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Asie

Vendredi 11 janvier 2013 5 11 /01 /Jan /2013 23:05

Dépendance, concurrence, défiance… avant l’assaut ?

 

La note de lecture de Baptiste Petitjean, directeur de la Fondation Res Publica, publiée par celle-ci le 21 décembre 2012 (voir Fondation Res Publica | Think tank), concernait le livre d'Alain Frachon et Daniel Vernet (Grasset, octobre 2012), intitulé "La Chine contre l’Amérique – Le duel du siècle".

Nous avons l’impression que, dans cette confrontation mondiale, l’Europe ne peut que subir. D’où le titre de la note L’Europe prise en étau entre les Etats-Unis et la Chine

En voici des extraits.

 

La dernière note de lecture de la Fondation finissait par faire l’hypothèse suivante : « depuis l’effondrement du bloc soviétique et depuis que la montée des pays émergents accélère l’apparition d’un monde multipolaire, on constate la montée en puissance d’un duopole Chine / Etats-Unis – ce que nous appelons le G2 [1] –, qui laisse à penser que nous sommes passés d’une bipolarité à une autre, même si elle n’est que transitoire » [2]. Alain Frachon et Daniel Vernet estiment à juste titre que nous sommes entrés dans une bipolarité sino-américaine qui peut revêtir une forme consensuelle (le G2), mais qui peut tout à fait prendre une forme concurrentielle voire conflictuelle.

A partir de 1972 et la rupture sino-soviétique, une alliance de facto scellée par un antagonisme commun vis-à-vis de l’URSS va amorcer une phase de dépendance mutuelle entre la Chine et les Etats-Unis. Cette phase trouvera son prolongement dans les années 90 et le début des années 2000 dans une « relation d’interdépendance économique et financière ». Notons par exemple que les deux tiers des réserves monétaires chinoises – qui s’élèvent à 3 200 milliards de dollars – ont été investies en bons du Trésor américains, entraînant par ailleurs la surconsommation aux Etats-Unis. Les auteurs ont, néanmoins, le mérite de casser quelques préjugés sur l’essor économique chinois : la Chine n’est plus seulement l’atelier du monde, ce que les entreprises chinoises fabriquent ne cessent de monter dans l’échelle de la valeur ajoutée.

Toutefois, cette dépendance mutuelle se transforme en une concurrence accrue, avec une défiance palpable. Le Pacifique devenant alors le « le lieu privilégié [de cet] affrontement qui ne dit pas son nom » : « l’enjeu pour les Chinois est de s’imposer comme la puissance régionale prépondérante en Asie », et plus particulièrement dans « sa zone d’influence traditionnelle » qu’est le Pacifique. Via une « doctrine Monroe à la chinoise » (expression de Jean-Luc Domenach) [pages 37-40], la Chine ne « tolérera aucune ingérence militaire étrangère dans le pacifique occidental. Elle s’appuie pour cela sur le principe de souveraineté nationale. L’ambition des dirigeants chinois est « l’ascension pacifique » [3] : devenir la plus grande puissance mondiale, sans velléité hégémonique. « Ce nationalisme, [qui est une sorte d’idéologie de substitution au communisme], s’exprime dans un sentiment de rivalité sans merci avec les Etats-Unis ». Ces derniers entendent accompagner le balancement du monde vers l’Asie-Pacifique. L’objet de la présence américaine active dans cette région est un « encerclement de la Chine par une coalition locale de pays démocratiques » [page 200]. En d’autres termes, l’objectif américain est de contrecarrer l’ambition militaro-politique de la Chine, grâce à une stratégie d’alliances.

Ce déplacement du centre de gravité géopolitique vers l’Asie-Pacifique se réalise au détriment de l’Europe. Et c’est justement dans la conclusion du livre que le lecteur peut trouver une source de réflexion : où est l’Europe ? Elle n’est, selon les Américains, « pas en mesure de jouer un rôle international conforme à son poids économique ». Pour les Américains, « les Européens ont abandonné la pensée stratégique ». De leur côté, les Chinois ne considèrent pas l’Europe comme un ensemble, ils mènent « une stratégie différenciée » selon les Etats membres. De fait, l’hétérogénéité de puissance, d’influence, de structure économique des pays européens « empêche la définition d’une politique commune vis-à-vis de la Chine ». Ainsi, « en dix ans le monde a changé mais la stratégie européenne ne s’est pas adaptée, faute de consensus sur l’analyse des changements et sur les politiques à mener ». La Chine est, à titre d’exemple, à peine citée dans un rapport sur la « stratégie européenne de sécurité » qui date de 2003 [pages 237-243].
 

A noter, la prédiction brandie par La Chronique Agora - publication bien documentée qui s’adresse aux investisseurs boursiers - d’une offensive de la Chine en direction de l’or physique, qui serait un signe de la préparation d’un coup monétaire visant à la substitution du yuan au dollar dans la suprématie mondiale. Voir Comment et pourquoi la Chine fait main basse sur le marché de l’or physique (Atlantico, Isabelle Mouilleseaux, 16 mars 2012).

 

Cet article est le 21ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

Par Michel SORIN - Publié dans : Asie - Communauté : Les blogs républicains
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Mercredi 2 janvier 2013 3 02 /01 /Jan /2013 22:24

La Chine, 1er producteur de biens de consommation

 

Il m’arrive du Québec un article de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS*) qui propose comme personnalité de l'année 2012 « le camp de travail chinois » et pose la question : derrière notre système économique basé sur la consommation, quel mode de production se cache-t-il ?

 

J’en étais resté à l’affirmation de Michel Aglietta : il existe une voie chinoise originale du développement - 11 novembre 2012. Mais l’IRIS québécois a raison de pointer le système de rééducation par le travail, qui a survécu à Mao et reste très présent dans la Chine actuelle. C’est l’équivalent du « goulag » de l’URSS. Cela s’appelle Laogai (Wikipédia). Lire Une lettre d'un camp de travail chinois retrouvée dans une décoration pour Halloween

 

Voici le texte publié le 2 janvier 2013 par Simon Tremblay-Pepin.

L’autre personnalité 2012 : le camp de travail chinois

 

(…) Par contre, si on a beaucoup parlé de la Chine en 2012, notamment pour la contraction « inquiétante » de sa croissance, on n’a pas beaucoup parlé de ses travailleurs et travailleuses et de leurs conditions de travail. Pourtant, la Chine est désormais le plus grand producteur de biens de consommation au monde et notre vie quotidienne est remplie de ses produits. En effet, le « Made in China » n’est plus seulement l’apanage des babioles cheap, mais bien de plusieurs produits de consommation courante : des ordinateurs à la vaisselle en passant par les voitures, pour ne nommer que quelques exemples. Dans ce contexte, comment sont produits ces biens devrait nous préoccuper, puisque leur mode de production met un peu à mal notre conception de ce qu’est le développement dans notre système économique.

Le système concentrationnaire chinois

Tout récemment, une lettre d’un travailleur Chinois aurait été glissée dans des décorations d’Halloween (quel à-propos macabre, n’est-ce pas?), demandant à qui la trouverait de contacter l’organisation internationale des droits de l’homme pour dire que le camp de travail dans lequel il se trouvait contrevenait à ces droits. Pour nombre d’Occidentaux, cette idée de camp de travail en Chine paraîtra surprenante. Bien qu’on sache que les Chinois sont peu payés au travail, on n’entend rarement parler du fait qu’un nombre des produits que nous consommons sont en fait le produit de travaux forcés, exécutés par des prisonniers en camp de travail.

Les Laogai, des camps de rééducation politique par le travail, sont la pointe de l’iceberg du système de travail forcé en Chine. Dans ces camps, qualifié par un ancien prisonnier comme étant pire que les goulags soviétique, plusieurs centaines de milliers, voire millions de personnes (le nombre exact est inconnu) travaillent plus de 14 heures par jour et on y dénombre viols, exécutions sommaires et meurtres de masse. On peut y être condamné pour avoir partagé une opinion contraire à celle du gouvernement ou pour être réputé avoir des activités séditieuses. La condamnation y est sans appel et on peut y rester plusieurs années, voire plusieurs décennies. Cette vidéo montre quelques images troublantes, tout comme ce reportage de France 24. Ces camps de travail politique ne sont pas les seuls camps de travail. En effet, les conditions normales de travail semblent être en tout point semblables, outre les assassinats, à celles des camps politiques. Voici quelques extraits à propos des conditions de travail (glanées ici et ) chez Foxconn.

« Les ouvriers ne peuvent pas gagner un salaire leur permettant de vivre avec leurs seules heures de travail normales et sont contraints d’effectuer un trop grand nombre d’heures supplémentaires ». […] La durée du travail est comprise entre 10 et 14 heures par jour, avec de fortes variations saisonnières, liées à la demande pour des produits sans cesse mis à jour ou renouvelés. Durant la haute saison manufacturière, les ouvriers font des heures supplémentaires excessives, travaillant souvent jusqu’à l’épuisement […] les ouvriers devaient répéter la tâche qui leur était assignée toutes les trois secondes, debout et sans discontinuer pendant dix heures. » (…) On peut trouver ici quelques photos saisissantes de ces lieux de travail.

Ce que les camps de travail chinois révèlent sur notre économie

Selon la doxa économique dominante, ce qui fait la force de l’économie mondiale, c’est la compétition, le libre-marché et la liberté individuelle. Or, voilà que 20% de la production de biens mondiale, produits dans la deuxième plus grande économie du monde (au niveau du PIB), provient finalement d’un pays :

-       où la structure économique, malgré la présence d’entreprises privées, est largement planifiée et le système politique autoritaire;

-       où il existe des camps de travail où l’on peut être envoyé pour délit d’opinion politique;

-       où une bonne partie de la production qui n’est pas faite dans ces camps est faite dans des conditions de contrainte et d’oppression tel qu’il est impossible de parler même de l’ombre d’une liberté.

Et, bien sûr, la Chine n’est pas le seul pays qui évolue dans ce contexte. Que dire des conditions de travail au Mexique ou aux Philippines? Que dire du caractère autoritaire des organisations économiques de ces États? Devant des consommateurs occidentaux de plus en plus endettés, mais qui veulent et doivent continuer leur même niveau de consommation pour à la fois maintenir leur style de vie et consolider la place occupée par leurs pays dans l’espace économique mondial.

Alors, la prochaine fois qu’on vous dira que l’économie planifiée est un échec ou que c’est la libre compétition entre agents économiques qui produit la richesse, jetez un coup d’œil à votre iPhone et rappelez-vous qu’une bonne part de notre économie est fondée sur le travail forcé et la planification autoritaire.

* L’IRIS, un institut de recherche sans but lucratif, indépendant et progressiste, a été fondé en 2000.

L’Institut produit des recherches sur les grands enjeux de l’heure (partenariats public-privé, fiscalité, éducation, santé, environnement, etc.) et diffuse un contre-discours aux perspectives que défendent les élites économiques. Voir Notre mission

 

Cet article est le 20ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

Par Michel SORIN - Publié dans : Asie - Communauté : Les blogs républicains
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Dimanche 11 novembre 2012 7 11 /11 /Nov /2012 20:18

« Capitalisme et Empire » propose une approche différente

 

L’un de mes amis lecteurs m’a signalé que l’article « Congrès du parti communiste chinois : maîtriser les crises et scandales - 10 novembre 2012 » reflète le point de vue des médias occidentaux, qui mettent en avant le capitalisme d’Etat, la corruption et la contre façon, sans aller au fond des explications historiques du développement chinois.

 

Michel Aglietta offre une vision plus complète de la Chine dans le livre « La voie chinoise, Capitalisme et Empire ».

Le succès économique de la Chine est incontestable. S'agit-il d'une économie capitaliste qui ne dit pas son nom ? Si c'est le cas, où est l'État de droit qui devrait l'accompagner ? Et comment concevoir un capitalisme sans capitalistes, ces acteurs privés dont l'influence politique est prépondérante ?
Les auteurs tournent ici le dos aux explications néolibérales pour explorer le formidable héritage culturel et politique de la Chine. Dans une approche qui allie à la théorie du développement économique la philosophie chinoise et les enseignements de l'histoire, ils expliquent pourquoi ce miracle économique ne s'est pas produit après la chute de l'Empire en 1911 et montrent l'importance de l'époque socialiste (1950-1978) pour la réussite de la réforme. Au-delà des changements que connaît la Chine depuis trente-cinq ans, ils analysent ses atouts et les adaptations nécessaires pour aborder le défi d'une croissance soutenable.
Vaste fresque inspirée de la méthode de Fernand Braudel, ce livre propose une réflexion foisonnante sur les rapports entre les institutions politiques et sociales et les marchés. Une véritable référence sur la Chine d'aujourd'hui
.

 

Voir aussi Conférence - La voie chinoise. Capitalisme et Empire

La voie chinoise. Capitalisme et Empire

Dans un entretien réalisé par Dominique Bari et Lina Sankari, paru dans « l’Humanité des débats » le 2 novembre et sur le site du PCF de Villepinte le 6 novembre, Michel Aglietta explicite sa pensée.

Dans la Voie chinoise. Capitalisme et empire (Odile Jacob - économie), Michel Aglietta et Guo Bai renversent l’idée dominante selon laquelle l’empire du Milieu aurait construit sa puissance grâce à sa seule intégration dans l’économie de marché. À la veille de l’ouverture du 18e congrès du Parti communiste chinois, Michel Aglietta trace les grandes lignes économiques et politiques de la Chine qui vient.

L’économie, moyen ou fin ? L’approche du 18e congrès du Parti communiste chinois favorise une abondante production littéraire de qualité variable sur l’empire du Milieu. Le livre de Michel Aglietta et Guo Bai, la Voie chinoise. Capitalisme et empire a le mérite de proposer une approche différente, loin des errements sinophobes ou « sinobéats ». L’alliance de ce professeur à Paris-X-Nanterre et de cette chercheuse à HEC rappelle qu’à compter du IIIe siècle avant notre ère, la Chine réalise son unité politique et surtout la préserve.

Au fil du livre, le lecteur saisit comment un régime socialiste parvient à « édifier un capitalisme spécifique », à développer une industrie presque inexistante avant Mao et à poser les bases des réformes, socles de l’ascension économique. Autre mérite : l’ouvrage pose les bases de nouvelles réformes dans une société en proie aux tensions. Si l’économie est un moyen, la fin reste la stabilité, l’unité et le « bien-être » social. Un long chemin pour un pays qui compte 1,3 milliard d’êtres humains. L’un des ouvrages les plus intéressants du moment.

Voir Michel Aglietta. « La Chine peut inventer un système original d’harmonie sociale »

Cet article est le 19ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

Par Michel SORIN - Publié dans : Asie - Communauté : Les blogs républicains
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Samedi 10 novembre 2012 6 10 /11 /Nov /2012 17:51

Un pouvoir dirigiste et autoritaire, un capitalisme d’Etat

 

Pas de changement d’orientation politique mais un changement d’hommes à la tête du PCC, qui devrait maintenir la même méthode collective de gouvernement du pays. C’est ce qui est attendu du renouvellement des instances du Parti communiste, là où est le pouvoir en Chine. On peut s’attendre à ce qu’il y ait une certaine forme de déconcentration du pouvoir en associant davantage la population localement, afin d’améliorer l’efficacité du système de prise de décisions.

 

La Chine , un pays hors normes

 

Voir Wikipédia : Politique de la République populaire de Chine

 

Pierre Haski, cofondateur du site Rue89, décrit ainsi cet immense pays.

C’est le pays le plus peuplé au monde -1,3 milliards d’habitants-, mais c’est surtout la nouvelle superpuissance économique du XXI° siècle. La Chine, hier introvertie et trop occupée à suivre son Grand Timonier Mao Zedong dans ses fuites en avant révolutionnaires, a épousé depuis trois décennies la mondialisation et le capitalisme le plus dérégulé. Résultat, avec une croissance à deux chiffres, la Chine s’est hissée au deuxième rang des économies mondiales, sorti des centaines de millions d’habitants de la pauvreté, et développé des entreprises qui comptent désormais parmi les plus grandes au monde.

Mais le décollage de l’économie chinoise n’a pas eu l’effet positif que certains espéraient sur le système politique : la Chine reste immuablement contrôlée par le parti communiste chinois (PCC), converti au capitalisme d’Etat et au libéralisme social le plus sauvage, sans laisser d’espace pour un quelconque pluralisme. Plus de vingt ans après la répression de la place Tiananmen en 1989, l’autoritarisme du pouvoir chinois s’applique à tous ceux qui contestent son autorité absolue, à l’image du prix Nobel de la paix 2010 Liu Xiaobo, emprisonné pour avoir écrit la Charte 08 réclamant la démocratie, de l’artiste contestataire Ai Weiwei détenu trois mois en 2011, des internautes qui ont créé un espace de liberté sur le web et sont régulièrement soumis à la censure, ou encore des minorités ethniques du Tibet ou du Xinjiang.

La Chine est à la veille d’un important changement politique, puisque l’équipe dirigeante actuelle, avec la fin prévue du double mandat du président Hu Jintao et du premier ministre Wen Jiabao, qui seront respectivement remplacés par le vice-président Xi Jinping et, vraisemblablement, par l’ascension de Li Keqiang comme chef du gouvernement. Cette transition marque un changement de génération, pas nécessairement un changement d’orientation politique (…).

Dans un article publié le 8 novembre 2012 par Rue89, il insiste sur la personnalité du nouveau dirigeant, Xi Jinping : « Fils d’un héros de la Révolution de Mao, marié à une star de la chanson, Xi Jinping a vécu parmi les paysans et a une fille qui étudie à Harvard. Portrait ».

Voir Cinq choses à savoir sur Xi Jinping, futur président chinois

 

Pour sa part, le site du quotidien Le Monde a ouvert ses colonnes le 9 novembre 2012 à Stéphanie Balme, chercheuse à Sciences Politiques Paris et au Centre d'études et de recherches internationales (CERI).

Voir Chine : "Hu Jintao quitte le pouvoir sans avoir fait les réformes"

 

Rappel : La Chine se développe à l'ouest (minerais, constructions, transports) - 19 juillet 2012 

 

Cet article est le 18ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

Par Michel SORIN - Publié dans : Asie - Communauté : Les blogs républicains
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Jeudi 19 juillet 2012 4 19 /07 /Juil /2012 22:24

Du boulot pour les multinationales, sous le contrôle de l’Etat

Hier, je proposais La réalité économique de la Chine, vue par un entrepreneur français. Je propose aujourd’hui de compléter cette vision de la Chine par les observations sur place d’un analyste financier, spécialiste des matières premières, qui conseille les particuliers, Florent Detroy (voir L'Edito Matières Premières & Devises). Il analyse, sur place, la situation économique de la Chine.

 

Voir Les banques chinoises à l'assaut des marchés occidentaux (14 février 2011)

 

La Chine est-elle en faillite ? (12 juillet 2012)

 

Participez à la conquête de l'ouest... chinois (19 juillet 2012)

 

(…) Car oui, la Chine est en train de se lancer à la conquête de l'ouest. Le développement des régions du centre, du nord et de l'ouest chinois figure au coeur de son 12e plan quinquennal 2011-2012. Et les premiers résultats commencent à apparaître. Ces régions continentales, parfois enclavées, où des villes de 30 millions d'habitants dormaient paisiblement, sont en train de connaître des croissances à deux chiffres. A l'heure où l'on glose abondamment sur la fin du "miracle chinois", de nouveaux eldorados se rappellent à nous. Pour essayer d'y voir plus clair, je me suis replongé dans l'histoire de la croissance chinoise. Après cette courte plongée historique, je vous conseillerai les secteurs qui profiteront de cette nouvelle ruée vers l'ouest.

 

L'Asie joue au billard depuis 40 ans
L'Asie est la seule région où des pays ont réussi sur les 50 dernières années à se hisser aux niveaux de richesse des pays développés. Cette croissance a été construite sur un facteur en particulier : le coût du travail.

Je suis arrivé en Chine en apportant avec moi les mémoires de Zhao Ziyang. Cet homme politique a été Premier ministre pendant les années 1980, période où s'est construite la croissance chinoise. Economiquement (et politiquement) libéral, il avait la confiance du père du modèle chinois actuel, Deng Xiaoping. Un chapitre entier est consacré aux premières années de son gouvernement. L'ancien Premier ministre explique qu'historiquement, les pays développés ont été amenés à déplacer leurs industries vers les régions où le coût du travail était faible. Voici ce qu'il écrit : "du point de vue asiatique, ce sont d'abord les Etats-Unis qui ont délocalisé leurs industries à main-d'oeuvre vers le Japon [...] Puis les Etats-Unis et le Japon ont délocalisé une partie de leurs industries de fabrication vers les "quatre petits dragons" (Taiwan, la Corée, Hong Kong et Singapour), qui se sont développés à leur tour. Le mouvement s'est ensuite déplacé vers les pays de l'ASEAN" (Malaise, Indonésie, Philippines, Singapour, et Thaïlande). Et le Premier ministre chinois continue en expliquant que ce mouvement "n'allait pas s'arrêter, et qu'il représentait une occasion à saisir". La Chine l'a saisi, et a vu son PIB être multiplié par 18 entre 1980 et 2010. Aujourd'hui, le phénomène se déplace à nouveau. Non pas vers un autre pays, mais vers l'ouest du pays.

 

La croissance n'est pas à gauche, elle est à l'ouest !
Le balancier est en train de s'inverser entre l'est et l'ouest. Alors que les régions du Guangdong, le Jiangsu et le Zhejiang, toutes à l'est, ont connu une croissance de 10% en 2011, une ville comme Chong Qing, au centre, a connu 16,4% de croissance. 30 ans après, le centre est ainsi en train de reproduire le modèle de croissance des régions côtières. C'est vers ces régions que convergent actuellement les industries textiles ou de la petite électronique, industries grosses consommatrices de travail.

Comme il y a 30 ans à l'est, les besoins en matières premières, infrastructures, transports sont encore énormes. Et ceux-ci restent encore largement ignorés. Danny Quah, professeur d'économie à la London School of Economics, soulignait en mars dernier que "beaucoup d'étrangers qui admirent les hauts gratte-ciels des villes de l'est ne savent pas que certains villages éloignés dans l'ouest de la Chine n'ont pas de connexion avec le réseau routier ou au réseau d'électricité". Ce développement va rapidement attirer les multinationales qui, il y a 30 ans, se sont ruées le long du littoral chinois.

 

Trois secteurs en particulier profiteront de cette croissance à venir de l'ouest.

 

Car c'est bien la construction qui va profiter en premier lieu de la croissance de ces régions. Et dans son sillage, c'est le marché du fer, absorbé à 40% par le bâtiment, qui va repartir.

L'ouest construit désormais en dur
Alors que le marché de l'acier a reculé ces six derniers mois, les analystes s'attendent à une reprise cet été. Ce rebond sera notamment soutenu par l'avancée de plusieurs travaux d'infrastructures dans ces régions. Cet optimisme sur le marché de l'acier est partagé par exemple par le centre d'analyse Gavekal. Celui-ci indique que "l'immobilier soutiendra la demande d'acier dans les trois prochains mois. Cela indique que la demande touchera un point bas par rapport à l'an dernier à la mi-2012, et connaîtra 15% de croissance en fin d'année". Et dans les années à venir, un deuxième secteur lié aux métaux reprendra du tonus, l'exploitation minière.

 

La Chine met en valeur ses ressources minières
"Vampire du milieu" pour certains, la Chine n'est en pas moins bien dotée en ressources naturelles. Le problème, c'est que ces ressources sont difficiles d'accès. Les régions minières sont pour la plupart situées à l'ouest, dans des espaces montagneux ou désertiques. C'est pourquoi le développement de l'ouest va permettre de désenclaver ces zones. Le gouvernement a ainsi lancé en 2011 un vaste plan de mise en valeur des ressources minières. D'ailleurs, le gouvernement n'a pas le choix. Le ministère des Terres et Ressources vient d'annoncer que sur 45 métaux analysés, la Chine pourrait avoir des difficultés d'approvisionnements pour 25 d'entre eux d'ici 2020.

Une région en particulier est en train de faire le bonheur des investisseurs, le Yunnan. Selon Li Lianju, membre du ministère des Terres et Ressources, "entre 2010 et 2020, encore 500 tonnes d'or et 200 milliards de m3 de gaz non-conventionnel devraient être produits [dans cette région]". Le plus intéressant pour nous, c'est que les investissements étrangers commencent à être les bienvenus dans les mines chinoises. Si l'on a vu mardi dernier qui seront les acteurs étrangers des gaz de schiste, certains noms d'autres contrées sont en train d'émerger dans le secteur minier. Ainsi le canadien Asia Now Resources a fait une entrée remarquée dans les mines d'or. Vous pouvez retrouver la cotation de cette petite minière sur le Toronto Stock Exchange.

 

Le transport connectera l'ouest à l'est
Enfin, rien ne sera possible sans un solide réseau de transport. Ni la construction ni l'exploitation minière ne décolleront sans être reliées aux régions de la côte. Or les besoins sont gigantesques. Le plan de développement des régions de l'ouest couvre 6,85 millions de km2, ou 71% du territoire chinois ! Les premiers programmes d'infrastructures doivent s'étendre jusqu'en 2015. Ainsi, 15 000 km de voies ferrées seront construites dans les régions de l'ouest d'ici cette date. Le secteur autoroutier devrait également prendre son essor, renforçant la demande d'acier (…).

 

Cet article est le 17ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

Par SORIN Michel - Publié dans : Asie - Communauté : Les blogs républicains
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