Samedi 23 septembre 2006
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Retrouver la croissance et l’emploi, en France et en Europe
C’est la première priorité car, dans ce domaine, l’Europe est à la traîne. Impossible d’y parvenir sans réorienter l’action européenne de la France, mais aussi la politique économique et sociale de notre pays. Comment ? En mobilisant les outils de la politique monétaire, des politiques structurelles, de la politique commerciale, de la politique du travail et de l’emploi, et aussi la politique d’immigration et de coopération au développement.
D’abord, la politique de l’euro.
Une reconstruction du système monétaire européen est possible à l’initiative des gouvernements. Elle pourrait intervenir en réponse à une crise grave (liée, par exemple, à un effondrement du dollar).
Ses grands axes en seraient les suivants :
Faire de l’euro une monnaie de réserve internationale à l’égal du dollar.
Modifier les statuts de la Banque Centrale Européenne en lui permettant d’agir en faveur de la croissance et de l’emploi. Au lieu de favoriser seulement la rémunération de la rente au détriment du travail, ce qui pénalise les entreprises productives et les efforts de recherche.
La BCE devrait être autorisée à prêter de l’argent en dernier ressort, ce qui implique de confier au groupe des ministres des finances de la zone euro (l’eurogroupe) la responsabilité de piloter l’économie de cette zone (le gouvernement économique).
La coopération renforcée devrait être aménagée afin de permettre l’existence de ce gouvernement économique, lequel devrait être doté de compétences précises aux niveaux monétaire, budgétaire, fiscal et social.
Et, aussi, les grands projets d’intérêt communautaire.
L’urgence est de multiplier les infrastructures de transport combiné, notamment le rail-route, qui sont l’un des leviers de la croissance. Dans le passé, des décisions difficiles à prendre se sont révélées bénéfiques (exemple : TGV Est qui, initialement, n’était pas compatible avec le chemin de fer allemand).
L’intérêt de la France et de l’Europe est de s’engager dans une grande politique européenne de développement énergétique. Les diverses causes, conjoncturelles et structurelles, de la plus grande rareté de l’énergie justifient le choix nucléaire de la France et mettent notre pays en bonne position pour accompagner les partenaires européens dans une politique concertée de relance de l’énergie nucléaire. Mais c’est aussi, pour la France, l’opportunité de développer les énergies nouvelles (biocarburants, éolien, solaire…) trop délaissées jusqu’à présent.
Le maintien, au niveau européen, d’un haut niveau de recherche est essentiel, ce qui obligera les Etats européens à structurer leurs efforts en ce sens et l’Union européenne à réformer son pacte de stabilité issu du traité de Maastricht (en n’incluant pas les dépenses publiques de recherche dans la limite des 3% de déficits publics, par exemple).
Le domaine spatial est aussi un enjeu. La France y joue un rôle moteur sur le plan industriel et dans les lancements. Des projets européens devraient prendre le relais et assurer l’avenir.
La question du commerce international et des clauses sociale et environnementale.
Le commerce n’est pas une question secondaire pour l’Europe, en premier lieu pour l’Allemagne et les débouchés de son industrie, mais aussi pour la France.
Se protéger contre la concurrence abusive des pays à bas salaire est légitime. C’est possible au moment où le libre-échange généralisé est remis en cause par de nombreux pays.
Autour de l’OMC, des réflexions s’orientent vers des zones économiques régionales à l’échelle mondiale. Certaines règles sociales encadrant le processus de mondialisation sont désormais évoquées par l’Allemagne face à des interlocuteurs asiatiques. Le droit du travail n’est plus systématiquement écarté de la libéralisation des échanges.
La clause environnementale est à promouvoir par l’Europe à l’OMC en prenant appui sur le problème de l’effet de serre et la question de l’impact des modes de production sur l’environnement.
La valeur du travail.
La revalorisation du travail passe par les salaires réels, pas seulement le SMIC, lequel a plus augmenté depuis 2002 que pendant les cinq années précédentes. Ceci est la conséquence du dynamitage du droit du travail par les lois Aubry, qui avait créé cinq SMIC différents.
Les salariés veulent vivre de leur travail et en vivre correctement, selon leurs compétences. De la consommation des ménages dépend, en partie, la croissance. L‘Europe n’en parle pas. Or, elle pourrait promouvoir un plan européen de convergence des salaires, tenant compte des différences de productivité du travail.
Que sera la future directive européenne sur les services ? Il reste une ambiguïté relative aux pratiques possibles de dumping par les bas salaires résultant d’une sous-traitance faussée.
Mais c’est la valeur du travail par rapport à la rente qui est de plus en plus en cause dans le système économique mondialisé. Le niveau de rémunération des dirigeants d’entreprise, les revenus des stock-options et de la rente, n’ont plus rien à voir avec le niveau des salaires. La question de la répartition de la plus-value revient en force.
Le choix du nouveau dirigeant d’EADS (ex-président de la SNCF) de limiter sa rémunération constitue une position politique intéressante dans le débat sur la rémunération des patrons et des actionnaires.
La question de la baisse de la syndicalisation n’est pas seulement un problème français, mais concerne toute l’Europe. Il faudrait enclencher une dynamique positive à partir d’initiatives nationales, voire européennes, afin de contrarier la tendance à la déréglementation du travail.
Enfin, la gauche doit rouvrir le débat sur la question du choix entre le salaire et le temps de travail. On observe chez les jeunes un attachement et une considération pour le travail, ce qui s’accompagne d’exigences quant à sa qualité, son intérêt, ses conditions et sa valeur qui est appréciée par le salaire.
La réduction du temps de travail prend des formes plus ou moins acceptables. Entre une réduction compensée qui satisfait les salariés des grands groupes et celle qui prévaut dans les emplois à temps partiel coupé, il y a des différences et des inégalités.
Partis et syndicats européens devraient les prendre en compte et adopter une vision plus nuancée de cette question.
Les politiques d’immigration et de coopération.
Elles ont une dimension économique et sociale incontestable depuis la loi Sarkozy du 24 juillet 2006 sur l’immigration, autorisant l’immigration de travail sans que soit opposée la situation de l’emploi « pour l’exercice d’une activité professionnelle salariée dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement ».
Or, les secteurs concernés par les difficultés de recrutement sont certaines branches du BTP, de l’hôtellerie et de la restauration, où les salariés sont le plus payés au SMIC et les conditions de travail parmi les plus difficiles. C’est ainsi que l’immigration devient une aubaine pour le patronat, qui ne se sent plus obligé de faire des efforts en matière de salaires, de conditions de travail et de formation professionnelle.
La pression migratoire en provenance de certains pays africains, à l’origine de drames humains, va se poursuivre. Mais la plus forte immigration irrégulière provient de Chine et il y a de grandes différences entre pays à niveau de développement égal. Il faut donc s’interroger sur les motifs de l’émigration, qui sont complexes.
C’est l’attractivité d’un pays, sa capacité à laisser entrevoir un avenir pour ses ressortissants, qui peut limiter l’émigration de masse. C’est pourquoi il est nécessaire de maîtriser l’immigration à partir de critères clairs et de mener des politiques nouvelles de coopération qui aillent dans le sens d’un véritable co-développement.
Ceux qui émigrent ne sont pas les paysans africains et chinois, ce sont des commerçants, des intellectuels faisant partie des classes moyennes dans leur pays. Il faut éviter d’organiser le pillage des élites du tiers monde, sous prétexte d’ouverture et de bons sentiments.
Les politiques d’immigration et de coopération qu’il faut concevoir au niveau européen doivent donc faire partie de la politique économique et sociale. L’immigration peut être une valeur ajoutée pour la société d’accueil comme pour les migrants, à condition qu’elle soit maîtrisée.
En conclusion
Pour l’Europe, retrouver la croissance et l’emploi n’est possible qu’au prix de changements significatifs (euro, grands projets européens, commerce, revalorisation du travail, immigration et coopération).
Les NON français et néerlandais au référendum constitutionnel ont été un point de départ dans la remise en cause de la logique économique et politique de l’Union européenne. Il faut aller plus loin et proposer les termes de la réorientation nécessaire. C’est l’enjeu de la prochaine élection présidentielle.
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