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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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Cultures - langues

Lundi 24 mars 2008


Le néolibéralisme est véhiculé par l’anglais

 

Dans le monde des affaires, l’anglais est considéré comme la langue universelle. C’est le support de l’économie libérale. On assiste à une évolution qui remet en question la diversité des langues et des cultures, y compris en Europe, malgré les beaux principes de l’Union européenne.

 

Selon le correspondant du quotidien Libération à Bruxelles, Jean Quatremer, la Commission européenne joue un rôle actif dans la promotion de l’anglais.

 

Voici un article paru sur son blog http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses le 10 décembre 2007 et repris le 7 janvier 2008 dans Libération.

  « Barroso promeut l’Europe anglaise »

« Le conservateur José Manuel Durao Barroso était, on s’en souvient, le candidat de la Grande-Bretagne : en juin 2004, il n’a dû sa nomination à la tête de la Commission européenne qu’au veto de Londres à la candidature du Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, soutenu par Berlin et Paris. Depuis il s’acquitte activement de sa dette : l’exécutif communautaire, sous son règne, est devenu un efficace secrétariat au service des États membres et non le centre de la gouvernance européenne, comme le souhaitait Londres. Surtout, pour lui, l’avenir de l’Europe est d’être un grand marché ouvert sur le monde et non une puissance faisant de l’ombre aux États-Unis. Certes, depuis quelques mois, il a mis de l’eau dans son vin « libéral » (au sens français du terme) afin de complaire à la France dans l’espoir d’être reconduit à son poste en juin 2009.

Néanmoins, les faits sont têtus : Barroso, dans l’ombre, continue à promouvoir son Europe anglaise. Ainsi, l’emblématique service du porte-parole, dirigé par l’Allemand Johannes Laitenberger, est devenu un véritable bastion anglophone en quelques années. Sur 36 porte-paroles, chargés de communiquer avec les médias et les opinions publiques, on compte désormais  9 Britanniques et  4 Irlandais, soit un tiers d’Anglo-saxons (les 2 Néerlandais pourraient même être rajoutés à ce contingent… ) ! Et ils n'occupent pas des postes de second ordre, loin de là (concurrence, etc). Un tel déséquilibre linguistique n’a pas de précédent, et surtout pas en faveur des Français. Si on ajoute à cela 8 Allemands (qui n’ont jamais été aussi bien servis), ce sont 21 postes sur 36 qui sont squattés par trois nationalités. Sans précédent!

Les Français, eux, doivent se contenter de deux postes : celui de Valérie Rampi (administration) et celui d’Alain Bloedt (cellule horizontale, qui n’est pas en contact direct avec les journalistes). Il y a aussi deux franco….britanniques, que l’on peut ajouter au contingent français. Les Italiens (2), les Espagnols (2) et les Polonais (1) sont aussi mal servis que les Français. En revanche, une fois n’est pas coutume, les Portugais (2), les Néerlandais (2) et les Grecs (2) ont une représentation équivalente à leur poids démographique (…).

Cela a des conséquences, évidemment : même si officiellement le français reste avec l’anglais l’une des deux langues de la salle de presse, quasiment tous les documents importants sont désormais en anglais. Les porte-parole ne parlent qu’anglais entre eux, ce qui leur donne une vision très anglo-saxonne du monde : par exemple, pour eux, le marché est une évidence, l’État un ennemi à abattre. Comprendre les réticences des Français, aussi infondées soient-elles, en matière de concurrence est souvent au-delà de leurs capacités intellectuelles : pour eux, la France a tout d’une tribu africaine oubliée qu’il convient de civiliser… Enfin, comme l’anglais est devenu la langue unique de la Commission, cela favorise évidemment ceux qui ont pour langue maternelle l’anglais: mieux vaut embaucher un Britannique plutôt que quelqu'un qui aura simplement appris l'anglais (…).

Penser et communiquer en anglais (comme persiste à le faire la Commissaire suédoise chargée de la communication, Margot Wallström), c’est la certitude de se couper des citoyens européens : certes, le Financial Times  sera content, mais qui d’autre ? Le virage vers le tout anglais a, curieusement, correspondu à la désaffection des peuples vis-à-vis de l’Europe. La Commission sait pertinemment que l'anglais est la langue de communication d'une petite élite bruxelloise et celle du monde des affaires, pas celle des peuples. Elle n’en a cure. Pourtant, il existe un commissaire chargé du multilinguisme : mais, depuis qu’il a été nommé, en janvier dernier, rien n’a changé. Lui-même s’exprime en anglais…».

Le gouvernement français emboîte le pas de Barroso. C’est ce que Jean Quatremer écrivait sur son blog le 25 février 2008.

 Le gouvernement français veut « rompre le tabou de l’anglais »

Valérie Pécresse, la ministre chargée de l’enseignement supérieur et de la recherche, veut rendre obligatoire l’enseignement de l’anglais pour tous en France : « je veux rompre le tabou de l’anglais », a-t-elle expliqué, tout à l’heure, à Bruxelles. Elle avait invité à déjeuner un groupe de journalistes français, en marge d’un Conseil des ministres « compétitivité », afin de donner ses priorités pour la présidence française de l’Union. « L’anglais doit être une des langues que tous les jeunes doivent maîtriser : on ne peut pas laisser sortir du système éducatif un enfant qui ne sait pas parler cette langue », a affirmé Pécresse qui, outre l’anglais, parle le russe. « Il faut même donner des cours en anglais à l’université », sur le modèle de ce qui se fait déjà aux Pays-Bas et dans les pays nordiques. « Notre culture rayonne d’autant mieux qu’on s’exprime dans la langue de l’autre ».  La ministre a raconté que lors des déjeuners informels avec ses vingt-six collègues, elle s’exprimait en anglais sans réticence puisque c’est la langue commune : « je ne vais pas les obliger à avoir recours à l’interprétation » (…).


Le Monde diplomatique
, notamment Bernard Cassen, a beaucoup écrit à ce sujet.

La bataille des langues, Manière de voir n° 97, février-mars 2008. La langue n’est pas seulement un outil de communication, c’est aussi le creuset de l’identité d’un individu ou d’un peuple.

« Contre le “tout-anglais” », par Bernard Cassen, août 2007. Dans un nombre croissant d’entreprises, l’usage de l’anglais est imposé sans aucune justification fonctionnelle. Mais à la base, les salariés commencent à s’organiser contre cette forme de servitude volontaire.

 

« Un monde polyglotte pour échapper à la dictature de l’anglais » (B Cassen), janvier 2005.
Les langues latines constituent une famille au sein de laquelle on peut apprendre à se comprendre en s’exprimant chacun dans la sienne. Cette intercompréhension est une manière de résister au rouleau compresseur de la langue de l’hyperpuissance.

Par SORIN Michel
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Mardi 22 avril 2008

Humour, clichés burlesques, un spectacle apaisant

 

Je n’avais pas vraiment envie de voir ce film, mais seulement la curiosité de le voir pour savoir ce qui conduit autant de monde dans les salles où il est projeté.

Je l’ai vu et n’ai pas été déçu parce que je n’en attendais rien. J’ai passé des moments agréables à le regarder, car il est bien fait et les acteurs sont bons.

Mais je n’en sors pas enthousiaste et reste médusé devant le record d’entrées (plus de 17 millions de spectateurs). Combien y sont allés, comme moi, pour savoir pourquoi c’était un succès ?...

 

En tout cas, ce que j’ai lu depuis sur Dany Boon, et ce que j’ai appris sur la région, grâce à un reportage de Ouest-France, est à mettre au crédit du film. L’intérêt de ce spectacle est d’être territorialisé et de montrer des gens du peuple, dans la démesure puisqu’il faut caricaturer pour provoquer le rire.

 

Maintenant, je sais que Bergues, près de Dunkerque, où a été tourné le film, n’est pas en pays ch’timi mais en Flandre française. Cette petite ville aura les répercussions touristiques du succès du film, de même que la région Nord-Pas-de-Calais qui, si j’ai bien lu, aurait financé le spectacle à hauteur de 600 000 euros, ce qui me surprend. Un conseiller régional pourrait le confirmer et justifier cette subvention (merci de me faire un commentaire en direct sur ce blog ou de m’adresser un courriel).

 

Voici le point de vue critique de Philippe Marlière*, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Londres, qui a été publié sur www.lemonde.fr le 19 avril.

 

"Les Ch'tis", "Germinal" comique

 

Le succès du film de Dany Boon est remarquable : plus d'un quart de la population française, toutes régions et générations confondues, a vu à ce jour cette comédie. Cet engouement est d'autant plus inattendu que l'action se déroule dans le Nord-Pas-de-Calais, une région méconnue dans laquelle - nous enseigne l'oeuvre de fiction - la population autochtone parle une langue distincte du français : le ch'timi. Les clivages centre-périphérie (Paris-province) ou Nord-Sud existent dans la plupart des pays européens.

Ces rivalités régionales renvoient, dans tous les cas nationaux, à une opposition d'une double nature : culturelle et de classe. Dans le cas français, une lecture stéréotypée perçoit le Nord comme une région économiquement défavorisée, à forte densité ouvrière, donc culturellement fruste. Inversement, on associe au Sud le dynamisme économique, un art de vivre supérieur et une population généralement sophistiquée.

Dans ce film, Dany Boon cultive les stéréotypes négatifs à propos du Nord pour démontrer que cette région n'est pas l'enfer décrit par la plupart des Sudistes. Grossissant délibérément les clichés anti-Nord, Boon fait le pari de démythifier la perception négative que l'on a généralement de cette région. La satire produit un effet paradoxal : se conformer aux poncifs sur le Nord pour en révéler la beauté cachée.

Le film aborde le double registre culturel et classiste. Culturel d'abord, avec la mutation dans le Nord du directeur de la poste à Salon-de-Provence (Kad Merad), à la suite d'une faute professionnelle grave (le Nord comme peine de prison symbolique). Cette partie du film épuise le répertoire des représentations fantasmagoriques du Nord. L'intrigue et les gags s'enchaînent de manière prévisible (le pôle Nord, la sonorité grotesque d'un ch'timi largement imaginaire, la laideur des paysages, etc.).

La caricature est le propre de la comédie et appelle le rire (fût-il gras). Cette mise en train fait rire le public, car elle exprime un racisme anti-Nord sans fard, tellement outré qu'il ne peut que susciter l'hilarité de tous. Dans une courte apparition, Michel Galabru illustre jusqu'à l'absurde la représentation fantasmée de l'enfer du Nord.

Le ch'timi est-il l'attribut culturel essentiel des Nordistes ? Rien n'est moins sûr. Seule une minorité de Nordistes parle le patois. Et encore cette pratique est-elle socialement et générationnellement connotée : le français mâtiné de ch'timi est essentiellement pratiqué par les personnes âgées en milieu rural. Il est ainsi invraisemblable que les postiers à Bergues puissent interpeller les usagers du bureau de poste en patois. Le film donne faussement l'impression qu'à Amiens, Calais ou Armentières, les Ch'tis parlent le même patois.

En fait, le ch'timi n'est pas une "langue" unifiée, mais peut varier assez nettement d'une localité à une autre. Le ch'timi relève surtout de la sphère privée, amicale ou familiale, celle de la détente et du loisir. On plaisantera occasionnellement en patois entre amis ou en famille, mais pas sur le lieu de travail. C'est la langue de la transgression, du "mauvais Français", comme l'ont inculqué les instituteurs de la République à des générations d'écoliers. "Ecraser le patois", c'est être "cancre", "inculte". En réalité, ce qui caractérise les Nordistes n'est pas tant le ch'timi qu'un accent régional prononcé et reconnaissable (comme celui des Sudistes).

Le suremploi anachronique du ch'timi dans le film n'est pas fortuit : il permet de souligner à gros traits la nature "accueillante" et "populaire" des Nordistes et de suggérer en même temps qu'ils sont un peu "babaches" (primaires). Non seulement les personnages principaux parlent un patois incompréhensible, mais ils sont aussi laids et obèses (à l'exception d'Anne Marivin, la postière), inactifs ou oisifs et, bien entendu, ont un penchant pour la bouteille. La banderole des supporteurs du PSG était injurieuse, mais elle n'a fait que paraphraser de manière ironique le message que véhicule implicitement le film de Dany Boon. Le scandale qu'elle a provoqué en France peut donc paraître paradoxal, car la source de son inspiration se trouve bien dans cette comédie. La colère du maire socialiste de Lens à cette occasion peut prêter à sourire. Le groupe socialiste de la région Nord-Pas-de-Calais n'a-t-il pas financé à hauteur de 600 000 euros le film de Dany Boon ? Cette décision a d'ailleurs suscité l'incompréhension et la colère d'une grande partie de la population nordiste.

On notera enfin que les principaux personnages travaillent à la poste. S'agit-il d'une promotion d'un service public essentiel et un pied de nez indirect à la rupture néolibérale promise par le sarkozysme ? On peut le comprendre ainsi, mais une lecture antinomique est possible : ces postiers sont des fonctionnaires pépères (des "bringueurs" invétérés), pas très professionnels (Dany Boon en postier alcoolique) ; bref, le Nord que l'on donne à voir ici se conforme à l'imagerie dominante d'une région à la main-d'oeuvre peu qualifiée et peuplée d'assistés sociaux.

Le film dégage un pessimisme social, accentué dans le dénouement de l'histoire : après trois années de purgatoire dans le Nord, le directeur s'en retourne vers le paradis sudiste (en réalité, nombre d'exilés involontaires dans le Nord décident de s'y établir).

Bienvenue chez les Ch'tis est donc une comédie ambiguë. Bien intentionnée, elle campe un Germinal comique, mettant en scène un prolétariat dévoué, mais pas très futé, dans une région économiquement arriérée. Bon gré, mal gré, ce film flatte les principaux poncifs anti-Nord : serait-ce la raison de son succès commercial phénoménal ?

* Philippe Marlière : voir http://bellaciao.org/fr/mot.php3?id_mot=130

Par SORIN Michel
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Lundi 4 août 2008

Langues de l’Europe, pas de la République

 

C’est écrit à l’article 75-1 de la Constitution révisée le 21 juillet* : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». Cette courte phrase n’a pas fait l’unanimité parmi les parlementaires. Les députés étaient pour, en bloc, mais les sénateurs étaient contre, en bloc

 

Voici ce qu’on pouvait lire (extraits) dans « Profession Politique » le 25 juin dernier sous le titre « Les langues de la discorde ».

 

« Rébellion feutrée au Sénat, qui a détricoté, en première lecture, plusieurs points de la réforme des institutions. La question de la reconnaissance des langues régionales, votée à la quasi-unanimité par les députés et évacuée par les sénateurs, a creusé le fossé entre les deux chambres. Au risque de faire échouer toute la réforme voulue par le chef de l’État.

C’est une gifle qu’ont infligée les sénateurs aux députés, en supprimant une disposition qui avait été votée à la quasi-unanimité par l’Assemblée nationale. Une phrase qui complétait l’article premier de la Constitution, ainsi rédigée : "Les langues régionales appartiennent [au] patrimoine" de la Nation. Un vote qui a dépassé les clivages, puisque cette décision est venue des bancs de la majorité sénatoriale, des centristes, des radicaux, des communistes et des socialistes (…).

 

Le débat sur les langues régionales est rouvert, avec toute sa virulence. Un débat dans lequel même l’Académie française a cru bon d’intervenir –fait rarissime–, jugeant que cette reconnaissance portait "atteinte à l’identité nationale".

Un débat qui s’est cristallisé, ces dernières années, entre adversaires et partisans de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. La France l’a signée, mais ne l’a pas ratifiée, après la décision du Conseil Constitutionnel du 15 juin 1999, selon laquelle la Charte n’était pas compatible avec la loi fondamentale, notamment parce que ces clauses étaient "contraires à l’article 2 de la Constitution dans la mesure où elles tendent à conférer le droit d’employer une langue autre que le français dans la « vie publique », notion dans laquelle la Charte inclut la justice et les « autorités administratives et services publics »” (…).

Pour en savoir plus : Un serpent de mer depuis vingt-sept ans

A noter un article, favorable aux langues régionales, de Jean-Louis Andreani, dans le quotidien Le Monde (édition du 3 juin 2008) « La revanche des langues régionales »

« Si le projet de loi de révision constitutionnelle, assorti de l'amendement surprise adopté à l'Assemblée nationale le 22 mai, va au bout de son parcours parlementaire, la Ve République reviendra, pour une part, sur le chemin emprunté par la IIIe. Soucieux de cimenter définitivement l'unité nationale, les instituteurs, les "hussards noirs" de cette République-là, avaient mis beaucoup d'énergie, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, à extirper de la vie quotidienne des élèves de l'école publique tout ce qui était patois et parlers locaux.

Un siècle après, les régionalistes prennent une petite revanche sur les instituteurs républicains. Parti, il y a une vingtaine d'années, des seules mouvances régionalistes, autonomistes, voire indépendantiste pour la Corse, le militantisme en faveur des langues régionales s'est élargi pour gagner les sphères politiques classiques. Jusqu'à déboucher sur le vote presque unanime des députés, désireux d'inscrire dans la Constitution que les langues régionales font partie du "patrimoine" de la France (…).

Pour tous les militants ou sympathisants des langues régionales, le symbole d'une garantie constitutionnelle est bien sûr très fort. Toutefois, le pas décisif, de leur point de vue, reste à franchir. Il s'agit de la ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires.

En France, l'affaire de la charte a fourni la matière d'un long feuilleton. Ce texte a été adopté par le Conseil de l'Europe en 1992. Il est signé par dix-neuf Etats membres, ratifié par quinze. Au départ, la France ne figure dans aucune des deux listes. Jacques Chirac en 1996, puis M. Jospin en 1998, ont tenté de faire bouger les lignes, mais le Conseil d'Etat et le Conseil constitutionnel se sont toujours opposés à la ratification. En effet, depuis une révision constitutionnelle de 1992, l'article 2 du texte fondamental précise que "la langue de la République est le français". Conçu au départ pour lutter contre l'envahissement de l'anglais, cet ajout s'est retourné contre les langues régionales (…) ».



Dans un autre registre, tout aussi favorable aux langues régionales, Elisabeth Cestor en partenariat avec La Pensée de Midi, écrit dans Rue89, le 2 août dernier,
Les langues régionales ne sont-elles que littérature? Le cas de la langue catalane y est abordé très précisément. Cet article éclaire le sujet d’un point de vue historique et régionaliste.


Je conclus par la position de Anicet Le Pors, ancien ministre, membre du Conseil d’Etat, républicain d’origine bretonne. Il a reproduit sur son blog, le 1er août dernier, le texte qui avait été publié en décembre 1999 par l’hebdomadaire Témoignage chrétien.

La Charte européenne des langues régionales et minoritaires : une régression

Les partisans de la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires jouent sur une ambiguïté qu’il faut lever d’entrée.

Est-il souhaitable de soutenir la connaissance et l’apprentissage des langues régionales en tant qu’elles appartiennent à notre patrimoine culturel et qu’elles répondent à une demande d’une partie de la nation ? La réponse est oui.

Est-il souhaitable de ratifier la Charte européenne en tant qu’elle confère des droits spécifiques à des “groupes” de locuteurs de ces langues à l’intérieur de “territoires” et en reconnaissant un droit à pratiquer une langue autre que le français non seulement dans la “vie privée” mais également dans la “vie publique” (justice, autorités administratives et services publics) ? La réponse est non.

Ces deux questions sont en effet totalement distinctes. Et qu’on ne dise pas que le gouvernement n’a accepté de souscrire qu’à 39 des dispositions de la Charte, voulant ignorer les autres. La ratification une fois acquise sur ces bases, c’est à l’ensemble de la Charte que la France aurait été réputée avoir souscrit.

Ainsi en a justement décidé le Conseil constitutionnel le 15 juin dernier après un avis donné dans le même sens par le Conseil d’Etat le 24 septembre 1996. Réaction jacobine ? En aucune façon. Cette décision se borne à rappeler que, selon l’article 2 de la Constitution, “La langue de la République est le français” et que la République ne reconnaît pas de droits spécifiques à des groupes, communautés ou minorités plus ou moins directement rattachés à des pays ou des régions.

Le choix de la France est de fonder le principe d’égalité des droits sur l’égalité des citoyens et non sur celle de communautés définies par l’un ou l’ensemble des critères suivants : la culture, la langue, la religion, ou l’ethnie.

Cela ne signifie pas pour autant que ces critères doivent être ignorés dans l’organisation de la vie en commun de l’ensemble des ressortissants de la nation. Ainsi n’est-il pas réellement contesté qu’en matière de culture, la diversité est richesse et qu’aucune limite ne doive être opposée au développement de toutes les cultures concourant à la pensée universelle.

En ce qui concerne la langue, le dépérissement des plus faibles doit être combattu et le Conseil constitutionnel a justement fait remarquer, qu’à l’exception des dispositions anticonstitutionnelles indiquées ci-dessus, la plupart des engagements souscrits par la France “se bornent à reconnaître des pratiques déjà mises en oeuvre par la France”. En matière religieuse, la loi de séparation des Églises et de l’Etat de 1905 a réglé la question sur la base du principe de laïcité. Quant à l’ethnie, c’est un principe constant, qu’aucune discrimination ne saurait être admise sur la base de ce critère qui confine à la discrimination raciale.

Nous disposons donc de références juridiques et d’une tradition républicaine qui permet dans la clarté et avec audace un développement culturel sans entrave. Alors pourquoi ce procès trouble et délibérément passionné ? Je ne mets pas en doute la sincérité de ceux qui, légitimement attachés à leur culture d’origine et à la langue qui peut lui servir de support, veillent à ce que rien ne leur porte atteinte ; en l’espèce, ce n’est pas le cas.

On ne saurait admettre, en revanche, que d’autres, poursuivant de tout autres objectifs, profitent de ce débat pour mettre en cause des principes républicains qui fondent notre conception de la démocratie et de la souveraineté au profit de l’idéologie communautariste qui domine actuellement la construction de l’Union européenne ignorant notamment, voire récusant, le service public, la laïcité et le droit du sol comme fondements de l’égalité des citoyens.

“Plutôt cette Europe que la République française”, tel pourrait être, en résumé, l’axe de la démarche des communautaristes qui avancent trois types de revendications : disposer d’une autonomie de gestion des affaires propres de la communauté ; établir par-dessus les frontières des relations organiques avec des ressortissants de la même ethnie, concurrençant et, le cas échéant, contestant les États de droit respectifs ; et pour cela faire de la langue le vecteur d’un droit à la différence poussé jusqu’à la différence des droits des communautés. C’est donc une remise en cause complète du pacte républicain et, dans l’esprit des plus farouches, de la République elle même. C’est cela qui est inadmissible et qui doit être dénoncé, comme l’attribution à un collège d’enseignement en breton ( Diwan ) de la banlieue brestoise du nom de Roparz Hamon, condamné à dix ans d’indignité nationale en 1945 !

Il ne s’agit donc en rien d’une revendication de modernité mais de la résurgence sporadique de ce que ce pays compte de plus réactionnaire et qui profite de toutes les circonstances que lui offre une situation politique décomposée pour enfoncer autant de coins dans l’édifice républicain. Il est navrant que des représentants de la gauche officielle prêtent la main à de telles entreprises. Ils oublient que, s’il est vrai que les langues régionales ont parfois été maltraitées dans le cours d’une histoire qui a vu l’affirmation de la République, c’est cette histoire aussi qui a, grâce au français, dégagé les citoyens des obscurantismes et des fatalismes, fait progresser les libertés publiques et individuelles, favorisé les échanges culturels entre les régions, fait respecter les mêmes règles de droit sur l’ensemble du territoire national, donné au mouvement pour la démocratie économique et sociale toute son ampleur.

Il est facile dans ces conditions, afin de provoquer des réflexes conformistes d’assentiment, de s’en prendre aux Jacobins, ce qui dispense de toute argumentation sérieuse. Qu’il me soit permis de rappeler à ceux-là et à ceux qui les suivent sans trop réfléchir, qu’avant de s’installer dans la bibliothèque du couvent dont ils prirent le nom, rue Saint-Honoré à Paris, le 27 octobre 1789, le Club des Jacobins avait son siège à Versailles et s’appelait … le Club breton.

Anicet LE PORS . Ancien ministre de la fonction publique et des réformes administratives (1981-1984). Conseiller d’État. Président d’honneur de l’Union des sociétés bretonnes de l’Ile de France. Auteur du Que sais-je ?  : “La citoyenneté”, P.U.F., 1ère éd .1999, 3ème éd. 2003.

Anicet Le Pors était notre invité à St-Berthevin en mai 2003. Voir La citoyenneté selon Anicet Le Pors - 15 mai 2003 à St-Berthevin - 17 juillet 2006

* Congrès du Parlement : la réforme des institutions adoptée de justesse - 21 juillet 2008

Par SORIN Michel
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