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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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Asie

Jeudi 9 août 2007

 

Une ouverture habile mais partielle et trompeuse

 Hier, à un an de l’ouverture des Jeux Olympiques à Pékin, la presse mettait l’accent sur la place qu’occupe désormais la Chine dans le monde. Il est incontestable que la politique économique menée par ses dirigeants depuis 1978 a conduit à des résultats positifs.

 Amélioration du niveau de vie d’une grande partie de la population, principalement celle qui habite les zones côtières, énorme progression des échanges commerciaux, notamment des exportations.

 Mais aussi croissance des inégalités sociales et territoriales, des pollutions liées au développement économique d’une part, contradiction entre le développement capitaliste, sauvage, de l’économie et le maintien d’un système politique où le parti communiste détient le monopole du pouvoir d’autre part.

 Nous avons intérêt à observer ce qui se passe concrètement en Chine à l’occasion de cette période qui précède les JO, car s’il est vrai que les dirigeants chinois ne vont pas se priver d’utiliser cet événement, il y a une opportunité qui s’offre à nous de mieux connaître cet immense nation et de faire savoir ce qui est intolérable dans la Chine actuelle. Les Jeux doivent servir au peuple, à son émancipation. Nous pouvons peut-être l’y aider.

 Voici le texte paru hier dans les colonnes du Figaro (www.lefigaro.fr) sous la signature de Cai Chongguo et Marie Holzman (représentant en France du China Labour Bulletin et présidente de Solidarité Chine) qui font un constat pessimiste.

 « L'esprit des JO insoluble dans la dictature de Pékin »

« Dans un an, le 8 août 2008, débuteront les prochains Jeux olympiques d'été. Ils se dérouleront dans la capitale de la République populaire de Chine, Pékin, à Shanghaï et dans d'autres villes chinoises, notamment Hongkong pour les courses hippiques.

 Il a longtemps été dit que les Jeux olympiques contribueraient à une plus grande ouverture de la Chine, que la tenue de ce genre d'événements avait eu un effet positif sur la démocratisation de certains systèmes politiques (la Corée du Sud en 1988, Moscou en 1980) et que le gouvernement chinois serait réceptif à la pression exercée sur lui par les médias étrangers.

 En fait, la société chinoise est déjà très « ouverte » : les touristes du monde entier s'y pressent, les investisseurs rivalisent pour occuper les meilleures niches, les commerçants en tous genres viennent y faire leurs emplettes ou y proposent leurs produits, et la culture populaire a déjà intégré toutes les modes en vogue dans le monde entier.

 Le problème n'est donc pas là ! En effet, l'ouverture de la Chine reste une ouverture trompeuse.

 D'un côté, toutes sortes de censeurs sont là pour veiller à ce que les informations qui dérangent n'entrent ni ne sortent du pays.

 De l'autre, les personnalités perçues comme les plus « dangereuses » pour le régime sont soit emprisonnées, soit expulsées à l'étranger et interdites de séjour, soit assignées à résidence et privées du passeport qui leur permettrait de s'exprimer librement à l'étranger et de rentrer ensuite dans leur pays.

 Pourtant, ces Jeux olympiques offrent une chance unique à l'opinion mondiale pour faire pression sur un gouvernement dont l'ambition de devenir à tout prix la première puissance mondiale a levé toutes les inhibitions qui freinent d'ordinaire la brutalité des régimes en place.

 L'obsession du développement économique permet l'exploitation forcenée des classes les plus pauvres (qui représentent encore nettement plus de 50 % de la population), l'expropriation brutale des paysans de leurs terres, et des petites gens de leurs demeures ancestrales en ville, la pollution de plus de 70 % des grands cours d'eau, le déplacement des populations autochtones dans les régions excentrées (Tibétains, Mongols, Ouïgours...), sans parler de la répression systématique qui frappe non seulement les opposants, mais même les avocats qui tentent de défendre les victimes de cette croissance infernale.

 Pour ne parler que du domaine sportif, on peut constater les conséquences néfastes du type de développement dont s'est doté le pays le plus peuplé de la planète. Depuis une dizaine d'années, la dérive nationaliste provoquée par le désir forcené de réussir à organiser les Jeux olympiques a provoqué une concentration des moyens sur les deux villes de Pékin et de Shanghaï. Quelques rares informations ont filtré sur l'état délabré du sport en Chine pour la grande majorité de ses habitants.

 Selon l'ancien ministre de l'agriculture, Chen Yaobang, seuls 20 % des villages possèdent des équipements sportifs, si modestes soient-ils, et ils sont tous concentrés sur la côte orientale du pays. L'absence de piscines municipales pousse certaines écoles à enseigner la natation dans des rivières, ce qui a provoqué une nette augmentation des morts par noyade parmi les jeunes. Il faut noter en parallèle la multiplication des terrains de golf et des piscines privées destinées aux cadres et aux touristes étrangers...

 Les petits citadins ne sont pas toujours tellement mieux lotis ! La spéculation immobilière ainsi que l'obsession mise sur les concours d'entrée dans les bonnes écoles ont rapidement fait disparaître gymnases et terrains de foot, tout en contaminant l'esprit des directeurs d'école, qui délaissent la nécessité de construire des « esprits sains dans des corps sains ».

 Pourtant la population chinoise tente péniblement de secouer le joug de la pensée unique imposée par le parti et, dans certaines régions de Chine, comme tout récemment dans le nord-est, on voit apparaître des pancartes sur lesquelles est écrit : « Nous voulons les droits de l'homme ! Pas les Jeux olympiques ! » Ces quelques dizaines de millions d'anciens ouvriers de la région la plus industrialisée de Chine dans les années 1960 ont déjà tiré les leçons de leur propre histoire : loin d'améliorer leur sort, la mondialisation et la croissance rapide du pays ont balayé tout ce qui composait leur quotidien et les ont laissés dans le plus grand dénuement.

 C'est maintenant la grande majorité de la population qui commence à remettre en cause un système créateur d'inégalités croissantes, de corruption, de problèmes environnementaux. La seule croissance économique ne constitue plus une base suffisante pour que le régime y assoie sa légitimité. Il a donc de plus en plus de besoin de souffler sur les braises du sentiment nationaliste pour canaliser le mécontentement et pour contrer l'émergence d'un comportement où règne le « chacun pour soi », qui masque mal une crise morale généralisée.

Hélas, non seulement les JO n'y changeront sans doute rien, mais ils risquent d'encourager les autorités chinoises à poursuivre dans la voie du développement à très court terme, pour le plus grand malheur des Chinois, et de la planète ».

Par SORIN Michel
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Jeudi 20 mars 2008

 

La culture tibétaine se dilue dans l’argent chinois

 

Rien d’étonnant à ce que le Tibet résiste à l’assimilation chinoise. Pierre Haski se fait pédagogue pour nous permettre de comprendre. Voici des extraits de son article paru le 14 mars sur www.rue89.com. 

 

« Le sang a coulé à Lhassa, la capitale du Tibet: dix morts officiellement, cent selon les Tibétains en exil. A quelques mois des Jeux olympiques de Pékin, le Tibet et, à travers lui, la question des droits de l'homme, se trouvent propulsés à la "une" des journaux du monde entier - sauf en Chine où c'est la réélection du président Hu Jintao qui fait les gros titres, les événements de Lhassa étant minimisés.

Que se passe-t-il au Tibet ? Pourquoi ce mouvement ? Quelles conséquences aura-t-il sur les JO ? Etat des lieux en quatre questions.

Un peu d'histoire

Le Tibet est-il "chinois"? Pour le gouvernement chinois, évidemment, l'affaire est entendue: le Tibet est rattaché à l'empire chinois depuis la dynastie des Yuan au XIII° siècle, et, physiquement depuis la "réunification pacifique" de 1950 à la République populaire décrétée par Mao Zedong l'année précédente. Il existe même, à Lhassa, un magnifique musée moderne dont le seul but est d'accréditer cette thèse.

Du point de vue tibétain, et tout simplement historique, l'affaire est plus complexe. Le Tibet a été lui-même un empire puissant au VII° siècle, qui a connu des relations fluctuantes avec son immense voisin chinois. Les deux empires ont même entretenu des relations diplomatiques, ce qui ne fait pas du Tibet un vassal. De plus, à certaines époques, Lhassa a pu avoir l'ascendant spirituel, et Pékin l'ascendant politique et militaire.

L'histoire moderne est tout aussi ambiguë. Au début du XX° siècle, le Tibet avait pris le large, et vivait reclus dans ses montagnes himalayennes, sous une implacable théocratie qui pratiquait le servage et l'obscurantisme. Mais ce Tibet avait beau être détaché de la Chine, il n'était pas reconnu par le reste du monde comme un Etat indépendant, ce qui explique qu'aujourd'hui, aucun pays ne soutienne le principe d'une indépendance tibétaine.

En 1950, l'armée de Mao monta à l'assaut du Tibet, mais aussi du Xinjiang, cette autre "marche" de l'empire, à l'ouest, dont l'histoire est aussi faite de liens historiques ambivalents. La "réunification pacifique" fut une conquête militaire particulièrement facile, opposant l'armée communiste d'un véritable Etat, à un royaume ermite dont la première action de défense fut de doubler le temps de prière dans les monastères (selon le formidable témoignage de Robert Ford, un opérateur radio travaillant pour le gouvernement de Lhassa, et qui fut capturé par l'armée chinoise).

Ce retour du Tibet à cette "mère patrie" inflexible, s'accompagna d'une promesse d'autonomie: aujourd'hui encore, la province s'appelle "région autonome du Tibet", ne recouvrant d'ailleurs qu'une partie du Tibet historique, à cheval sur le Sichuan, le Yunnan et le Qinghai actuels.

Le Traité de 1951 signé par le dalaï lama souligne en préambule que "le peuple tibétain a une longue histoire dans le cadre des frontières de la Chine"... Pour ajouter aussitôt que "le peuple tibétain doit s'unir et expulser du Tibet les forces impérialistes agressives. Le peuple tibétain rejoindra la grande famille de la patrie : la République populaire de Chine. (...) le peuple tibétain jouira de l'autonomie régionale sous la direction du gouvernement central du peuple. (...) Les autorités centrales ne modifieront pas le régime politique du Tibet. Elles ne changeront rien à la situation, aux fonctions et aux pouvoirs du dalaï lama".

En 1959, toutefois, le XIV° dalai lama, "réincarnation" d'une longue lignée de souverains tibétains, estima que Pékin ne respectait pas cette autonomie promise, et s'enfuit en Inde où il se trouve toujours 49 ans plus tard. Depuis, Pékin a pris le contrôle absolu du Tibet.

Libération, ou occupation?

Si on écoute Pékin, la Chine a libéré le Tibet du servage et de l'oppression théocratique, et a apporté la modernité. Pas entièrement faux, évidemment, vu le poids économique des monastères dans l'ancien régime, l'état de servage de la paysannerie, et l'absence d'institutions modernes. La Chine a beau jeu de montrer aujourd'hui des écoles, des réseaux de télécoms, et même une salle de bourse à Lhassa, symboles de la modernité chinoise d'aujourd'hui.

Les Tibétains ne nient pas cette évolution, et le dalaï lama, de son exil indien, ne réclame pas l'indépendance, soulignant que le Tibet misérable n'aurait guère les moyens de son développement sans le soutien de Pékin... Mais ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est aussi la survie de la culture et de l'identité tibétaines dans un monde chinois qui agit comme un rouleau compresseur. A la fois par la contrainte, mais aussi par le pouvoir de l'argent, qui corrompt sur son passage des pans entiers de la société tibétaine, autrefois traditionaliste et puritaine, contaminée, à l'image du reste de la Chine, par le matérialisme le plus cru.

La culture tibétaine est aujourd'hui menacée de rester l'apanage de la religion et de traditions folklorisées à destination du tourisme, tant chinois qu'international. Car ce n'est pas le moindre paradoxe de cette situation que le Tibet est une destination prisée des touristes chinois en quête d'exotisme et, parfois, de spiritualité.

C'est aussi la destination des affairistes, dont l'arrivée au Tibet est désormais facilitée par la construction du premier chemin de fer entre le Qinghai et Lhassa, un tour de force dans cette région montagneuse et sismique, mais une nouvelle menace sur le fragile écosystème tibétain. Avec seulement 2,5 millions de Tibétains dans la région dite autonome, le risque de déséquilibre démographique est évident, avec cette seule réserve que les immigrants chinois Han détestent l'altitude et ne viennent pas au Tibet pour y faire leur vie...

Cette normalisation s'accompagne d'une prise de contrôle sans cesse plus étroite du clergé bouddhiste, dans la perspective de la disparition dans les prochaines années de l'actuel dalaï lama, qui est âgé de 72 ans et a eu quelques problèmes de santé. Pékin a montré sa volonté de contrôler la nomination des dignitaires bouddhistes (…).

Tout porte à croire qu'à la mort du dalaï lama, il agira de la sorte pour brouiller les pistes, et imposer un homme de son choix comme chef spirituel des Tibétains, et enterrer à jamais l'autonomie spirituelle et politique des Tibétains.

Qui manifeste à Lhassa?

La période a débuté avec des manifestations de Tibétains en exil, en Inde et au Népal, pour commémorer comme chaque année l'anniversaire de la fuite du dalaï lama. Puis, ce dernier a prononcé un grand discours, lundi dernier, jour anniversaire de sa fuite 49 ans plus tôt, dans lequel il a haussé le ton vis-à-vis de Pékin. Il a accusé la Chine de mener au Tibet une "répression continue", et de se livrer à "des violations énormes et inimaginables des droits de l'homme".

Tenzing Gyatso, 72 ans, XIV° dalaï-lama et Prix Nobel de la paix 1989, se sent sans doute en mesure de parler plus fort en raison de la conjoncture politique et diplomatique. Il y a quelques mois, il était reçu par George Bush à la Maison Blanche, et par Angela Merkel à Berlin, au grand dam de Pékin. C'était une grande première, car recevoir le dalaï lama, c'est agiter le chiffon rouge en face de Pékin. De surcroit, l'approche des JO de Pékin, en août, ouvre une fenêtre d'opportunité pour se faire entendre sur la scène internationale, et peser sur un débat qu'on sent monter sur les droits de l'homme en Chine et la grand' messe du Parti à l'occasion de cette manifestation sportive.

Evènement concerté ou pas, l'appel du dalaï lama a été suivi de manifestations de moines bouddhistes à Lhassa et dans plusieurs monastères tibétains, réprimées dans le sang par les forces de l'ordre chinoises. On parle de victimes et les témoignages (notamment sur la BBC) parlent d'au moins deux morts. Cela fait des années que des événements aussi graves ne se sont pas produits au Tibet.

Quelles conséquences?

Il est clair que ces événements vont peser sur le climat des Jeux olympiques. Le Tibet bénéficie d'une caisse de résonance puissante aux Etats-Unis, et en particulier à Hollywood (…).

Sur le plan diplomatique, tout dépendra de l'ampleur des événements du Tibet. Si Pékin parvient à remettre rapidement le couvercle, les grandes capitales protesteront tout en exprimant un lâche soupir de soulagement de ne pas avoir à agir. Si la situation s'aggrave et prend des proportions "birmanes", il sera difficile de rester les bras croisés. Tout en voyant très mal quoi faire face à un membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, puissance économique qui attire les convoitises, et au poids politique croissant sur la planète.

Dans cette belle mécanique planétaire qui avançait vers cette échéance des JO, le petit grain de sable tibétain s'est glissé dans les rouages ».

Pierre Haski a publié sur le site de Rue89 le 19 mars un nouvel article, intitulé « Pékin confronté à une triple crise au Tibet », qui commence ainsi : « Le soulèvement de Lhassa affecte le dossier des JO, la relation de la Chine avec le monde et aussi la politique intérieure chinoise ».

Lire la suite sur  http://www.rue89.com/chinatown/pekin-confronte-a-une-triple-crise-au-tibet   

Dans un autre article sur le Tibet, paru le 16 mars, le témoignage d’un touriste français est présenté. En voici quelques extraits (voir sur le blog d'Aurélien).

« Ma première impression en arrivant à Lhassa a été la surprise: c'est une ville très moderne et développée. Tout semble neuf, nouvellement construit. Et c'est le cas: la ville a été entièrement transformée depuis 10 ans. Il y règne une atmosphère de ville high-tech sortie de nulle part. Les Chinois construisent de belles routes, ils se vantent dans leur propagande de dépenser beaucoup d'argent pour les Tibétains.

"Mais ils ne disent pas qu'ils nous prennent aussi tout ce qu'on possède. Chaque année des milliers de touristes payent très cher les entrées de nos monastères, et tout cet argent vas aux chinois. Dans Lhassa, la plupart des boutiques sont tenues par des chinois, qui arbitrent donc le marché de l'emploi. En particulier, un critère important pour avoir un emploi est de parler chinois. Si on apprend le Chinois, on peut avoir un bon emploi et un bon salaire. Mais ils n'aiment pas qu'on parle anglais. C'est un problème pour ceux qui reviennent d'Inde et y ont appris l'anglais : il leur est difficile d'avoir un boulot. Du coup, beaucoup de Tibétains ont dû apprendre le Chinois. Mais on ne sait que le parler, pas le lire" (…).

« (Des jeunes filles) m'expliquent que les tibétains ont perdu tous leurs temples, et qu'en perdant leurs temples ils perdent leur histoire. “Notre culture est transmise oralement, et les seuls à archiver et conserver par écrit tout ce qui constitue le peuple tibétain sont les moines, dans les monastères. En détruisant les temples et en assassinant/emprisonnant les moines, les chinois nous détruisent. Ils ont détruit plus de 1000 monastères, et tout leur contenu a auparavant été pillé et se trouve maintenant hors du Tibet, en Chine“.

Ils nous enseignent comment devenir riche, pour eux le business est ce qu'il y a de le plus important. Mais pour nous le plus important c'est la religion. Ce n'est pas dans notre mentalité d'être riche, parce que cela veut dire qu'on prend trop d'argent aux autres, et dans notre culture, les autres sont plus importants que soi même. Les Tibétains sont certes content d'avoir de meilleurs vêtements, mais la chose vraiment importante est la religion. On ne veut pas être riches, on veut être libres“ ».

 

Par SORIN Michel
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Vendredi 8 août 2008

Se garder des idées simples sur la Chine

 

Le spectacle présenté par les responsables de l’Etat chinois, c’est-à-dire du parti communiste chinois, ce 8 août 2008 à Pékin, en introduction aux Jeux Olympiques, a été qualifié de grandiose. Le mot n’est pas trop fort. C’est la preuve du savoir faire des dirigeants et de la capacité d’organisation de ce pays.

 

J’ai relu un petit livre, paru en 2003, « L’économie chinoise » (Françoise Lemoine, collection Repères, La Découverte), dont voici la conclusion.

 

« La politique économique suivie depuis un quart de siècle en Chine peut se prévaloir d’incontestables succès : amélioration du niveau de vie de la grande majorité de la population, essor spectaculaire des régions et métropoles côtières, ascension dans les échanges internationaux et montée en gamme des exportations, résistance aux chocs extérieurs.

 

Ces succès sont le fondement de la légitimité du régime politique et la base du consensus qui existe au début du XXIème siècle au sein du pouvoir politique sur la stratégie économique : poursuite des réformes et de l’ouverture, privatisations, renforcement des institutions et des instruments de régulation macroéconomique.

 

Au cours des prochaines années, la stabilité du pouvoir va encore être mise à rude épreuve par l’exode rural, la persistance du chômage et des inégalités sociales. Les autorités continueront donc à mettre tout en œuvre pour maintenir une croissance rapide. Elles le font déjà depuis 1997-1998, en menant une politique de relance budgétaire vigoureuse pour contrecarrer les effets d’une demande interne défaillante et de la détérioration de l’environnement international. Cependant, la situation des finances publiques n’est elle-même pas à l’abri d’une crise : si la dette publique est encore faible, elle augmente rapidement et s’y ajoutent les coûts de la restructuration du système bancaire et la dette implicite du système de retraite.

 

On souligne souvent le contraste entre les transformations économiques et sociales que connaît la Chine depuis un quart de siècle et la rigidité du système politique, où le parti communiste a conservé le monopole du pouvoir. Le Parti a néanmoins évolué et fait preuve d’une capacité d’adaptation : il recrute de nouvelles élites sociales, comme il l’a montré lors de son dernier Congrès en appelant les entrepreneurs privés à rejoindre ses rangs ; il autorise des expériences limitées d’élections directes au niveau des villages. Des formes de démocratisation interne du Parti peuvent ainsi contribuer à élargir son assise, à renforcer les processus de négociations internes, consolidant ainsi la légitimité de son pouvoir.

 

Tout aussi essentiel pour l’évolution interne du système politique et pour son image internationale est le développement de l’Etat de droit. La Chine est le lieu d’une intense activité législative. Les réformes économiques ont exigé l’établissement d’un cadre l égal et l’entrée à l’OMC rend nécessaire de nombreux changements législatifs et réglementaires pour mettre le droit économique chinois en conformité avec les normes internationales (droit de la concurrence, de la propriété intellectuelle, lois sur les investissements étrangers, etc.) pour garantir la transparence des règles et leur application. Pour Pékin, le renforcement et l’uniformisation du cadre légal sont aussi un moyen de réaffirmer le cadre central face aux pouvoirs provinciaux. Mais établir l’Etat de droit ne peut se réduire à assurer la régularité des actes administratifs, et suppose aussi l’indépendance du pouvoir judiciaire, y compris à l’égard du Parti ».

 

- Pour mieux connaître les réalités de la Chine, le site de Marianne (la chronique de Zola) apporte une contribution intéressante (Mon pays vu par les Français: une usine internationale nommée Made in China et Comment les Chinois contournent la censure du Net).

 

- Quant à l’actualité franco-chinoise, Pierre Haski sur Rue89 affirme que « c’est le plus grave échec de la diplomatie de Sarkozy depuis son élection, qu’il ne doit qu’à sa propre maladresse » … Lire l’article Sarkozy, Pékin et le dalaï lama: une Bérézina diplomatique.

 

Lire aussi les articles sur La Chine parus sur ce blog.

Par SORIN Michel
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Vendredi 26 décembre 2008

Nous avons beaucoup à apprendre du Japon

 

Cette information m’a stupéfié : en novembre, la production industrielle du Japon s’est effondrée (-8% par rapport au mois précédent). En quelques mois, la diminution va dépasser les 25% ! La crise mondiale a fait chuter les exportations de 27% sur un an, ce qui explique la baisse de la production issue de l’industrie.

 

Le Monde, ce jour, éclaire notre lanterne avec cet article Au Japon, chute sans précédent de la production industrielle.

 

Une fois de plus, je me suis tourné vers le site de la Fondation Res Publica (Un trésor est caché dans Fondation Res Publica | République, mondialisation, dialogue des ...) pour puiser des informations concernant ce pays.

 

Les actes du colloque L'Asie vue d'Europe (8 septembre 2008) apportent une réponse. Voici quelques extraits de l’intervention de Jean-Marie Bouissou.

 

Le Japon, ex « number one »

 

(…) Tous les yeux sont tournés vers la Chine, l’Inde et, dans les écoles de commerce, peu de gens s’intéressent au Japon. Ils ont tort car le Japon d’aujourd’hui revêt certains aspects qui préfigurent ce que sera peut-être l’Europe de demain et connaît des problèmes qui sont aussi les nôtres. Il y a beaucoup à apprendre de ce Japon qui a connu quinze années de crise économique et politique extrêmement sévère : songez qu’en l’espace de quinze ans les exportations agricoles japonaises ont diminué de moitié ; songez que la dette publique cumulée au Japon dépasse aujourd’hui 180% du PIB (à 60% nous crions à la faillite !) ; songez que ce pays a connu, de 1990 à 2000, huit premiers ministres et six majorités différentes. Or, miracle : le Japon tient toujours debout ! Non seulement il tient toujours debout mais il n’est pas fracturé et il est optimiste.

Selon moi, le Japon est un pays qui compte beaucoup et qui ne doit pas être considéré comme un pays en déclin. Certes, en termes relatifs, on peut parler de déclin : en 1990, le Japon représentait presque 16% du PIB mondial, aujourd’hui, c’est moins de 11% ; en 1990 le Japon réalisait 10% des exportations mondiales, aujourd’hui sa part est tombée aux alentours de 6%. Déclin relatif, certes, mais devant l’émergence de géants comme la Chine et l’Inde, toutes les vieilles puissances enregistrent un déclin relatif.

Il faut considérer que le Japon est toujours le premier créditeur du monde. Il a la plus grosse réserve d’épargne privée de la planète : deux années de PIB, soit 12000 milliards de dollars. Il a encore le deuxième PIB du monde. Plus important : ce pays est la deuxième puissance technologique du monde par le nombre des brevets déposés (Canon aux Etats-Unis), nombre qui a doublé pendant les quinze années de crise ! Contrairement à d’autres pays, le Japon n’a pas freiné les investissements en R&D quand la crise s’est profilée, les dépenses de R&D ont été en permanence maintenues à 3% du PIB (record mondial).

Certes la situation économique est fragile : depuis 2005, le Japon oscille entre des moments d’espoir, des débuts de reprise, et des phases de dépression. Actuellement le Japon retourne à la récession, il a enregistré des croissances négatives sur deux trimestres successifs. Le gouvernement a réagi par un Nème plan de relance : ce gouvernement qui semble n’avoir plus d’argent et multiplie les plans de relance et les cadeaux fiscaux. La chute du gouvernement Fukuda la semaine dernière (1) est liée à cette politique.

Le problème économique du Japon est la faiblesse persistante de la demande interne. Cette faiblesse n’est pas imputable à une vague inquiétude sur l’avenir mais à une raison très concrète : le Japon s’est sorti de la crise par de brutales politiques d’ajustements, de profondes réformes structurelles ; les grands perdants des ajustement structurels ont été les revenus du travail : on a diminué les coûts de main d’œuvre. Personne ne s’étonne donc que les ménages dépensent moins.

Les exportations, traditionnellement le deuxième moteur de l’économie japonaise, souffrent aussi de la conjoncture mondiale actuelle (…).

Les Japonais parient sur l’innovation technologique : ils pensent qu’ils pourront garder une puissance industrielle tant qu’ils maintiendront cinq ou six ans d’avance technologique sur la Chine. C’est pourquoi ils ont fait du développement technologique l’axe de leur économie. Ceci repose sur une idée assez simple : dans le processus de création d’un produit, ceux qui gagnent de l’argent sont ceux qui le conçoivent, ceux qui le développent puis ceux qui assurent le service après-vente. Ceux qui en gagnent le moins sont ceux qui le fabriquent. Les Japonais rêvent d’être toujours dans la position de ceux qui vont concevoir et développer les produits, éventuellement les faire fabriquer par les Chinois, puis les commercialiser eux-mêmes.

Les Japonais ont également une force de frappe financière considérable. Les revenus des capitaux extérieurs représentent une source importante de la richesse nationale. Ils n’ont pas renoncé à la politique industrielle : les objectifs sont définis par l’Etat, assortis de moyens. Ils savent exactement quels secteurs ils veulent développer dans l’avenir et comment ils veulent les développer (…).
 
Le deuxième problème posé à la société japonaise est celui des inégalités. L’OCDE, en 2005, a évalué le taux de pauvreté au Japon à 15,3% (10,7% en moyenne dans les pays de l’OCDE, le taux japonais étant le plus élevé). Ce phénomène est nouveau : très longtemps le taux de pauvreté japonais a été l’un des plus faibles des pays de l’OCDE. Or, bizarrement, il n’y a pas de fracture sociale.

Les Japonais supportent très mal les inégalités : le fait qu’ils sont un peuple uni, le fait que leur capitalisme est plus humain que les capitalismes occidentaux, où les riches sont modestes, où les écarts de revenus sont faibles ont été au cœur de l’identité nationale japonaise d’après guerre. Cette identité se déchire et les Japonais le vivent très mal. Les élections qui viennent (après la récente démission de Fukuda) vont se jouer en grande partie autour de cette question des inégalités et de la manière de les combattre (…).

 

Et, il existe une autre source d’information sur le Japon, c’est Jean-Pierre Chevènement, qui a livré ses impressions à l’issue de son séjour dans ce pays. C’est sur son blog, en date du 23 décembre.

 

Quelques réflexions sur le Japon de 2008

 

(…) Le Japon a un rôle à jouer vis-à-vis de toutes les puissances asiatiques hors la Chine (ASEAN, Inde) et vis-à-vis de l’Australie pour créer un contexte favorable à la coopération et à la paix. On souligne souvent la progression des budgets de défense de la Chine (+ 17 % par an). C’est oublier que la Chine part d’assez bas et que son budget de défense n’est sans doute que le dixième de celui des Etats-Unis. Reste que la Chine est une puissance nucléaire et spatiale et que sa marine dispose avec la proximité des côtes chinoises d’un avantage stratégique en mer de Chine, que ne contrebalance que la présence d’une flotte et de forces armées américaines dans les ports du Japon et en Corée.

Le Japon depuis 1990 (l’éclatement de la bulle immobilière et de la bulle financière) n’a connu qu’une croissance ralentie). Au moment où, à partir de 2005-2006 il paraissait en sortir, le voilà à nouveau frappé par la crise. L’économie japonaise en 2008 est entrée en récession. La dette publique japonaise se situe à un niveau record – 170% du PNB- très au-dessus de l’Italie (110 %) et même de l’Allemagne et de la France (un peu en dessous de 70%), mais cette considération doit être tempérée par une autre, tenant au faible endettement des ménages japonais et à l’assainissement de leur système bancaire depuis près de vingt ans. La dette privée (ménages et entreprises) est de 80 % du PNB au Japon contre 170 % aux Etats-Unis (…).

 

Lire ce témoignage Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement.


Cet article est le 4ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

Par SORIN Michel
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Vendredi 5 juin 2009

Une économie centralisée coopérant avec le capitalisme

 

Nous n’avons pas oublié ce qui s’est passé, il y a vingt ans, place Tiananmen à Pékin. Ce pays, qui occupe une place géostratégique sans égal, continue d’être dirigé de manière autoritaire par le Parti Communiste Chinois. Depuis le 4 juin 1989, les espaces démocratiques ont diminué en Chine, mais l’économie a pris son envol.

Le pouvoir politique n’aime pas être questionné à propos de la répression du mouvement étudiant en 1989. Voir Il y a 20 ans, la répression sur la place Tiananmen (images rappelées sur le site du Nouvel Observateur, 4 juin).

 

Et Pierre Haski, qui dirige Rue89, a fourni, le 4 juin, un document intéressant (extraits) :

 

20 ans après Tiananmen : le spectre de la réforme politique

François Mitterrand déclarait, au lendemain du massacre de Tiananmen : "un régime qui tire sur sa jeunesse n'a pas d'avenir". Vingt ans plus tard, le régime chinois est toujours en place, et a fait de la Chine une puissance économique et politique majeure. Mitterrand a-t-il donc eu tort ?

A voir la nervosité du pouvoir chinois à l'approche de ce vingtième anniversaire, avec une censure draconienne d'internet , l'éloignement de quelques malheureux dissidents de la capitale, et une surveillance policière tous azimuts, on peut se demander si le régime chinois est si sûr de lui et de son avenir.

Aucune menace réelle ne justifie aujourd'hui un tel verrouillage, alors que la jeunesse actuelle a eu le cerveau vidé de toute référence au Printemps de Pékin, que le reste du monde se tait pour ne pas provoquer l'ire de Pékin, et que la population chinoise s'inquiète plus des conséquences de la crise mondiale que de réclamer des comptes sur le passé.

Le refus de tourner la page de 1989

Alors pourquoi cette obstination à ne pas vouloir tourner la page de 1989, à refuser de reconnaître les morts de 1989 malgré l'exemplaire mobilisation des Mères de Tiananmen , et à refuser de revenir sur le jugement de "mouvement contrerévolutionnaire" porté à l'époque, et qui continue de pénaliser la vie de nombreuses personnes ? (…)

Cette nervosité permanente se comprend mieux quand on découvre les mémoires d'outre-tombe de Zhao Ziyang, le Secrétaire général du Parti communiste chinois au moment du Printemps de Pékin, limogé pour s'être opposé à l'usage de la force contre les étudiants qui occupaient la place. Zhao Ziyang, un réformateur qui aurait pu être dans d'autres circonstances le "Gorbatchev chinois", a été assigné à résidence pendant dix-sept ans, jusqu'à sa mort en 2005.

Mémoires d'outre-tombe de Zhao Ziyang*

Pendant toutes ces années de silence, Zhao Ziyang a néanmoins enregistré ses mémoires, dictées sur des cassettes de musique pour enfants afin de contourner la surveillance dont il faisait l'objet. Ces mémoires, qui viennent de sortir aux Etats-Unis et à Hong Kong, ont été authentifiées par Bao Tong, le secrétaire particulier de l'ancien numéro un, lui aussi en résidence surveillée depuis vingt ans.

Zhao Ziyang, c'est le "fantôme de Tiananmen" qui vient hanter les dirigeants actuels, dont la légitimité remonte au choix de la force fait en 1989 par Deng Xiaoping, le vieux patriarche communiste que les membres du Bureau Politique, divisés sur la suite des événements, sont allés sortir de sa retraite et de ses parties de bridge, pour lui demander de trancher. L'homme que le monde vénère pour son choix des réformes économiques à la mort de Mao Zedong, trancha pour la force contre ceux qui défiaient le PCC : assurer le pouvoir par-dessus tout.

C'est lui qui, en effet, décida de faire donner l'armée contre les étudiants, comme l'avaient déjà révélé les "Archives de Tiananmen", sorties clandestinement de Chine en 2000. Et on y relevait déjà cette prise de position de Zhao Ziyang, dans son "autocritique" du 23 juin 1989, au lendemain du massacre : "Longtemps je me suis considéré comme un réformateur économique et un conservateur politique. Mais ma pensée a changé ces dernières années. A présent, je sens que la réforme politique doit être une priorité."

Le spectre de la réforme politique

La "réforme politique", cette hydre qui ressurgit à intervalles réguliers dans le débat chinois, depuis près d'un siècle comme l'avait montré le sinologue Jean-Philippe Béjadans son livre "A la recherche d'une ombre chinoise - le mouvement pour la démocratie en Chine [1919-2004], (Seuil 2004)…

Après Tiananmen, tirant les leçons du Printemps de Pékin mais aussi de l'effondrement du communisme à Moscou et en Europe, le pouvoir conclut un nouveau "contrat social" avec la classe moyenne urbaine : l'enrichissement et la fierté d'être chinois, en échange d'une paix politique et sociale. Ce Pacte informel a fonctionné pendant une douzaine d'années, mais montre aujourd'hui ses limites.

Aujourd'hui encore, alors que les dirigeants communistes ne cessent de réaffirmer que la "démocratie chinoise" ne sera pas calquée sur le modèle occidental, ils ont vu surgir en décembre dernier la "Charte08", initiée par une poignée de dissidents, et qui réclame rien de moins que l'application en Chine des valeurs universelles, la liberté d'expression et d'association, le multipartisme…

Ce 4 juin 2009 n'est finalement pas tant un jour de mémoire pour les familles des victimes qu'un jour symbolique de peur pour un régime qui n'arrive pas à se débarrasser de ce fantôme de la réforme politique, dont beaucoup de Chinois pensent qu'elle est la clé d'une modernisation réelle de leur pays.

* Sur le site du quotidien Le Monde, le 16 mai, Tiananmen : le brûlot posthume de Zhao Ziyang.

 

 

Pour prendre connaissance d’éléments économiques et financiers concernant la Chine :

 

- La Chine va moins bien qu'avant, mais mieux que les autres (Le Monde, 17 avril 2009)

 

- Le yuan, future monnaie internationale (Le Monde, 27 avril 2009)

 

- La Chine : scénario pour le futur : Intervention de Claude Martin, Ambassadeur de France, au colloque organisé par la Fondation Res Publica le 8 septembre 2008 sur le thème L'Asie vue d'Europe.

 

Cet article est le 5ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

 

Par SORIN Michel
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