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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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Femmes

Dimanche 9 mars 2008

Les principes républicains d’égalité et de laïcité

 

Christine Tasin a écrit pour Riposte laïque n°31 un « point de vue », qui n’engage qu’elle, à l’occasion de la journée internationale de la femme, le 8 mars. Elle exprime sa sensibilité féminine personnelle, qui n’est pas triste, et aussi, et surtout, les avantages pour elle et pour les femmes de vivre dans une nation républicaine laïque.

 

Je lis avec intérêt les articles que Christine met en ligne sur son blog http://christinetasin.over-blog.fr. Il y a de la vie et de la spontanéité, de quoi réagir, parfois, et on y trouve de nombreux commentaires d’internautes, lecteurs fidèles et apporteurs de points de vue complémentaires.

 

Voici ce texte, paru ce 9 mars sur son blog.

 

« Femme... et si heureuse de l'être ! »

 

D'aucuns vont crier à la provocation, d'autres à l'ignorance, certains en appeler au péché d'orgueil… peu me chaut ! Certes, en cette veille du 8 mars, de la journée internationale de la femme, je n'oublie pas mes sœurs méprisées, battues, contraintes de supporter des salaires inférieurs à ceux des hommes, de faire double journée, à la maison et au boulot dans le meilleur des cas, ou de rester enfermées à la maison, de porter voile ou burka, d'être excisées, de supporter polygamie ou mariages forcés dans le pire des cas …

 

Je n'oublie pas non plus l'horreur absolue, ces femmes qui, tous les trois jours, meurent sous les coups (j'encourage toutes celles qui sont en situation de les rejoindre à rendre coup pour coup, si la force physique de leur bourreau n'est pas exceptionnelle).  

Merci à toutes les féministes qui ont fait évoluer les choses, merci à toutes les femmes qui ont réussi à dire non et à faire avancer les choses, parfois au prix de leur vie.

 

Mais on peut avoir deux conceptions du féminisme et, là-dessus comme sur d'autres sujets, la rédaction de "Riposte Laïque" peut vous proposer plusieurs points de vue.

 

En effet, le malheur des unes doit-il m'empêcher de clamer le bonheur d'être femme, jusqu'au bout des ongles, n'en déplaise à ceux qui refusent, à eux comme aux autres, le droit d'être heureux sous prétexte que ce monde est imparfait ?

 

Alors j'ai bien envie de chanter les bienfaits des principes républicains auxquels je dois ma jubilation : c'est parce que nous sommes dans une République LAÏQUE qui prône l'EGALITE que, malgré ma famille très modeste et inculte, je suis devenue professeur agrégé (l'école des années 70 permettait l'ascenseur social !) ; c'est parce que l'Etat, mon employeur, est obligé de respecter les principes républicains que je gagne la même chose que mes collègues masculins ; c'est parce que nous sommes dans un Etat laïque que je peux, comme mon père ou mon mari, conduire et m'habiller comme bon me semble ; c'est parce que je vis en France que je peux faire des chèques et prétendre à la même part d'héritage que mon frère ; c'est parce que Marianne me protège que je peux choisir mon mari et le quitter, choisir d'avoir ou pas des enfants… bref, j'ai les mêmes droits et devoirs que les hommes.

 

On m'objectera que j'ai la chance d'être blanche, d'avoir un métier, un emploi, une famille, un endroit agréable où vivre et que ce n'est pas le cas de la majorité des femmes. Certes, mais c'est parce que des millions de femmes sont comme moi que nous pouvons dire "c'est possible" que nous devons nous battre que pour que rien ne vienne remettre en question les principes républicains qui nous régissent.

 Rien, et surtout pas un possible retour du religieux dans la vie politique, mais, surtout pas, non plus, un retour du puritanisme moral féministe ; en effet, les deux peuvent se retrouver, castrateurs et tristes, dans la dénonciation du plaisir, de la sexualité féminine et même dans  l'utilisation du corps féminin, dans la publicité notamment ; or, le corps n'est pas impur, la beauté n'a pas à être cachée,  et je ne vois pas pourquoi on hurlerait devant une femme en sous-vêtements dans une voiture, quand un bel homme en pagne faisant la publicité pour une moto peut être une chose agréable à regarder !  "kaloskagathos : beau et bon" était l'idéal des Grecs. Ils savaient vivre !       

 

J'ajouterai, pour être tout à fait honnête, qu'être femme, contrairement à ce qu'affirment un certain nombre de féministes, présente, au-delà de l'égalité avec les hommes, de gouleyants avantages. J'ai envie de chanter un hymne aux différences sexuelles, au jeu de la séduction, au porte-jarretelles, aux talons hauts et aux robes fendues… 

 

Les pisse-froid peuvent bien s'ingénier à me prouver que je suis conditionnée à jouer mon rôle de prostituée privée, à complaire à mon seigneur et maître pour exister, que tout cela c'est du culturel et que la femme s'avilit en refusant de porter le jean unisexe ou le sac de patates, je leur ris au nez : c'est, justement, parce que j'existe, par ailleurs, en toute égalité, que j'ai mon indépendance et mes droits de citoyenne que tous les jeux amoureux – et égaux- sont possibles, que tous les plaisirs sont possibles, que l'on peut déguster et partager le "Carpe Diem" du vieil épicurien Horace…(qu'on soit hétéro ou homo, d'ailleurs, évidemment ! )

 

De la même façon, quoique dans un autre registre, je ne vois pas pourquoi, les mains dans la farine, je ne pétrirais pas allègrement mon pain, tandis que mon cher et tendre mettrait les siennes dans le cambouis, au motif qu'il faut faire exploser les rôles traditionnels …

 

Il se trouve que j'aime faire la cuisine, lui pas ; qu'il aime "bricoler " et que je déteste ça. C'est culturel ? On a été formatés à avoir ces goûts ? Peut-être, mais s'ils nous rendent heureux, s'ils concourent à notre équilibre, on ne va s'en priver ! Le reste n'est que littérature.

 

Christine Tasin dans : ETRE REPUBLICAIN


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Dimanche 19 octobre 2008

La faute à l’entreprise ou un problème de société ?

 

De retour aux responsabilités au sein du MRC, après une suspension de deux ans, Aimée Gourdol a proposé un texte de fond sur la question de l’inégalité des sexes dans la sphère économique, alors que la réussite des filles est remarquable à l’école.

 

Voici ce texte. En cliquant sur son titre, on peut lire également la partie annexée.

 

La réussite scolaire des filles : à quand la traduction dans le monde du travail ?

En 1900, l’université comptait 642 étudiantes ; en 2005, elles étaient 719 000, soit 182 000 de plus que les étudiants. La percée des filles au sein de l’institution scolaire est indéniable, elle ne s’est jamais démentie au cours du siècle et se poursuit aujourd’hui. Elle mérite que l’on s’y intéresse d’autant plus, que cette réussite sans précédent ne trouve pas sa traduction dans le monde du travail.

Egalité républicaine et responsabilités du politique


L’école laïque qui intègre, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs les filles et les garçons, démontre de la plus belle manière la force et la pertinence des valeurs universelles dont elle est porteuse. Quasi exclues de l’éducation donnée aux garçons, il y a, à peine plus d’un siècle, les filles font aujourd’hui jeu égal avec eux. C’est une joie et une fierté pour ceux qui ont toujours défendu cette institution, outil fondamental de l’égalité républicaine et de la promotion par le mérite !

Il reste à transformer l’essai, notamment en donnant aux femmes des possibilités de carrières professionnelles identiques à celle des hommes. La société tout entière sera gagnante à réserver aux femmes la place qui leur revient. Il serait en effet contre-productif de former les femmes et de les cantonner ensuite dans des rôles subalternes ou même de brider leur progression. Voici donc quelques axes de réflexion :

Au sein de l’institution scolaire


- Mener des campagnes d’information auprès des élèves et de leurs parents pour que l’orientation, à l’issue de la classe de seconde, soit véritablement basée sur les savoirs des élèves, non sur une sous (ou sur) estimation d’eux-mêmes, non sur une anticipation des charges futures. En effet, c’est lors de l’orientation à l’issue de la classe de seconde que les filles choisissent massivement des filières moins prestigieuses que les garçons.
- Ouvrir les filières scientifiques et techniques ; ce qui suppose, par ailleurs, une politique industrielle audacieuse.
- Etablir des passerelles entre les filières littéraires et les filières techniques ou professionnelles qui favoriseraient la mixité tout en diversifiant les savoirs.
- Sensibiliser les responsables d’éducation sur l’aide à apporter aux garçons afin qu’ils intègrent mieux les règles de l’apprentissage scolaire.

Dans l’univers économique


L’écart salarial entre les sexes trahit un manque de réactivité des entreprises face à l’évolution de la société. Alors que l’école, même au travers d’une mixité inachevée, donne aux filles les mêmes chances que les garçons, l’entreprise peine à se défaire de modes de fonctionnement traditionnels où les cadres sont libérés d’une bonne part des contraintes familiales.

 

Il ne faudrait pourtant pas jeter la pierre aux seuls entrepreneurs. En effet, l’entreprise, tenue qu’elle est par la concurrence et l’obsession de la meilleure rentabilité à court terme, hésite souvent à investir dans le capital humain. On peut le déplorer mais c’est ainsi ! Il est donc du rôle de l’Etat, entre incitations et contraintes, d’aider à une évolution des entreprises.

 

Il faut :


- Une politique familiale audacieuse et innovante avec évidemment les équipements sociaux pour la petite enfance et pour la jeunesse mais aussi des lois permettant aux hommes de jouer leur rôle de parent au même titre que les femmes.

Aujourd’hui les congés d’éducation sont en théorie proposés aux deux parents mais face aux inégalités professionnelles, les couples optent très majoritairement pour un congé maternel. Choix qui alimente les inégalités ! La mise en place d’un congé rémunéré du père en alternance avec celui de la mère devrait être étudiée.


- La loi du 9 mai 2001, dite loi Génisson, exige que le rapport annuel de situation comparée présenté au comité d’entreprise dresse un bilan de la situation respective des femmes et des hommes. Mais sans pouvoirs autres que consultatifs que peuvent faire les syndicalistes une fois les inégalités constatées et déplorées ? La question se pose du pouvoir réel des forces sociales au sein de l’entreprise.


Emblème républicain par excellence, l’école
a transmis aux filles, peut-être à leur insu, le goût de l’insoumission à l’égard des rôles dans lesquels la société traditionnelle les cantonnait.

Le diplôme, arme des plus démunis, est devenu pour elles (comme d’ailleurs pour les enfants d’ouvriers) l’outil de leur émancipation. Mais l’aventure n’est pas totalement écrite, il reste à la société tout entière, pour son plus grand profit, à se saisir de cet immense progrès.


Pour une information plus complète sur le sujet lire l’annexe sur www.mrc-france.org.

Par SORIN Michel
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Dimanche 8 mars 2009

Un évènement : la présence d’une femme au 2ème tour

 

Ma collègue au secrétariat national du MRC, Aimée Gourdol, chargée du droit des femmes, a eu la bonne idée de publier un document relatant l’évolution des droits des femmes, depuis que l’élection du président de la République a lieu au suffrage universel. Le voici.

 

Présidentielle au suffrage universel

Une chance pour les droits des femmes

 

Depuis la réforme constitutionnelle de 1962, le Président de la République est élu au suffrage universel ce qui tendrait à faire de lui un élu de la Nation tout entière. En pratique, du moins jusqu'à une période récente, les seuls prétendants sérieux à la fonction Suprême étaient ceux qui disposaient de la logistique d'un grand parti. On peut se demander si les conflits internes (et malheureusement chroniques…) au PS ne sont pas en train de changer la donne ?

 

Pour les femmes, ce changement constitutionnel majeur aura des répercussions, peut-être insoupçonnées tant de l'initiateur de la réforme, le Général de Gaulle, que de la majeure partie des acteurs politiques de l'époque et de ce ceux qui suivirent.

D'une part, le dialogue “ direct ” entre le prétendant à l'Elysée et l'ensemble du peuple, permettra aux femmes de populariser leurs revendications (à cet égard, la télévision sera une immense caisse de résonance) ; d'autre part, l'élection elle-même sera l'opportunité pour certaines femmes de se tracer un destin national, cela en dépit d'un score négligeable.

 

Pour la première fois dans l'histoire de France, la présence en 2007 d'une femme au deuxième tour de l'élection présidentielle aura été le fruit d'une longue et quasi fortuite maturation de l'opinion publique, qui bousculera les habitudes des personnels politiques établis.

 

Des électrices invisibles et peu considérées

 

Electrices et éligibles dans les même conditions que les hommes ” depuis l'ordonnance du 21 avril 1944(1), les femmes n'en restaient pas moins quasi invisibles dans la sphère politique et leurs droits de citoyennes se déclinaient sur le mode inférieur.

 

Qu'on en juge, aux débuts de la Cinquième République : l'adultère était inscrit dans la loi pénale et plus fortement sanctionné chez la femme, la gestion des biens relevait de la seule responsabilité du mari, l'autorité parentale était celle du père qui était seul “ chef de famille ”, il n'y avait pas de liberté de procréation et l'accès même à la contraception était interdit, les femmes n'avaient pas de possibilité de suivre des études, de travailler, d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de leur mari…

 

Sous la Quatrième République et aux débuts de la Cinquième, les élus politiques étaient, quasi exclusivement des hommes et des notables bien peu intéressés par les questions féminines. En 1965, l'élection présidentielle au suffrage universel, va bousculer cet entre soi, popularisant et nationalisant les revendications (légitimes !) des femmes.

 

Première constatation, les électrices sont plus nombreuses que les électeurs (52 % de femmes lors de l'élection présidentielle de 2007). On imagine mal un candidat se désintéresser de la majorité du corps électoral, d'autant que, progrès des études statistiques et des sondages aidant, il est devenu possible de différencier les intentions de vote des femmes de celles des hommes !

 

Des revendications féministes plus audibles

 

Election présidentielle de 1965 : déjà le candidat François Mitterrand affirmait que désormais les femmes pourraient “ prendre en main leur avenir ”. Lors de cette campagne, il s'est également déclaré favorable à la régulation des naissances, ce qui, pour l'époque, représentait une position avant-gardiste et courageuse : n'oublions pas que, jusque là, le PC s'était opposé à cette revendication des femmes.

Le Général de Gaulle, sur un registre beaucoup plus traditionaliste (mais certainement audible des femmes de l'époque !) compara la France à “ la ménagère (qui) veut avoir un aspirateur, elle veut avoir un frigidaire, elle veut une machine à laver ”2).

 

1969 : le Général de Gaulle a démissionné suite à l'échec du referendum sur la réforme du Sénat. Candidat, Georges Pompidou va s'employer à fédérer les voix gaullistes qui ne lui sont pas acquises d'emblée. Le second tour se jouera exclusivement à droite entre Georges Pompidou et Alain Poher. A gauche, notamment au PC on appelle à l'abstention.

 

Election prématurée, dominée par des luttes de personnes pour une présidence qui se terminera prématurément par le décès d'un Président qui n'aura pas entrepris d'action significative à l'égard des femmes.

 

1974 : l'élection se déroule alors que la bataille pour la légalisation de l'avortement fait rage. Les deux principaux candidats, François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing, se montrent prudents (bons pères de famille) afin de ne pas effrayer l'électorat conservateur des deux camps. Il n'empêche, c'est sous la présidence Giscard que les femmes obtiennent un Secrétariat d'Etat, le divorce par consentement mutuel, l'autorité parentale, l'interruption volontaire de grossesse.

 

1981 : le candidat Mitterrand, devra mener une campagne tout en finesse pour ne pas laisser l'avantage à son concurrent, Président sortant au bilan somme toute honorable vis-à-vis des femmes. Mitterrand présentera six mesures en faveur des femmes : égalité des chances devant l'emploi, égalité de rémunération, reconnaissance d'un statut aux conjointes de travailleurs indépendants (agriculteurs, commerçants, artisans), information sur la contraception, révision des conditions de l'obtention de l'IVG, respect de la dignité de la femme dans les images et représentations, aide aux femmes divorcées, chargées de familles et aux veuves. Surtout, François Mitterrand a su s'attirer l'adhésion de militantes connues qui ont pris ouvertement position en sa faveur : Simone de Beauvoir (pour la promesse d’un Ministère des Droits des femmes), Antoinette Fouque, Gisèle Halimi. Le 28 avril 1981 François Mitterrand s'exprime seul (Giscard a refusé l'invitation) devant un parterre de quelque 2000 femmes lors d'un meeting intitulé “ Quel président pour les femmes ? ”, organisé par l'association Choisir.

 

1988 : après l'ouverture de la parenthèse libérale de 1983, la campagne présidentielle se jouera, bilan contre bilan entre le Président sortant, François Mitterrand, et son Premier ministre de cohabitation, Jacques Chirac. Les féministes semblent avoir déserté le terrain de la lutte politique et les droits des femmes sont à peine évoqués par les deux protagonistes. Preuve s'il en fallait que la prise en main de leur sort par les intéressées elles-mêmes et la bataille politique dans ce qu'elle a de plus noble – la lutte pour les idées - sont indissociables de la progression des droits des femmes.

 

1995 : Les deux septennats Mitterrand n'ont pas vu, loin s'en faut, l'aboutissement de toutes les promesses du candidat mais cette année là, c'est la parité qui est, pour les femmes, à l'ordre du jour de la campagne. Lionel Jospin veut “ faire avancer cette grande idée de parité ”, et conditionner le financement des partis politiques à la place que chacun réserve aux femmes, notamment dans les assemblées élues. Edouard

Balladur (qui sera défait au premier tour) s'en tient à l'instauration de quotas féminins.

Quant à Jacques Chirac, il abandonne son conservatisme passé pour s'en prendre au “ machisme ” du monde politique et à “ l'exception française ” qui tient les femmes éloignées des cercles élus et décisionnels. Président de la République, il mettra en place l'Observatoire de la Parité mais ne saura pas éviter la calamiteuse affaire des “ Jupettes ” qui vit disparaître huit femmes entre le premier et le deuxième gouvernement Juppé.

 

Arrivé inopinément aux affaires en 1997, Lionel Jospin fera voter par le Congrès la loi constitutionnelle du 8 juin 2000 (“ La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ”) mise en oeuvre par la loi du 6 juin 2000.

La loi sur la parité a fait couler beaucoup d'encre, certains craignant une mise à mal de l'universalisme républicain. En fait, huit ans après la promulgation de la loi, l'Assemblé nationale ne compte que 18,5 % de femmes et le Sénat 22 %. Force est de constater que ce qui est mis à mal, par les partis parlementaires, autrement dit par ceux-là même qui l'ont votée, c'est la loi elle-même ! Il y a fort à parier que sans l'élection présidentielle au suffrage universel, la parité aurait conservé son statut de simple revendication féministe.

 

2002 : selon les sondages, c'est la revendication d'égalité salariale qui demeure la préoccupation numéro un des Françaises mais il s'agit là d'une revendication touchant aux choix économiques. Pressés par des contraintes européennes qui hypothèquent toute velléité en matière d'égalité professionnelle, les candidats optent pour des attitudes de séduction (mise en avant des épouses…) plutôt que de répondre aux préoccupations des électrices. Le résultat sera sans appel : Le Pen au deuxième tour !

Les femmes des milieux populaires ne sont pas en reste dans l'élimination du candidat socialiste : 14 % des employées ont voté Jospin, 21 % Chirac et… 18 % Le Pen.

 

Ségolène Royal, première présidentiable

 

Bénéficiant d'une crise de la démocratie représentative, d'une absence de leadership au sein du PS et aussi d'un défaut de programme rassembleur, Ségolène Royal a gagné l'investiture socialiste pour la présidentielle de 2007. Coup de tonnerre dans le landernau politique : l'outsider a distancé deux sérieux “ éléphants ” : Dominique trauss-Kahn et Laurent Fabius ! La suite prouvera combien la pilule fut amère pour certains au PS qui ne soutiendront la candidate que du bout des lèvres ! Cette campagne a servi de révélateur : si l'électorat est prêt, par delà les choix politiques, pour une candidature féminine à la présidentielle ce n'est pas le cas d'une partie du personnel politique.

 

Quant aux féministes, si certaines soutiennent la candidature Royal (Antoinette Fouque, Yvette Roudy ou encore Maïté Albagly, secrétaire générale du Planning familial, qui dénonce dans Le Monde du 13 avril 2007 “ la boîte de Pandore du mépris misogyne ”), Gisèle Halimi, pour sa part, s'interroge sur la faiblesse du programme et les conséquences pour les droits des femmes, elle écrit dans le numéro 98 du journal Choisir : « Une femme à l'Elysée ? Oui. Mais pas n'importe laquelle, sur n'importe quel programme. Nous ne voterons pas les yeux (féministes) fermés ». Pensez au risque. En cas d'échec, quel terrible recul pour la cause des femmes… ” Marie-Victoire Louis ou Clémentine Autain font également partie de celles qui doutent… En fait, à l'image des partis de gauche, le mouvement féministe est profondément divisé.

 

Alors, soucieux des femmes ou non, le programme présidentiel de Ségolène Royal ?

Parmi les 100 propositions du pacte présidentiel, deux seulement concernent nommément les femmes: la proposition 39 sur la contraception gratuite pour les jeunes femmes de moins de 25 ans et la proposition 85 sur le respect l'égalité hommes femmes, notamment au travail. C'est peu évidemment ! Surtout, cela ne révèle ni une grande originalité ni un souci de cohérence à l'égard l'engagement féministe qui selon ses propres dires a conduit Ségolène Royal au socialisme.

En revanche, si on y regarde de plus près, certaines mesures, parce qu'elles touchent essentiellement les femmes, sont de nature à faire progresser l'égalité. Citons la revalorisation immédiate des petites retraites la mise en place d'un revenu de solidarité active (RSA) pour les bénéficiaires de minima sociaux reprenant le travail, la mise en place d'un service public de la petite enfance et la scolarisation obligatoire dès 3 ans.

 

Globalement, le programme de la candidate à l'égard des femmes est peu ambitieux, alors qu'il porte une grande attention à la famille ou aux jeunes, il ne se réclame, par exemple, pas du congé parental rémunéré et alterné entre la mère et le père, il est peu disert sur la manière d'atteindre l'égalité salariale… Or, les revendications des femmes aujourd'hui portent essentiellement sur le pouvoir d'achat et l'exigence de dignité (reconnaissance des savoirs et refus de la violence). Résultat, Ségolène Royal n'a pas bénéficié d'un surcroît de votes féminins comme on aurait pu l'espérer.

 

Présidentielle : l’élection majeure

 

Candidate défaite à la présidentielle, il n'en demeure pas moins que Ségolène Royal a mené une bataille dont certains diront qu'elle représentait une “révolution culturelle”. Cela lui vaut aujourd'hui, malgré ses nombreux détracteurs, une place inédite, incontournable, au sein de l'échiquier politique. Place qu'aucune autre campagne électorale, même victorieuse, ne lui aurait apportée.

 

D'autres avant elle, se sont essayé à l'exercice et y ont gagné un destin national alors même que représentantes de partis très minoritaires la notoriété leur semblait interdite.

 

Quoi que l'on pense de son extrémisme politique, qui se souviendrait aujourd'hui d'Arlette Laguiller si elle n'avait pas été immanquablement présente à chaque campagne présidentielle depuis 1974 ?

Ces quarante dernières années ont vu les droits des femmes progresser, en France, de manière considérable. L'élection présidentielle au suffrage universel a compté pour beaucoup dans cette avancée sociale et démocratique. A chaque étape, les féministes ont su profiter de cette opportunité pour interpeller les candidats sur les questions féminines qui, de “ problèmes de femmes ”, sont devenus des thèmes et des enjeux politiques nationaux.

 

Mise en place pour donner “ un homme fort ” au régime, l'élection du Président de la République au suffrage universel n'accorde pas seulement une légitimité populaire au vainqueur, elle apporte la notoriété aux concurrents et, de manière inattendue, fait des sujets qu'elle traite une “cause nationale”. Les femmes y ont beaucoup gagné.

 

 

(1) Article 17 de l'ordonnance du 21 avril 1944 signée du Général de Gaulle et portant organisation des pouvoirs publics en France après la Libération.

 

(2) Alexandre Borrell : “1965 : les candidats à la présidentielle crèvent le petit écran ”, Parlements, no

4, 2005 - Cité par Mariette Sineau “ La force du nombre, Femmes et démocratie présidentielle”, Editions de l'aube - Diffusion Seuil.

 

Cet article est le 3ème sur ce blog dans la catégorie Femmes.

Par SORIN Michel
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Dimanche 11 octobre 2009

Des avancées qu’il faut préserver
et surtout consolider

 

Le MRC sera présent le 17 octobre à la manifestation pour les droits des femmes à Paris (14h30, de la Bastille vers l’Opéra).

Photo : Aimée Gourdol, lors de la visite de la Citadelle à Belfort (université d'été 2008 du MRC).

« L’idée d’organiser cet événement est née au lendemain de la mobilisation de février dernier pour la défense du Planning Familial, menacé de voir ses crédits coupés.
Cette tentative du gouvernement de faire disparaître un outil indispensable de l’éducation à la sexualité d’un côté et la persistance des inégalités (salaires, violences, responsabilités politiques…) de l’autre nous montrent que les avancées obtenues depuis des années par les féministes n’ont pas suffi ».
Voir Le 17 octobre, une date à ne pas rater ! (ReSPUBLICA, 17 septembre).

Cette initiative du Collectif national des droits des femmes et de Femmes solidaires est relayée par de nombreuses associations féministes, des syndicats et des partis politiques.

 

Aimée Gourdol*, qui a la responsabilité Droits des femmes au secrétariat national du Mouvement Républicain et Citoyen, a fait adopter, mercredi dernier, un texte à diffuser sous forme de tract, qui est une information sur les réalités des droits des femmes en France en 2009. Il a été mis en ligne hier sur le site national du MRC.

 

Téléchargez et distribuez le tract : "France de 2009 : constats sur la situation des femmes"

 

France de 2009 : constats sur la situation des femmes

 

Temps partiel subi / sortie du monde du travail

• Avec la possibilité, depuis le début des années 80, d’embaucher à temps partiel, l’activité des femmes ne progresse plus. 83 % des personnes travaillant à temps partiel sont des femmes ; elles constituent l’essentiel des travailleurs pauvres. Le temps partiel bride l'accès aux postes de responsabilité.

• En 1994, l’attribution, pour le second enfant, de l'Allocation parentale d’éducation (APE) a poussé les femmes les moins qualifiées hors du monde du travail.

Rémunérations

• Les femmes gagnent en moyenne 25 % de moins que les hommes. L’écart s’est réduit depuis la fin des années 60 (il était de 50 %) mais ne diminue plus depuis le milieu des années 90. Les femmes sont près de deux fois plus souvent au SMIC que les hommes.

Accès aux responsabilités

• Malgré un investissement massif dans les études supérieures, les femmes sont quasiment absentes des hiérarchies des entreprises (17,2 % des dirigeantes de sociétés).

Travail de nuit

• Depuis la directive européenne autorisant le travail de nuit des femmes, celui-ci a augmenté plus rapidement que celui des hommes, en particulier dans l’industrie.

Chômage

• La crise qui frappe durement le monde industriel semble pour l’heure épargner un peu les femmes, majoritairement salariées dans le tertiaire. On aurait tort de sous-estimer l’effet retard qui ne manquera pas de se produire avec le non renouvellement des fins de contrats.

Retraite

• Pour les plus âgées on note des écarts avec les hommes en termes de salaire de référence (27 % en 2006 et 2007), de durée d'assurance et de rémunération durant l’activité. Malgré les majorations pour enfants, seules 44 % des femmes ont une carrière complète contre 86 % des hommes. L’allongement des durées de cotisation aggrave ce problème.

Formation initiale / Formation tout au long de la vie

• Malgré de meilleurs résultats, les filles font des études plus courtes que les garçons et s’orientent davantage vers des branches littéraires aux débouchés moins rémunérateurs.

• Les femmes en formation professionnelle réorganisent leur vie deux fois plus que les hommes. Les mères accèdent moins souvent à la formation que les femmes sans enfant.

Politique familiale

• Entreprises et collectivités locales doivent mieux prendre en compte la parentalité : aménagements d’horaire, création de structures d’accueil diversifiées (crèches publiques, d’entreprises ou familiales, nourrices agréées...)

• Les attaques réactionnaires contre l’école maternelle la menacent dans sa survie même : remise en cause de l’accueil des enfants à partir de 2 ans, regroupement intercommunal d’écoles, communes contraintes de financer le projet éducatif... Pourtant l’école maternelle est un lieu d’éveil des enfants et un instrument moderne de soutien aux parents !

 

France de 2009 : les droits des femmes

 

Droit à une carrière professionnelle conforme aux investissements consentis

 

• L’accès aux formations d'excellence, prometteuses de professions bien rémunérées, doit être le fait des talents réels des étudiants et non de leur appartenance à un sexe.

• Il faut rendre plus efficaces les Négociations annuelles obligatoires (NAO) en particulier sur l’égalité professionnelle. Un budget spécifique de rattrapage doit être prévu afin de ne pas grignoter sur le budget d’augmentations salariales

 

Droit à une retraite décente

• La Majoration de durée d’assurance (MDA) accordée aux seules mères a pour objet de compenser le scandale de pensions de retraites inférieures de 30 à 40 % en moyenne à celle des hommes. Il ne s’agit en aucun cas d’une discrimination envers les pères et son partage entre les deux parents ne représenterait rien d’autre qu’un recul du droit des femmes !

• Le minimum vieillesse est principalement versé aux femmes (63 % en 2004 selon le COR). Résultante de l'entrée massive des femmes dans le monde du travail, dans les conditions que l'on sait (salaires inférieurs, carrières incomplètes), le nombre de bénéficiaires ne diminue plus depuis 2003. Un effort particulier doit être fait en faveur des petites retraites.

 

Droit à une juste représentation dans les instances de la République

• Volontariste, la loi sur la parité a réussi à faire entrer des femmes dans les assemblées issues des scrutins de liste. En revanche, Assemblée nationale et Sénat restent majoritairement masculins : à l’évidence, les pénalités financières n’émeuvent pas les grands partis, ceux dont sont issus la plupart des parlementaires. Il est temps d’en finir avec le double langage !

 

Droit à la contraception de son choix

• Toutes les femmes ont droit à une sexualité dissociée de la procréation et, pour ce faire, doivent avoir accès à une information sérieuse sur la contraception.

• Les centres du planning familial doivent recevoir les moyens de leur existence et de leur développement. Rappelons qu’en début d’année le gouvernement avait envisagé une coupe sombre de 42 % de l’aide attribuée au planning !

 

Droit à l’avortement

• Il est aujourd’hui menacé par des années de pénurie financière : très faible revalorisation des actes qui ne présentent que peu d'intérêt pour les jeunes praticiens et moyens refusés aux centres d’IVG. Il est urgent de mener une politique volontariste sur ce sujet.

 

Droit à l’intégrité physique

• Pour les femmes victimes de violences et leurs enfants témoins de ces violences, police et justice doivent mieux coordonner leurs actions.

 

Droits des femmes et communautarismes

• Les droits des femmes sont universels et doivent s’appliquer indistinctement à toutes les femmes quelle que soit leur origine réelle ou supposée.

 

* Voir L'évolution des droits des femmes au fil des élections présidentielles - 8 mars 2009.

 

Cet article est le 4ème sur ce blog dans la catégorie Femmes.

Par SORIN Michel
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