 

Les temps changent, le réel n’est plus virtuel. Le moment décisif (la « crise » en grec) est là. Tout est possible, y compris les drames humains. L’ascenseur social est cassé. Les élites ont perdu la main. Elles découvrent que l’euro est atteint d’un vice de conception, que la crise de la dette, depuis 1999, est une crise systémique. Les peuples, qui étaient mis hors-jeu, la souveraineté et la nation, qui étaient devenues obsolètes, font leur retour.

Comment en sortir par le haut, en France et en Europe ? C’est ainsi que Bastien Faudot a introduit, le 3 septembre, les travaux de cette université d’été du Mouvement Républicain et Citoyen. Objectif : faire un tour d’horizon des sujets qui comptent.

 

Dans un article précédent (Université d'été MRC à Carros : les interventions du 3 septembre 2011 - 22 septembre 2011), un résumé des interventions lors des trois tables rondes de la première journée 4a été présenté. Voici maintenant les interventions lors de la table ronde du dimanche, animée par Marie-Françoise Bechtel.

 

Dimanche 4 septembre 2011 : PRENDRE APPUI SUR LE PEUPLE

TABLE RONDE N° 4 - Renouer avec les classes populaires, comprendre la nation, faire vivre la démocratie
La situation économique et politique prend toutes les apparences de l’urgence. Alors que des choix décisifs sont à l’agenda, l’ascension du Front National, l’exécutif impopulaire et l’incapacité de l’opposition à se structurer laissent le peuple orphelin. Les conséquences de la mondialisation (chômage, déclassement des couches populaires et des classes moyennes, questions migratoires) provoquent de nouvelles fractures dans la société française. A la veille du grand débat de 2012, la stratégie de la gauche demeure à cet égard très hésitante. Pourtant, les enjeux exigent une dynamique nouvelle pour aider la Nation à reprendre confiance en elle. Sur quel peuple la gauche pourra-t-elle s’appuyer ? Quel langage doit-elle tenir aux citoyens dont elle entend recevoir le mandat ? Comment renouer avec les classes populaires qui désertent le débat public ?

Universite-d-ete-MRC-2011-048-T.jpgAnimation
: Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente du MRC.
Intervenants :
Stéphane Rozes, politologue, président de CAP, enseignant à Sciences-Po et HEC ; Philippe Guibert, auteur du livre « Le décenseur social » ; Jean-Yves Autexier, ancien parlementaire.

 

 

Stéphane Rozes

 

Universite-d-ete-MRC-2011-047-T.jpgL’imaginaire collectif est en train de changer. Les catégories populaires (employés et ouvriers) font l’élection présidentielle, par leur vote ou en n’allant pas voter. Il est intéressant d’analyser les perspectives historiques du rapport entre le peuple et les élites. Les employés et ouvriers critiquent les élites, mais ne se pensent pas comme étant le peuple. Dans le passé, la classe ouvrière se pensait comme un collectif. Ce n’est plus le cas. Il y a un phénomène d’individuation (expression d’opinions individuelles). Ils ne sont pas d’abord « ouvriers, catégories populaires » mais plutôt citoyens, ayant conservé l’imaginaire français.

S’adresser aux uns et aux autres, en cloisonnant, cela ne fonctionne pas. La classe ouvrière portait l’avenir de la société. Maintenant, il faut partir de la façon dont les personnes se représentent leur contribution au monde. « Quelle est ma contribution au commun ? »

La politique, c’est ce qui tient ensemble une société. Il faut dire la place de chacun, sans tenir un discours à chaque catégorie. Les conseillers de Sarkozy, en mettant en avant l’insécurité et l’immigration, ont cherché à récupérer l’électorat du FN en lui donnant une place positive. En fait, cette vision très tactique a renforcé le FN.

Il ne faut pas, non plus, avoir une pensée magique, qui ferait de Sarkozy le responsable de tout ce qui ne va pas dans la société. Si Sarkozy n’était plus là, il faudrait faire face à la crise.

Il faut une alternative à "périr et renoncer à ses fondamentaux". Les sondages indiquent que, en 2007, Royal et Sarkozy sont allés assez loin vers la République et la Nation. Mais ils se sont heurtés à une certaine défiance vis-à-vis de leurs fondamentaux.  

La contribution du MRC pourrait être d’indiquer ce que notre pays peut apporter au monde. Il est contre-productif de proclamer que la finance et les puissants, c’est la même chose. Cela renforce le fatalisme populaire et l’impuissance politique.

La force de la finance, c’est l’incapacité des gouvernants à construire un surmoi. La finance est amorale, c’est normal. Dites ce que les gouvernants peuvent faire, aux plans européen et international, pour les catégories populaires.

 

Philippe Guibert

 

Universite-d-ete-MRC-2011-049-T.jpgIl a actualisé le « Décenseur social », à partir d’entretiens individuels sur le travail et le salariat. Les milieux populaires (employés et ouvriers)), c’est 15 millions de personnes, dont 3 millions en catégorie C dans la fonction publique et 10 millions dans le secteur privé. Les contrats précaires concernent 15% de l’ensemble.

Durant les deux ou trois dernières années, le « décenseur social » a pris de l’ampleur. Le point central est le durcissement du principe d’incertitude. Cela s’explique par la mise en œuvre de la globalisation financière, qui va au-delà des délocalisations. Elle provoque l’incertitude économique au niveau planétaire et est à l’origine de déstabilisations soudaines (mouvement du monde, krach financier). La financiarisation de l’économie conduit à des décisions de l’entreprise ayant des conséquences du jour au lendemain sur la vie quotidienne.

La distinction que fait Terra Nova entre insiders (inclus) et outsiders (précaires) est incongrue, car la sécurité, même en CDI, est désormais une vue de l’esprit. Ce sont des concepts inadaptés à la vie des milieux populaires, qui contribuent à l’impuissance du politique. 

Les milieux populaires sont préoccupés par le bouclage des fins de mois. Ils sont peu concernés par les rémunérations variables, mais beaucoup plus par la stagnation des rémunérations (blocage des négociations collectives). Ils ont un problème de reconnaissance et de capacité à construire leur vie, en raison des difficultés de fin de mois. En fait, ils ont un courage remarquable pour y parvenir et ils trouvent des solutions.

La gauche semble impuissante par rapport à la globalisation financière  et la politique est inopérante sur les problèmes de vie quotidienne. Le slogan « travailler plus pour gagner plus » est ineffectif, même s’il va dans le sens souhaité.

L’allergie fiscale (taxes, impôts locaux) se développe au sein des milieux populaires. Elle est liée à l’augmentation générale du coût de la vie, qui a commencé avec le passage à l’euro, et qui est ressentie comme une trahison de Sarkozy) l’égard de ses électeurs de 2007.

Mais les solutions de la gauche social-démocrate (négociations avec les syndicats) ne sont pas attractives, car les syndicats n’existent pas dans les PMI-PME, et, quand ils existent, les salariés ne sont pas complètement d’accord avec eux. Les conditions de l’adhésion à la conception social-démocrate ne sont pas réunies, Ils ont une conception personnalisée du salaire (l’individuation), ce qui tient, aujourd’hui, de collectif de travail dans les entreprises. Ce collectif tient par le plaisir (capacité d’autonomie dans le travail) à l’égard des collègues et des patrons, sinon c’est le déchirement.  

Echec de Sarkozy, pas d’adhésion aux négociations sociales… Comment renouer avec les milieux populaires ? Il faut jouer sur la sécurité (sécurisation économique face à la mondialisation) et la capacité de protéger. 

La gauche doit poser à nouveau la question du syndicalisme. La question des salaires est fondamentale dans le rapport de forces économique. Pourquoi Le Pen est-elle implantée dans les milieux populaires ? Elle fait le lien entre sécurité physique, sécurisation économique et insécurité culturelle. Il y a beaucoup de travail à faire en matière de laïcité et de République.

 

Universite-d-ete-MRC-2011-051-T.jpgJean-Yves Autexier

 

Que pourrait dire aujourd’hui un candidat progressiste au peuple (valeurs, concept d’égalité) ? C’est ainsi que Marie-Françoise Bechtel formule la question.

Face à l’abandon par la gauche des couches populaires, il y a deux réactions possibles. Admettre qu’elles sont perdues ou proposer une autre politique. La gauche sans le peuple, cela ne tient pas. La République sans le peuple, ce n’est pas possible.

Où sont les couches populaires ? Christophe Guilluy le dit dans son livre « Les fractures françaises ». Il suffit de consulter la carte électorale de l’élection de Sarkozy en 2007. Répondre aux besoins des couches populaires, c’est répondre à la Nation, au peuple. Sécuriser les couches populaires est indispensable. Le libre-échange absolu est-il tenable ? Non. L’industrie, pour exister, a besoin d’une monnaie (exemple : Airbus). L’emploi, les couches populaires nous lancent un appel au secours. Il y a aussi l’exigence de l’indépendance alimentaire. L’égalité, c’est la grande passion française. La dégradation capital-travail, y compris par des gouvernements de gauche, pose un réel problème de sincérité. La question de l’école et de l’égalité des chances est très importante. Les services publics à la française, il aurait fallu les défendre. Il aurait fallu que la gauche réhabilite l’Etat au lieu de l’affaiblir, qu’elle ait le sens de l’Etat pour faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers.

La sécurité, ce n’est pas une question de gauche ? Elle concerne d’abord les couches populaires. C’est ce qu’avait fait Jean-Pierre Chevènement, quand il était ministre de l’Intérieur, avec la police de proximité, mais son travail a été rayé des cartes. Une politique républicaine de sécurité, c’est l’amour de la loi. Ni sécuritarisme, ni angélisme. Ne pas hésiter à considérer les délinquants indépendamment de leurs origines sociales.

En matière d’immigration, des papiers pour tous, est-ce une politique de gauche ? Non, c’est démagogique et irresponsable. Il faut une politique de l’immigration raisonnable. Le devoir républicain, c’est de donner sens à l’immigration.

En Allemagne, le grand gougeat de peuple  au règlement de la crise financière. C’est un problème de démocratie. Ce n’est pas seulement une question française (Die Welt : « L’Europe fait peur »). Nous, républicains, avons une idée raisonnable de la Nation. Un peu comme Obama, dans un contexte différent. En France, il faut faire vivre la démocratie.

 

Stéphane Rozes

Sarkozy  en 2007 a montré sa capacité à articuler la contradiction entre un pays politiquement à droite et socialement à gauche. Tout candidat à l’élection présidentielle doit comprendre le pays. Jean-Yves Autexier a dit le souhaitable pour 2 Français sur 3. La politique, ce n’est pas donnant-donnant, c’est ce que j’apporte et ce que je reçois. L’Allemagne doit comprendre qu’elle ne pourra prospérer si l’ensemble de l’Europe n’est pas prospère.

 

Philippe Guibert

Il n’y aura pas de 21 avril 2012 (pas de concours de circonstance cette fois-ci, si Marine Le Pen est au second tour, c’est que les Français l’auront voulu). L’enjeu principal de l’élection présidentielle 2012 est l’abstention. Ce qu’a dit Jean-Yves Autexier, 2/3 des Français peuvent le partager. Pour les milieux populaires, il est important de poser la question de la souveraineté politique.

 

Jean-Luc Laurent (MRC) à Carros : l'Europe persiste dans ses erreurs - 13 septembre 2011 

Chevènement à Carros (06) : c'est la crise d'une conception de l'Europe - 9 septembre 2011  Chevènement à Carros : il faut un projet pour une Europe européenne - 8 septembre 2011 

MRC : des débats de fond à Carros sur les choix 2012 pour la France - 27 août 2011 

  

Cet article est le 98ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national.

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commentaires

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<br /> <br /> Salut Michel,<br /> <br /> <br /> Remarquable synthèses particulièrement nécessaires pour garder l'initiative et le cap vers notre programme de salut public. Tu nous fais partager ces présentations et débats autour de thèmes<br /> majeurs placés comme il se doit au centre de nos approches. C'est autour de cette réflexion que nous restons singuliers et indispensables pour faire bouger les lignes avec Jean-Pierre Chevènement<br /> et ses amis. Merci de ta contribution et de ton travail énorme pour la citoyenneté et le redressement de la république.<br /> <br /> <br /> Avec tout mon respect et toute ma reconnaissance<br /> <br /> <br /> Xavier<br /> <br /> <br /> <br />
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