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Miser sur la capacité d’innovation des agriculteurs français
C’est un remarquable article qu’a écrit Lucien Bourgeois dans La Revue politique et parlementaire parue au 1er
trimestre 2013 sous le titre global « L’agriculture française et
le syndrome allemand ». En voici un extrait, qui reprend la partie finale.
France et Allemagne : une longue histoire pas commune même avec la PAC
Essayons de mieux comprendre les ressorts de cette obsession sur les performances allemandes. Les divergences sont historiques. Plus tardivement unifiée que le Royaume-Uni et la France, l’Allemagne n’a pas pu se lancer dans la conquête coloniale. En revanche, elle s’est lancée dans une croissance industrielle très rapide. Dès les années 1870, elle avait dépassé le Royaume-Uni et était devenue la première puissance industrielle européenne. La France avait fait un tout autre choix en se lançant dans l’aventure coloniale. Elle pouvait se permettre de garder une agriculture peu performante, quitte à importer beaucoup de denrées comme les huiles, le vin, le riz de son empire colonial.
L’Allemagne était obligée d’assurer sa sécurité alimentaire en améliorant les rendements.
Cette situation a perduré jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Pendant l’entre-deux-guerres, la moyenne des rendements de blé n’était que de 15 quintaux par ha en France et, en 1939, il nous fallait importer chaque année l’équivalent de deux mois de consommation de blé. Les rendements étaient alors très inférieurs à ceux de l’Europe du Nord. Cette situation avait d’ailleurs conduit Hitler à imaginer, pendant l’Occupation, une répartition du travail très « coloniale » entre nos deux pays. La France avait beaucoup de terres agricoles peu productives. Les Allemands se spécialiseraient sur l’activité industrielle et la France pourrait assurer l’approvisionnement en produits agricoles.
Fort heureusement, ce n’est pas la voie qui a été choisie après la guerre.
La France a opté pour un développement industriel très rapide permettant une modernisation concomitante de l’agriculture. Les Français avaient souffert de la faim pendant la guerre et il fallait bien se douter que les colonies aspiraient à l’indépendance.
Les gouvernements ont pris les mesures d’accompagnement nécessaires pour favoriser le développement de la production par des investissements importants dans les exploitations agricoles.
Quand la construction du Mur de Berlin a poussé les pays d’Europe de l’Ouest à concrétiser leur volonté affichée dans le traité de Rome de mutualiser leurs politiques de sécurité alimentaire, l’agriculture française était prête et avait rattrapé une partie de son retard technique.
Dans l’Europe des six du début de la PAC, la France disposait de la moitié des terres agricoles disponibles et tous les pays y compris la France avaient un déficit important de leurs échanges extérieurs de produits alimentaires. Il convenait de développer la production le plus rapidement possible. Après de longs arbitrages politiques, le choix s’est porté sur des prix élevés des produits agricoles et la suppression des limitations de garantie par exploitations que la France avait mis en place (Quantums). Les prix allemands étaient plus élevés que les prix français. Si l’on avait voulu favoriser une spécialisation en fonction des facteurs de production disponibles, on aurait fixé un niveau commun proche des prix français.
Ce n’est pas le choix qui a été fait. Les prix communs ont été fixés à un niveau proche du prix allemand. Cela a permis à ce pays de sauver son agriculture et cela a donné une rente de situation aux producteurs de céréales français.
Cela a pénalisé les éleveurs français qui voyaient ainsi se renchérir le prix des aliments du bétail.
Cette stratégie est restée la même pendant les mouvements monétaires des années 70. Les agriculteurs français n’ont pas pu profiter des dévaluations du franc. Les agriculteurs allemands n’ont pas non plus souffert des réévaluations du mark. Les montants compensatoires monétaires institués en 1976 et maintenus pendant vingt ans ont permis de préserver les producteurs agricoles des mouvements monétaires. L’Allemagne a donc pu profiter du marché commun pour étendre ses marchés de produits industriels sans que la concurrence sur les produits agricoles ne puisse affaiblir son potentiel de production national. Les producteurs français de céréales et oléagineux ont bénéficié d’une rente de situation réinvestie dans l’élargissement de la rente par l’agrandissement des structures de production.
La réforme de la PAC de 1992 n’a pas non plus permis de réaliser une spécialisation internationale différente entre les deux pays.
On aurait pu penser qu’après la chute du Mur de Berlin tout allait changer. La réunification faisait progresser la surface agricole de l’Allemagne de 50 %. Le niveau des prix devait converger vers le niveau du marché mondial, les aides devaient avoir un effet neutre sur la production et l’agriculture devait respecter des contraintes environnementales communes.
L’absence de solidarité de la France pour assumer le coût de la réunification a favorisé les réflexes de renationalisation de la PAC. Les Allemands ont su utiliser les mécanismes de la PAC pour accompagner la modernisation des grandes fermes de la partie Est et maintenir un potentiel important dans les régions de petites exploitations comme la Bavière.
En France, on feint de croire que tout se décide à Bruxelles et que l’objectif est de conserver les retours financiers les plus importants. Les Allemands ont su trouver des marges de manoeuvre nationales. Les mesures prises méritent d’être observées de près. Retenons qu’ils ont réussi à donner les aides à tous les secteurs alors que la pratique française exclut les fruits et légumes et privilégient les exploitations de grandes cultures végétales. Ils ont su régionaliser pour tenir compte des particularismes régionaux. Ils ont su accompagner la PAC de mesures fiscales nationales qui encouragent les pratiques économes en intrants. Ils ont su utiliser la politique d’encouragement aux énergies renouvelables pour avantager les exploitations d’élevage (méthanisation). Or ce sont elles qui emploient le plus de main-d’oeuvre. Dans le même temps, la France avantage les exploitations de grandes cultures par l’éthanol et le diester.
De nombreuses études ont été faites depuis quelques années pour essayer de comprendre pourquoi les entreprises allemandes avaient pu gagner des marchés en particulier sur des articles « premier prix » dans le secteur des produits laitiers et surtout dans les viandes. L’utilisation intelligente de la politique environnementale pour la production d’énergie a permis de faire pression sur les prix au producteur. Mais il faut y ajouter des raisons moins nobles comme une utilisation systématique des possibilités d’emploi de salariés mal payés dans le cadre de la Directive Bolkestein adoptée fin 2006. Comme il n’y a pas de SMIC en Allemagne, les négociations salariales dépendent de l’organisation syndicale de chaque secteur économique. Or certains secteurs comme les abattoirs peuvent utiliser une main-d’œuvre en provenance des pays d’Europe de l’Est avec des salaires très inférieurs.
Cela donne aux entreprises concernées un avantage compétitif important dans ce domaine où les marges sont faibles.
La France agricole et l’Allemagne industrielle
Ce rappel de l’histoire montre l’intérêt des comparaisons entre les pays européens pour mieux identifier les marges de manœuvre éventuellement disponibles. Le rapport des Français avec les Allemands est toujours un peu compliqué. Il s’est encore complexifié avec la crise financière de 2008. Nous connaissons une croissance démographique beaucoup plus importante. Nous avons peu à envier sur le plan de la croissance du PIB mais nous sommes dans une position radicalement divergente sur le plan des échanges extérieurs. L’évolution des échanges agroalimentaires nous montre pourtant que nous avons une sorte de naïveté en ce domaine.
La France s’est un peu vite ralliée aux thèses libérales en estimant qu’il ne fallait plus que l’État intervienne car les marchés devaient assurer plus rapidement l’optimum. On voit clairement que cela n’a jamais été la pensée dominante en Allemagne dans le domaine agricole. Ce pays a toujours veillé jalousement au maintien de son potentiel de production agricole par des prix élevés, des aides régionalisées, l’utilisation des politiques fiscales et des incitations financières à la production d’énergie renouvelable… En pure logique libérale, ce pays aurait pu choisir de sacrifier son agriculture sur l’autel de la spécialisation internationale comme le professe l’OMC. Sa puissance industrielle lui permettait d’importer ses produits alimentaires du reste du monde à l’exemple du Royaume-Uni dont le déficit agricole dépasse 25 Mrd € en 2011, soit l’équivalent de la moitié du déficit énergétique de la France !
Au contraire, l’Allemagne a choisi de relever le défi par une politique « industrielle » de l’agriculture. Pire encore, on peut se demander si la vieille malédiction hitlérienne n’est pas en train de se réaliser avec la désindustrialisation actuelle de la France et sa spécialisation dans la fourniture au reste de l’Europe de matières premières comme les céréales et les animaux vivants.
Les autres pays transforment ces matières premières en produits à plus haute valeur ajoutée qui reviennent sur nos marchés sous forme de découpe de volaille ou de jambon de Parme.
La malédiction des matières premières
Cette tendance n’a pas encore affecté significativement les résultats du commerce extérieur.
N’est pas dû en partie au succès « involontaire » des vins et boissons ? Contre toute attente et en contradiction avec la logique mise en oeuvre dans les autres domaines, ce secteur a été le seul à augmenter sa part dans le chiffre de la Ferme France et il assure à lui seul la presque totalité de l’excédent du commerce extérieur. Avec des aides PAC nettement plus faibles, ce secteur a montré que la création de valeur ajoutée passait par la qualité en liaison avec l’origine territoriale dans le cadre d’organisations interprofessionnelles efficaces.
On comprend difficilement pourquoi cette belle réussite n’a pas été généralisée. Certes, des secteurs comme celui du sucre et ceux des produits oléagineux et des produits laitiers se sont engagés dans la valorisation industrielle. Mais cela a été peu le cas du secteur céréalier présenté comme emblématique de la puissance agricole de la France.
On peut se demander si ce n’est pas en partie le fait des hauts prix ou des aides importantes imposés par la logique allemande ? Cette situation a freiné le développement de la valeur ajoutée dans l’élevage en France.
Jusqu’à maintenant, cela a été bénéfique aux producteurs de céréales mais ils sont « par construction » de moins en moins nombreux à cause de la mécanique des aides à l’ha. Il suffit aujourd’hui de 600 heures par an pour cultiver 100 ha ! Cette moindre rentabilité de l’élevage a nécessairement des conséquences néfastes sur l’emploi mais aussi sur le territoire.
La politique des prix élevés des céréales n’a pas favorisé l’intégration entre les activités de production de céréales et celles de l’élevage. Cela a poussé à une logique « hors sol » dans les zones proches des ports.
L’insolente réussite des Pays-Bas en est en partie la preuve. Il serait intéressant de mieux comprendre comment ce pays peut dégager un excédent agricole deux fois plus important que celui de la France sans avoir la possibilité de produire ni céréales ni vins. On imagine ce que pourraient être les résultats français avec une autre logique de politique agricole.
Nous avons vu que la politique réformée en 1992 atteignait ses limites dans le contexte de crise économique que nous traversons depuis 2008. L’exemple de l’Allemagne et celui des Pays-Bas nous montre qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il y a des marges de manoeuvre importantes surtout dans un pays comme la France qui a la possibilité de fabriquer de très nombreux produits alimentaires de qualité.
La crise pourrait inciter à changer de paradigme
La crise économique met en lumière les insuffisances des coordinations entre les politiques économiques des pays de l’UE. La PAC faisait un peu exception mais nous avons vu que les risques de renationalisations sont prégnants. Il est étonnant que les propositions faites par la Commission européenne pour la période 2014-2020 ne soient guère différentes de celles qui auraient été faites avant la crise. Il y aurait intérêt à modifier les mécanismes pour favoriser davantage la valeur ajoutée et l’emploi. Mais cela devra se faire dans un contexte budgétaire moins favorable.
Ce sera difficile à cause des pesanteurs. Est-ce qu’un vieux pays jacobin comme la France osera la régionalisation des politiques agricoles pour mieux valoriser la production par les territoires ? Est-ce que, dans un pays où prédominent les logiques d’ingénieurs, on se décidera à encourager la différenciation des produits agricoles ? Se décidera t-on à penser que l’organisation économique dans les filières peut être plus profitable aux consommateurs que le passage obligé par des centrales d’achat de la grande distribution ?
Mais sera t-il possible de modifier les règles actuelles du droit de la concurrence qui semblent plus contraignantes pour les producteurs de pommes à cidre que pour Microsoft ?
Peut-on imaginer un système d’aides qui soit plus favorable à l’emploi qu’à la capitalisation et à la concentration des exploitations ? Peut-on imaginer un encouragement plus explicite pour les innovations source de valeur ajoutée ? Les expériences allemandes et hollandaises sont de nature à rassurer les politiques qui souhaiteraient disposer d’exemples concrets. Mais n’oublions pas que le phénomène le plus encourageant, outre les bons résultats actuels du commerce extérieur agroalimentaire, est l’extraordinaire dynamisme des agriculteurs français « sur le terrain ».
Dans toutes les régions, dans tous les secteurs, ils sont nombreux à tenter des expériences innovantes au niveau technique mais aussi pour le travail et (ou) la vente en commun. C’est le meilleur des atouts pour l’avenir à condition qu’on puisse accompagner le mouvement dans de bonnes conditions.
Cet article est le 390ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.
Vers la pénurie mondiale de lait, faute de producteurs
Les décisions prises par l’Union européenne visant à supprimer toutes formes de régulation des prix payés aux producteurs de lait ont des conséquences fâcheuses, comme c’était prévisible*. Il y a ceux qui arrêtent le lait et se tournent vers les céréales, qui ont le vent en poupe sur les marchés mondiaux. Et il y a ceux qui, découragés, arrêtent l’agriculture. Triste bilan d’une politique européenne, qui fut pourtant cautionnée par la France ces dernières années.
Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen, directeur du quotidien l’Humanité, ne cesse d’alerter sur les dangers de cette politique. Voir Alerte lait, dans l’édito qu’il a écrit pour le journal agricole La Terre (14 mai 2013, Wikipédia) :
J’ai, ici même, il y a quelques semaines, alerté sur la distorsion existante entre le risque de pénurie mondiale de lait et la pression à la baisse sur les prix à la production. Au terme d’une discussion entre organisations de producteurs, industriels et distributeurs, il a été accordé péniblement 2 centimes de plus par litre de lait à la production.
Renseignement pris, les producteurs de lait n’en ont toujours pas vu la couleur. Même avec cette augmentation, les prix à la production seraient encore très en deça de 300 euros la tonne. C’est le prix payé, il y a plusieurs années, alors que la spéculation fait monter les prix des produits céréaliers. On estime ainsi que les revenus issus du lait sont au mieux en stagnation depuis 2010, alors que les coûts des aliments ont augmenté de près de 40%.
Ainsi, il est clair que la dérégulation impulsée par la Commission de Bruxelles, avec la fin des prix minimum et la prévision de la suppression des quotas de production, détruit à petit feu la production laitière à base familiale. La loi du précédent gouvernement dite de « modernisation de l’économie » continue à faire sa mauvaise œuvre en permettant aux quelques groupes de la grande distribution d’imposer leurs prix. On peut même dire que ces groupes dominants se comportent comme un cartel qui impose les prix d’achat à l’industrie laitière, sous l’égide de M. Leclerc qui se vante d’aider le pouvoir d’achat des consommateurs, alors qu’il ne fait que remplir ses caisses de profits. Et que dire du chantage à la sortie de certains produits laitiers, de certaines marques des rayons de supermarché.
L’autre phénomène très inquiétant pour la production laitière comme pour l’élevage en général, est la tendance de plus en plus d’agriculteurs de retourner leurs prairies pour semer des céréales dont les cours sont très élevés depuis quelques années. Cette tendance à la « végétalisation » de nos campagnes est mortelle pour la valorisation de nos territoires en provoquant une « décapitalisation » importante des fermes. L’ensemble de ces phénomènes provoquera sans tarder des pénuries de viande et de lait, tout en favorisant de nouvelles concentrations agricoles, à rebours de la valorisation des territoires, de l’emploi et de la souveraineté alimentaire.
25 000 exploitations laitières ont été supprimées ces trois dernières années. C’est l’équivalent de dix plans sociaux de PSA. Dans l’industrie laitière, sept usines ont été fermées l’an passé, supprimant 1000 emplois. Toutes les informations montrent un certain épuisement des producteurs, découragés, non reconnus, alors qu’ils sont un maillon essentiel de l’économie nationale, produisant une matière essentielle à la vie et à la santé. Il en est de même des petites et moyennes fromageries dont une cinquantaine risque de fermer cette année, entraînant dans leur chute, la disparition de 10 000 emplois.
Il ne s’agit pas ici du grand mot de « redressement productif ». Il s’agit de maintenir une activité en faisant rémunérer correctement le travail agricole et en redistribuant la valeur issue du lait et des produits laitiers, accaparée par la grande distribution. Il y a urgence !
* Voir Lait et filières agricoles d'élevage : tous les indicateurs sont au rouge - 21 avril 2013 et Les éleveurs sont à bout (revenus trop bas), les céréaliers sont à l'aise - 23 février 2013.
Cet article est le 389ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.
La responsabilité politique est d’assurer la sécurité alimentaire
Lucien Bourgeois est un bon spécialiste des politiques
agricoles, ayant conseillé les présidents successifs de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture. Il est membre de l’Académie d’Agriculture depuis 2000. Voir (sur le site
Terrethique.org :
Un regard politique et économique sur l'actualité agricole) d’excellentes vidéos dans lesquelles il se montre très pédagogue.
La revue « POUR » du GREP publie un texte de lui, daté du 9 février, dans son numéro 217 de mars 2013 (voir GREP - "POUR": N°217) sous le titre « Prix des céréales : histoire d’une baisse annoncée ». Ils m’ont autorisé à le reproduire ici.
Il y a des modes. Actuellement, il est habituel d’entendre que les prix des céréales ne peuvent pas descendre tant sont forts les besoins de la planète pour une population qui ne cesse de croître. Mais chacun sait que les modes sont faites pour changer et mettre en valeur ceux qui aiment se montrer. Les mêmes experts qui affirment avec autorité qu’il s’agit d’une tendance incontournable expliqueront demain toutes les raisons non moins évidentes de la baisse. Personne ne peut savoir ni quand ni comment cela se produira. Mais les risques d’une baisse sont loin d’être négligeables. Comment prendre un peu de recul pour mieux anticiper des retournements éventuels ?
Le constat : une embellie plus durable que dans le passé
On avait rarement connu pareille euphorie dans le secteur des céréales. Il y avait certes eu une forte augmentation en 2008 mais il y avait eu la douche froide de 2009 aussitôt après. Plus les prix montent, plus ils risquent de baisser ensuite. Mais, cette fois-ci, la hausse est plus durable. Le prix s’est relevé depuis la mi-2010 et l’embellie dure depuis bientôt trois ans. On avait connu quelques craintes au printemps dernier car on annonçait une récolte exceptionnelle de maïs aux Etats-Unis. La récolte fut exceptionnelle mais à la baisse à cause d’une des pires sécheresses jamais connues.
De ce fait, réchauffement climatique et nourriture de la planète se conjuguent pour accréditer l’idée que la hausse va se poursuivre encore longtemps. Les intempéries ne vont pas se ralentir à l’avenir. Par ailleurs, la population mondiale augmente encore rapidement et on attend encore 2 milliards de personnes supplémentaires d’ici 2050. Il faut ajouter à cela un désir émis par la plupart de ceux dont le revenu augmente d’accéder aux standards de consommation des plus riches en particulier sur la consommation de viande. Cela multiplie d’autant les besoins en céréales. Il en faut en effet 2 Kilos pour produire un Kilo de poulet et trois pour le porc. On ajoute même qu’il en faudrait 7 pour un Kilo de boeuf en oubliant que fort heureusement il reste des bovins qui se nourrissent d’herbe et que rares sont les humains qui valorisent cette denrée fourragère !
Il n’empêche, quand on additionne les besoins pour les hommes et les animaux, la demande de céréales semble infinie. Cela alimente donc les discours sur le maintien de prix élevés des céréales dans les années à venir.
La demande non solvable existe depuis toujours
Mais est-ce là une situation nouvelle ? Malheureusement non. Cela fait des années, voire des décennies pour ne pas dire des siècles qu’une partie de l’humanité souffre de la faim sans que cela n’ait conduit cette même humanité à augmenter les prix pour encourager la production et satisfaire tous les besoins y compris ceux qui ne seraient pas solvables.
Il est vrai qu’il y a eu une époque, en particulier entre 1980 et 1992 où les Etats-Unis et l’UE ont fait assaut de subventions à l’exportation pour écouler « à tout prix » une production trop importante. Certains pays pauvres en ont profité pour couvrir des besoins peu solvables de leurs populations urbaines déshéritées au risque de ruiner leurs agriculteurs locaux. Mais ce jeu de la concurrence au moins disant a surtout profité à l’URSS qui pouvait ainsi augmenter sa production de viande à bon compte. Mais là encore, cela n’a pas conduit à un développement de la production locale. Même pendant cet épisode de la course aux subventions à l’exportation, le nombre des personnes qui souffraient de la faim n’a pas diminué. Le chiffre était d’environ 850 millions de personnes. On se rassurait en rappelant que, comme la population mondiale augmentait constamment, le maintien du même chiffre en valeur absolue de sous-alimentés correspondait en fait à une diminution en valeur relative. La bonne conscience se satisfait de peu !
Mais cette importante demande réelle était malheureusement non solvable. Elle n’a rien changé à la réalité de la politique agricole dans tous les pays. Depuis le début des années 80, l’Union Européenne couvrait les besoins de la consommation intérieure humaine et animale. C’était une belle performance pour un ensemble de pays qui avaient la même population que les Etats-Unis et trois fois moins de terres arables. Mais le diagnostic était désormais aussi clair qu’aux Etats-Unis. Il fallait s’organiser pour produire moins car à chaque fois qu’on produisait un kilo de plus, il fallait dégager des ressources budgétaires pour payer l’aide à l’exportation que cela nécessitait.
Cela n’a pas empêché les gouvernements des pays riches de lutter contre les excédents
Pendant quelques années, on a pu repousser les échéances en profitant de certaines opportunités mais en 1992, l’Union Européenne n’a pas été capable de trouver d’autre solution que de copier le système américain d’un alignement sur les prix du marché mondial, du gel des terres et des aides directes au revenu. En matière de prix, le choix est clair. Le prix des céréales doit être le plus bas possible grâce à la concurrence que vont pouvoir exercer les pays exportateurs les plus compétitifs dans le monde.
Mais cela change la logique du système car l’Europe renonce à donner l’exemple d’un marché protégé au nom de la sécurité alimentaire. Avant la Réforme de la PAC de 1992, les consommateurs européens payaient souvent leurs produits plus chers que sur le marché mondial.. En donnant des aides directes à ses producteurs pour compenser cette baisse de prix, les Etats-Unis et l’UE reconnaissent implicitement qu’ils ne sont pas compétitifs malgré leur équipement sophistiqué et qu’il est nécessaire d’aider les agriculteurs à se maintenir dans un marché dont on organise la dépression durable par exacerbation de la concurrence internationale.
Cette nouvelle politique avait un grand avantage. Elle devait permettre d’accentuer la lutte contre l’inflation grâce à des prix agricoles très bas qui permettraient de limiter les hausses des prix alimentaires et donc les salaires. Mis à part un petit épisode de hausse des cours en 1995, le résultat a été clair, les prix sont restés très bas jusqu’en 2007 et ont eu un effet dépressif sur le niveau de production d’un certain nombre de pays et en particulier des pays exportateurs qui n’avaient pas les moyens de soutenir leurs agriculteurs comme l’UE ou les USA.
Fort heureusement toutefois ce type de politique ne concerne en fait qu’une partie du Monde. La grande majorité des pays asiatiques, c’est à dire les pays les plus peuplés de la terre, ont maintenu des politiques favorables à la production et ont effectivement fortement augmenté la satisfaction des besoins intérieurs.
L’équilibre était fragile et il a suffi d’une baisse de production pour des raisons climatiques pour mettre le feu aux poudres en 2007 et 2008 et provoquer une hausse très rapide, source d’émeutes de la faim. Les explications étaient faciles. La Chine avait de grands besoins et l’Australie souffrait de la sécheresse. Mais quand on examine les chiffres, les importations chinoises de céréales n’ont pas augmenté et la production australienne est insignifiante.
La demande de céréales pour l’énergie augmente trop rapidement
En fait, on n’avait pas remarqué que les Etats-Unis avaient changé de politique agricole en 2001 après l’attaque contre les Twin Towers. Avant cet événement, les USA utilisaient 5% de leur production de maïs pour fabriquer de l’éthanol. Après cette date, on a assisté à une rapide montée en puissance. L’utilisation atteignait 20% en 2007 et a culminé à 50% l’année dernière. Cette demande supplémentaire beaucoup plus solvable que celle des populations pauvres du monde. D’autres pays, y compris la Chine, ont fabriqué de l’éthanol à partir du maïs. D’autres céréales ont été utilisées pour des usages industriels. Au total, cette demande supplémentaire pour des usages qui ne concernent pas l’alimentation humaine ou animale atteint désormais 305 millions de tonnes soit environ un kilo sur 6 de la production mondiale.
Les quatre dernières récoltes sont des records historiques : Le Monde est capable de produire
Contrairement à une autre idée reçue, la production mondiale vole de record en record. Les 4 dernières années sont les quatre meilleures récoltes de l’histoire. Les prix sont élevés à cause de la demande supplémentaire pour usages industriels. Le point positif de cette situation est le formidable encouragement donné à la production dans tous les pays du monde par les prix élevés.
Mais il y a de nombreux points négatifs. Les prix élevés ont limité la demande solvable. Lors de la crise de 2008, le nombre des personnes en sous-nutrition avait fait un bond de 150 millions. Pas fini de voir des mouvements sociaux dans les pays les plus pauvres ! Si les prix montent, cela pousse les utilisateurs à acheter des produits substituables. La situation des éleveurs devient très difficile et celle des industriels de l’agroalimentaire aussi. Il n’est pas impossible non plus que les Etats-Unis changent leur fusil d’épaule pour l’éthanol. Ils ne savent plus quoi faire de leur gaz de schiste dont le prix s’est effondré. S’ils décident de réduire l’utilisation de maïs pour l’énergie ne serait ce que d’un tiers, cela fait augmenter subitement l’offre mondiale de maïs de 50 millions de tonnes, chiffre à rapprocher des 93 millions de tonnes du marché mondial.
Du coté de l’offre, Il n’est pas impossible qu’il puisse y avoir une récolte normale, voire bonne, aux Etats-Unis. Cette année, la baisse a été de 40 millions de tonnes. Même raisonnement pour un certain nombre d’autres pays producteurs.
La situation actuelle n’est peut-être pas une tendance structurelle. Il n’y a pas de précédent historique. Les gouvernements du monde ont beaucoup de moyens pour changer la donne. Il serait vraiment étonnant qu’ils ne les utilisent pas. L’Europe a été frappée d’inertie politique au point de donner des aides directes à des producteurs de céréales qui n’en avaient pas besoin à cause des prix très élevés. Les propositions de la Commission pour une nouvelle PAC ignorent la crise économique et la crise alimentaire. Ce n’est pas une raison pour que les autres gouvernements dans le Monde restent inactifs devant ce nouveau défi sur l’alimentation de la planète.
Pas de sécurité alimentaire sans volontarisme politique
Il faut que les prix des céréales soient suffisamment élevés pour encourager la production partout dans le Monde mais il faut aussi que les prix soient acceptables par les consommateurs, y compris les éleveurs. Mais il faudrait surtout que le prix varie peu pour faciliter l’organisation collective de filières de transport, de transformation et de commercialisation les plus efficaces. Si le marché savait réaliser pareil défi de satisfaire les producteurs et les consommateurs, cela se saurait ! Il n’y aura jamais de tendances inéluctables. L’alimentation de la planète nécessite une stratégie et il faut qu’elle soit la plus collective possible. N’est-ce pas en fait une définition intéressante et noble de l’action politique ?
Cet article est le 388ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.
Le ministre veut une agriculture compétitive et écologique
Le 15 avril 2013, le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Stéphane Le Foll, a lancé la concertation sur le volet agricole du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, qui sera organisé autour de six thèmes : l’alimentation, la performance économique et environnementale des filières agricoles et agroalimentaires, la protection des terres agricoles et l’installation des jeunes agriculteurs, l’enseignement agricole et la recherche, la forêt, et les agricultures ultramarines. Le projet de loi sera présenté en septembre au Conseil des ministres et examiné en novembre par le Parlement. Sa mise en œuvre coïncidera avec la réforme de la Politique Agricole commune (PAC).
Voir Stéphane LE FOLL lance la concertation sur le volet agricole de la loi d'avenir (site du ministère, 19 avril 2013).
Le ministre semble bien décidé à mettre en œuvre la transition écologique pour l’agriculture. Voir Le Foll : le projet
agro-écologique du ministre de l'agriculture est lancé - 28 décembre 2012.
Voir aussi cet article du quotidien Le Monde (Angela Bovis, 24 avril 2013) :
Cultures associées, emploi des micro-organismes... L'agroécologie a été érigée en priorité du ministère de l'agriculture et de l'INRA. Reportage dans la ferme d'un agriculteur expérimentateur, en Vendée (Jacques Morineau, agriculteur en Vendée, fait déjà de l'agro-écologie - 7 janvier 2013).
Lettre ouverte à Stéphane Le Foll : La France, modèle mondial de l’agroécologie ? Par (18 décembre 2012)
L’agriculture française a perdu 160 000 paysans entre 2000 et 2010, soit 21 % de sa population active. Une véritable « hémorragie sociale » qui ne doit pas être ignorée lors de la conférence nationale « Produisons autrement » le 18 décembre. Dans une lettre ouverte au Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, la fédération internationale de l’agriculture biologique Nature & Progrès appelle à une réforme agraire. L’enjeu, devenir le « modèle mondial de l’agroécologie » (...)
Nous nous félicitons, monsieur le Ministre, de vos récentes déclarations : « La France doit être le modèle mondial de l’agroécologie. Il faut réconcilier écologie et agriculture ». Nous apprécions la prise en compte de pratiques agricoles écologiques comme l’agroforesterie lors de la conférence nationale « Produisons autrement » organisée par le Ministère le 18 décembre 2012. Cependant, il nous semble regrettable que le volet social ne soit pas du tout abordé dans le cadre de cette Conférence nationale, accueillie pourtant au sein du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE). Pour la pratiquer et la promouvoir depuis plusieurs décennies, nos membres en témoignent haut et fort : « L’agroécologie ne se résume pas à une technique agronomique ! »
Une agriculture plus écologique nécessite plus de main d’œuvre et plus de paysans, de nombreuses études concernant l’agriculture biologique le démontrent. Or en France, c’est l’inverse qui se produit. La réduction et le vieillissement de la population agricole est inquiétante : l’agriculture française a perdu 160 000 paysans entre 2000 et 2010, soit 21 % de sa population active [1]. C’est la plus forte hémorragie sociale toutes professions confondues ! Oserez-vous affirmer que le nombre de paysans doit continuer à diminuer ou au contraire déclarer avec nous que c’est en stimulant les installations et les systèmes autonomes paysans que nous pouvons inverser la tendance pour devenir le « modèle mondial de l’agroécologie » et « produire autrement » ?
Nous soutenons la position de Via Campesina dans la déclaration de Surin datée du 11 novembre 2012 [2], qui défend une vision globale de l’agroécologie et des semences paysannes comme moyen d’atteindre et conserver notre souveraineté alimentaire. Via Campesina se positionne pour une autonomie paysanne indépendante des firmes d’intrants agro-industriels, qui ne relègue pas une poignée d’agriculteurs survivants au statut de sous-traitants de l’industrie agroalimentaire. Une approche écologique de l’agriculture implique un positionnement fort pour la production et la consommation locales par des paysans nombreux, ceci afin de reconquérir la souveraineté alimentaire de la France perdue dans les années 80.
Nous appelons à une réforme agraire, dans le cadre de l’agroécologie, qui prenne en compte les problématiques majeures telles que : l’accès au foncier, l’accès aux semences paysannes, l’adaptation des normes industrielles et des dispositifs administratifs aux agricultures diversifiées à taille humaine, la promotion des circuits courts et des marchés locaux, le changement du système de subvention à l’hectare vers une aide proportionnelle au nombre d’actifs sur les fermes, la suppression des subventions à l’exportation et la révision du système fiscal pour plus d’équité. Une telle approche permettra de tendre vers un équilibre écologique, social et économique pour les filières agricoles et agro-alimentaires, et servira de base nourricière pour la société dans son ensemble (…).
Cet article est le 387ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.
Le système maïs-soja en crise,
vive l’herbe pour les vaches !
Un « Point de vue » dans Ouest-France, le 22 avril 2013, quand il est signé André Pochon*, ne peut passer inaperçu.
J’avais rencontré André Pochon lors d’une réunion à Laval le 23 juin 2005. Il m’avait dédicacé son livre « Les champs du possible. Pour une agriculture durable », Editions Syros La Découverte, collection Alternatives économiques (voir Pour une agriculture durable).
Voir Elevage bovin : les systèmes herbagers (André Pochon) sont rentables - 20 avril 2012.
Crise laitière : crise d'un modèle
Dans les années 1950-1960, la révolution fourragère avait incité les éleveurs à nourrir leurs vaches au pré : l'herbe, fourrage équilibré, permettait de produire beaucoup de lait à l'hectare sans complément alimentaire. Période faste où les campagnes sont sorties de la pauvreté, l'exploitation rationnelle des herbages en étant le fer de lance.
Hélas, à la fin des années 1960, sous l'impulsion de la Politique agricole commune (Pac), le maïs fourrage et le soja, tous deux importés des USA, supplantent l'herbe pour l'alimentation des ruminants ; le nouveau système fourrager va s'implanter partout : désormais, point de lait sans maïs !
Cette nouvelle révolution fourragère est favorisée par la Pac signée par les six membres de la Communauté européenne en 1962. En effet, la Pac garantit le prix de la viande et du lait aux éleveurs européens, cependant que le soja, indispensable pour équilibrer le maïs en protéines, est importé sans taxes. L'éleveur se trouve dans cette situation extraordinaire de nourrir ses animaux avec de l'aliment au prix mondial alors que la viande et le lait sont payés au prix garanti européen, soit le double !
Aujourd'hui, cette situation est derrière nous ; sous la pression de la demande des pays émergents comme la Chine et l'Inde, les prix mondiaux des céréales et particulièrement du soja explosent : le soja est passé de 250 à 500 euros la tonne ! Du coup, produire du lait avec du maïs fourrage et du soja devient extrêmement coûteux : il faut deux tonnes de soja pour équilibrer un hectare de maïs, soit désormais 1 000 euros !
Le prix du lait n'augmente pas suffisamment pour combler cette augmentation considérable du prix du soja. D'où la crise actuelle. C'est la fin du système fourrager maïs soja initié par la Pac de 1962 et conforté en 1992 par une prime au maïs fourrage de 400 euros l'hectare, qui n'existe plus.
L'herbe, elle, n'a jamais eu de prime. La solution de la crise laitière est dans le retour à la prairie. Les éleveurs qui nourrissent leurs vaches à l'herbe, fourrage riche en protéines, n'ont que faire du prix du soja et ne sont pas en crise.
La réalité économique est incontournable : les vaches à 10 000 litres, bourrées de maïs, soja et concentrés, ne sont plus rentables ; pour gagner sa vie en produisant du lait, c'est désormais avec des vaches à 6 000 litres pâturant des herbages bien gérés.
Allons-nous pleurer sur la disparition du maïs ? Non, avec la prairie c'est notre autonomie en protéines, l'arrêt des pesticides et des engrais azotés, la fin des algues vertes et le retour à de la viande et du lait riches en oméga 3, au contraire de ceux produits avec des vaches alimentées au maïs-soja qui ont contribué, depuis quarante ans, à l'appauvrissement des sols et au développement des cancers, de l'obésité, du diabète !
Le projet de réforme 2013 de la Pac**, qui maintient le versement de la prime aux céréaliers, va « booster » l'abandon de l'élevage au profit des céréales. Un vrai scandale !
* André Pochon, éleveur en retraite, promoteur de l'agriculture durable, a écrit Le Scandale de l'agriculture folle, Éditions du Rocher, 2009. Voir aussi POCHON André, Les champs du possible (Mediapart) et LES PUBLICATIONS DU CEDAPA. On le retrouve tel qu’il est sur le site de La Croix. Voir André Pochon, un agriculteur en herbe.
** Voir Le Parlement européen adopte un projet de pseudo réforme de la PAC - 19 mars 2013
Lait et filières agricoles d'élevage : tous les indicateurs sont au rouge - 21 avril 2013
L'élevage français inquiète, les éleveurs écrivent au ministre Le Foll - 13 mars 2013
Cet article est le 386ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.
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