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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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Afrique

Samedi 5 janvier 2008

Ibuka* (Souviens-toi) veut la vérité sur le génocide

 

Mon intérêt pour l’Afrique remonte au voyage d’études organisé par ma promotion (la 118ème) de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes.

Nous avions des camarades maliens qui allaient devenir, avec nous, ingénieurs agronomes. Ils avaient dû influencer le choix de la destination de ce voyage en juillet-août 1969 : le Mali, mais aussi le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

J’en ai gardé un excellent souvenir et, l’année suivante, je décidais de me porter volontaire pour effectuer mon service national dans la Coopération, en Algérie. Ma connaissance directe de l’Afrique s’est arrêtée là.

 

Mais, récemment, j’ai renoué des contacts avec mes anciens camarades de l’ENSAR en recherchant leurs adresses actuelles.

C’est ainsi que le contact a été rétabli avec Bernard Patureau. Ses premiers mots ont été pour parler du Rwanda. J’ai compris pourquoi quand il m’a dit que son épouse, native de ce pays, a échappé aux massacres qui ont touché toute sa famille parce qu’ils étaient dans un autre pays africain en 1994 (Bernard a fait toute sa carrière professionnelle en Afrique).

 

Par la suite, ils se sont engagés tous les deux dans l’association Ibuka, qui signifie « souviens-toi ». Ils sont aujourd’hui responsables de cette association dans leur département, le Loiret, et lui-même est vice secrétaire général d’Ibuka France. Ils militent pour le devoir de Mémoire et luttent contre le négationnisme, sachant qu'un million de personnes innocentes ont été massacrées dans l'indifférence générale et que, aujourd'hui, 350 000 rescapés vivent dans la précarité et le déni de justice, toujours dans l'indifférence.

Je lui ai demandé de rédiger une synthèse sur ce qui s‘est passé au Rwanda et sur les origines historiques de ces évènements.

Voici la première partie du texte qu’il m’a transmis. C’est la partie historique. L'auteur s'est limité aux seuls faits historiques et avérés, laissant de côté les zones d'ombres qui font aujourd'hui l'objet de plaintes et d'enquêtes.

 

Historique et contexte 

 

Le pays avant la colonisation

Depuis plusieurs siècles, il forme un Etat - Nation peuplé par trois grands groupes humains : les Twas, les Hutus et les Tutsis différenciés par leur classe sociale et leurs activités économiques. Le régime est alors monarchique.
Le Rwanda n'est pas une création du colonisateur qui aurait rassemblé les différentes zones en une nouvelle entité politique composite et à laquelle il aurait imposé un nom de son invention.
Ces trois groupes humains constituent une seule et même ethnie : l'ethnie des Banyarwanda caractérisée par une unicité de langue, traditions, religion, culture. Aucune trace historique, archéologique et/ou linguistique  ne confirme les hypothèses hasardeuses émises sur l'origine des Rwandais. On aurait dû y voir qu'une seule ethnie : l'ethnie rwandaise, avec ses clans, ses hiérarchies et ses groupes sociaux-professionnels, ses clivages et ses dynamismes, sa culture. L’histoire fut ainsi réécrite par la colonisation…

La colonisation

1884-1885 : La Conférence Internationale de Berlin attribua les régions du « Rwanda-Urundi » et du Tanganyika à la Compagnie allemande de l'Afrique Orientale qui firent dès 1885 partie de la couronne allemande. 1899 : Le Rwanda devient un Protectorat allemand.

1900 : Le roi reçoit les premiers missionnaires catholiques européens, «les Pères Blancs».

1919 : Après la défaite de l'Allemagne, le Conseil Supérieur des Puissances Alliées confia à la Belgique le Mandat sur le «Ruanda-Urundi». La Société des Nations (ancêtre de l'O.N.U ) ratifiera le Mandat en 1923 qui sera transformé en «Tutelle» en 1946. La Belgique s’appuiera sur le régime monarchique.

1934-1935 : le peuple rwandais fut soumis à un « recensement » unique en son genre. Il s'agissait plutôt d'un « échantillonnage », effectué au niveau des sous-chefferies, qui porta sur les hommes adultes et valides. Au cours de ce recensement, l'administration imposa comme critère d'appartenance à un groupe dit « ethnique » TUTSI le fait de posséder au moins dix têtes de bétail bovin. Le reste de la population fut assimilé à des groupes « ethniques » HUTU ou des TWA selon les professions. Le livret d'identité portant la mention du «groupe ethnique» de chaque citoyen fut introduit au Rwanda à cette époque. Ceci eut pour conséquence immédiate de figer chaque citoyen rwandais dans tel ou tel groupe ethnique HUTU, TUTSI ou TWA, contrairement à la réalité sociologique du pays.

L’indépendance

1949 : Mutara III, nommé « roi » par le colonisateur commença à évoluer et s'opposer à celui ci, notamment à la chicote (punition infligée aux hommes adultes : ils étaient battus en public, souvent devant leurs familles) au grand mécontentement de l'administration coloniale puis de l’Eglise. C'est encore lui qui déclarera en 1958 que les termes hutu, tutsi et twa ne devaient plus figurer sur pièces d'identité, fiches scolaires, etc... , que tous les habitants du pays n'avaient qu'un nom : « rwandais». Peu à peu, le colonisateur et l’Eglise se tournèrent vers « l’opposition ethnique » majoritaire….

1956 : Il demanda une indépendance totale et la fin de l'occupation coloniale belge. Le Conseil Supérieur du Pays réclama un traitement équitable entre fonctionnaires européens et rwandais, suivant le principe de « salaires égaux à formation et compétence égales». Le Conseil Supérieur réclama que l'accession aux fonctions de chef et de sous - chef soit soumise à une élection. Cette réclamation sera renouvelée en 1959, en même temps qu'un calendrier précis pour l'accession du pays à l'autonomie et à son indépendance.

1957 : Mort mystérieuse du roi, remplacé par son demi frère. Une période de revirement des alliances, de montée de mouvements « hutus », de massacres marque alors les années suivantes avec l’abolition de la monarchie et la mise en place de la première république en 1961.

Le 1 juillet 1962, le Rwanda recouvre son indépendance.

Le Rwanda indépendant

L’Indépendance fut marquée par un pouvoir hutu assis sur un parti unique, le MRND. Un coup d’état  (inter-hutus) survint en 1973 et mit Habyarimana au pouvoir, le régionalisme entre hutus commença à poindre (Akazu : hutus du nord). Divers massacres de tutsis jalonnèrent les 30 années d’indépendance, dès 1959 des centaines de milliers de tutsis fuirent le Rwanda pour trouver refuge dans les pays voisins.

1988 (août) : 14 délégations des réfugiés rwandais organisent un congrès à Washington  pour essayer de trouver une issue pacifique au problème de milliers de réfugiés rwandais dans le monde. La résolution de ce Congrès a été notifiée au Gouvernement Rwandais qui était invité, mais qui a préféré « snober » la rencontre.

1990-1994 et le génocide

Devant le refus de prendre en compte le problème de ces réfugiés « apatrides », l'APR (Armée patriotique rwandaise) branche armée du FPR, attaque le Rwanda en octobre 1990. En août 1993, le Gouvernement Rwandais et le FPR signent les Accords de Paix d'Arusha et commencent des négociations pour un retour à la stabilité. Les 3 années précédentes avaient été marquées par des massacres périodiques de « tutsis » de l’intérieur, une montée de la haine anti-tutsie, attisée par les médias et la propagande, l’armement de l’armée régulière et de milices « hutues »

6 avril 1994 : l'avion qui transportait les présidents rwandais et burundais, en provenance d’Arusha, est abattu au-dessus de Kigali.

7 avril - 3 juillet 1994 : début du génocide des Tutsis et le massacre des Hutus modérés, par les milices du MRND et du « HUTU POWER » ; dès ce 7 avril, dix casques bleus belges seront tués en même temps que le Premier Ministre Agathe UWILINGIYIMANA, qu'ils protégeaient de la garde présidentielle. Trois civils belges seront aussi tués dans la préfecture de Gisenyi. Trois mois de massacres s’en suivirent faisant 1 000 000 et plus de morts, laissant 280 000 rescapés tutsis, des femmes violées, des gens blessés, handicapés, mutilés….. Seule l’avancée de l’APR put (ou sut) arrêter ces massacres.

22 juin 1994 : Les forces françaises de l'opération Turquoise entrent au Rwanda, par le sud ouest. Le Conseil de sécurité avait été amené à accepter cette opération, qualifiée d'humanitaire par les Français. L'opération Turquoise a en fait couvert la fuite du Gouvernement génocidaire de KAMBANDA avec son armée et ses milices INTERAHAMWE vaincus qui trompaient la population et la prenaient en otage vers le Congo et d'autres pays voisins du Rwanda.

L'objectif de l'opération Turquoise était de diviser le pays en deux zones : la zone contrôlée par le FPR et la zone contrôlée par le Gouvernement génocidaire, afin d'amener plus tard les deux parties à négocier pour ramener la paix ... Chose inacceptable, car le FPR n'avait rien à négocier avec les gens qui venaient d'assassiner plus d'un million de personnes et qui avaient détruit toutes les infrastructures du pays…. Les massacres ont continué dans la seule zone turquoise.

4 juillet 1994 : Prise de Kigali par l'APR.

19 juillet 1994 : le FPR et sept autres partis politiques créent un gouvernement d'union nationale, M. Faustin TWAGIRAMUNGU est Premier Ministre, Pasteur BIZIMUNGU Président. A ce moment le Rwanda sort de la guerre, du génocide et des massacres qui ont causé la mort de plus d'un million de citoyens innocents, d'autres trouvant refuge à l'extérieur du pays. Le Rwanda connut alors des moments très difficiles : l'insécurité à ses frontières, la pauvreté issue du pillage et de la destruction des biens appartenant aux familles et au pays.

 * Site Ibuka France : http://one.xthost.info/ibukafrance.

L’association (Ibuka-Souviens Toi) milite, notamment, pour le devoir de Mémoire et contre le négationnisme à propos du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. 

Par SORIN Michel
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Samedi 5 janvier 2008

Au Rwanda, 49% des députés sont des femmes

 

Voici la seconde partie de l’information concernant le Rwanda, que m’a communiquée Bernard Patureau, l’actuel vice secrétaire général de l’association Ibuka France* et, aussi, l’un de mes camarades de la 118ème promotion de l’ENSA de Rennes (cette école forme des ingénieurs agronomes ; elle fait partie d’Agrocampus à Rennes depuis quelques années).

 

Bernard avait choisi, en 3ème année d’études, l’Ecole Supérieure d’Agronomie Tropicale, ce qui l’a conduit à faire toute sa carrière professionnelle en Afrique. Son épouse, d’origine rwandaise, l’accompagnait en Guinée en 1994 lorsque s’est produit le génocide des tutsis au Rwanda. Toute sa famille, tutsie, a été massacrée. L’engagement de Bernard Patureau et de son épouse, très fort au sein de l’association Ibuka, ne doit donc rien au hasard. Il m’a transmis un texte explicatif que j’ai découpé en deux parties.

Dans le précédent article, étaient exposés la partie historique et le contexte dans lequel s’est situé le Rwanda. Dans cette seconde partie, il traite de l’après génocide et de la reconstruction du pays. Et il évoque le rôle de l’association Ibuka.

 

Situation du pays aujourd’hui

 

L’après génocide, la reconstruction

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda est constitué par l'ONU fin 1994. Le pays commença à se reconstruire sur les ruines du génocide, avec les quelques rescapés, leurs bourreaux et complices vivant en liberté pour la plupart, en prison pour certains, une partie des ex-exilés de retour, au rythme des souffrances, de la justice, des peurs vers une difficile réconciliation car aucun remords ni aucun pardon ne s’est exprimé. Le pays a retrouvé les caractéristiques de sa démographie d’avant génocide. Moins de 40 dossiers ont été à ce jour traités.

Des fonds - insuffisants -  furent dégagés pour aider les rescapés, les maisons remises aux fuyards « hutus » de retour, des efforts importants pour une reprise économique furent consentis ; aujourd’hui la paix et la stabilité semblent rétablies, les activités économiques et sociales normalisées… mais tant de choses restent à faire, notamment la sécurité des rescapés-témoins, l’appui à ces mêmes rescapés, aujourd’hui « dilués » dans le contexte de pauvreté.

Les élections, la constitution (loi anti-discrimination)

P. Bizimungu démissionne en 2000. P. Kagame est élu président de la République par l'Assemblée nationale.

Le Rwanda doit faire face à un besoin de justice qui engorge les tribunaux et amène à la réhabilitation de la justice traditionnelle (Gacacas)

La nouvelle constitution du Rwanda, votée par référendum le 26 mai 2003, a abrogé ces références ethniques et les a même rendues illégales pour quiconque chercherait à s'en prévaloir au Rwanda. La culture internationale n'a pas encore véritablement intégré cette évolution. Une loi anti-discrimination fut érigée.

L'élection présidentielle se déroule au suffrage universel le 25 août 2003 et Paul Kagame est élu président de la République. Les élections législatives au suffrage universel suivent le 2 octobre 2003.

Les députés favorables à Paul Kagame obtiennent la majorité des sièges. 49% des députés sont des femmes, ainsi qu'une très forte proportion de sénateurs et de ministres, ce qui fait du Rwanda le pays dont la participation des femmes au pouvoir politique est la plus forte au monde. Une représentation d’handicapés siège également.

La politique de « réconciliation » et la problématique des rescapés

 

De ces dernières années post-génocide, il faut retenir les progrès économiques, la mise en place d’une démocratie fragilisée par la menace constante des génocidaires réfugiés en dehors du Rwanda, nostalgiques d’un ethnisme toujours latent, et les difficultés des rescapés, témoins vivants et gênants tant pour les assassins que pour la politique de réconciliation menée par le gouvernement.

 

 

Bernard Patureau résumait ainsi l'histoire précédant le génocide.

 

« Les éléments pouvant expliquer le génocide remontent à une histoire incluant tout le 20ème siècle :

 

- différenciation et fixation "ethnique" par le colonisateur (cartes d'identités ethniques 1930),

- revirement de l'appui belge face aux souhaits indépendantistes, de façon à déstabiliser le "partenaire" rwandais en place,

- esprit revanchard de la nouvelle "alliance" se matérialisant dès avant l'indépendance (1960) par des massacres et des fuites de tutsis, et ce pendant plus de 30 ans...

- souhait exprimé de retour des exilés survivants, refus et retour de "force" (fin des années 1980 à 92)

 

Et, en parallèle, dans les années 1990-94 :

- montée de la notion occidentale de "démocratie" créant ressentiments, provocations et haines "ethniques" de façon à conforter par la division le pouvoir en place,

- propagande médiatique anti-tutsie et préparation de l'armée et de milices...

 

Il ne manquait qu'un déclencheur, pour éviter les accords en négociation...! »

 

Ibuka

Après le génocide, des rescapés et leurs proches créaient à Bruxelles, dès 1994, une association Ibuka -Mémoire et Justice- en prévision de la création d'une Fondation Internationale Ibuka.

 Au Rwanda, Ibuka vit le jour dès fin 1994 pour se pencher sur tous les problèmes causés par le génocide, dont l'assistance, la défense et la représentation des rescapés, la recherche des preuves, la sauvegarde de la mémoire des victimes, la lutte contre le révisionnisme et le négationnisme, l'analyse des causes profondes du génocide, la lutte contre les discriminations ethniques

Aujourd'hui IBUKA regroupe plusieurs associations qui oeuvrent dans ce sens et comprend également des membres individuels. Elle est implantée dans tout le Rwanda.

Dans ce cadre, Ibuka Belgique A.S.B.L. a soutenu la création de l'association Ibuka au Rwanda, eainsi que des sections en Suisse en 1995, Ibuka France en 2002 et une section récemment créée en Hollande.

IBUKA – Souviens toi – est une structure regroupant les associations des rescapés du génocide, ainsi que tout autre individu ou organisation soucieux de lutter contre le génocide perpétré au Rwanda et de contribuer particulièrement à la réhabilitation des rescapés et de la société rwandaise.

Les objectifs vont de la coordination des activités axées essentiellement sur les conditions de vie sociale à la recherche d'une justice équitable qui bannit l'impunité et à la préservation de la mémoire des victimes. IBUKA peut initier ses propres activités, chercher les financements et exécuter des projets en rapport avec ses objectifs. A Montargis, une cellule d'Ibuka mène des actions pour aider directement des rescapés toujours en grande précarité.

* Site Ibuka France : http://one.xthost.info/ibukafrance.

Par SORIN Michel
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Lundi 21 janvier 2008

Témoignages émouvants sur Radio Chalette

 

Le 5 janvier dernier, sur ce blog (catégorie Afrique), j’ai publié deux articles concernant le génocide des tutsis au Rwanda. Ces informations provenaient de Bernard Patureau, que j’avais connu à l’ENSA de Rennes en 1967-69 et qui est domicilié à Châlette-sur-Loing (45) après une vie professionnelle en Afrique. Son épouse est rwandaise, rescapée du génocide, parce qu’elle ne vivait pas dans le pays, mais toute sa famille qui était sur place a été massacrée.

 

Hier, il m’a transmis l’enregistrement (podcasté, 50 minutes) de l’émission « Samedi magazine » de Radio Chalette (Montargois, dans le Loiret Est), réalisée avec la participation de l’association Ibuka (Souviens-toi) représentée par Espérance Patureau et Aline Paquerot.

 

Il est question, au départ, de la situation actuelle des rescapés mais les témoignages, poignants, des deux femmes aident les auditeurs à mieux comprendre la réalité, historique et actuelle, de ce pays magnifique qu’est le Rwanda.

 

Je rappelle que l’association Ibuka a pour mission d’assurer la préservation de la mémoire du génocide et la défense des droits et intérêts des survivants du génocide rwandais.

 

Pour écouter l’émission : http://www.radio-chalette.com/Ibuka.html

 

Pour s’informer sur les activités de l’association Ibuka du Loiret : Le site Ibuka du montargois

Par SORIN Michel
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Lundi 11 février 2008

La question de la responsabilité de la France

 

Je reçois des informations qui me sont adressées par Bernard Patureau, vice secrétaire général de l’association Ibuka France (« Souviens-toi »), qui milite pour le devoir de Mémoire et contre le négationnisme à propos du génocide des tutsis au Rwanda en 1994 (voir, à ce sujet, les articles parus » les 5 et 21 janvier 2008 sur ce blog, catégorie « Afrique ; voir aussi le site d’Ibuka France : http://one.xthost.info/ibukafrance).

 

Il vient de m’informer qu’un film intéressant concernant le Rwanda, sous forme d’une fiction, est programmé sur Arte le 22 février à 21h.

Voici un extrait de ce film sur http://www.dailymotion.com/video/7273543.

 

Le réchauffement des relations entre la France et le Rwanda est engagé depuis quelques mois, comme l’indiquait Philippe Bernard, journaliste au Monde (édition datée du 25 janvier 2008), avant la visite de Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, à Kigali, le 26 janvier.

 

(…) « Cette visite "s'inscrit dans le cadre du processus de normalisation progressive de nos relations", a expliqué, mercredi, le Quai d'Orsay, en confirmant le principe. A Kigali, la secrétaire d'Etat à la coopération régionale Rosemay Museminali a salué "ce geste de relance de la coopération".

Le premier signal du réchauffement des relations franco-rwandaises avait été donné, à la mi-septembre 2007, par le séjour à Kigali d'une délégation diplomatique française conduite par Jean de Gliniasty, directeur de l'Afrique au Quai d'Orsay. Le processus a connu une accélération en décembre avec l'entrevue entre les présidents Nicolas Sarkozy et Paul Kagamé au sommet Union européenne-Afrique de Lisbonne. Le président français avait alors prononcé des mots traduisant sa volonté de dénouer le profond contentieux entre les deux pays tenant au rôle de la France dans le génocide des Tutsis, en 1994, dont le régime rwandais actuel est issu. Le génocide "nous oblige à réfléchir, France comprise, à nos faiblesses ou à nos erreurs", avait alors déclaré M. Sarkozy. Il avait précisé que sa formulation avait été "pesée", afin de "respecter toutes les sensibilités".

Le Rwanda avait rompu ses relations diplomatiques en novembre 2006, au lendemain de la publication de l'ordonnance du juge français Jean-Louis Bruguière désignant le président Kagamé comme l'instigateur de l'attentat du 6 avril 1994 qui avait coûté la vie à son prédécesseur, Juvénal Habyarimana, et donné le signal déclencheur du génocide. Le juge avait aussi délivré neuf mandats d'arrêt internationaux visant des dignitaires rwandais actuels.

Depuis six mois, Paris et Kigali discutent des moyens de vider ce contentieux. M. Kouchner, qui a noué des liens avec M. Kagamé à l'époque du génocide, a pris publiquement ses distances avec les accusations du juge Bruguière ». 

Par ailleurs, on pouvait lire, le 30 janvier, sur www.lefigaro.fr, un article de Filip Reyntjens, professeur à l’université d’Anvers, intitulé : « Les curieuses vérités de Kouchner sur le Rwanda ». L’auteur, qui fait siennes les positions du juge Bruguière et des pouvoirs publics français…avant Kouchner, adopte la posture des négationnistes du génocide. 

« Étonnante opinion que celle publiée sur l'avenir des relations franco-rwandaises par Bernard Kouchner dans Le Figaro du 26 janvier. Puisqu'il veut «respecter la vérité», essayons de la découvrir. Même si Kouchner dit ne pas savoir qui a commandité l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, il ne croit pas que Kagamé «ait sciemment décidé d'allumer l'étincelle qui embraserait son pays». On ne sait pas sur quoi cette croyance est basée, et dès lors quelle vérité est respectée.

Kouchner ne peut pas «cautionner cette vision simpliste et infamante qui fait des Tutsis les responsables de leur propre malheur». Il tombe ici dans le vieux piège qui veut que FPR = Tutsis. Or, ce n'est pas Kagamé ni le FPR qui ont été victimes du génocide, mais les Tutsis de l'intérieur. Si donc le FPR a commis l'attentat, sachant quelles en seraient les conséquences, ce ne sont pas les Tutsis qui ont été responsables de leur malheur, mais bien le FPR.

Le ministre français des Affaires étrangères et européennes avance ensuite un argument d'autorité qu'il a déjà utilisé par le passé : «il y était», et donc il sait. Que sait-il ? Qu'a-t-il vu pendant les quarante-huit heures passées à Kigali à la mi-mai 1994 ? Se rendait-il compte que, pendant son séjour, au moment où il était «témoin» du génocide, le FPR commettait des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité à une échelle inouïe ?

Toujours dans le respect pour la vérité, Kouchner reconnaît que la France a commis des erreurs politiques, mais il affirme qu'il ne transigera pas sur la complicité de crimes et sur l'honneur de l'armée française. Or, une commission rwandaise «chargée d'enquêter sur le rôle de la France dans le génocide», dite «commission Mucyo», a déposé son rapport chez Kagamé il y a plusieurs mois. D'après son président, la commission disposerait «des preuves permettant de déférer de hauts responsables français devant la justice internationale». Sans croire un instant en l'honnêteté de la démarche rwandaise, il est permis de se poser la question de savoir ce qui arrivera lorsque la vérité rwandaise s'avère être différente de celle de Kouchner.

Bernard Kouchner affirme enfin que la normalisation des relations avec le Rwanda est une nécessité, et qu'elle est même conforme au droit international. Il est vrai que l'absence de relations diplomatiques doit être une exception, mais Kouchner semble oublier que c'est le Rwanda qui les a rompues, après qu'un juge d'instruction français eut simplement fait son devoir.

Plutôt que par le respect de la vérité, Bernard Kouchner semble être inspiré par la realpolitik, et notamment — il le dit lui-même — par le rôle «incontournable» du Rwanda en République démocratique du Congo, pays qu'il a occupé et pillé et où cinq millions de personnes ont péri à cause des guerres imposées par des voisins. Le régime de Kigali a l'habitude de raisonner en termes de puissance et de faiblesse. Il considérera la démarche de Bernard Kouchner comme un signe de faiblesse qu'il exploitera dès que l'occasion se présentera. Lorsque ce moment viendra, il sera très difficile d'entretenir des relations normales telles que le chef de la diplomatie française se les imagine ».

Cette opinion est contredite par l’envoyée spéciale en Afrique du journal belge Le Soir, Colette Braeckman.

A lire sur son blog : Rwanda. Un nouveau témoin confirme les accusations portées contre des Français à propos de l’attentat.

 

Voir aussi sur le même blog : Jean Hatzfeld ou l’impossible réconciliation

et le communiqué de presse d’Ibuka Rwanda http://ibukafrance.forumactif.com/tables-rondes-conferences-debats-journees-de-reflexions-f10/communique-de-presse-d-ibuka-rwanda-t1095.htm

Par SORIN Michel
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Mercredi 20 février 2008

Donner un contenu au nouveau partenariat stratégique

 

Le sommet Europe-Afrique, qui s’est déroulé à Lisbonne le 8 décembre 2007, doit être pris au sérieux, car son objectif, ambitieux, est de définir un nouveau partenariat stratégique entre l’Afrique et l’Union européenne. Le temps presse, car la Chine investit massivement sur le continent africain, où elle jouit d’une influence croissante.

 

Lors de ce sommet, selon un article paru sur www.lemonde.fr ce même jour, Angela Merkel a évoqué la situation du Zimbabwe (atteintes aux droits de l’homme, dérive autoritariste, faillite économique), en présence de son président Robert Mugabe, avec la volonté de résoudre un problème qui nuit à l’image de l’Afrique.

 

Pour leur part, le Premier ministre portugais, José Socrates, et le président en exercice de l’Union africaine, le chef de l’Etat ghanéen, John Kufuor, ont bien situé l’enjeu

- « relever le défi historique, écrire une page complètement nouvelle de la relation entre l’Europe et l’Afrique », pour le premier

- « un nouveau partenariat fondé sur le respect mutuel, l’Europe ayant autant besoin de l’Afrique que l’Afrique de l’Europe », selon le second.

 

Souhaitons que ces bonnes intentions seront suivies d’effets concrets. Il y a fort à faire.

En tant que citoyens, nous devons faire l’effort d’aller chercher les informations. C’est pourquoi j’ai relayé celles qui concernent le Rwanda (voir, sur ce blog, catégorie « Afrique », les articles des 5 et 21 janvier, puis du 11 février 2008).

 

L’effort de mémoire sur le génocide au Rwanda

 

Rappel : ne pas manquer le film (fiction à partir de documents vérifiés) évoquant le génocide des tutsis au Rwanda en 1994

 

A voir sur Arte vendredi 22 février 2008 à 21h

 

Quelques extraits, en avant-première sur :

 

http://cdurable.info/Quelques-jours-en-avril-Raoul-Peck-Arte-Genocide-Rwanda,848.html

 

Le Kenya a fait craindre un scénario rwandais, alors que la situation est très différente.

Voici des extraits d’un article de Jean Philippe Rémy, paru le 7 janvier 2008 sur www.lemonde.fr.

 

 « Violences au Kenya et démocratie bafouée »

(…) « Qu'est-il arrivé pour qu'une réaction en chaîne entraîne vers l'abîme un pays qui avait célébré dans la joie une "transition modèle" cinq années plus tôt ? Le début de la crise peut être daté avec précision. Le feu a pris au Kenya le 30 décembre, lors de l'annonce des résultats d'un scrutin qui s'était déroulé jusqu'ici de manière exemplaire. Après des opérations de vote parfaites, le décompte, entaché de fraudes variées, s'était conclu par la victoire contestée du président sortant, Mwai Kibaki, aux dépens de son rival, l'opposant Raila Odinga, dont les partisans étaient aussitôt descendus dans la rue, ouvrant le cycle des violences.

Le caractère litigieux des résultats ne fait aucun doute. Le président de la Commission électorale, Samuel Kivuitu, qui les avait proclamés, accordant la victoire au président Kibaki avec 200 000 voix d'avance, s'est rétracté par la suite, révélant avoir procédé à cette annonce après avoir subi des "pressions" du pouvoir (…).

Ces violences ont pris une dimension ethnique qui a pu donner l'impression que la clef de la crise nationale se trouvait là, alors qu'il s'agissait essentiellement d'une superposition de conflits locaux, greffés sur l'embrasement initial. Ce ne sont pas les émeutes, mais les fraudes, qui sont à l'origine du bûcher où viennent se consumer les espoirs d'un pays qui a travaillé, vingt ans durant, à construire patiemment une démocratie enviée par beaucoup de pays du continent.

La tragédie que vit le Kenya n'est pas l'expression du caractère violent de ses électeurs, mais, au moins en partie, le reflet des espoirs immenses qu'ils plaçaient dans les élections. Ces espoirs sont aussi à la mesure des souffrances de la vaste majorité des pauvres d'un pays qui s'enorgueillit à juste titre d'une croissance économique de 6,1 %, mais néglige de redistribuer ses richesses.

La première leçon du naufrage électoral kényan a donc valeur de mise en garde contre l'égoïsme de ses dirigeants. Alors que ces derniers comptent parmi les mieux payés au monde, ils n'ont encore jamais songé à se pencher sur le sort des 55 % de Kényans qui vivent avec moins de 2 dollars par jour et dont les conditions de vie se sont dégradées au cours de l'embellie économique récente. Ce n'est pas un hasard si Raila Odinga, lui-même homme d'affaires prospère, s'est forgé, en flirtant avec le populisme, une réputation de "candidat des pauvres" dans les bidonvilles (…).

Les années 1990 avaient été marquées par des violences politiques organisées par le président Moi pour se maintenir au pouvoir. Le fait que la carte des violences de la semaine écoulée recoupe celle des "clashs ethniques" organisés pour les élections de 1992 et 1997 n'est pas un hasard. Il y a dix ans, des gangs de voyous, financés, armés et transportés par les proches du président Moi - dont certains se trouvent à présent dans l'opposition et adoptent sans complexe une posture vertueuse -, organisaient des campagnes d'épuration ethnico-électorale dirigées essentiellement contre des Kikuyu, ethnie du président Kibaki, supposés voter collectivement pour l'opposition de l'époque. Les viols, assassinats, pillages et déplacements forcés avaient alors pour but d'empêcher des populations entières d'exprimer leurs suffrages le jour du scrutin (…).

Le Kenya de la raison peut-il l'emporter durablement si le retour au calme se traduit par un simple fait accompli de la victoire contestée de Mwai Kibaki ? Ce serait prendre un risque considérable, celui de remettre en question la légitimité des institutions nationales. Or, lorsque les urnes perdent leur raison d'être, survient le temps des aventuriers, capables de pousser le déraisonnement un peu plus loin en affirmant que le pouvoir est au bout du kalachnikov sans risque d'être démentis.

Un pays réputé "stable" et "prospère" en a fait l'expérience amère sur le continent. Il s'agit de la Côte d'Ivoire. L'ex-vitrine économique de l'Afrique de l'Ouest a commencé par négliger les règles du jeu démocratique, pour finir par subir un coup d'Etat, une rébellion et un cycle de troubles dont elle espère briser la fatalité par des élections prévues courant 2008. Il faut souhaiter qu'à Abidjan les leçons de Nairobi soient comprises et entendues. Il faut souhaiter qu'elles le soient aussi dans les nombreux pays d'Afrique où les élections, à force d'être volées au nom d'une "stabilité" illusoire, ont enlevé tout espoir à leurs électeurs.

Par SORIN Michel
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