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Ce NON retentissant restera dans l’histoire comme la première intrusion des peuples dans la construction européenne et le début de la résistance populaire au néo-libéralisme en Europe.
Enfin, l’Europe va entrer de plain-pied dans le débat politique national, ce qui n’était pas le cas en 2002 lors de la calamiteuse élection présidentielle sans débat, dominée par le verrouillage Chirac-Jospin.
La gauche a manqué de lucidité, puis de courage politique, dans les années 1980 et surtout 1990, face à la dérive néo-libérale des institutions communautaires européennes. Sa politique s’est limitée à l’accompagnement de la mondialisation.
Le 29 mai ouvre de nouvelles perspectives pour la gauche.
Il lui faut être fidèle à ses principes, à ses valeurs, et faire preuve d’imagination et de détermination afin de bâtir un projet répondant aux attentes citoyennes et apte à rassembler les énergies populaires.
C’est le début de la reconquête du pouvoir, un peu comme dans les années 1970, lorsque les socialistes se sont rassemblés autour d’un projet fédérateur.
On parlait alors de changer la vie et de rompre avec la logique capitaliste.
Il s’agit aujourd’hui de refonder la gauche sur des bases républicaines et de ne pas décevoir l’espérance du peuple, quand elle sera aux responsabilités aux niveaux national et européen.
Intervention de Patrick QUINQUETON, Conseiller d’Etat, Secrétaire national MRC.
Ce qu’est le traité constitutionnel européen :
Après un préambule, la partie I (qui n’a pas de titre) est la partie institutionnelle, issue de la Convention sur l’avenir de l’Europe, présidée par Giscard. La partie II est la charte des droits fondamentaux, adoptée en 2000. La partie III présente les politiques. La partie IV concerne les dispositions générales. Puis on trouve les annexes, protocoles et déclarations.
La partie I se présente comme un face-à-face entre l’UE et chaque pays. La difficulté est de se connaître entre pays. Même entre la France et l’Allemagne, il y a une grande ignorance de ce qui se passe chez l’autre. Par exemple, qui sait que l’Allemagne est en train de réformer son école en s’inspirant du modèle français ?
La partie II n’est pas originale pour nous mais elle comporte des silences (par exemple sur la laïcité) et des insuffisances notoires (droit de rechercher un emploi…). Le droit de grève n’est pas présenté clairement.
La partie III est plus originale et plus contestable. C’est un programme politique, qui n’a pas sa place dans une « constitution », dont la durée de vie espérée est 50 ans (selon Giscard lui-même). C’est la reprise de textes orientés depuis le début vers la construction d’un grand marché (le marché du charbon et de l’acier, le marché commun). Le monde a changé. Aujourd’hui, le marché est commun… pour les autres !
Les annexes et protocoles sont des documents intéressants, qu’on évoque rarement. Chacun peut constater que l’Europe n’est pas une construction abstraite : il y a des arrangements sur les sujets qui fâchent. Par exemple, en 1957, la signature du traité de Rome a été retardée d’un jour en raison d’un désaccord de l’Allemagne sur le problème de l’importation de bananes.
Nos critiques
Ce traité est favorable à la finance, aux idées monétaristes, au détriment de l’industrie, du travail et de l’emploi.
La pleine liberté du commerce, sans organisation, conduit au démantèlement des systèmes sociaux.
Une banque centrale indépendante n’est indépendante que des peuples, pas des marchés financiers. C‘est le seul exemple au monde. Depuis 5 ans, l’euro s ‘est réévalué de 60% par rapport au dollar, ce qui pénalise la compétitivité de la zone euro, et bénéficie aux entreprises américaines et chinoises, notre grand marché étant totalement ouvert.
Les problèmes sociaux sont négligés dans ce traité
On peut le constater à partir de ce qu’il dit mais aussi de ce qu’il ne dit pas sur le social (naïvement ou cyniquement, par exemple quand la conséquence est de rétablir le travail de nuit des femmes au nom de l’égalité homme-femme).
Il n’y a rien sur les salaires et les délocalisations, ni sur l’harmonisation des conditions sociales.Mais on peut le constater aussi à partir de ce qu’il ne dit pas, par exemple sur les services publics : il sera difficile pour une collectivité locale, en matière de distribution des eaux, de mettre fin à une gestion déléguée afin d’en reprendre la gestion directe. Avec ce texte, la collectivité devra faire la preuve qu’elle est capable d’être plus compétitive qu’une entreprise privée.
Ce traité est, comme les précédents, peu démocratique :
Ceci est dû à la « méthode du détour » choisie par Jean Monnet, l’inspirateur de l’Europe, pour faire accepter par les gouvernements nationaux ce qu’ils ne voulaient pas, en se servant de la Commission européenne (dont l’ancêtre était la « Haute Autorité » de la CECA) qui fait ce qu’elle veut.
Les gouvernements reportent la responsabilité sur « Bruxelles », comme s’ils n’y étaient pour rien dans les décisions.
L’Europe se méfie des peuples depuis le début de la construction européenne.
Le mot « nation » n’existe pas dans ce traité. Il n’y a que des Etats membres.
L’Europe évite les nations. Pourtant, elles forment le cadre de la démocratie. Dans tous les pays, les députés au Parlement européen sont souvent des recalés du suffrage universel national.
Ce parlement ne fonctionne pas selon les principes démocratiques habituels (avec une majorité et une opposition) et n’a pas les pouvoirs d’un vrai parlement. Jusqu’à présent, les décisions étaient prises par consensus entre les deux grands groupes (PPE et PSE).
Il n’y a pas de débat public européen, en raison des différences entre pays, notamment les langues. Le débat public exige de pouvoir communiquer et de bien connaître ce qui se passe chez les autres.
Ce traité est celui d’une Europe faible :
Une Europe alignée sur les USA, par le biais de l’appartenance à l’OTAN de la plupart des Etats membres.
En 2003, l’esprit d’indépendance de la France, conjuguée au pacifisme allemand, a permis d’éviter le suivisme vis-à-vis des USA en Irak, ce qui aurait été plus difficile dans le cadre du traité constitutionnel.
Une Europe qui craint les coopérations entre ses membres (les conditions sont difficiles à remplir), ce qui est absurde au vu des initiatives nécessaires à prendre à quelques-uns au départ, comme ce fut le cas avec Ariane et Airbus (France et Allemagne, d’abord puis avec d’autres).
Les coopérations renforcées sont la seule possibilité de développer des activités. Elles sont entravées dans ce traité.
Que se passera-t-il si le NON l’emporte le 29 mai ?
Dans ce cas, le traité de Nice continue de s’appliquer (il s’applique de toute façon jusqu’en 2009).
Le non français n’est pas anti-européen… même s’il est attaché aux acquis républicains, à la laïcité, aux services publics.
Il entre dans une conception dynamique évolutive qui intéresse tous les Européens. De même, l’indépendance de notre politique étrangère constitue un élément décisif de ce que sera l’indépendance européenne.
Le non français n’est pas xénophobe (celui-ci est inaudible).
C’est un non qui pointe les insuffisances du traité et exprime une autre conception de l’Europe.
Concrètement, que se passerait-il ?
Le premier ministre britannique serait bien content de ne pas organiser de référendum chez lui, mais il est probable que les procédures nationales de ratification continueraient. Aux Pays-Bas, au Danemark, en Pologne, les consultations populaires peuvent donner lieu à des votes négatifs.
En France, il reviendra au président de la République de décliner les raisons de l’opposition du peuple à la ratification du traité. Il pourra proposer à ses collègues chefs d’Etat et de gouvernement : , il reviendra au de décliner les raisons de l’opposition du peuple à la ratification du traité. Il pourra à ses collègues chefs d’Etat et de gouvernement :
le retrait de la partie III,
le changement de statut de la Banque Centrale européenne (suppression de l’indépendance, politique de l’emploi et de la croissance dans la zone euro, politique monétaire),
la définition de ce qu’est l’Europe, ainsi que son environnement proche (la Turquie, la Russie, le Maghreb),
l’action contre les délocalisations internes par l’unification progressive des systèmes fiscaux et sociaux, même si cela risque de heurter certains intérêts à l’est (en Estonie, la fiscalité sur les entreprises est nulle, mais ce pays perçoit des aides européennes financées notamment par l’Allemagne et la France, principaux contributeurs nets).
Le non français serait un événement politique en Europe :
On ne demandera pas à la France un second vote, comme ce fut le cas pour le Danemark (traité de Maastricht) et l’Irlande (traité de Nice).
Le traité constitutionnel est le produit d’une construction européenne très marquée par ses choix initiaux (priorité aux marchés, délégation du pouvoir politique floue et mal assumée conduisant à des pratiques peu démocratiques).
Le monde a changé. L’Europe doit avancer autrement maintenant.
Précisions et compléments, en réponse aux questions de la salle
Conséquences d’un non français au référendum ?
Il aurait un impact lié à l’effet de masse (15 à 20 millions de personnes votant non, ce n’est pas rien…).
En Allemagne, la loi fondamentale (la constitution allemande de 1949) ne prévoit pas le référendum, en souvenir des mouvements de foule hitlériens. Mais les Allemands ne sont pas indifférents à ce qui se passe en France.
Le non français est un non positif pour bloquer une dérive. Il ouvrirait le débat européen, qui n’a pas eu lieu, sauf en France et un peu en Belgique.
Sur la base du résultat du vote du 29 mai, la France engagerait des consultations politiques auprès de ses partenaires et de la présidence de l’Union européenne, non pour procéder à un rafistolage mais pour examiner les mesures possibles à prendre, sans que s’interrompe la procédure de ratification.
Il y aurait le temps de la réflexion. Le Conseil européen (chefs d’Etat et de gouvernement) reprendrait la main et serait dans son rôle, qui est de définir les orientations politiques de l’Union.
Actuellement, s’exprime une vision négative du politique : « tous pourris », ce qui n’est pas vrai, ou « on n’y peut rien, c’est la faute à Bruxelles », ce qui reporte les décisions sur les autres….
L’intérêt majeur du non français serait de (re)lancer le débat politique en Europe et dans chaque Etat.
Et, ainsi, de réintroduire le politique dans la construction européenne.
Fédéralisme européen ?
Cela suppose qu’il y ait, au niveau central, des compétences importantes, comme, par exemple, en Allemagne ou aux USA, avec un Etat fédéral coiffant des Etats.
Les différences entre l’Allemagne et la France sont historiques :
L’Allemagne fut une langue, une culture, bien avant d’être un Etat regroupant des Etats différents existants. L’Autriche, ce sont des Allemands qui ont pris leur autonomie.
En France, il n’y a qu’un Etat. La France a existé sous la forme d’un Etat, qui s’est créé progressivement (sous Philippe le Bel et surtout Henri IV et Louis XIV). Son origine n’est pas ethnique. Longtemps, le français n’a été parlé que dans une partie de la France. La Révolution et la République ont ajouté les notions de nation, de souveraineté populaire et nationale, de citoyenneté. La France est une nation politique.
Europe fédérale ou non ?
Ce n’est pas l’essentiel. L’Europe est une construction originale. L’euro est d’essence réellement fédérale, ce qui rend nécessaire un gouvernement économique interne (zone euro), au sein de l’Union. Par contre, la politique étrangère reste au niveau des Etats.
Le vote non est possible dans d’autres pays :
Au Royaume-Uni, ce serait pour d’autres raisons. Pour des raisons historiques), les Anglais ne remettront jamais en cause leur lien avec les USA, car c’est une ex-colonie anglaise. Leur appartenance à l’Europe sera toujours relative.
Aux Pays-Bas, ce pourrait être un non de lassitude. Les Néerlandais se posent des questions sur ce qu’ils sont. Leur société libérale, très ouverte, subit une crispation qui sème le doute.
En Pologne, il y a la tentation de voter non. Mais le réflexe européen peut être plus fort.
La valeur juridique des différentes parties du traité ?
Elle est déterminée par le droit international, comme tous les traités. Une distinction est faite entre le corps du traité et les annexes d’une part, qui ont la même valeur du point de vue international, et les déclarations d’autre part, qui forment une zone grise, sujette à discussion.
Le traité constitutionnel comporte une avancée de type fédéral en ce qui concerne la cour de justice européenne, laquelle interprétera le traité comme une constitution, si l’on se fie à l’orientation générale de ses jugements.
Elle pourrait faire de ce pouvoir un usage, bon ou mauvais, cette dernière possibilité étant la plus probable, notamment en ce qui concerne les droits fondamentaux de la partie II (avancée ou perversité ?).
C’est la première fois que l’Union européenne reconnaît des droits, avec effets juridiques de droits positifs.
Les Parlements nationaux pourront se porter devant la justice. Surprenant, mais est-ce un progrès ? Ils n’auront pas le rôle qu’ils devraient avoir. Ils devraient être associés positivement aux travaux du Parlement européen.
La grande innovation est l’attribution de la personnalité juridique à l’Union.
Il y aura des conséquences vis-à-vis des tiers dans les domaines de sa compétence (notamment commerciales à l’OMC). Cela lui offre le pouvoir d’emprunter, mais elle refuse d’utiliser cette possibilité.
NON au néo-libéralisme en Europe !
Il faut aller au-delà des mots et des belles intentions affichées dans « le traité établissant une constitution pour l’Europe »*
Ce qui fait le corps (les deux tiers) du document constitutionnel, c’est la IIIème partie, sur laquelle les tenants du oui préfèrent glisser…Conforme aux traités de Rome, Maastricht, Amsterdam, selon eux, elle serait neutre, c’est-à-dire ni libérale, ni sociale.
Arrêtons-nous sur cette affirmation.
Est-ce par le fait du hasard que tous les principes du néo-libéralisme (ceux du « consensus de Washington ») se retrouvent dans cette IIIème partie ? Le primat du monétaire (I-30, III-188),
La régulation marchande omniprésente et souveraine (III-178 et beaucoup d’autres),
Le double impératif d’équilibre budgétaire et de stabilité des prix (I-30, III-184,185,198),
L’impôt tiré vers le bas (III-171),
La régression de l’Etat et la libéralisation des services publics (III-146,147,148),
La libre circulation mondiale des marchandises (III-151,314), des capitaux et des investissements (III-157,156,158),
La primauté de la régulation marchande (III-168,209,167) sur le social, mais aussi sur la culture et l’environnement.
Ce néo-libéralisme, qui diffère radicalement du vrai libéralisme politique, assure la prééminence de la finance sur le politique et organise le dépérissement de l’Etat. Derrière cette idéologie, se profilent des réalités concrètes : des inégalités croissantes, des personnes qui souffrent et qui meurent, la corruption, une planète saccagée, une logique folle contraire à la dignité et à la finalité humaines.
C’est cela qu’on nous demande d’élever au rang de principe constitutionnel quasi-irréversible.
Actuellement, ce ne sont que des éléments inclus dans des traités, qui n’ont pas été soumis à la ratification des peuples européens et qui ne correspondent pas aux nécessités du monde actuel. En votant oui, nous leur donnerions une force nouvelle, liée à l’assentiment populaire.
Le monde vit une double mutation.
La mutation technologique bouleverse le développement de l’économie.
La mutation idéologique et politique, commencée il y a 25 ans, enlève aux Etats leur pouvoir sur l’économie et le transfère à la finance privée mondialisée. Et celle-ci veut étendre sa domination à la nature, au vivant, à l’humain, à la culture, au social et, même, à la politique !
L’Europe, ouverte à tous les vents, n’a pas opposé de résistance. Cette « Constitution », dans sa partie III, a pour objet de sceller la reddition de l’Europe, à l’unanimité des Etats et des peuples.
Le grain de sable qui pourrait empêcher cette manœuvre de réussir, c’est le référendum français.
Car le néo-libéralisme n’a qu’un adversaire : la démocratie.
Et un ennemi irréductible : la République française !
En votant NON, nous refusons d’être les complices de cette mystification !
* comme le fait le professeur René Passet (Libération, 19 mai).
Le NON français n’est pas anti-européen.
C’est un non qui pointe les incohérences et les carences du traité.
Incohérence : construire la maison européenne en commençant par le toit n’est pas très réaliste pour bâtir l’Europe, même si c’est conforme à la méthode dite du « détour » inspirée par Jean Monnet dans les années 1950… Contourner le politique, éviter les nations, se méfier des peuples, cela conduit à une crise de confiance, qui se manifeste par l’abstention lors des élections des députés au Parlement européen et peut conduire à des désagréments quand le chef de l’Etat choisit de consulter le peuple… Carence : vouloir imposer un système libéral, rigide et dépassé* en le constitutionnalisant (au mépris des règles démocratiques, par une sorte de « coup d’Etat idéologique »), c’est manquer d’imagination et de capacité à inventer les réponses d’avenir. Comment, dans ces conditions, relever les défis d’un monde en pleine évolution ?
L’intérêt majeur du non français, le 29 mai, serait de lancer dans chaque pays le débat politique européen et, ainsi, d’introduire une vraie démocratie dans la construction européenne. Le non français serait un argument puissant à la disposition du président de la République pour commencer à redresser et renforcer l’Europe. Ce que les Français attendent du président de la République
Préciser les objectifs et limites, la place et le rôle de l’Europe, notamment vis-à-vis des Etats-Unis d’Amérique. Veiller à ce que les valeurs et principes républicains à la française (services publics, laïcité, notamment) ne soient pas mis en cause au niveau européen. Faire en sorte que l’Union européenne prenne des décisions efficaces pour la croissance et l’emploi. En optant pour le référendum, le président a placé le peuple français devant ses responsabilités. Il accepte donc par avance le verdict démocratique, quel qu’il soit. Si le NON l’emporte, cela devient la position de la France. Le président en tiendra compte en formant un nouveau gouvernement, qui devra porter les aspirations des citoyens, y compris au sein des institutions européennes.
Le peuple est souverain. C’est la démocratie. Celles et ceux qui exercent les responsabilités publiques en son nom, le président et les ministres en tête, ont l’obligation d’agir ainsi. Sinon, ils doivent se retirer. Et d’autres les remplaceront. Il est surprenant que des dirigeants politiques, partisans du oui, y compris en Mayenne lors du débat à Villaines-la-Juhel le 28 avril, en viennent, faute d’arguments, à jouer sur la peur et l’amalgame si le non l’emporte. Comme si les citoyens n’étaient pas capables de peser les conséquences de leur vote ! … Le 29 mai, la France et l’Europe ont rendez-vous avec l’histoire ! * « L’économie sociale de marché » avec ses deux piliers, la monnaie « indépendante » et la politique de la concurrence, est une doctrine allemande des années 1930, mise en œuvre après la guerre sous le contrôle de l’Etat en RFA. Son adoption dogmatique au niveau européen à l’initiative de Commissaires ultra-libéraux, comme le célèbre Bolkestein, est une catastrophe en raison de l’absence d’Etat jouant le rôle de contre-poids. Cela conduit au démantèlement des services publics et sociaux nationaux, à la remise en cause du droit du travail, au dumping social, à la flexibilité des salaires.
Pour le retrait de la directive Bolkestein !
La vérité sur la directive Bolkestein concernant la libéralisation des services
Le point de départ se situe à Lisbonne, en 2000, lors de la réunion du Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement membres de l’Union européenne.
A l’unanimité, est adoptée une stratégie visant à faire de l’Europe, à l’horizon 2010, « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ».
, est adoptée une stratégie visant à faire de l’Europe, à l’horizon 2010, «La compétition devient la valeur de référence de l’Union. La nouvelle cible, ce sont les services, à l’origine des deux tiers des emplois et de la création de richesses. Il est « indispensable de lever les multiples obstacles qui entravent le développement des activités de services dans le marché intérieur ».
Le 13 février 2003, le Parlement européen adopte, avec les voix des Socialistes et des Verts, une résolution « visant à créer un instrument horizontal pour garantir la libre circulation des services sous forme de reconnaissance mutuelle ».
Il y est écrit que « les principes du pays d’origine et de la reconnaissance mutuelle sont essentiels à l’achèvement du marché intérieur des biens et des services ».
Le 13 janvier 2004, la Commission européenne (dont les Commissaires français Barnier et Lamy) adopte la proposition de directive préparée par le Commissaire néerlandais Bolkestein.
La procédure de co-décision s’appliquant, celle-ci est transmise aux gouvernements et au Parlement européen.
Un groupe de travail intergouvernemental est mis en place dans le cadre du Comité des Représentants Permanents. L’examen du texte se fait sans qu’aucun gouvernement ne demande le rejet de la proposition.
Lors du Sommet de Bruxelles, les 25 et 26 mars 2004, les chefs d’Etat et de gouvernement insistent : «L’examen du projet de directive sur les services doit être une priorité absolue et respecter le calendrier envisagé ».
Le 31 août 2004, au sein du Parlement européen, la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs est saisie pour la première fois de la proposition de directive. Une grande partie de ses membres est favorable (PPE, libéraux, presque tous les socialistes) sous réserve de modifications mineures. Le groupe de la Gauche unitaire européenne et quelques socialistes s’y opposent nettement.
Le 11 novembre 2004, cette même commission organise une audition d’experts au cours de laquelle de fortes réserves sont émises, concernant les effets prévisibles de la mise en œuvre de cette directive, notamment une grande insécurité juridique.
Ces observations sont rejetées en bloc par la Commission européenne.
Pourtant, le rapporteur, « au vu des résultats de l’audition, estime nécessaire de retravailler en profondeur la directive ».
Les 25-26 novembre 2004, lors de la réunion du Conseil des Ministres chargé des questions de compétitivité, « la proposition de directive fait l’objet d’un accueil globalement favorable par les Etats membres ». La France ne s’oppose pas à l’application du principe du pays d’origine.
La directive Bolkestein est au cœur de la stratégie de l’Union européenne.
La porte-parole de la Commission européenne a déclaré le 4 février 2005 :
« La libéralisation des services est un point essentiel de la relance de la stratégie de Lisbonne sur la compétitivité de l’Union. Pas question de retirer la directive services ».
Le Commissaire néo-libéral Mac Creevy, qui a succédé au néo-libéral Bolkestein, a déclaré :
« Le principe du pays d’origine doit être maintenu, car c’est la clé de voûte de la directive ».
Le président de la Commission, néo-libéral atlantiste, ayant fait ses preuves en matière de destruction des services publics quand il était premier ministre du Portugal, a déclaré le 2 février 2005 :
« La libéralisation des services est la première de mes priorités ».
Il précise que son programme constitue « une rupture claire avec la pensée européenne d’un passé récent quand les préoccupations environnementales et l’amélioration des droits des travailleurs recevaient la même priorité que la nécessité de gérer la croissance ».
Cette directive aura d’immenses conséquences économiques et sociales…
Elle concerne la vie quotidienne de millions de Français.
En privilégiant des principes comme le pays d’origine, ou la libre circulation des prestations de services, on remet en cause le pacte social national.
Par ce principe du pays d’origine, le prestataire de services sera soumis à la loi du pays dans lequel il est établi et non à celle du pays dans lequel il vend sa prestation !
Cette directive instaurera un alignement général sur la réglementation la moins favorable, incitant directement aux délocalisations.
Son champ d’application concerne tous les services marchands et certains services publics (enseignement, santé, culture, logement). Environ 5 000 métiers sont visés dans les 25 pays européens.
En sont exclus : les activités de transport, télécommunications et les services financiers.
Cette directive veut contraindre les médecins, pharmaciens, infirmiers, architectes, avocats et notaires à se livrer aux joies de la guerre commerciale au nom de la « liberté de prestation ».
Ainsi, nous assisterons à la généralisation de situations concurrentielles déplorables, comme il en existe déjà dans le secteur du transport routier où des chauffeurs lituaniens ou slovaques mal payés multiplient les heures supplémentaires et l’insécurité routière.
Ce texte porte la marque d’une culture mondialisée américaine, visant à produire à bas coût en Europe de l’est. Elle va inévitablement casser nos systèmes de protection ou de promotion, déstabiliser nos systèmes d’aide, au cinéma par exemple.
Cette volonté « d’émanciper les marchés » annonce la disparition des services publics. Les « services d’intérêt économique général » ne les remplaceront pas. Strictement encadrés, les SIEG seront tolérés à titre dérogatoire.
L’obsession de la baisse des coûts salariaux et du rationnement des dépenses publiques et sociales est fondamentalement au cœur du projet.
.
En outre, la Cour de Justice de la Communauté européenne, saisie par les Etats, sera habilitée à intervenir dans les conflits d’application de règles.
Le politique, au lieu d’assumer ses responsabilités, se soumet à la loi du marché.
. . . .La duplicité des partisans du oui au référendum saute aux yeux !
Ils savent que la proposition de directive Bolkestein est en ligne avec les orientations libérales du Sommet de Lisbonne (approuvées en leur temps par Chirac et Jospin) et en harmonie avec les choix libéraux du traité constitutionnel européen.
Mais ils craignent que les électeurs ouvrent les yeux avant le référendum (un quotidien évoque l’image « d’une grenade dégoupillée dans la vie politique française »…).
(un quotidien évoque l’image « ).
Pour faire contre-feu, ils font semblant de s’indigner (de ce qu’ils acceptaient hier sans sourciller).
Certains, à gauche, reconnaissent la logique de nivellement par le bas portée par cette directive. Mais ils ajoutent qu’elle n’a rien à voir avec le traité constitutionnel !
Leurs protestations, aux uns et aux autres, ne concernent que le principe du pays d’origine. Ils oublient les autres points, tout aussi importants.
Leur but est de minimiser l’ampleur du problème et, surtout, de repousser l’examen de la proposition de directive sur les services après le référendum…
Directive Services et « Constitution » européenne : même logique libérale !
Le principe du pays d’origine est constitutionnalisé (article III-142 et III-137).
Il est même recommandé d’aller plus loin que la directive : « Les Etats membres s’efforceront de procéder à la libéralisation des services au-delà de la mesure qui est obligatoire » (article III-148).
On n’hésite pas à menacer : « Les restrictions quantitatives tant à l’importation qu’à l’exportation ainsi que toutes mesures d’effet équivalent sont interdites entre les Etats membres » (article III-153).
La fermeté est la règle vis-à-vis des entreprises publiques : « Les Etats membres en ce qui concerne les entreprises publiques, et les entreprises auxquelles ils accordent des droits spéciaux ou exclusifs, n’édictent ni ne maintiennent aucune mesure contraire à la Constitution » (article III-166).
Ce même article précise : « Les entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général, ou présentant le caractère d’un monopole fiscal, sont soumises aux dispositions de la Constitution, notamment aux règles de concurrence (…)».
De toute évidence, le texte constitutionnel vise à instaurer un espace dans lequel la quasi totalité des activités seront soumises aux règles de la concurrence, y compris celles qui relèvent des services publics. Il s’agit bien d’un projet politique ultra-libéral.
L’élargissement : opportunité pour lancer les pratiques de dérégulation.
En 2002-2003, la Commission européenne pilote simultanément la préparation des négociations d’adhésion des dix et la rédaction des textes européens (« Constitution » et directive Bolkestein).
Elle saisit l’opportunité de l’arrivée de pays très peu dotés en lois sociales, fiscales et environnementales pour faire entrer en Europe les pratiques de dérégulation utilisées ailleurs sous l’influence du néo-libéralisme et des USA.
Les disparités entre les systèmes sociaux des 25 pays, ainsi que la règle de l’unanimité imposée par le Royaume-Uni pour les décisions d’harmonisation sociale et fiscale, ont conduit la Commission à jouer à fond la dérégulation ultra-libérale.
Michel Rocard en conclut : « Le capitalisme a gagné »…
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