Présentation

  • : Michel Sorin
  • mrc53
  • : Politique
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Commentaires

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Recommander

MRC congrès 2004-06-08

Mardi 25 juillet 2006 2 25 07 2006 18:58

 

Nous reprenons ici la dernière partie de la contribution de Michel Sorin

Remettre la France au travail et en ordre de marche démocratique

"Il faut  changer l’Europe pour construire un autre monde !

Et, pour réorienter l’Europe, il faut changer la donne politique en France.

Le Mouvement Républicain et Citoyen peut-il y contribuer ?

Nous pensons que oui, en dépit de nos moyens et de notre influence minuscules aujourd’hui.

 

 La première marche à gravir est une victoire du non au référendum constitutionnel européen.

La seconde sera, ensuite, l’adoption d’un projet stratégique alternatif à celui du néo-libéralisme.

Dans tous les cas, nous aurons un rôle majeur à jouer, en proposant aux citoyens un projet d’alternative démocratique, fondé sur une double rupture avec le néo-libéralisme 

    • une rupture sociale, afin de rééquilibrer le rapport capital-travail et rapprocher la gauche et le peuple français,

    • une rupture démocratique, afin que les citoyens prennent leurs affaires en mains et se rendent maîtres de leur destin.

 

 

Il nous appartient de nous rassembler avec la volonté de convaincre les citoyens, à commencer par les milieux populaires et toutes celles et ceux qui ne bénéficient pas des bienfaits de la mondialisation néo-libérale.

Nous devons nous tourner en priorité vers celles et ceux qui seront invités à participer à la révolution démocratique : le monde du travail, pas seulement les salariés mais aussi les dirigeants économiques, ceux dont les entreprises et les emplois font vivre les territoires, en premier lieu, les paysans ; les enseignants et formateurs, le monde de la culture, de l’action sociale, et de la santé ; les services publics et privés, notamment mutuels et coopératifs, bien ancrés dans les territoires.

Nous avons besoin d’un outil politique pour faire vivre cette volonté.

Le MRC a le mérite d’exister après avoir subi, de plein fouet, les conséquences de l’échec de Jospin et du PS, le 21 avril 2002.

Le retrait partiel de la vie politique active, opéré par Jean-Pierre Chevènement pendant ces deux dernières années, était pleinement justifié. Son livre, « Défis républicains », constitue un formidable point d’appui pour faire connaître ses idées et son parcours politique.

Désormais, nous entrons dans une nouvelle période où nous devons construire un nouveau parti. La place de Jean-Pierre est, à nouveau, parmi nous, à la responsabilité première.

Nous devons, ensemble et solidairement, structurer notre Mouvement en veillant à encourager les militants de terrain, en contact direct avec les citoyens, et nous organiser de telle façon qu’il y ait une bonne liaison et une compréhension amicales entre la base et le sommet".

 

 

Par SORIN Michel - Publié dans : MRC congrès 2004-06-08
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 28 juillet 2006 5 28 07 2006 18:54

 

Congrès national MRC à Paris 1er avril 2006 – Extraits du compte rendu

  Jean-Yves AUTEXIER résume les deux textes : le projet, intitulé « Vers un projet républicain exigeant » (19 pages) et le texte d’orientation stratégique (1 p). Le projet tient en trois points : le MRC est là, il a un projet et ce projet peut être porté par un candidat issu de ses rangs.

   La cohérence de ce projet est républicaine, dans la continuité de Vincennes (9 septembre 2001 : déclaration de candidature de JPC à l’élection présidentielle) en politique intérieure et extérieure. Cette fois-ci, il s’agit de préparer une nouvelle candidature de JPC (promesses de signatures de maires, financements, projet républicain), en lui laissant le soin de décider en novembre-décembre 2006, en fonction de la possibilité ou non de soutenir, le cas échéant, une candidature de rassemblement (par exemple, Laurent FABIUS) portant le NON du 29 mai.

 Ensuite, la présidente de séance installe les deux commissions des résolutions, l’une sur le projet et la motion (rapporteur Jean-Yves AUTEXIER), l’autre sur les statuts (Françoise DAL), qui sont chargées d’étudier les amendements produits par les comités locaux. Ces commissions se réunissent en mairie du 11ème arrondissement le reste de la matinée. Michel SORIN est désigné parmi la vingtaine de membres de la commission sur le projet (voir les commentaires, plus loin, au moment de l’adoption du rapport de cette commission).

 Le débat général commence par une intervention de Georges SARRE.

 Pour lui, l’enjeu des élections 2007 est le suivant : la France s’enfoncera-t-elle dans la crise ou serons-nous capables de changer la donne ? Le sursaut est-il possible ?

 Depuis 2002, nous avons subi une campagne odieuse visant JPC, campagne partie de l’île de Ré (Jospin), relayée par la rue Solférino (PS) et amplifiée par les medias.

 Aujourd’hui, nous sommes présents, rassemblés, fiers de nos idées, prêts à les défendre en 2007. Depuis le NON du 29 mai, apparemment rien n’a changé et, pourtant, tout a changé. Il existe un esprit de révolte (banlieues, CPE).  Ne comptons que sur nous-mêmes. Notre priorité est de créer une dynamique en faveur de la candidature de JPC.

 Michel JOBLOT (Rhône) et Michel SORIN (Mayenne) interviennent ensuite avant de participer à la commission des résolutions. Ils présentent les amendements adoptés dans leurs fédérations (voir, par ailleurs, le texte de l’intervention du délégué de la Mayenne).

 Le débat général se prolonge le reste de la matinée et en début d’après-midi. Parmi les interventions de l’après-midi, citons des extraits de quelques-unes.

 Catherine COUTARD (Drôme) regrette que le rassemblement interne amorcé lors du dernier Conseil national n’ait pas été mené à son terme, faute d’entente sur la composition du secrétariat national. Avec ses amis qui ont signé la contribution « Un MRC offensif et fier de son idéal », elle ne participera pas au secrétariat national.

 Michel VIGNAL (Aisne) évoque la crise de l’école et de la jeunesse (banlieues, CPE), crise multiforme liée à une société de chômage de masse et d’inégalités sociales. Les solutions de la droite, c’est toujours plus de précarité. Les jeunes refusent la barbarie néo-libérale. La jeunesse résiste, défend le droit du travail, fait corps avec l’histoire de notre pays. Depuis 20 ans, l’éducation accumule les faux remèdes : autonomie des établissements, réduction des dépenses d’éducation, déqualifications, adaptation à l’Europe libérale (stratégie de Lisbonne). Par certains aspects, la loi d’orientation Fillon serait acceptable. Le « différentialisme socio-culturel » n’est pas acceptable. Il faut aider les élèves qui ont besoin de soutien, soutenir l’autorité des enseignants, résister à l’air du temps… C’est la substance même de la République.

 Patrick QUINQUETON (Moselle) revient d’abord sur le CPE et les raisons de la mobilisation de la jeunesse : angoisse des jeunes face à un avenir en pointillé, impuissance vis-à-vis du chômage de masse, découragement devant le fait que vivre de ses rentes rapporte plus que travailler. Mais le mouvement social ne dessine pas une politique. Les partis ne doivent être ni commentateurs ni suivistes. Ils doivent dire ce qu’ils feront s’ils gagnent les élections.

 Puis il constate que, depuis le NON du 29 mai, le désenchantement est réel, l’Europe est en panne, sans projets. A noter que le 1er ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, a semblé rallier le camp du patriotisme économique (Libération, 24/03/06).

 L’élection présidentielle suscite une course à l’échalote à droite derrière la rupture, mais la gauche n’est pas gaillarde avec une candidate portée par les sondages mais sans projet. Il rappelle que la République c’est un projet, et un programme républicain c’est répondre aux problèmes du pays.

 Après le rapport de Françoise DAL sur les statuts, c’est au tour de Jean-Yves AUTEXIER de présenter le rapport de la commission des résolutions sur le projet et la motion stratégique.

 Les amendements portaient essentiellement sur le projet. Le rapporteur avait réalisé une nouvelle rédaction, intégrant certains amendements. Ce sont d’abord ceux-ci que la commission a étudiés, puis les amendements repoussés par le rapporteur ont été examinés.

 Le principal débat en commission a porté sur l’amendement présenté par la fédération du Rhône (Michel JOBLOT) et soutenu par la fédération de Loire-Atlantique (Christine MEYER).

 L’objet de cet amendement « La citoyenneté est un bloc. Il ne saurait y avoir de citoyenneté par la résidence » est de réaffirmer le lien entre citoyenneté et nationalité afin de rejeter la notion de citoyenneté de résidence, préconisée non seulement par les Verts, mais aussi par le PCF à Nantes.

 Cet amendement est contesté par certains membres de la commission, qui font la différence entre la citoyenneté de résidence et le vote des étrangers aux élections locales dans certaines conditions. Nous excluons la citoyenneté de résidence mais pas nécessairement le vote des étrangers aux élections locales, lequel est lié à la réciprocité (par exemple, l’Algérie n’accepte pas la réciprocité). L’amendement a été rejeté à la majorité des membres de la commission.

 Les réflexions et amendements 53 ont connu peu de succès pour diverses raisons :

 La première : seuls les amendements formalisés ont été pris en considération (les réflexions sur la précarité ou l’action des syndicats ne remplissaient pas cette condition). La seconde : certaines réflexions 53 étaient proches du projet national (salaires, apprentissage). Sur les retraites, le rejet est lié à l’insuffisance d’argumentation en matière de financement (problème délicat). Sur l’actionnariat salarié, le rapporteur a maintenu la version initiale. Sur les questions énergétiques, par contre, le sens de notre amendement a été pris en compte, car d’autres amendements allaient dans le même sens. La nouvelle rédaction est la suivante : « L’avenir du nucléaire doit être préparé et un vrai débat public en est le meilleur moyen (…). Le souci de l’environnement, la préparation de l’avenir et l’intérêt national se rejoignent pour conjuguer le développement du nucléaire avec les énergies renouvelables et une politique sérieuse de maîtrise des dépenses énergétiques. »

  En ce qui concerne la motion stratégique, la formule « République sociale fondée sur le travail et le mérite » est extraite des textes officiels, ce qui a motivé le rejet de notre amendement.

 Le rapport de la commission des résolutions (projet et motion stratégique) a été adopté à la quasi-unanimité.

 Puis il est procédé à l’élection du Premier Secrétaire, à bulletins secrets. Un seul candidat : Georges SARRE. Rappel : le MRC a eu, jusqu’à présent, deux Premiers Secrétaires : Jean-Luc LAURENT (2003-2004) et Georges SARRE (2004-2006).

 Résultat du vote en séance : 245 délégués votants (certains délégués n’ont pas pris part à ce vote) ; 29 bulletins blancs ou nuls ; 216 bulletins pour Georges SARRE (88,16%).

 Georges SARRE est réélu Premier Secrétaire, Jean-Pierre CHEVENEMENT restant Président d’honneur du MRC, en premier dans l’organigramme.

 Le Premier Secrétaire fait une courte intervention, remerciant les délégués et déclarant : Ce congrès se déroule dans de bonnes conditions, certaines critiques étant inhérentes à la démocratie. Demain, nous serons en ordre de bataille. Une nouvelle équipe, profondément remaniée*, va diriger le MRC jusqu’au prochain congrès. *Certains membres sortants du Secrétariat national n’ont pas souhaité continuer (notamment, les signataires de la contribution « Un MRC offensif et fier de son idéal »).

 Puis il présente la liste des membres du secrétariat national, laquelle est approuvée par le congrès (2 contre, 9 abstentions, 4 refus de vote).     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Par SORIN Michel - Publié dans : MRC congrès 2004-06-08
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 28 juillet 2006 5 28 07 2006 21:01

 

Dimanche 2 avril : interventions de Georges Sarre et de Jean-Pierre Chevènement

 Georges SARRE observe, à travers le refus du CPE, que l’on se dirige vers un bras de fer entre le gouvernement et la société française. La France a la fièvre, elle réagit contre le mal, elle veut vivre.  Les échéances électorales 2007 seront difficiles : aggravation des options ultra-libérales et du déclin ou sursaut politique ? Nouvelle crise ou changement profond de politique, avec un projet et un candidat crédibles, une construction réorientée de l’Europe afin de relancer l’économie réelle, l’emploi et la croissance ?

 La défense des acquis sociaux en France et en Europe est impossible sans aborder le problème de la protection de l’économie européenne (tarif extérieur commun, préférence communautaire, recherche…) et sans utiliser tous les leviers nationaux à l’Union européenne et à l’OMC pour contre-carrer les intérêts financiers déconnectés de l’économie réelle.

 Le MRC propose à toute la gauche de se refonder dans une perspective républicaine. Nous soutiendrons un candidat qui se situera dans la suite du NON du 29 mai et portera cette re-fondation républicaine de la gauche. Si les circonstances l’exigent, et si notre candidat JPC le décide, nous devons être en situation de le soutenir.

 « Nous sentons bien que les Français en ont assez de cette politique qui n’en est pas une, de cette politique de soumission, passive, à tous les courants d’air du monde. Les Français veulent le retour de l’Etat protecteur de l’emploi et du progrès social. Ils sentent bien le fossé qui les sépare de plus en plus des élites mondialisées. Mais ils sont soumis aussi à la chape de plomb de l’idéologie de la résignation, et de la prétendue impossibilité d’agir. C’est cette chape de plomb qu’il faut briser : à nous de leur montrer, avec les moyens qui sont les nôtres, que l’avenir a un nom, que l’espérance a un nom, et que ce nom, c’est la France, qui se confond avec la République ! La gauche doit retrouver le chemin du peuple et lui redonner l’espérance ! »

 

 

    Jean-Pierre CHEVENEMENT rappelle, en tant que militant du MRC, que notre force collective vient essentiellement de la cohérence et de l’acuité de notre ligne politique. C’est ce qui nous vaut de larges sympathies, bien au-delà de nos rangs, dans le pays tout entier. Cette ligne nous permet de nous situer par rapport aux évènements du jour. 

 Ainsi, la crise du CPE renvoie à une précarité plus générale, dont les racines plongent loin dans le passé. Cette précarité ne s’est pas installée par hasard. Aujourd’hui s’exprime l’angoisse diffuse d’une jeunesse qui sent son avenir se dérober sous elle. En ce sens, elle traduit un sentiment plus général : celui d’une France qui, dans la mondialisation, se délite, avec un avenir en peau de chagrin. La crise du CPE porte donc en elle l’exigence d’une réorientation radicale.

  La France vit une crise profonde, à la fois sociale et nationale. Depuis quatre ans, elle va de secousses en secousses et leur rythme s’accélère. Le NON du 29 mai n’était pas un accident de parcours. Il révélait un profond besoin de changement que nos élites, désespérément sourdes et aveugles, se refusent à entendre.

 Depuis un an, ces élites cherchent essentiellement à culpabiliser ce peuple d’ignares qui, décidément, ne comprend rien à l’économie mondialisée… Elles n’imaginent pour lui qu’une précarité toujours accrue, à l’image du CPE. Elles ne veulent surtout pas de « plan B » pour l’Europe. Les marchés financiers sont pour elles l’horizon de l’histoire humaine. 

 Notre tâche historique, la tâche qui incombe à une gauche française refondée dans la République, c’est de montrer qu’il y a un plan B pour la France et pour l’Europe. C’est de donner un contenu positif au vote du 29 mai 2005.

 

 

   Pour ouvrir la voie d’une alternative républicaine, il faut impérativement articuler la critique sociale, ou si l’on préfère antilibérale, de la Constitution européenne et l’exigence démocratique qui est celle de la souveraineté populaire. Là est l’originalité de notre démarche.

 

 

 On ne fera pas l’Europe sans les peuples et encore moins contre eux. C’est cela que le MRC doit faire comprendre à ses partenaires de la gauche. Ce n’est pas facile ! Mais c’est nécessaire !

 

 

 

 

L’analyse du capitalisme d’aujourd’hui (la globalisation, la mondialisation) est la base de toute politique réellement alternative.

Les firmes multinationales grâce à la liberté des mouvements de capitaux mettent en concurrence les territoires et les mains d’œuvre à l’échelle mondiale. D’où les délocalisations industrielles au profit des pays à très bas coût de main d’œuvre.

Les privatisations puis la colonisation du capital de nos grandes entreprises par les fonds de pension et d’investissement anglo-saxons ont abouti à une véritable dictature des marchés financiers. La théorie de l’acquisition de la valeur par l’actionnaire est devenue le maître mot de la finance mondialisée, reléguant à l’arrière plan toute considération du long terme et d’intérêt général sans parler de l’intérêt des salariés, considérés comme produits jetables.

 Le privilège du dollar donne par ailleurs aux Etats-Unis d’Amérique la possibilité de vivre aux crochets du reste du monde, au prix d’un endettement abyssal. Mais cette situation est instable. Le dollar est fragile.

 L’économie mondiale marche sur la tête. Plus des trois quarts de l’épargne mondiale sont captés par les Etats-Unis, la puissance la plus riche du monde. C’est le monde à l’envers ! Les inégalités se creusent, socialement et géographiquement.

 L’Hyperpuissance américaine ne se soutient que par une fuite en avant dangereuse dans une stratégie de guerre préventive. Elle s’enlise aujourd’hui, non seulement en Irak mais dans toute la profondeur du monde musulman. Une nouvelle crise grave au Moyen-orient nous mettrait à la merci d’une envolée encore plus forte du prix du pétrole et d’une plongée du dollar qui asphyxierait l’économie de la zone euro. Une réorientation de la politique américaine est, à terme, inévitable. Elle débouchera sur de nouveaux équilibres à l’échelle du monde. Dans ce monde déjà multipolaire, une Europe indépendante a sa place.

 Or, la crise frappe aujourd’hui particulièrement l’Europe. Le vieillissement de sa population, le coût plus élevé du travail, le niveau de sa protection sociale, l’ouverture incontrôlée de son marché, la surévaluation de l’euro, l’absence d’un gouvernement économique enfin, face à la Banque Centrale indépendante, tout contribue à enfoncer la zone euro dans une stagnation de longue durée.  L’Europe se désindustrialise. Nos groupes sont à la merci d’OPA sauvages. La compétitivité de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Italie et plus encore de l’Espagne dont le déficit commercial représente neuf points de PIB, est gravement entamée.

 Celle de l’Allemagne, premier exportateur mondial, avec un excédent de 160 Milliards d’euros ne se soutient que par un freinage salarial qui retentit sur la demande interne. L’Allemagne compte plus de cinq millions de chômeurs. Et le tour de vis que s’apprête à donner la grande coalition CDU-CSU-SPD de Mme Merkel avec le relèvement de deux points de la TVA et d’autres hausses d’impôts supplémentaires, plombera encore plus la conjoncture européenne en 2007.

 C’est cette politique que nous allons rencontrer sur notre route. Mais cette crise européenne nous donne aussi la chance d’un rebond et d’une réorientation de fond.

 De tous les pays européens c’est la France qui traverse la crise la plus profonde, une crise à la fois sociale et nationale.  Car la France, comme le relevait déjà Marx au XIXe siècle, est « la nation politique par excellence ». D’où l’extraordinaire campagne faite pour saper l’idée qu’elle se fait d’elle-même et la faire douter de son avenir. Mais c’est aussi pour cela que le sursaut salvateur peut d’abord se manifester dans notre pays. Le réveil du citoyen est le seul recours contre le triomphe du « tout fric ». L’alternative républicaine se construira d’abord en France.

 La France ne manque pas d’atouts et d’abord la qualité de son peuple. Le peuple français se définit comme un peuple de citoyens, sans distinction d’origine ou de religion. C’est ce qui fait sa force et sa grandeur, héritage de la Révolution de 1789, toujours actuelle même si ses idéaux ne sont pas portés par le vent de la globalisation libérale !  Non, il n’est pas vrai que le modèle républicain soit ringard ! Ceux qui le prétendent sont souvent ceux qui l’ont mis en panne. La France ne se reconnaît pas dans l’addition des communautarismes que M. Sarkozy cherche à s’attacher.

 Disons les choses clairement : notre conception de la nation n’a rien à voir avec la conception ethnique avec laquelle les tenants de la mondialisation libérale veulent la confondre.  Notre conception, c’est celle de la nation républicaine, définie comme communauté de citoyens, ouverte au monde, dont nous avons besoin à l’intérieur pour remettre en marche le modèle républicain. La République c’est d’abord en France qu’il faut la faire vivre !

 L’idée d’égalité n’a rien de désuet. Elle peut être immensément mobilisatrice, dès lors que nous saurons rompre avec le différencialisme, de droite ou de gauche, qui, sous prétexte d’exalter les différences, ne fait bien souvent que consacrer la différence des droits ! On ne doit pas admettre l’idée d’une citoyenneté de résidence. La citoyenneté est évidemment liée à la nation.  Mais on peut peut-être admettre qu’à titre propédeutique des étrangers installés depuis longtemps et bénéficiant d’une carte de résident de dix ans puissent participer à des élections municipales.  Puisqu’on l’a admis pour les étrangers communautaires, on peut l’accepter au moins pour ceux qui sont originaires des pays de l’ex-Communauté, héritière de l’Union française et plus généralement pour les étrangers extra-communautaires.

 Mais la question se pose, si nous ne voulons pas mettre le doigt dans un engrenage, sachant très bien où d’autres, comme les Verts, veulent nous emmener. Michel Joblot a eu raison de soulever ce problème qui pourrait figurer à l’ordre du jour d’une Convention Nationale. C’est la valeur d’égalité indissociable de la citoyenneté qui est motrice, pour l’accès à l’emploi et au logement, pour refonder l’Ecole républicaine, pour garantir et moderniser le service public et la protection sociale.

 De la nation républicaine, nous avons aussi besoin vis-à-vis de l’extérieur pour défendre les droits légitimes du peuple français et pour faire avancer une conception progressiste de l’Europe et du monde.

 C’est dans ce contexte qu’il faut analyser le débat sur le patriotisme économique. Les firmes multinationales ont-elles perdu toute nationalité ? La localisation du siège social n’a-t-elle plus d’importance ? Evidemment non ! Nous devons donc rétablir un lien entre les entreprises et les territoires (…).

 Si l’on prend le domaine de l’énergie : il n’y a pas de politique européenne de l’énergie. L’Europe a seulement exigé l’ouverture à la concurrence et la libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité. Elle ne s’est pas préoccupée de la sécurité des approvisionnements. Celle-ci, étant donné la dépendance extérieure de l’Europe, ne peut être assurée que par de puissants acteurs énergétiques. Mais cela ne signifie pas que Gaz de France doive abandonner son identité ni les gaziers leur statut (…).

 Réorienter l’Europe.  Le peuple français a rejeté le projet de Constitution européenne le 29 mai 2005. Pour des raisons de forme et pour des raisons de fond. Nous n’accepterons pas qu’on veuille faire rentrer par la fenêtre ce qui a été sorti par la grande porte du suffrage universel.  La priorité n’est pas institutionnelle. Elle est clairement économique et sociale.

Mais comment l’Europe à 27 ou à 28, voire à 30, pourrait-elle être le levier d’une action conséquente dans la durée ? (…)  Il faut changer de méthode : partir de la volonté des peuples, rejeter fermement les dérives libérales, avancer au contraire sur des projets concrets, avec ceux qui s’y prêtent, dans la recherche, la politique industrielle, les transports, l’énergie si possible, les industries de défense, l’aéronautique et l’espace.

 Mais ce que nous devons privilégier avant tout, c’est la mise sur pied d’un gouvernement économique de la zone euro procédant du débat démocratique. L’Eurogroupe doit être doté de compétences précises : coordination budgétaire, convergence en matière fiscale et sociale, harmonisation par le haut et enfin politique monétaire. La réforme des statuts de la Banque Centrale européenne doit être préparée par un groupe de travail de haut niveau mis en place par les Chefs d’Etats des douze pays de la zone euro. Il s’agit de lui donner clairement comme objectif la croissance économique et l’emploi. Je propose également que la Banque Centrale soit habilitée à émettre des euros sur le marché pour empêcher une appréciation excessive de l’euro, ce qu’aujourd’hui elle ne peut faire (…).  D’autres réformes peuvent être engagées à l’occasion d’une relance vigoureuse de l’Europe : institution d’un impôt européen par l’adjonction d’un pourcentage supplémentaire de TVA. Ainsi pourront être financés de grands projets d’intérêt communautaire dans le domaine des grandes infrastructures de transport, de l’énergie, de la recherche, de l’espace, là où l’Europe doit s’affirmer.  Je suggère enfin que prévale l’idée d’une préférence européenne dans le domaine des normes et que l’Europe introduise à l’OMC des clauses sociale et environnementale dans les règles du libre commerce international.

 Je voudrais insister sur l’aspect essentiel de la relation franco-allemande. Nos deux pays sont la vraie charnière de l’Europe. Leurs modèles sont différents mais nos intérêts stratégiques ne peuvent pas être dissociés, à peine de courir à nouveau au devant d’immenses malheurs. 

 

 

  L’Allemagne, industriellement, pèse presque deux fois la France même si le rapport des PNB est de deux à trois. Nos possibilités de coopération industrielle souffrent inévitablement de ce déséquilibre, je pense aux rapports d’Alstom et de Siemens sur lesquels nous nous devons d’être vigilants. Mais il y a tout à faire par ailleurs : dans la recherche, les biotechnologies, l’informatique, l’aérospatiale !

 N’oublions pas cependant que l’Allemagne de Mme Merkel ne remet nullement en cause les règles de la globalisation, ni celles du libre-échange planétaire, ni, contrairement à celle de M. Schröder, la domination de l’Hyperpuissance américaine. Sans doute le peuple allemand a-t-il voté à 51 % pour la gauche en 2005, mais ce n’est pas un gouvernement de gauche qui siège aujourd’hui à Berlin.

 Ce qui se passera en Allemagne sera décisif pour notre propre destin. L’économie allemande est à la merci d’un retournement de la conjoncture mondiale. Avec cinq millions de chômeurs, l’Allemagne peut être tentée de regarder ce qui peut être fait pour redynamiser la demande intérieure en Allemagne et en Europe. C’est là la chance d’une réorientation profonde de toute la construction européenne. Mais pour cela, encore faut-il qu’il y ait une France rassemblée sur la République, sûre de ses valeurs et de son projet !  

 

 

    C’est cela l’alternative républicaine que nous devons construire pour la France et pour l’Europe ! Pouvons-nous créer la dynamique conquérante qui fera bouger les lignes, dans la gauche puis dans le pays tout entier ? (…)

 La seconde partie de son intervention traite de la stratégie politique en France, notamment au sein du PS (convergences, divergences, synthèses possibles, notamment avec Laurent FABIUS).    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par SORIN Michel - Publié dans : MRC congrès 2004-06-08
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 28 juillet 2006 5 28 07 2006 21:50

 

Intervention de Michel SORIN, délégué de la Mayenne.

 Chers Camarades,

 Merci d’avoir donné la parole au représentant d’une petite fédération composée de militants qui ont adhéré au MRC en 2004 au moment où d’autres prenaient le chemin inverse…

 Nous, militants mayennais, avons approuvé les propositions de la direction sortante, en souhaitant que nos amendements soient pris en compte.

 Nos réflexions n’ont pas toutes été présentées sous forme d’amendements. Nous manquons d’expérience sur ce point. Mais elles ont suscité des débats entre nous, ce qui est positif.

 Nous avons pris appui, dans un premier temps, sur les amendements présentés par Patrick Trannoy sur la question sociale.

 Sans être opposés au principe de l’actionnariat salarié, nous pensons que cette proposition comporte trop d’ambiguïtés pour être retenue dans notre projet.

 Sur le droit du travail, nous préconisons de faire un état des lieux de la précarité en France et de ses conséquences sur les conditions de vie des salariés et de leurs familles, avant de proposer de nouvelles mesures se substituant au CPE et au CNE.

 Sur les salaires, la priorité doit être l’augmentation des salaires nets, surtout pour les bas salaires. Toute diminution des charges sociales salariales doit se répercuter complètement sur les salaires nets, au lieu d’être absorbée par l’entreprise.

 Sur les retraites, nous avons souhaité que soient affirmés des principes clairs, tout en sachant que le problème du financement est incontournable. Le projet de retraite progressive doit être assorti du principe « dans le privé comme dans le public, les salariés doivent pouvoir prendre leur retraite à taux plein à 60 ans avec 40 années de cotisations ».

Il faut tenir compte de la pénibilité du travail effectué et revenir sur les réformes Balladur (années de référence, montant et financement des pensions de retraite).

En outre, une revalorisation des petites retraites s’impose car les retraités des milieux populaires perdent du pouvoir d’achat.

 Plus généralement, le projet ne mentionne pas clairement l’apport des organisations syndicales et associatives présentes dans le champ social. Il y a, dans une République sociale, une articulation forte à faire entre le politique et le social, qui n’est pas suffisamment explicite dans le projet. 

Sur les questions d’éducation et de l’apprentissage, nous approuvons les positions développées par la commission Education dans le n°12 de l’école en questions, sur l’apprentissage.

Aucun contrat de qualification ou de formation par alternance ne doit être possible avant 16 ans.

Enfin, sur les questions énergétiques, le texte donne trop l’impression que nous misons démesurément sur l’énergie nucléaire, laquelle ne comporte pas que des avantages. Le traitement non maîtrisé des déchets radioactifs ne doit pas être pris à la légère. Il convient d’attacher autant d’importance et de financement aux recherches concernant les nouvelles énergies renouvelables qu’à celles de l’énergie nucléaire. Sans oublier les efforts en matière d’efficacité énergétique et d’économie d’énergies. Nous devons accentuer la recherche sur les déchets nucléaires mais aussi sur la transformation des déchets ménagers en énergie.

 Dans le texte d’orientation stratégique que nous avons approuvé, nous aurions souhaité qu’un mot, « le mérite », associé au travail dans la République sociale, soit remplacé par « l’expérience et la qualification ». Car c’est un mot qui a pris une connotation négative dans les entreprises, compte tenu de l’utilisation qui en est faite par les employeurs.

 Nous avons donné quitus à la direction sortante pour son action depuis le congrès de 2004.

Notre Mouvement est désormais rassemblé. Il a reconquis sa place auprès des autres partis de gauche, tout en restant lui-même et en étant offensif avant et après le 29 mai 2005 sur la nécessaire réorientation de la construction européenne.

 Le rapprochement avec Laurent FABIUS est une nouvelle étape de notre retour dans le jeu politique. Nous faisons le constat que Jean-Pierre CHEVENEMENT redevient un interlocuteur crédible quand il s’agit de préparer un projet pour la gauche, comme ce fut le cas en 1972 et en 1980.  Ses discours de Perpignan et, tout récemment, de Créteil et Vénissieux, tout comme la déclaration de Georges SARRE lors de la réunion des partis de gauche le 8 février, expriment clairement la stratégie et les orientations de notre Mouvement.

 Tout porte à croire que le mouvement social en cours va nous permettre de mieux nous faire entendre et comprendre. N’oublions pas que la gauche a échoué en 2002 parce qu’elle s’est éloignée des citoyens et, plus particulièrement, des milieux populaires.

  Si j’avais eu un peu plus de temps, j’aurais aimé vous parler de deux autres sujets : CIVIQ et l’agriculture.

Nous avons, en Mayenne, créé en 2002 une association d’éducation à la citoyenneté, « CIVIQ (Citoyenneté et Vie Quotidienne) », qui est un moyen d’entrer en contact avec les citoyens et les militants engagés dans le mouvement social.

 J’aurais voulu ajouter un mot sur l’agriculture, car c’est ma responsabilité au MRC. J’ai fait des propositions pour réorienter la PAC. J’espère trouver dans les fédérations départementales des interlocuteurs du monde agricole, qui prendront contact avec moi.

  Merci de votre attention.   

  
Par SORIN Michel - Publié dans : MRC congrès 2004-06-08
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 7 mai 2008 3 07 05 2008 15:55

La réponse à cette crise est nationale et européenne

 

Le congrès du MRC aura lieu au Kremlin-Bicêtre les 21 et 22 juin 2008.

Les adhérents du Mouvement, après le Conseil national du 6 avril, semblent avoir approuvé l’orientation proposée par Jean-Pierre Chevènement, si l’on se fie aux échos remontant des départements, et au vote unanime du texte d’orientation, amendé, par les membres du Conseil national (voir, sur ce blog, l’article paru le 4 mai Chevènement convainc les cadres du MRC de passer à l'offensive).

 

Cette motion d’orientation est à lire sur le site du MRC www.mrc-france.org. C’est un texte synthétique d’une dizaine de pages. Je propose, sous le titre « Motion du MRC », d’en reprendre les différents points, en les illustrant de commentaires et d’apports extérieurs.

 

La motion est le texte présenté aux adhérents, charge à eux d’y réfléchir et d’en débattre dans les comités locaux, de voter des projets d’amendements et le texte dans son ensemble. L’annexe (le projet républicain, adopté lors du congrès 2006) fait partie du texte soumis au débat et au vote des adhérents du MRC.

UN CONTENU ET UN CHEMIN POUR LA CREATION D’UN GRAND PARTI DE TOUTE LA GAUCHE.

I - Un tsunami barre l’horizon

II - Face au tsunami, un projet républicain à la hauteur des défis de notre temps.

III - Vers la refondation républicaine de la gauche

La première partie (I) commence par la description de la crise :

1) De sombres craquements se font entendre de toutes parts : entrée en récession de l’économie américaine, euro à plus de 1,50 dollar, pétrole dépassant les cent dollars le baril, faillite et renflouement par des fonds souverains étrangers ou directement par la puissance publique, d’institutions financières prestigieuses : le fond Carlyle et les banques Citigroup, Merill Lynch et Bear Stearns aux Etats-Unis, Northern Rock en Grande-Bretagne. C’est tout le système financier mondial miné par un endettement aussi gigantesque qu’inconsidéré qui découvre sa fragilité.

C’est ce paragraphe que je propose d’illustrer par deux articles de presse, l’un du Monde, l’autre du site Internet de Marianne.

 

Le 28 avril 2008, sur www.lemonde.fr (Le Monde de l’Economie), Marie-Béatrice Baudet introduisait une réflexion sous le titre

 

« Six crises qui bousculent l’ordre économique mondial »

 

« A quelle place l'Histoire situera-t-elle la crise globale - dont les symptômes sont à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques - que subit la planète depuis mi-2007 et qui s'est accélérée en ce premier semestre de l'année 2008 ? Quelle sera son amplitude sur l'échelle de Richter des tremblements de terre économiques et sociaux ? Plus forte que la grande dépression de 1929 ? Similaire à celle des années 1970 où, juste avant le premier choc pétrolier de 1973 et la récession du deuxième semestre 1974, des scientifiques, des industriels et des économistes, fondateurs du Club de Rome en 1968, appelaient dans le rapport Meadows (1972) à stopper la croissance, afin d'éviter l'épuisement des ressources de la planète d'ici à la fin du XXIe siècle ?

(…) la nature multiple de la crise actuelle interroge économistes et historiens, qui la qualifient volontiers d'exceptionnelle. Pas forcément pour les mêmes raisons d'ailleurs, mais exceptionnelle néanmoins. M. Chalmin confirme ainsi n'avoir jamais vu "une telle volatilité des marchés de change et de matières premières". "La référence habituelle à la crise de 1974 paraît tout à fait dépassée, constate-t-il. Le 2 janvier, le pétrole cote 100 dollars le baril - ce qui a été salué comme un record incroyable -, le 25 avril, il est déjà à 117,6 !" Pour Jean-Paul Betbèze, chef économiste du groupe Crédit agricole, même s'il y a eu l'éclatement de la bulle Internet en 2000, "nous affrontons la première grande crise du XXIe siècle". Selon lui, il ne s'agit pas du schéma classique d'une crise américaine (ou d'une autre région du globe), qui contamine ensuite telle ou telle partie de la planète. "Nous avons affaire à un schéma inédit, à savoir la conjonction de crises différenciées et interdépendantes. Aux Etats-Unis, c'est la crise d'un pays surendetté ; en Europe, c'est une crise d'une région dont les Etats membres n'ont toujours pas résolu leur gouvernance politique, les empêchant de mener une stratégie économique concertée ; et dans les pays émergents, nous assistons ou allons assister à une crise classique de surchauffe et de croissance."

Qui plus est, insiste M. Betbèze, "le jeu actuel entre tous les acteurs de ces crises est non coopératif. Ainsi, la chute du dollar n'arrange en rien les Européens, qui voient leurs exportations renchérir. Quant aux Chinois, ils se refusent à réévaluer leur devise, le yuan, ce qui permettrait aux pays occidentaux de regagner en compétitivité."

Pierre Bezbakh, maître de conférences à l'université Paris-Dauphine, dont une partie des travaux ont porté sur l'histoire des crises, confirme ce jeu d'interdépendance plus compliqué que jamais : "Les Etats du Sud ne sont plus en position de dominés, ils sont désormais intégrés dans la compétition mondiale. Quant aux ex-pays de l'Est, ils se sont eux aussi convertis aux règles du marché. Vous avez donc une multiplicité d'acteurs dont les intérêts sont loin d'être convergents." A l'instar de Patrick Artus, chef économiste de Natixis, et de Marie-Paule Virard, journaliste, qui ont publié à La Découverte en 2005 Le capitalisme est en train de s'autodétruire, M. Bezbakh pense que la crise actuelle signe "une rupture totale de société. Le capitalisme n'est plus en voie de développement, mais en voie d'achèvement. Les puissances occidentales ne peuvent plus faire payer à d'autres pays le coût de la crise, comme ils l'avaient fait en 1929 avec la baisse du prix des matières premières. Nous assistons à un processus d'autodestruction soit du système, soit de son fonctionnement". Et la crise actuelle en serait la signature la plus forte.


Le 27 avril, sur www.marianne2.fr Hervé Nathan recueillait les propos d’un économiste, membre du conseil scientifique d’ATTAC, Isaac Johsua, signataire de la pétition européenne intitulée : «Spéculation et crises: ça suffit !», auteur d'une analyse remarquée de la crise de 1929 (1).

 

 «Le neo-libéralisme exhume le spectre de 1929»


Marianne: La crise des subprimes est désormais déclarée «plus grande crise financière depuis 1945». Cela veut donc dire depuis celle de 1929. La comparaison est-elle éclairante ?
Isaac Johsua : En tous cas, elle vaut d'être tentée. Car il y a bien des points communs entre ce que nous vivons aujourd'hui et ce qui s'est passé aux Etats-Unis et en Europe à partir de 1929. Par exemple, les deux crises ont pour origine une bulle spéculative. Elle était boursière en 1929, elle est immobilière en 2007-2008. Autre point commun : le surendettement des ménages américains, qui renforce la spirale dépressive de la crise. De même l'effondrement de la livre sterling en 1931 avait aggravé la situation, comme la chute du dollar en ce moment. Bien sûr ce n'est pas une répétition, puisque entre temps, nous nous sommes dotés d'instruments stabilisateurs de l'activité, que ce soient des allocations (avant guerre, il faut se souvenir que les chômeurs dépendaient de la simple charité privée !), ou des budgets nationaux. L'histoire ne repasse pas les plats, du moins pas aussi simplement.

Mais il y a aussi l'ampleur…
I. J. : Certes, et c'est pour cela que l'hypothèse d'une crise majeure est à redouter. Depuis 1929, le capitalisme s'est transformé, et la mondialisation a étendu l'hégémonie du salariat à l'ensemble de la planète. On peut dire qu'aujourd'hui, il a éliminé toute la petite production, majoritairement agricole, qui représentait, jusqu'à la seconde Guerre mondiale, voire au-delà, une sorte d'amortisseur des crises. Avec la mondialisation, l'espace disponible pour les perturbations s'est dilaté à l'ensemble de la planète, l'interconnexion des marchés est complète et diffuse toujours plus rapidement les mouvements de flux et de reflux. Les crises se succèdent de plus en plus rapidement et s'élargissent : la crise mexicaine en 1995, celle du sud-est en 1997, de la nouvelle économie en 2001 centrée sur les Etats-Unis et enfin celle d'aujourd'hui qui concerne le monde entier. C'est un démenti aux thèses néolibérales.

En quoi ?
I. J. : En ce que le néolibéralisme à l'oeuvre depuis les années 1990 a détruit le compromis fordiste, mis en place justement pour sortir de la crise de 1929. Le fordisme, est un modèle pragmatique, auquel Keynes a donné une assise théorique. Il consistait à mettre en place un nouveau rapport salarial qui stabilise l'emploi, ou au moins le revenu, et donc stabilise la consommation. Dans un monde peuplé à 95% de salariés, sensible aux chocs dépressifs, il faut éviter l'effondrement de la consommation. Or, depuis 1990, l'épisode néo-libéral a consisté à démanteler ce compromis fordiste, et à placer comme moteur de la consommation, non plus la croissance des rémunérations, mais celle de l'endettement des ménages. Ainsi, dans les dernières années, celui des Américains a cru de 30%, jusqu'à devenir nettement négatif. C'est dément ! Ce faisant la mondialisation néolibérale a fait la démonstration que le système est instable, s'il n'est pas adossé à des institutions comme l'Etat, les conventions collectives et des systèmes redistributifs de protection sociale.

C'est donc cet endettement des ménages qui est à l'origine de la crise.
I. J. : Oui, parce que Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine, a mis en place sciemment une machine infernale. Les baisses des taux qu'il a pratiquées ont eu pour effet d'augmenter toujours plus l'endettement des ménages. Aujourd'hui ce n'est plus possible. On peut continuer à baisser les taux d'intérêts, les ménages, qui voient le prix de leurs maisons baisser, n'emprunteront pas davantage. Du coup, emprunteurs et créanciers sont pris au piège. Et l'on s'aperçoit alors que la crise est une crise de rentabilité du capital. Je m'explique : les marchés financiers ont eu l'ambition démesurée d'exiger des taux de rendements qui n'ont aucune commune mesure avec la rentabilité de l'économie réelle. C'est cela qui a été le moteur de l'inventivité des marchés, de l'innovation financière comme la titrisation des crédits. Il s'agissait de s'affranchir de la sphère de la production afin d'atteindre la fameuse règle des 15% de rentabilité du capital. On sort enfin de ce grand rêve éveillé. Et on peut dire que la crise est une protestation véhémente contre ces exigences insensées des détenteurs du capital. On va revenir à davantage de mesure. Mais il faudra se souvenir que ce rêve des profits illimités est partie intégrante du système capitaliste. Rappelons nous la bulle Internet était née de perspectives de profits extraordinaire que promettait la «nouvelle économie».

Quelles solutions pour s'en sortir ?

I. J. : Il va falloir couvrir les pertes qui paralysent le système. C'est d'abord aux capitalistes de le faire. Ensuite se pose une question politique : faudra-t-il nationaliser les banques. C'est ce que prône, de fait, Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI. On a commencé en Grande-Bretagne avec la Northern Rock. Mais que va-t-on nationaliser : les banques qui font du profit ou celles qui sont percluses de pertes et sont non-viables ? Cela s'appelle privatiser les profits et socialiser les pertes.
Il faudra bien en arriver au vrai débat. Comment en finir avec la révolution néoconservatrice qui n'a qu'une seule idée : empêcher les salaires d'augmenter et pousser au surendettement. Il faut retrouver un partage négocié de la valeur ajoutée entre salariés et employeurs. Cela fait intervenir la politique. Il faut limiter la capacité de nuisance de la finance. Dans notre pétition, nous demandons la suppression de l'article du traité de Lisbonne qui sanctuarise la libre-circulation des capitaux. Pas parce que nous sommes anti-européens, mais par ce que la libre circulation des capitaux est un des moteurs puissants des bulles spéculatives. Renoncer à contrôler ces flux, c'est admettre que d'autres crises plus dévastatrices succéderont à celle que nous connaissons. Et à titre personnel, je pense que si nous n'obtenons pas de réponse de l'Europe, il faudra poser cette question au niveau national. Si nous le voulons, nous le pouvons et l'impuissance de l'Europe ne peut demeurer un prétexte à l'inaction.

Certes, mais n'est-ce pas là des solutions qui tendent à revenir à un capitalisme plus stable. On aurait pu penser que cette crise exemplaire du capitalisme ramène au devant de la scène des solutions alternative au système, et osons le mot : socialiste. Or ce n'est pas le cas.

I. J. : Il y a deux réponses à cette question. La première est que l'on compte aujourd'hui les chercheurs marxistes sur le doigt des deux mains. Et ils ont tous, comme moi, des cheveux bien blancs. La seconde c'est que la chute du mur de Berlin a tué pour longtemps l'idée d'une économie entièrement planifiée. Je faisais partie de ceux qui ne nourrissaient aucune illusion sur ce qu'était le socialisme pratiqué en URSS. Mais la disparition du communisme a ancré pour longtemps dans la tête des gens que cette voie-là a abouti à une impasse.

(1) La crise de 1929 et l'émergence américaine, PUF, 1999 ; Une trajectoire du capital : De la crise de 1929 à celle de la nouvelle économie, Syllepse, 2006.

Par SORIN Michel - Publié dans : MRC congrès 2004-06-08
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés