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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 21:45

Des intervenants magistraux pour une école refondée

 

Dimanche matin 5 septembre, nous avions la possibilité de participer à l’un des deux petits-déjeuners thématiques, de 8h30 à 10h (voir Université d'été MRC à Valence : le programme de salut public en débat - 8 septembre 2010).

Gérard Beillard (MRC 53) ayant opté, naturellement, pour la santé et l’hôpital public (avec Ladislas Polski et Patrick Nivet), je me suis rendu à la réunion organisée par Estelle Folest (photo), secrétaire nationale MRC à l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche (elle a été nommée lors du congrès de Paris en juin 2010, succédant ainsi à Michel Vignal). Universite-d-ete-MRC-2010-034-T.jpg

Trois enseignants sont intervenus : Véronique Blanchard, institutrice, Claire Mazeron, professeur et syndicaliste et Jean-Claude Blanc, ancien professeur. Universite-d-ete-MRC-2010-026-T.jpg

Puis Estelle a passé la parole à la salle. Jean-Pierre Chevènement était présent au moment des débats, mais n’est pas intervenu.

  

  Les trois intervenants, de gauche à droite

dans l'ordre d'intervention

 

Véronique Blanchard, professeur des écoles, préfère le terme institutrice (pour installer l’homme dans l’enfant). Elle constate une politique de démantèlement de l’école publique, sous couvert de réformes et de pédagogie, débouchant paradoxalement sur un élitisme de la naissance et de la fortune, à l’opposé de l’élitisme républicain. La loi Jospin d’orientation, en 1989, a ouvert la voie à des pratiques qui éloignent des objectifs initiaux de l’école, qui sont la conquête des libertés, l’adaptation, la transmission de valeurs, le savoir être.

La droite s’est engouffrée dans la brèche, dans le but de liquider le paradigme républicain. La gauche doit clarifier ses idées sur l’éducation, rompre avec l’idéologie « pédagogiste » et se ranger derrière Condorcet.

 

Claire Mazeron, professeur agrégé de géographie, est vice-présidente du syndicat Snalc. Elle a publié récemment un livre « Autopsie du Mammouth », sous-titré « L’Education nationale respire-t-elle encore ? » (Ed. Gawszwitch). Universite-d-ete-MRC-2010-029-T.jpg

D’abord, le constat d’échec de l’école.

L’objectif fixé par le ministre Chevènement, il y a 25 ans, de 80% d’une classe d’âge accédant au niveau du baccalauréat, n’est pas atteint (62,5% en 2005). L’enseignement s’est massifié, mais pas démocratisé. 40% des élèves entrant en 6ème ne sont pas capables de suivre. On parle de citoyenneté mais l’école n’a jamais été aussi violente. Il est difficile de faire respecter l’ordre républicain dans les classes.

De fausses explications sont avancées :

-          pas assez de moyens, ce qui est inexact : en 1973, 2189 euros par élève, 4601 en 2005 ; indice 6,1 en France de la moyenne de dépense par élève, contre 5,8 pour la moyenne des pays de l’OCDE ; davantage d’établissements classés en ZEP,

-          question de société (jeux vidéo, permissivité, chômage de masse),

-          l’élitisme républicain, les profs, les pesanteurs scolaires etc.

De fausses solutions à de vrais problèmes.

On confond moyens et pédagogie. On cède à la société, en s’adaptant aux comportements violents et déviants, en faisant entrer les parents dans l’école, en faisant éclater le système national de l’enseignement, fondé sur l’égalité républicaine.

On repense les exigences à la baisse. On fixe des quotas de réussite à l’avance. On met en œuvre le « passe-dégage » en 3ème sans redoublement. On met en avant des modèles extérieurs (au moment où l’Allemagne revoit son système). On évalue les comportements pour aboutir à des esprits bien conformes (profil de compétence).

On change le métier de professeur, en adoptant le constructivisme (mais les enfants ne sont pas prêts), la transdisciplinarité (pédagogie de projet), et on transforme le professeur en animateur socioculturel (35h en établissement).

 

Est-ce le résultat du hasard ou un complot ? On constate une alliance contre nature. Les ultralibéraux de droite, qui veulent démanteler l’école parce qu’elle coûte trop cher, rejoignent des gens de gauche, qui confondent objectifs et moyens et veulent mettre l’élève au centre (notion de plaisir, issue de mai 1968).

Il y a un risque libéral, aujourd’hui (démantèlement). D’autres, comme Richard Descoings, constatant qu’on ne peut démocratiser l’école, optent pour la charité institutionnalisée.

Nous faisons le choix de la transmission, de la justice sociale.

 

Jean-Claude Blanc, ancien professeur agrégé de philosophie, traite du concept, de l’idée de l’école.

A la fin du siècle des Lumières, la question est posée : de quelle école une République a-t-elle besoin ? Condorcet répond « Il faut rendre la raison populaire ». L’école s’occupe des enfants, pas des citoyens. Le temps à l’école est un temps protégé et libéré (pendant l’antiquité, le temps libéré permet de s’occuper de soi, de s’élever). On a le respect de l’enfant, qui est mis à distance de la société. Pour les révolutionnaires, ce loisir doit être à la portée de tous (l’enfant, quel qu’il soit, est candidat à l’humanité).

L’école est une conquête qu’il faudra sans cesse défendre, face aux besoins immédiats de la société. L’école ne veut pas que nos enfants nous ressemblent. Elle doit contribuer à faire reculer les inégalités sociales, surtout pas les reproduire.

La mission de l’école est d’instruire (débat récurrent entre l’instruction et l’éducation). Jusqu’en 1932, le ministère sera de l’instruction publique. C’est d’Italie que viendra le titre « éducation nationale » qui prend en compte, non seulement les connaissances, mais aussi les valeurs.

En fait, l’instruction est une éducation. Ce n’est pas une simple transmission de connaissances (il concerne l’être, pas l’avoir). Le besoin de logique n’est pas premier. Selon Platon, il faut d’abord exercer sa raison en faisant des mathématiques. Le maître d’école doit se comporter avec l’idée de se passer de maître.

L’éducation renvoie à la conformation à un modèle existant. L’instruction libère des modèles et renvoie au jugement personnel.

Selon Condorcet, la démocratie implique des citoyens éclairés, ce qui suppose un effort de raison, la mise à distance des intérêts personnels et des passions. Il faut penser le bien commun, débusquer les démagogues.

L’école est un devoir d’Etat pour tous. L’égalité passe par des programmes nationaux, sous le contrôle d’une commission indépendante du gouvernement. La tolérance doit régner. Les enfants sont réunis sans distinction de richesses. L’élève n’est pas un enfant ; l’enseignant ne s’adresse qu’à sa raison. A l’école, pas de particularismes, pas d’étrangers.

Dans la société de communication actuelle, l’école peut paraître archaïque par rapport à la télévision. De modestes règles et sanctions peuvent être ressenties comme des violences d’un autre âge. Mais l’école doit aller à contre-courant de la pression sociale ordinaire, car elle a une mission émancipatrice (ne pas enfermer l’enfant dans son ignorance).

En conclusion, la culture a été chassée par les considérations sur les cultures. Tout se vaut (relativisme). On a perdu de vue la notion d’universel, de la condition humaine. Une recette de cuisine exotique vaut une fable de La Fontaine…

 

De la salle, viennent des avis et questions.

Guilaisne Carraz est très satisfaite de ce qu’elle a entendu, mais c’est difficile à entendre par la gauche et par le monde enseignant. L’école est un lieu de travail (pour Jospin, c’est un lieu de vie). L’élitisme républicain est mal compris et l’égalité des chances est confondue avec égalitarisme.

Un enseignant-parent confirme que l’école est inadaptée au marché (demande des chefs d’entreprise). L’éducation manuelle et technique a été délaissée.

Thomas (enseignant) constate que l’école est en danger pour plusieurs raisons (pragmatisme, accumulation de connaissances encyclopédiques, développement durable à toutes les sauces de la propagande, intellectualisme rabaissant le technique). C’est la défaite de la langue française. Il faut mettre le français, la grammaire, en priorité au primaire.

Maryse Paraire, enseignante qui n’est pas opposée à la participation des parents, demande ce qu’il en est réellement de l’évaluation PISA (anglo-saxonne) qui culpabilise les professeurs. Il faut reconquérir la maîtrise de la langue, dont l’écrit. Les heures supplémentaires distribuées aux professeurs s’appliquent aux élèves qui n’ont plus envie de travailler.

Arthur Riedacker évoque les notions d’élitisme, de mérite et de naissance, qui doivent être précisées. Ayant lu dans Les Echos un article concernant un fils d’enseignant, il demande de ne pas idéaliser le système japonais, qui est rétrograde. Lors d’un séjour au Maroc, un enseignant marocain a comparé les types d’enseignement :

-          savoir par cœur à l’école coranique,

-          savoir faire dans les écoles anglo-saxonnes,

-          comprendre dans les écoles françaises.

On a besoin de tout, l’intellectuel ne suffit pas.

Armelle Leleup, enseignante de ZEP, regrette le temps insuffisant pour le débat. Elle ne partage pas tout des exposés. Certaines expressions sont passéistes. L’important pour un enseignant, ce n’est pas d’avoir de l’autorité, mais de faire autorité. Et ce qu’on attend d’un parti politique, c’est de dire comment faire.  

 

Voir, sur le site du MRC (7 septembre) Constitution d'une commission éducation  

 

Cet article est le 77ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national.

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