Quelle sera la place de l’énergie nucléaire en France ?
Nous approchons du moment (vers 2010) où la production mondiale de pétrole va diminuer progressivement (pic de Hubbert). Depuis plus d’un an, la demande en produits pétroliers est supérieure à l’offre, ce qui est à l’origine de l’augmentation du prix. Ce n’est pas une crise conjoncturelle, mais durable. Les nouveaux gisements ne pourront résoudre le problème.
Par ailleurs, l’augmentation de température liée à l’effet de serre est maintenant mesurable. Selon les scientifiques, elle serait au 21ème siècle d’un niveau bien supérieur à celui du passé (entre 2 et 6°C, contre 0,6 à 1°C en moyenne). Une augmentation de 5 à 6 degrés en un siècle serait une amplitude comparable à ce qui se produisait sur plus d’un million d’années (ce qui laissait le temps aux espèces animales et, surtout, végétales, de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques). En fait, depuis 10 000 ans, la terre a connu une période de grande stabilité des températures, ce qui a été un élément favorable au développement des civilisations. D’autres périodes furent marquées par l’extension des glaciers (tous les 100 000 ans sous nos latitudes) ou par les éruptions volcaniques, ce qui provoqua la disparition de nombreuses espèces. On sait maintenant qu’en rejetant du gaz carbonique dans l’atmosphère, on contribue à l’effet de serre et, donc, au réchauffement climatique. La consommation d’énergie mondiale augmente de 2 à 3% par an (doublement en une trentaine d’années). Actuellement, elle provient, pour 80%, de l’énergie fossile, et les 20% restants se répartissent entre la biomasse, le nucléaire, l’hydraulique, et, dans une moindre mesure, le solaire et l’éolien. Stabiliser l’augmentation de température implique de réduire les émanations de gaz carbonique de moitié en 30 ans. Si nous consommons 100 d’énergie aujourd’hui (dont 80 venant de l’énergie fossile), nos besoins en énergie seront 200 dans 30 ans (dont seulement 40 devraient provenir de l’énergie fossile). Au lieu de 20 actuellement, c’est 160 qui devraient être issus des autres énergies. Or, l’hydraulique a des limites physiques, la biomasse aussi, mais dans une moindre mesure. Les biocarburants seront limités par la capacité de production des agriculteurs. Le nucléaire pose le problème de la prolifération des armes réalisées à partir du combustible des réacteurs et ne peut, donc, être généralisé au niveau mondial. Les énergies alternatives ont chacune leurs avantages mais aussi leurs inconvénients et limites. La production d’électricité à partir des éoliennes et de cellules photovoltaïques doit être interrompue par manque de vent ou de soleil, mais aussi quand les vents sont excessifs, ce qui en limite le fonctionnement réel à 20 ou 25% du temps. Il est nécessaire d’installer en complément une source de production électrique de puissance équivalente qui apporte le déficit. Les centrales nucléaires, qui ont trop d’inertie, ne peuvent le faire. Seules des centrales hydrauliques ou thermiques sont adaptées aux demandes de pics énergétiques. Mais il faut veiller à l’effet de serre et à la cohérence d’ensemble de la production énergétique. Les biocarburants n’ayant pas ces inconvénients, il est possible de les développer au maximum des capacités de production. Ce ne sera pas suffisant pour remplacer complètement les sources d’hydrocarbures actuelles. La France dispose d’un atout : elle maîtrise la technologie et a la capacité de développer son potentiel nucléaire civil. En dépit d’inconvénients majeurs liés aux déchets qu’il faut stocker, ce qui suscite des oppositions citoyennes très fortes qui se manifestent notamment à l’occasion des enquêtes publiques précédant la construction de l’EPR et des lignes à très haute tension, la nécessité du nucléaire, sous réserve d’une utilisation plus rationnelle et réellement complémentaire des autres sources d’énergie, ne peut être écartée à court et moyen termes. Toutefois, l’uranium est un minerai dont les réserves sont limitées, comme celles des énergies fossiles. La limite est estimée à 70 ans avec la consommation actuelle. Il est très important de savoir comment peut évoluer cette filière. Les nouvelles centrales EPR (Réacteurs à Eau Pressurisée) sont appelées à remplacer celles des années 1970, en attendant les réacteurs de 4ème génération fonctionnant au plutonium, non présent à l’état naturel, mais il est produit en petite quantité dans les centrales actuelles. Le plutonium, qui est assimilé à un déchet dans les conditions de productions actuelles, deviendrait un combustible. Les réserves énergétiques de cette filière seraient ainsi multipliées par 50 voire 100. En plus de brûler des déchets, nous aurions ainsi des réserves énergétiques pour plus de mille ans. C'est le domaine des surgénérateurs qui sont actuellement à l'étude en Russie et au Japon et dont la fermeture de Super Phénix nous aura fait perdre beaucoup de temps et d'argent.
Une autre filière est actuellement à l'étude, c'est la fusion du deutérium et du tritium qui cherche à reproduire les réactions qui ont lieu dans le soleil et dans les autres étoiles. C’est cette perspective qui est à l’origine du grand projet mondial de recherche nucléaire sur la fusion contrôlée, qui se réalise en France sur le site de Cadarache, en coopération avec l’ensemble des pays concernés. Ces recherches seront longues et onéreuses, mais sans comparaison avec les sommes investies actuellement dans les énergies fossiles. Le développement de cette filière permet d’envisager la suppression des déchets directs et une pérennité liée à des réserves quasi sans limites.
Reste le problème des déchets nucléaires qu’il faut résoudre, soit par l’enfouissement, qui est la solution actuellement à l’étude, mais il existe une autre solution possible qui doit être prise au sérieux : la transmutation des éléments les plus dangereux. Le projet de loi Bataille sur les déchets nucléaires présente trois volets : Le développement de la recherche sur la séparation et la transmutation des éléments radioactifs à longue vie. L’étude des possibilités de stockage dans des formations géologiques profondes. L’étude des procédés de conditionnement et d’entreposage de longue durée afin d’éviter toute dispersion. Il s’agit de résoudre le problème des 500 tonnes de déchets nucléaires produits en France chaque année par les centrales. On peut penser que ce n’est pas plus difficile que de s’attaquer au problème des centaines de millions de tonnes de produits chimiques liés à notre consommation. En conclusion, et pour résumer les choix énergétiques et leurs conséquences, nous avons trois types d’attitudes, dont deux sont intenables : Le premier est de continuer à consommer les énergies fossiles. Les réserves sont, environ, de 40 ans pour le pétrole, 70 ans pour le gaz, 200 ans pour le charbon. Les pénuries de pétrole et de gaz sont proches et l’effet de serre, avec ses incidences sur le changement climatique, oblige à diminuer la consommation de charbon. Le second consiste à miser uniquement sur les énergies renouvelables. C’est le choix du non-développement (ou de la décroissance) qui risque d'être durable. Le troisième, le seul viable, vise à répondre aux besoins de croissance et de développement du pays par les trois moyens que sont les énergies renouvelables, le nucléaire et les économies d’énergie, en étant attentifs à l’efficacité des énergies et à leur complémentarité. Car la diminution de la consommation des énergies fossiles (pénurie et répercussion sur le climat) est incontournable.
Commentaires