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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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Laïcité et communautarismes

Lundi 17 juillet 2006

 

La laïcité, condition du VIVRE ENSEMBLE

Nous avons célébré, le 9 décembre 2005, le centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, symbole de l’ancrage de la République au principe fondamental de la laïcité. Inscrite aujourd’hui à l’article 1 de la Constitution, la laïcité continue pourtant d’être la cible de nombreuses attaques.  

En effet, si la menace que faisait peser sur les principes laïcs le projet de traité constitutionnel européen a été écartée par le vote du 29 mai, d’autres signes appellent à la vigilance.

Ainsi l’actuel ministre de l’Intérieur a-t-il dit et écrit qu’on pouvait « faire évoluer » le texte de la loi de 1905. En réalité, on perçoit bien ses arrière-pensées : flatter le communautarisme ethnique qui fait la paire avec l’ultralibéralisme économique dans la définition du modèle de société anglo-saxon, si cher au président de l’UMP.

Mais d’autres menaces viennent de certains qui, au nom du progressisme, préfèrent prôner le droit à la différence plutôt que la laïcité.

 Loin d’être un combat d’arrière garde, la laïcité est un mode de vivre ensemble qui laisse les options spirituelles et les identités particulières dans la sphère privée en créant un espace public universel où n'existent que des citoyens libérés.

 Ainsi, garantie d’égalité, elle  assure la paix sociale et l’émancipation des citoyens.

 C’est en quoi elle est une valeur éminemment progressiste.

Progressiste, la laïcité le fut dès l’origine comme arme de lutte contre les discriminations. Héritière des Lumières, elle fut la première protection des religions minoritaires : en cantonnant le fait religieux dans la sphère privée, on garantissait l’égalité des droits.

Progressiste, la laïcité l’est aussi lorsqu’elle accompagne les luttes des femmes pour  leur émancipation : refus du voile religieux lorsqu’il est ressenti comme une oppression, défense de l’IVG comme une liberté pour la femme de disposer de son corps.

Progressiste encore, la laïcité doit parfois aider les avancées de la science : ainsi faut-il rappeler que la Procréation Médicalement Assistée, fort heureusement largement répandue en France, est toujours refusée par l’Eglise catholique. Les questions de bioéthique pourront aussi trouver certaines réponses dans les principes laïcs.

Ces principes doivent continuer de nous éclairer. En permettant aux citoyens de mettre en avant ce qu’ils ont en commun plutôt que ce qui les distingue, en favorisant l’égalité des droits plutôt que le droit à la différence, en promouvant le lien social plutôt que le repli communautaire, la laïcité est plus pertinente que jamais pour appréhender les problèmes de notre société et réunir les citoyens qui croient en leur destin commun.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par SORIN Michel
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Lundi 17 juillet 2006

 

Précisions de Bernard Teper à propos de la laïcité (en clôture des débats, lors de la rencontre CIVIQ le 20 avril 2006 à Laval) :

 Le communautarisme, c’est donner des droits spécifiques à un segment du peuple. Exemple : la mairie de Lille (Martine Aubry) qui réserve des heures d’ouverture spécifiques aux femmes.

 La laïcité, c’est augmenter les libertés alors que le communautarisme les diminue, car il enferme dans des morales contraignantes.

 La laïcité est anti-cléricale mais n’est pas anti-religieuse. Exemple : elle combat le dogme qui veut imposer à une partie de la population le refus de l’IVG et de la contraception.

 

 

 

La laïcité, c’est la séparation de la sphère publique et de la sphère privée, dans la tradition de la Révolution et de la Commune de Paris.

 C’est différent de la tolérance. Exemple : être laïque, c’est être contre les signes religieux à l’école, mais aussi contre les lits privés à l’hôpital.

 La laïcité n’a rien à voir avec la croyance religieuse, mais seulement avec la prétention de la religion d’imposer ses vues.

 En URSS, la laïcité n’était pas respectée (pas de liberté de culte). La laïcité est protectrice des libertés dans la sphère privée. Contre-exemple : en Pologne, actuellement, l’Eglise fait pression pour supprimer le droit à l’avortement.

 La laïcité est la pierre angulaire du service public, alors que le partenariat public-privé a une logique contraire. Il y a un combat laïque à mener dans le domaine économique (exemple : pour la fin des lits et des consultation privés dans les hôpitaux publics).

 La laïcité contient les prémisses d’un modèle politique alternatif au libéralisme.

  

Par SORIN Michel
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Lundi 31 juillet 2006

 

Réunion publique du CLUB LAICITE

« Choc des civilisations ou dérivatifs de choc ? »

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Depuis une dizaine d’années, depuis que l’universitaire américain Samuel Huntington a publié son livre au titre en français sans équivoque, « Le choc des civilisations », ce thème est peu à peu devenu trop souvent une grille de lecture et d’interprétation des évènements du monde. Les attentats du 11 septembre 2001 ont semblé donner du crédit à cette thèse. Et, incontestablement, la guerre menée en Irak depuis trois ans l’a confortée. Mais, au-delà des apparences et des évidences trop faciles, qu’en est-il réellement ? Existe-t-il une confrontation entre d’une part une civilisation, qui serait occidentale, et d’autre part une religion qui serait par nature plus islamiste qu’islamique ? Des deux côtés, certains voudraient nous le faire croire. Les fondamentalistes chrétiens et les intégristes musulmans, sans compter quelques littéralistes juifs, se nourrissent respectivement de cette vision de l’histoire et s’alimentent mutuellement de leur opposition qui, bien qu’irréductible dans la vie quotidienne, se ressemble tellement dans le ciel des idées.

 

Certes, il est vrai que, depuis bientôt quatorze siècles, depuis l’Hégire en 622, l’Occident et l’Islam, l’Islam et l’Occident se sont souvent affrontés. Mais, il est tout aussi vrai que durant ces mêmes quatorze siècles, il y eut encore plus de conflits tant au sein de l’Occident qu’au sein de l’Islam. Ces conflits pouvaient avoir des causes religieuses. Orthodoxes et catholiques s’opposèrent avec violence, et le pillage de Constantinople par la quatrième croisade en 1204 a encore été évoqué récemment dans les Balkans. Catholiques et protestants se combattirent longtemps au sein de l’Occident, et leur hostilité n’est pas toujours achevée, comme nous le montre encore l’Irlande du Nord. Sunnites et chiites n’ont pas fini la guerre qu’ils se mènent au sein de l’Islam depuis la bataille de Karbala en 680, comme le montrent chaque jour les attentats d’Irak ou du Pakistan. Et puis, tous ces conflits pouvaient avoir des prétextes religieux, mais surtout des causes purement politiques ou des visées économiques.

 

Au cours du quasi millénaire et demi écoulé depuis l’Hégire, il n’y eut pas que des oppositions sanglantes. Il exista aussi des moments de coopération intense. C’est par l’Espagne musulmane, et Andalouse, que parvinrent à Paris la science et la philosophie grecques, qui avaient été oubliées depuis longtemps en Occident. Cet apport fut décisif pour son réveil intellectuel. Plus tard, François Ier sut trouver l’alliance de Soliman le Magnifique pour ouvrir un front de revers contre Charles Quint, dont les possessions encerclaient alors la France. Le succès de cette manœuvre diplomatique fut limité. Les Turcs devaient simultanément combattre à l’est contre la Perse, dominée depuis peu par les Séfévides musulmans chiites.

 

J’arrête ici les évocations historiques. Mais, n’oublions pas que l’histoire appartient à l’espace public, parce qu’elle se fonde sur les faits remis dans le contexte de leur époque et de leur espace, en s’efforçant de tendre vers l’impossible objectivité. Bannissons hors du débat public la mémoire, qui enferme le passé dans la subjectivité de chacun, que chacun soit un groupe ou un individu. Laissons la mémoire dans le particulier de chaque conscience, dans la sphère privée de chaque être humain. Les mémoires poursuivent à travers le temps les haines, dont les causes ont disparu, dont les motifs sont oubliés, dont les responsables sont morts. Les mémoires crient vengeance jusqu’à l’épuisement des protagonistes. Au contraire, l’histoire demande de comprendre pour ne plus recommencer les mêmes erreurs, les mêmes crimes. On peut toujours vouloir agiter la croisade contre le djihad, ou l’inverse. On peut toujours vouloir brandir les martyrs d’ici contre les victimes de là-bas. On peut toujours vouloir dresser la liste infinie des accusations mutuelles à partir d’un passé plus ou moins reconstitué, mythifié, imaginé. On ne construit pas l’avenir à coup de repentances et de contritions. On ne construit pas l’avenir avec des éternels coupables et des innocents par nature. L’avenir en commun suppose la vérité dans toute sa complexité, sans facile manichéisme.

 

La réalité aujourd’hui est moins le choc des civilisations que la mondialisation libérale, que la mise en concurrence des civilisations pour le plus grand profit du marché. Les termes de cette concurrence ne se trouvent ni dans la Torah, ni dans l’Evangile, ni dans le Coran. Les termes de cette concurrence se trouvent dans les codes du Travail et surtout dans l’absence de code du Travail. La compétition n’est pas entre Bouddha, Confucius, Jésus et Mahomet. La confrontation est entre les législations sociales ou même l’absence de législation sociale. De cette mêlée ouverte, le pays qui semblera sortir victorieux sera le moins-disant social et le moins-disant environnemental. Le choc des civilisations est un dérivatif, qui permet de dissimuler la course aux dividendes, l’enrichissement des plus riches, l’exploitation des plus pauvres, à l’échelle planétaire.

 

Bien sûr, il existe des extrémistes. Bien sûr, il existe des terroristes. Bien sûr, il existe des fanatiques. Les responsables des attentats aveugles doivent être condamnés sans faiblesse et sans hésitation. Mais tous ces comportements répréhensibles, tous ces actes odieux, servent aussi d’alibis à d’autres, sont aussi utilisés à cacher les véritables enjeux, permettent de parler d’autres sujets que de la domination sans borne du capital, détournent l’attention des problèmes graves que connait l’humanité tout entière. Mais, n’est-il pas préférable pour les couches sociales dominantes et dirigeantes au niveau mondial de favoriser les antagonismes entre les hommes à partir de leur religion, de leurs origines ethniques ou de la couleur de leur peau, plutôt qu’en fonction de leur place dans le circuit économique ?

 

Qui en France prône la discrimination positive, sinon Nicolas Sarkozy et les patrons de l’Institut Montaigne, dirigé par Claude Bébéar, le président du conseil se surveillance d’AXA ? Benoîtement, ils la présentent comme une idée généreuse destinée à combattre et à compenser les discriminations négatives réelles, dont sont victimes nos concitoyens issus de l’immigration ou de l’Outre-Mer. En réalité, elle enfermerait tous les Français dans des catégories sur le critère de leur naissance, les opposant définitivement les uns aux autres sur des bases communautaires. Elle mettrait fin à l’égalité entre les citoyens, conquête essentielle de la Révolution. Elle aggraverait la déconstruction de la République. Elle participerait au démantèlement de la France. Et, loin de mettre fin aux discriminations, elle n’en ajouterait qu’une de plus, car même positive une discrimination reste une discrimination.

 

A juste titre, certains disent qu’il faut bien contrer la montée actuelle du racisme, de l’antisémitisme et du communautarisme en France, mais aussi dans d’autres pays, notamment européens. Ils ont raison. Mais cette montée inquiétante est pour une bonne part la conséquence de la crise économique et du chômage de masse persistant, notamment chez les jeunes. Les idéologies d’exclusion, les discours de haine et les démagogues racistes sont à l’œuvre depuis toujours. Mais ils ne rencontrent une réelle audience que dans des situations économiques dégradées. Regardons la situation actuelle de notre pays et nous n’avons, malheureusement, aucune peine à comprendre leur succès.

 

Les tensions raciales, ethniques ou religieuses détournent l’attention des problèmes économiques. Le social se réduit alors aux relations inter communautaires. La responsabilité des difficultés est attribuée à l’« Autre ». C’est le discours nauséabond sur l’étranger qui vient manger le pain du travailleur français, en lui volant son emploi. En même temps, le discours moralisateur inverse sur le thème, « Tous responsables, tous coupables », permet de donner mauvaise conscience au plus grand nombre pour les paralyser ou pour les contraindre à se « racheter ». La solution, qui consisterait à donner à certains des bon points en fonction de leurs origines et, donc, à d’autres des mauvais points, ne ferait qu’aggraver les divisions au sein de la société. Mais ces divisions protègent le système en place, les situations acquises et les dividendes confortables.

 

Les idéologues libéraux de la discrimination positive confondent l’espace du débat public avec un marché, où les citoyens seraient assimilés à de simples consommateurs. Leur logique conduirait à terme à instituer une représentation populaire à partir de quotas. Alors, l’Assemblée Nationale ne serait plus que l’un de ces « panels », que les publicitaires consultent pour tester les réactions du public. Ainsi, ils savent comment emballer une lessive ou des couches-culottes afin de mieux les vendre. L’élaboration de la loi serait à l’encan. Elle ne résulterait plus de la recherche de l’intérêt général, mais de compromis durement négociés, pour ne pas dire marchander, entre les communautés.

 

La discrimination positive contredit le principe de laïcité. Celui-ci institue la séparation entre l’espace public et la sphère privée. La religion, l’origine ethnique ou encore les préférences sexuelles relèvent désormais de la sphère privée. En les réintroduisant dans l’espace public, non seulement on transgresserait le principe de laïcité, mais on accepterait un retour en arrière. Chacun devrait déclarer publiquement des caractéristiques qui lui appartiennent en propre et qui ne regardent que lui, et encore s’il s’y intéresse. Par exemple, nul aujourd’hui n’est obligé de s’intéresser à son arbre généalogique. Dans la société de messieurs Sarkozy et Bébéar, chacun devrait prendre au moins partiellement en compte ses ancêtres.

 

Avec la loi interdisant le port de signes religieux ostensibles à l’Ecole de la République, nous avons certes remporté une victoire. Mais nous savons qu’elle reste fragile. Au nom de la tolérance, tous les communautaristes espèrent toujours arriver à la faire abroger. Nous savons aussi que d’autres offensives se préparent sur les programmes scolaires ou les menus des cantines. Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle de 2007, nous devrons être vigilants, pour que ne soient pas imposées aux Français des mesures qui iraient contre l’esprit de laïcité. Surtout, nous devons rester méfiants vis-à-vis de l’Union européenne. Nous n’oublions pas que le projet de constitution européenne, que le peuple français a largement rejeté le 29 mai 2005, contenait des dispositions en contradiction manifeste avec notre conception de la République et donc d’une société laïque. Or, nous voyons bien que les européistes cherchent à quand même revenir sur l’expression du suffrage universel, soit en préparant des modifications marginales au projet initial, soit en l’introduisant en pièces détachées dans notre législation nationale.

 

Sur le plan international, la guerre d’Irak illustre cette utilisation d’un choc des civilisations, dont le communautarisme est le prolongement interne. Le prétexte en fut la lutte contre le terrorisme et les armes de destruction massive. Le territoire irakien est devenu pour partie un sanctuaire du terrorisme. Elle a donné aux terroristes des arguments pour recruter. En Mésopotamie, aucune arme de destruction massive n’a été trouvée. En revanche, l’antique Perse voisine a compris la leçon et cherche à se doter de l’arme nucléaire, au risque d’un nouveau conflit aux conséquences incalculables. Mais le véritable but de la guerre d’Irak était ailleurs. Il était le contrôle des ressources pétrolières de ce pays par les compagnies américaines.

 

Cette guerre et le comportement de la soldatesque américaine humilient profondément le monde musulman. Le sort réservé aux prisonniers irakiens par leurs geôliers américains a même porté cette humiliation à un paroxysme. L’Europe, dont tant de pays se comportent en supplétifs des Etats-Unis, est confondue avec ces derniers dans la même réprobation. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner de l’ampleur prise par l’affaire des caricatures de Mahomet. Car, qui au Caire, à Karachi ou à Casablanca, pour ne pas parler de Damas ou de Téhéran, lit la presse danoise ? Au-delà de toute manipulation, et il y eut des manipulations, les manifestations de rue montrent la forte animosité des populations musulmanes contre les pays du Nord. En même temps, les images de cette animosité permettent aux élites dirigeantes du Nord de laisser se développer chez elles un sentiment diffus de crainte. Et, cette peur contribue, sinon à faire oublier, du moins à atténuer la perception de la situation économique réelle et du vertigineux accroissement des inégalités.

 

Face à cette situation, il convient d’abord d’isoler et de réduire les extrémistes de tous bords par les moyens appropriés, en les isolant politiquement et, s’ils transgressent la loi, en les faisant condamner par la justice. Si la répression est nécessaire, ne sombrons pas dans un angélisme naïf, nous savons qu’elle reste insuffisante. De plus, employée sans discernement, elle devient contre productive. Mais, surtout, il convient de ne pas se laisser piéger par la lutte indispensable contre le terrorisme. Je crains moins les mesures que certains qualifient trop facilement de liberticides, que l’information spectacle, que l’information catastrophe, qui pour essayer de gagner une part d’audience donne une vision déformée de la réalité, et qui apporte de l’eau au moulin des démagogues.

 

Ensuite, nous devons militer pour une société internationale plus juste et plus équilibrée, où l’indépendance et la souveraineté de chaque peuple, de chaque nation, seront effectivement respectées, où les échanges commerciaux ne reposeront plus sur la concurrence sauvage, mais sur la coopération et les complémentarités. La France doit utiliser librement sa diplomatie et ne plus chercher à la fondre dans une politique étrangère commune, qui est le triomphe de la paralysie, sauf alignement sur les Etats-Unis.

 

Enfin, il faut revenir aux principes fondamentaux de la République, notamment de la République sociale. Le chômage nourrit le racisme et la xénophobie. Mais, en retour, le racisme et la xénophobie servent à masquer le chômage. Le retour à l’emploi dans notre pays est la première urgence. La transmission des savoirs doit redevenir le centre de l’Ecole. La République n’est pas une idée spontanée. Elle est le fruit d’un apprentissage pour que chacun écoute l’autre dans l’espace public et essaye de le comprendre, et pour que chacun respecte la sphère privée de son voisin sans essayer de l’empiéter. La société humaine ne se réduit pas à un marché, où tout se vend, où tout s’achète, où tout doit se transformer en profit immédiat et individuel. La société humaine est diverse. L’intelligence politique est de savoir s’adapter à cette diversité. Ainsi, sachons redonner une vigueur renouvelée à la notion de service public.

 

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

 

Le monde dans lequel nous vivons est certes dangereux. Mais cette dangerosité est moins due aux inévitables extrémistes qu’à l’instrumentation de ces extrémistes par ceux qui veulent que notre attention soit distraite de leurs profits, voire de leurs méfaits. Ils ont besoin de ces dérivatifs que leur donne l’actualité et qu’ils savent exploiter au mieux. A nous de ne pas être dupes, à ne pas nous laisser abuser. A nous de savoir les contrer et de montrer à nos compatriotes comment sont utilisés, amplifiés et déformés des faits réels à des fins de pure propagande. A nous enfin de nous donner les moyens de supprimer les sources qui alimentent les extrémismes.

 

Heureusement, l’humanité est diverse. Heureusement, il existe sur cette planète diverses civilisations. Heureusement, au cours de l’histoire, ces civilisations ne se sont pas seulement heurtées, elles se sont aussi mutuellement fécondées. Aujourd’hui, avec les facilités de transport des êtres humains et de transmission des informations, toutes les civilisations se trouvent simultanément cohabiter, et les zones de contact entre des individus appartenant à des civilisations différentes vont finir par s’étendre à la planète entière. Nous devons savoir gérer cette situation. Nous, républicains, nous avons un idéal à proposer au monde dans sa diversité. La République, avec son principe de laïcité et sa dimension sociale, tend vers l’Universel. Au choc des civilisations, répondons par un républicanisme de choc.

Par SORIN Michel
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Dimanche 1 octobre 2006

 

La liberté d’expression est-elle menacée ?

 

Comme le signale le journal Libération, le 30 septembre, on constate des « tensions sur la liberté d’expression : opéra autocensuré (à Berlin), enseignant menacé par ses écrits (dans Le Figaro), discours du pape (à Ratisbonne) critiqué… Les manifestations d’intolérance se multiplient... On sent monter une tension de plus en plus vive, en Europe, autour de la question de l’Islam et de ses valeurs. Montée de l’islamisme radical, mais aussi augmentation des attaques polémiques contre l’islam, utilisation de nouveaux moyens de communication qui relient les minorités extrémistes dans le monde, tout cela forme un cocktail explosif … ».

 

 

  Dans le même journal, le même jour, la parole est donnée à trois personnalités sur le thème « Pourquoi est-ce difficile de critiquer l’islam ? ». Les réponses divergent.

Olivier Roy minimise les faits d’intolérance et critique les victimes qui vont trop loin, selon lui, dans la provocation.

Tariq Ramadan met en avant les provocations et regrette qu’elles empêchent un débat raisonnable sur l’islam. Le monde musulman réagit d’une manière ultrasensible sur le registre de l’émotion et de la passion, allant jusqu’à la perte de contrôle du discours.

Caroline Fourest, à l’opposé, constate qu’il est de plus en plus difficile de rester un esprit libre, tant la paranoïa autour de l’islam s’étend, ainsi que les risques de prendre des coups de tous les côtés. La gauche, elle-même, se divise de peur d’apparaître islamophobe ou raciste.

 

 Ce thème est traité dans l’éditorial du journal en ligne ReSPUBLICA, n° 474, sous la signature collective (Evariste) de la rédaction. Cette petite équipe, indépendante (et même, un peu rugueuse), motivée par la mise en œuvre des valeurs de la République, laïque et sociale, défend avec force la liberté d’expression.

A la demande de Bernard Teper, président de l’Union des Familles Laïques (UFAL, voir lien) et membre actif des Amis de ReSPUBLICA (il est intervenu à Laval le 20 avril dernier, lors de la rencontre CIVIQ, ainsi qu’à Nantes lors des assises régionales de la gauche le 16 décembre 2005, voir le compte rendu de ces réunions sur ce blog), j’ai accepté d’être, au moins temporairement, le correspondant de ReSPUBLICA en Mayenne.

Je vous invite à consulter le site de cette association et, si cela vous intéresse, vous abonner au journal en ligne qui paraît deux fois par semaine. N’hésitez pas à me faire part de votre souhait de rejoindre Les Amis de ReSPUBLICA, si vous en avez envie.

 

 Cliquez sur www.gaucherepublicaine.org

 Pour info, afin de mieux connaître l’histoire de cette équipe rédactionnelle composée de bénévoles, je vous propose de lire, ci-après, le début de l’édito du n° 400.

 

 

ReSPUBLICA n° 400 - 25 novembre 2005  

CHRONIQUE D’EVARISTE

Que de chemin parcouru quand, le 14 octobre 1999, un petit noyau de militants lança l'idée d'un journal en ligne qui, se refusant à épouser le " politiquement correct ", s'ancrerait clairement à gauche, sur un axe laïque et républicain.
Six ans et 400 numéros plus tard, certains ne sont plus là, d'autres maintiennent la continuité, et des nouveaux ont assuré la relève.
Qui sommes-nous, aujourd'hui ? Une quinzaine de rédacteurs, qui tous exercent un emploi, à l'exception de deux retraités. Hommes et femmes issus de milieux politiques fort différents, de la LCR au Ceres en passant par le PCF, les Verts ou le PS, syndicalistes, militants associatifs, nous pensons, par nos diversités professionnelles et notre parcours, incarner le cœur de la gauche.
Nous avons aujourd'hui un réseau, dans toute la France, et dans de nombreux pays du monde, qui nous fait parvenir des informations, des articles, des commentaires, et nous les en remercions, même si l'accroissement de ce réseau oblige à un travail énorme de lecture et de classification.
Respublica, qui vient, grâce à nos deux spécialistes en informatique, de changer de présentation, pour votre plus grand plaisir, approche des 20.000 abonnés, ce que les initiateurs de ce journal n'auraient jamais cru possible. Il est lu par bien plus de 20.000 abonnés car il circule beaucoup, et laisse rarement indifférent.
C'est bien l'objectif recherché. Nous n'avons pas de compromis à faire avec qui que ce soit. Aucun d'entre nous ne postule à un poste de député, de maire, ou de ministre pour 2007-2008. Nous avons donc une liberté de ton totale, et entendons bien en profiter amplement.
Certains de nos amis nous disent, avec affection, que parfois nous y allons un peu fort ! Mais il faut en finir avec ces débats aseptisés, ces discussions de salon de thé ! Nous n'insultons jamais nos adversaires de gauche, nous nous contentons de les brocarder (…).

Pour toute réaction, pour tous ceux qui veulent participer au rassemblement des laïques et des républicains de gauche,
contacter:
evariste@gaucherepublicaine.org  

Par SORIN Michel
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Samedi 4 novembre 2006

 

Un siècle après les lois de 1905

Les relations des cultes avec les pouvoirs publics

au cœur des débats sur la laïcité

  

 

Avec son livre sur La République et les religions, Nicolas Sarkozy a cherché à remettre en question la laïcité à la française, considérant que les lois laïques de 1905 ont besoin d’une actualisation dans un sens communautariste.

En plaçant sur orbite « la Commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics » présidée par le professeur Jean-Pierre Machelon, il veut aboutir à faire évoluer les textes, mais aussi les pratiques de financement des religions, considérant celles-ci comme des auxiliaires des services publics. Cette volonté n’a pas manqué de susciter des réactions, notamment depuis la publication le 20 septembre dernier du rapport de la Commission Machelon.

 Le débat doit avoir lieu et s’inscrire dans la perspective de l’élection présidentielle, très proche maintenant.

 Je renvoie au journal en ligne ReSPUBLICA (voir le lien Internet sur ce blog) qui publie dans ses numéros 482 et 483 des échos des débats laïques, notamment la réflexion de Bernard Teper (l’un des deux conférenciers de la rencontre CIVIQ du 20 avril 2006 à Laval) et les cinq questions à Nicolas Sarkozy, liée à l’interrogation « La religion, service public ? », par le professeur Henri Pena Ruiz (qui était aussi venu à Laval le 27 janvier 2005, invité par le collectif laïque mayennais, créé dans le cadre du centenaire de la loi de 1905).

 Commençons par les questions pertinentes du professeur Pena Ruiz, auteur du livre « Qu’est-ce que la laïcité ? » aux éditions Gallimard.

 La religion, service public ? Cinq questions à Nicolas Sarkozy

 Monsieur le Ministre, vous avez repris à votre compte une formule forte. "Pas de tabou". Très bien. Alors posons cinq questions devenues cruciales après la publication du rapport Machelon. La laïcité, aujourd'hui menacée de toutes parts, mérite bien que toute la lumière soit faite sur des révisions annoncées. Le débat public pourra ainsi être pleinement éclairé.

 Première question. Les humanistes athées doivent-ils jouir des mêmes droits que les croyants ?

 Deuxième question. Quelle égalité s'agit-il de promouvoir ?

 Troisième question. Quelle priorité pour les pouvoirs publics ?

 Quatrième question. Quelle conception de la lutte contre le fanatisme ?

 Cinquième question. Que reste-t-il de la laïcité, et de la République, si on rétablit un financement discriminatoire ?

 Voir ReSPUBLICA n° 483 sur www.gaucherepublicaine.org

 

 Ensuite, la réponse intéressante de Bernard Teper à la question « Pourquoi n’arrivons-nous pas à coordonner nos forces ? » (question de celles et ceux qui ne comprennent pas pourquoi les laïques sont si divisés). Voir ReSPUBLICA n° 482.

 D'abord, il faut se mettre d'accord sur l'analyse du monde actuel. Est-on d'accord, par exemple, que ce qui caractérise la période est un monde ou le néolibéralisme est allié au néo-communautarisme? Et donc qu'il faut combattre les deux en même temps !!! Si oui, il faut se regrouper dans une organisation qui reprend les idées de Jean Jaurès: "lier le combat laïque et le combat social pour pousser la république jusqu'au bout !!!". On ne me fera pas croire que l'on peut rassembler les laïques sans fixer le cadre politique de ce rassemblement.

 Aujourd'hui pour différentes raisons (en particulier l'effondrement de la bourgeoisie nationale, creuset historique des républicains de droite et du gaullisme), la stratégie d'alliance des républicains des deux rives est une impasse (que ce soit pour Chevènement ou pour d'autres). C'est pour cela que les gaullistes de gauche conséquents sont passés de l'alliance gaulliste à un positionnement à gauche ! Refuser l'organisation des laïques et des républicains de gauche et d'extrême gauche, c'est refuser de mener à terme la bataille laïque et républicaine tant nous avons besoin d'une organisation pour cela.

 Venons-en à cette autre question. Oui ou non, est-il nécessaire de s'organiser dans une organisation démocratique ou suffit-il de fonctionner en collectif sous la règle implicite anti-démocratique du consensus sans fondement explicite ? Croire un instant que l'on peut lutter pleinement pour la laïcité sans construire un espace démocratique avec délibération démocratique, c'est continuer à croire au père Noël !!!

 Terminons par la troisième condition. Toute tentative de vouloir sanctuariser la laïcité du reste des principes républicains est vouée à l'échec. La laïcité n'est pas un principe désincarné sans lien avec les autres principes. Prenons un exemple : les banlieues populaires. Croire un instant qu'il suffit seulement de la laïcité ou seulement de la sûreté ou seulement du social est une imposture !!!  Pour un laïque et un républicain de gauche ou d'extrême gauche, il n'y a pas de combat républicain qui ne lie pour la période les principes de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité, de solidarité, de démocratie, de sûreté, de souveraineté populaire et de développement durable. Toute séparation dans ces principes voue ceux qui l'organisent à rester dans une impasse théorique et pratique. On ne peut pas raisonner en dehors de l'analyse du monde. Si je paraphrase Condorcet, je dirais que si un des principes énoncés n'est pas appliqué, nous ne sommes plus dans une république. Voilà dans quel cadre, la laïcité peut être un principe révolutionnaire ! »

Par SORIN Michel
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