|
|
|
|
|
|
|
|
Un projet de démantèlement non justifié et non concerté
Le Collectif « Pour un Pôle public financier au service des Droits ! »*, qui comprend de nombreuses organisations syndicales représentant les salariés des secteurs bancaire et financier, ainsi que diverses associations politiques plus généralistes, vient de publier un document analysant l’action du président de la République au premier anniversaire de son entrée à l’Elysée.
BANQUES ET FINANCEMENT DES BESOINS ECONOMIQUES, SOCIAUX ET ENVIRONNEMENTAUX
Premier bilan de François Hollande, Président de la République (Mai 2012 - Mai 2013).
* Notre collectif est, pour une grande part, le successeur d’un autre collectif : le collectif « Pas touche au Livret A ! » qui s’est mobilisé, en 2007 et 2008, contre la banalisation de ce livret et pour le financement du logement social. Ce collectif était lui-même issu de l’intersyndicale du secteur semi-public économique et financier créée en octobre 1995, qui, forte d’une trentaine d’organisations syndicales, a porté pendant près de 15 ans une revendication unique : la mise en place d’un pôle public financier.
Cette intersyndicale a lutté au côté des personnels de différents établissements contre les logiques de démantèlement mises en œuvre par différents gouvernements : tentative de liquidation du Crédit Foncier de France, abandon du statut à « but non lucratif » des Caisses d’épargne, tentative de filialisation des activités et de démantèlement du statut du personnel de l’IEDOM, restructuration du réseau de la Banque de France …
Ces logiques sont toujours à l’oeuvre : absence de toute garantie sur l’avenir du personnel de DEXIA aujourd’hui en faillite, plan de réduction de 12% des effectifs du Crédit foncier, suppression programmée de 2 500 emplois à la Banque de France, projet en suspens de filialisation des activités de l’Agence française de développement en Outre-mer …
Rappel : Collectif pour un Pôle public financier : la BPI est loin des espérances - 5 mai 2013
Collectif pour un Pôle public financier : la réforme bancaire ne règle rien - 4 mai 2013
Collectif pour un Pôle public financier et Crédit Immobilier de France - 3 mai 2013
Le Pôle public financier fait le bilan de la première année de Hollande - 2 mai 2013
Voici, dans ce document, la partie concernant le projet de démantèlement de la Banque de France
- Un projet de démantèlement expertisé et reconnu comme dépourvu de justification économique
- Un projet conçu au mépris de l’emploi de nos concitoyens dans une situation de chômage aggravé
- Un projet conçu au mépris des exclus du système bancaire et particulièrement des surendettés
-Un projet non concerté avec les parties prenantes et ne présentant aucun caractère d’urgence
Le projet de démantèlement de la Banque de France
Appelant constamment les pouvoirs publics à réduire les dépenses publiques, à remettre en cause notre système de protection sociale et cela sans aucune considération pour l’emploi de nos concitoyens et la cohésion sociale et territoriale de notre pays, Christian Noyer appelle ouvertement au démantèlement de l’Institution dont il a la charge : la Banque de France.
Son projet prévoit, dans le cadre d'une RGPP aujourd'hui officiellement révolue, outre la suppression de 2.500 postes d'ici à 2020, la fermeture de 60 bureaux d'accueil sur 85, la disparition de 20 implantations permanentes et la transformation de 55 succursales départementales sur 96 en unités allégées.
Soutenu à bout de bras par le gouvernement (sous la pression constamment renouvelée des responsables de la direction générale du Trésor, tous nommés par le précédent gouvernement et tous maintenus dans leurs fonctions antérieures en dépit de l'alternance), ce projet de démantèlement, qui n'a pas été modifié de manière significative depuis début 2013, a suscité une très forte mobilisation du personnel et de très vives réactions de nombreux responsables politiques.
Un projet de démantèlement expertisé et reconnu comme dépourvu de justification économique
Démanteler la Banque de France est un objectif politique majeur pour son Gouverneur. Le but poursuivi est de conforter et crédibiliser son discours, sans cesse martelé auprès des pouvoirs publics et de l’opinion publique, d’engager de fortes réformes structurelles au sein du secteur public à commencer par l’institution dont il a la charge. Car comme nous allons le voir, ce projet de démantèlement est dépourvu de motifs économiques légitimes.
Mandaté par le comité d’entreprise, le cabinet d’expertise SECAFI a rendu son avis le 7 janvier 2013. Il a démontré qu’il n’y a aucune logique, ni opérationnelle ni en termes de missions, dans la restructuration proposée par la Banque de France. Les experts ont mis en évidence les risques ou les faiblesses de la réorganisation pour effectuer les missions, d’autant qu’aucune justification économique n’a été apportée par la direction à la suppression de 2 500 postes.
Une des toutes premières de ces missions : assurer la qualité des billets mis en circulation sur le territoire national. En réduisant de 72 à 32 le nombre de caisses, il est incontestable que ces 40 fermetures généreront de fortes complications sur la filière. Et particulièrement pour les convoyeurs de fonds, face à «l’augmentation des distances parcourues soit par effet d’éloignement soit par effet de fréquence des navettes. Est-ce le bon choix sur le plan de la sécurité? » s’interrogent les auteurs de l’expertise, tout en alertant sur le risque de voir se développer «de nouvelles formes de braquage».
D’autre part, que se soit pour la cotation des entreprises ou le surendettement des ménages, les auteurs regrettent la séparation géographique entre l’accueil des usagers et la saisie des dossiers, mais aussi la volonté d’informatiser au maximum la saisine. Les experts notent que «l’implémentation de ces outils n’a pas été systématiquement suivie d’une amélioration de la productivité», alors que les risques sont clairement identifiés: «L’affirmation que dans 51 départements, les effectifs des succursales seront constitués de 4 à 10 personnes, nous semble donner une indication claire qui ne nous semble pas réaliste ». Le projet de réorganisation sous-estime par ailleurs la part du travail qu’il restera à faire sur place. Il sous-estime aussi l’importance, du point de vue de la qualité des dossiers (entreprises ou particuliers), du “lien entre le terrain et le dossier”.» Par ailleurs, pour les entreprises, les analystes déplorent que «le projet ne soit pas construit à partir des besoins exprimés».
Clairement, le projet n’est pas cohérent. Il menace la bonne exécution des missions de la Banque de France et est particulièrement préoccupant quant à la sécurité des convoyeurs de fonds.
Un projet conçu au mépris de l’emploi de nos concitoyens dans une situation de chômage aggravé
Notre pays est affecté par un taux de chômage gravissime qui atteint aujourd’hui un pourcentage record. Dans de telles circonstances, comme l’ont souligné le Président de la République et le Premier ministre, tous les moyens publics doivent être mobilisés dans la bataille de l’emploi.
Or, le gouvernement refuse de reconsidérer ce projet de démantèlement à la lueur des faits. Les agents des succursales de la Banque de France sont les seuls dans l'histoire économique et sociale de notre pays à avoir permis, en un peu plus de trois ans, de sauvegarder cent dix sept fois plus d'emplois dans le secteur privé que ceux qu'il est envisagé de supprimer en interne (2 500 suppressions d'emplois programmées contre 293 444 emplois sauvegardés et 16 621 entreprises confortées à travers la médiation du crédit entre fin novembre 2008 et fin 2012 – Communication officielle du ministère de l’économie et des finances du 6 mars 2013).
Il ne suffit pas de se réjouir de tels résultats en omettant délibérément d’en attribuer publiquement la paternité aux agents des succursales de la Banque de France. Encore faut-il leur donner les moyens de poursuivre leur mission de sauvegarde d’emplois dans les PME et TPE. La mise en oeuvre du projet de démantèlement de la Banque de France, soutenue par le ministre de l’économie et des finances, ne saurait y contribuer …
Un projet conçu au mépris des exclus du système bancaire et particulièrement des surendettés
Comme l’ont souligné 8 associations de consommateurs (ADEIC, AFOC, ASSECO-CFDT, INDECOSA-CGT, CNL, FNAUT, CNAFAL, LEO LAGRANGE) regroupées au sein de CONSOFRANCE et représentant 2 500 000 citoyens consommateurs, ce projet menace gravement la cohésion sociale de notre pays compte tenu du rôle joué par la Banque de France dans la lutte contre l’exclusion bancaire (traitement du surendettement et droit au compte notamment).
Ce projet vise également à travers une forte incitation auprès des ménages surendettés à saisir en ligne, directement sur Internet, les dossiers de surendettement :
- A couper le lien physique entre ces ménages (environ 200 000 par an) et les agents de la Banque de France travaillant au sein des implantations territoriales qui seraient supprimées ou considérablement allégées,
- A opérer un transfert de charges - dont la collectivité nationale paierait le coût - sur des travailleurs sociaux déjà largement sollicités pour aider les ménages surendettés à saisir en ligne des dossiers de surendettement qui sont, par nature, des dossiers volumineux, complexes, qui requièrent beaucoup de précision dans leur saisie (risque d’erreur considérable) et qui sont enfin des dossiers lourds d’enjeux financiers pour les ménages concernés.
La Banque de France entend lancer ce transfert de charges sans avoir pris l’attache préalable des employeurs directement concernés (CCAS, Conseils généraux …). La Banque de France programme également un large transfert de charges en direction des associations de consommateurs dont les bénévoles seraient mobilisés pour compenser les très importantes suppressions d’emplois envisagées à la Banque de France. Il s’agit là d’une instrumentalisation pure et simple d’agents publics et de militants associatifs bénévoles.
Un projet non concerté avec les parties prenantes et ne présentant aucun caractère d’urgence
Enfin ce projet de démantèlement n'a fait l'objet d'aucune concertation préalableréelle et sérieuse avec l’ensemble des parties prenantes (hormis des exercices, au cours des dernières semaines, de pures relations publiques avec quelques élus locaux et nationaux). Il ne présente aucun caractère d'urgence (il est prévu de l'étaler sur 8 ans). La Banque de France a vu son bénéfice net doubler à 3,14 milliards d'euros et son résultat d'exploitation grimper de 43 %, à 8,1 milliards, sur l'exercice 2012.
Il n'existe absolument aucune raison objective, de la part du gouvernement, de refuser d'entendre tous les élus qui demandent - conformément au voeu exprimé par tous les syndicats de la Banque de France - une table ronde sur l'avenir de l'Institution ouverte à l'ensemble des parties prenantes concernées, notamment aux parlementaires et aux élus locaux. Se sont notamment ralliés à cette position :
- André Laignel, premier vice-président de l'Association des maires de France (plus de 36 000 maires adhérents) qui indique que les maires : « demandent au ministre de l'Economie de bien vouloir réunir toutes les parties (élus, parlementaires, direction de la banque et syndicats) pour échanger et discuter de l'évolution de l'organisation de la Banque de France ».
- Bruno Le Roux, Président du groupe Socialiste, Républicain et citoyen, premier groupe parlementaire de l'Assemblée nationale qui écrit au Gouverneur Noyer, le 10 décembre 2012, qu'il "considère que la redéfinition des missions et de la présence territoriale de la Banque de France ne peut se faire que dans le cadre d'une véritable concertation avec la représentation nationale, les élus locaux, les représentants des salariés et les différents interlocuteurs concernés, à partir de l'évaluation du niveau d'activité de ses implantations locales et des besoins économiques et sociaux des territoires" .
- EELV reste attaché au maillage territorial de la Banque de France et à son action de proximité. Les écologistes souhaitent que soit décidé un moratoire sur ce plan de restructuration, afin d’ouvrir le dialogue sur le plan stratégique à porter, associant les élus, les syndicats, le personnel et les usagers.
- La totalité des parlementaires communistes ont demandé au Premier ministre d'organiser une table ronde sur l'avenir de la Banque de France.
- Le Parti de Gauche soutient le projet intersyndical qui affirme l’ambition de la Banque de France au service des citoyens, des banques, des entreprises, et marque une volonté de développement.
Face au projet de démantèlement non concerté préalablement d'un Gouverneur non élu, nous souhaitons que le gouvernement, conformément aux usages républicains et aux valeurs démocratiques de notre pays, entende enfin la voix des personnels, de leurs représentants, des élus locaux et nationaux et des partis en faveur d'une issue au conflit qui soit, d'une part, respectueuse de l'intérêt général, des populations, notamment des exclus du système bancaire, et des territoires et, d'autre part, porteuse d'avenir dans le cadre d'un système bancaire mieux régulé et mieux supervisé.
* Collectif " Pour un Pôle public financier au service des Droits !" (Droit à l’emploi et à un revenu décent, Droit à des services publics de proximité et de qualité, Droit au logement, Droit à la conversion écologique de l’économie, Droit à l’inclusion bancaire et financière) regroupant les organisations :
CGTG IEDOM/AFD GUADELOUPE, CGTR IEDOM/AFD REUNION, SNB IEDOM/AFD MARTINIQUE, CGT MA IEDOM MAYOTTE, SNUCLIAS-FSU, CREDIT FONCIER : CFTC, CFE/CGC, CGT, SU/SNA, et CFDT (sous- délégation SPUCE), CAISSES D’EPARGNE (COLLECTIF NATIONAL CGT CAISSES D’EPARGNE, SNP FO), SNUP- CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS-FSU, CGT GROUPE CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS, CGT BANQUE DE FRANCE, CGT AGENCE FRANCAISE DE DEVELOPPEMENT, SPUCE CFDT (PARIS- ILE DE FRANCE : BANQUE DE FRANCE, CAISSES D’EPARGNE, CREDIT FONCIER, AGENCE FRANCAISE DE DEVELOPPEMENT), INDECOSA CGT, UNION SYNDICALE SOLIDAIRES, FEDERATION CGT FINANCES, FEDERATION CGT BANQUE ET ASSURANCE, FEDERATION SUD PTT, UNION FEDERALE DES RETRAITES CGT DE LA BANQUE ET DE L’ASSURANCE
Et
AFVS (Association des familles victimes du saturnisme), AITEC (Association internationale des techniciens, experts et chercheurs), ATTAC FRANCE, FONDATION COPERNIC, MARCHES EUROPEENNES, DAL (Droit au Logement), CONVERGENCES POUR LES SERVICES PUBLICS, COORDINATION NATIONALE DE DEFENSE DES HOPITAUX ET DES MATERNITES DE PROXIMITE, RESISTANCE SOCIALE
Cet article est le 122ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie
Une belle initiative, trop liée à la logique de la finance
Le Collectif « Pour un Pôle public financier au service des Droits ! »*, qui comprend de nombreuses organisations syndicales représentant les salariés des secteurs bancaire et financier, ainsi que diverses associations politiques plus généralistes, vient de publier un document analysant l’action du président de la République au premier anniversaire de son entrée à l’Elysée.
BANQUES ET FINANCEMENT DES BESOINS ECONOMIQUES, SOCIAUX ET ENVIRONNEMENTAUX
Premier bilan de François Hollande, Président de la République (Mai 2012 - Mai 2013).
* Notre collectif est, pour une grande part, le successeur d’un autre collectif : le collectif « Pas touche au Livret A ! » qui s’est mobilisé, en 2007 et 2008, contre la banalisation de ce livret et pour le financement du logement social. Ce collectif était lui-même issu de l’intersyndicale du secteur semi-public économique et financier créée en octobre 1995, qui, forte d’une trentaine d’organisations syndicales, a porté pendant près de 15 ans une revendication unique : la mise en place d’un pôle public financier.
Cette intersyndicale a lutté au côté des personnels de différents établissements contre les logiques de démantèlement mises en œuvre par différents gouvernements : tentative de liquidation du Crédit Foncier de France, abandon du statut à « but non lucratif » des Caisses d’épargne, tentative de filialisation des activités et de démantèlement du statut du personnel de l’IEDOM, restructuration du réseau de la Banque de France …
Ces logiques sont toujours à l’oeuvre : absence de toute garantie sur l’avenir du personnel de DEXIA aujourd’hui en faillite, plan de réduction de 12% des effectifs du Crédit foncier, suppression programmée de 2 500 emplois à la Banque de France, projet en suspens de filialisation des activités de l’Agence française de développement en Outre-mer …
Rappel : Collectif pour un Pôle public financier : la réforme bancaire ne règle rien - 4 mai 2013
Collectif pour un Pôle public financier et Crédit Immobilier de France - 3 mai 2013
Le Pôle public financier fait le bilan de la première année de Hollande - 2 mai 2013
Voici, dans ce document, la partie concernant le projet de Banque publique d’investissement :
- Un projet de loi qui révèle que l’emploi n’est pas une priorité du gouvernement
- Un projet élaboré dans des conditions contestables et manifestement sous-doté financièrement
La Banque publique d’investissement
Aucun projet, issu des promesses du candidat François Hollande, n’aura suscité autant d’intérêt de la part de notre Collectif.
En effet, nous militons pour la mise en réseau des institutions économiques et financières investies de missions d’intérêt général, afin d’en améliorer l’efficacité et le service rendu à la collectivité nationale. Or, la Banque publique d’investissement (BPI), à travers un meilleur financement de l’économie, constituait une rare opportunité d’affirmer une grande ambition au service de l’emploi et de la nécessaire conversion écologique de l’économie au moment même où notre pays est à la recherche d’un nouveau modèle de développement capable de répondre aux enjeux sociaux et écologiques. Malheureusement, il n’en a rien été.
Un projet de loi qui révèle que l’emploi n’est pas une priorité du gouvernement
Notre Collectif s’est empressé, durant la campagne présidentielle, de solliciter des entrevues auprès de l’équipe de campagne du candidat. Malgré des demandes répétées, aucune de ses demandes n’a abouti. Alors que la banque publique d’investissement était présentée par beaucoup comme un outil au service de l’emploi, Monsieur Alain Rousset sera particulièrement clair s’agissant du programme de François Hollande : « la première partie de son projet est consacré aux entreprises ». ll ira plus loin au lendemain même de la présentation du projet de loi en conseil des ministres. En plein congrès de l’Association des Régions de France, Alain Rousset sera amené à déclarer que la BPI a également vocation à financer des « licenciements ».
En effet, Alain Rousset a souhaité publiquement que la BPI puisse proposer des « fonds de retournement » ceci afin d’intervenir pour aider une entreprise en difficulté à la « retourner ». C’est-à-dire la soutenir aussi bien pour réaliser des investissements que des licenciements. Alain Rousset est catégorique : « Si on veut sauver une technologie, il peut-être préférable de passer de 250 à 60 salariés ». On comprendra aisément que le Président de l’Association des Régions de France n’ait pas vu d’intérêt à débattre du projet de BPI avec des militants syndicaux et associatifs.
Il en va de même du gouvernement puisque aucune de nos demandes d’entrevue auprès de Monsieur Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, sur le projet de BPI ne se concrétisera. Et cela malgré notre appel direct à intervenir auprès du conseiller social du Premier ministre.
Le 28 octobre 2012, notre Collectif demandera l’intervention du cabinet du Premier ministre, afin d’être reçu à Bercy, en s’appuyant sur la déclaration suivante de Monsieur Jean-Marc Ayrault : " Je l'ai dit, dans ma déclaration de politique générale: une condition fondamentale de la réussite de toutes ces réformes dans la durée, c'est le dialogue social. Et je revendique ma méthode. C'est celle de la mobilisation de toutes les forces du pays (...), de la fédération de toutes les énergies, de l'adhésion des Français à des solutions durables qui permettent d'ancrer le changement dans la durée'.
Cette intervention n’aura aucun résultat. Et pour cause, le projet de loi portant création de la banque publique d’investissement, enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 17 octobre 2012 et cosigné par le Premier ministre et le ministre de l’économie et des finances ne contient aucune référence à l’emploi. Le terme « emploi » n’y figure pas. On ne saurait mieux signifier que l’emploi n’est pas une priorité de l’actuel gouvernement contrairement à la réduction des déficits publics et au soutien à la compétitivité des entreprises (le fait que le Parlement adoptera un amendement intégrant le terme « emploi » dans le texte qui sera définitivement voté ne change rien sur le fond). L’introduction de critères sociaux et environnementaux dans l’action de la BPI, voulue par notre Collectif et soutenue par quelques parlementaires, ne sera pas retenue par le parlement.
Un projet élaboré dans des conditions contestables et manifestement sous-doté financièrement
Le projet de banque publique d’investissement a donné lieu à une polémique publique sur le choix de la banque conseil retenue par le gouvernement : la Banque Lazard. On se souvient que ce choix a été réalisé sans l’aval d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, et sans véritable appel d’offres (un simple coup de fil auprès de plusieurs banques conseils …). Il y avait effectivement de quoi être surpris sachant que cette banque conseil fut retenue, par exemple, pour la création de NATIXIS, un véritable désastre financier qui conduisit pour éponger des pertes abyssales à la création du groupe BPCE. Groupe qui s’est illustré, notamment pour sa partie Caisses d’épargne, par de graves manquements aux valeurs mutualistes depuis le changement, en 1999, de son statut et l’abandon délibéré de son statut « à but non lucratif ». Changement de statut porté par Dominique Strauss-Kahn, alors ministre de l’économie et des finances, à la demande de Charles Milhaud ancien Président du directoire de la Caisse nationale des Caisses d’épargne, et adoptée à l’Assemblée grâce à l’abstention du groupe écologiste.
Monsieur Arnaud Montebourg sera amené à déclarer que la BPI «ne peut pas être créée par des banquiers, parce que faire une banque qui ressemblerait à d'autres banques, c'est vraiment pas ce que l'on cherche à faire». Nous ne pouvons que souscrire à de tels propos.
On se souvient moins du débat très tendu, entre Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, qui a précédé la création de la BPI. C’est le schéma – très modeste et conforme aux intérêts du patronat bancaire – qui a été retenu par le gouvernement. Le ministre du Redressement productif plaidait, pour sa part, pour que la BPI dispose d’une force financière considérable à la hauteur des enjeux (250 à 300 milliards d’euros). Cela nécessitait inévitablement de réorienter une part très significative de l’épargne de nos concitoyens vers la BPI.
Le projet, finalement adopté et défendu par Pierre Moscovici devant le parlement, prévoit que la BPI dispose de 20 milliards d’euros de fonds propres, apportés à parité par ses deux actionnaires, la CDC et l’Etat. Selon le ministre des finances, « cela donne 20 milliards d’euros en prêts ; 12 milliards d’euros de capacité en garanties ; 10 milliards d’euros de capacité d’investissement en fonds propres sur le quinquennat ».
Habile présentation qui consiste à faire des bilans des différentes structures financières qui vont être agrégées sous la houlette de la BPI, mais ne donne pas une vraie idée de ses réels moyens. Or, ceux-ci ne seront qu’à peine supérieurs à ceux des structures préexistantes, mis à part l’apport qui sera généré par l’augmentation du plafond des dépôts sur le Livret A.
Dès lors, les jeux sont faits : la BPI n’est pas en mesure de se substituer aux banques défaillantes dans le financement de l’économie mais contrainte à coopérer avec elles ; c’est-à-dire réaliser du cofinancement en fonction des critères classiques en vigueur dans l’ensemble du secteur bancaire et cela au moment même où nombre d’entreprises sont confrontées à un resserrement drastique du crédit. C’est d’ailleurs ce que dit sans ambages Nicolas Dufourcq directeur général de la BPI : « Je rappelle que nous interviendrons toujours dans une logique de co-financement, il est hors de question de faire du crédit sec en concurrence frontale avec les banques. Nous n'en avons d'ailleurs pas les moyens. La BPI est une institution de place, qui s'inscrit nativement en cofinancement avec ses partenaires bancaires et la profession du capital-investissement. C'est la banque qui fait la courte-échelle au marché. »
Au final, la BPI apparaît comme une très belle initiative gâchée par le jeu des lobbys et des influences qui ne veulent pas que l’Etat s’extraie du poids et des choix du secteur financier et des marchés. Quant aux disputes sur la place de tel ou tel dans l’organigramme de la BPI ou de la place des Régions par rapport à l’Etat, il s’agit de débats secondaires très éloignés de la finalité poursuivie : un meilleur financement de l’économie de notre pays qui nécessite une véritable volonté politique qui a failli dans la mise en place de la BPI, la définition de ses moyens et de ses orientations qui contribueront très peu à la reconquête de l’emploi et à la conversion écologique de l’économie.
NB : Concernant la Banque publique d’investissement (BPI), Benoît Hamon a indiqué, le 5 mars 2013 devant Le Réseau des territoires pour l’économie sociale et solidaire (RTES) et cinq associations d’élus, que l'ESS y serait représentée tant dans les instances nationales que régionales. La BPI devra réserver 500 millions au financement d’initiatives relevant de l’ESS.
Le ministre a précisé qu'il s'attend à ce qu’il ne soit pas toujours facile de convaincre les représentants de la BPI d’investir dans des projets dont le retour sur investissement se fait sur le long terme. Et d’avancer l’idée que « lors de l’évaluation de la performance de la BPI, il faudra sanctuariser l’ESS. ». Nous soutenons ce principe de sanctuarisation.
* Collectif " Pour un Pôle public financier au service des Droits !"(Droit à l’emploi et à un revenu décent, Droit à des services publics de proximité et de qualité, Droit au logement, Droit à la conversion écologique de l’économie, Droit à l’inclusion bancaire et financière) regroupant les organisations :
CGTG IEDOM/AFD GUADELOUPE, CGTR IEDOM/AFD REUNION, SNB IEDOM/AFD MARTINIQUE, CGT MA IEDOM MAYOTTE, SNUCLIAS-FSU, CREDIT FONCIER : CFTC, CFE/CGC, CGT, SU/SNA, et CFDT (sous- délégation SPUCE), CAISSES D’EPARGNE (COLLECTIF NATIONAL CGT CAISSES D’EPARGNE, SNP FO), SNUP- CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS-FSU, CGT GROUPE CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS, CGT BANQUE DE FRANCE, CGT AGENCE FRANCAISE DE DEVELOPPEMENT, SPUCE CFDT (PARIS- ILE DE FRANCE : BANQUE DE FRANCE, CAISSES D’EPARGNE, CREDIT FONCIER, AGENCE FRANCAISE DE DEVELOPPEMENT), INDECOSA CGT, UNION SYNDICALE SOLIDAIRES, FEDERATION CGT FINANCES, FEDERATION CGT BANQUE ET ASSURANCE, FEDERATION SUD PTT, UNION FEDERALE DES RETRAITES CGT DE LA BANQUE ET DE L’ASSURANCE
Et
AFVS (Association des familles victimes du saturnisme), AITEC (Association internationale des techniciens, experts et chercheurs), ATTAC FRANCE, FONDATION COPERNIC, MARCHES EUROPEENNES, DAL (Droit au Logement), CONVERGENCES POUR LES SERVICES PUBLICS, COORDINATION NATIONALE DE DEFENSE DES HOPITAUX ET DES MATERNITES DE PROXIMITE, RESISTANCE SOCIALE
Cet article est le 121ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie
Capitulation devant le lobby financier, faute politique
Le Collectif « Pour un Pôle public financier au service des Droits ! », qui comprend de nombreuses organisations syndicales représentant les salariés des secteurs bancaire et financier, ainsi que diverses associations politiques plus généralistes, vient de publier ses réflexions concernant l’action du président de la République au premier anniversaire de son entrée à l’Elysée.
Voir Le Pôle public financier fait le bilan de la première année de Hollande - 2 mai 2013.
* Notre collectif est, pour une grande part, le successeur d’un autre collectif : le collectif « Pas touche au Livret A ! » qui s’est mobilisé, en 2007 et 2008, contre la banalisation de ce livret et pour le financement du logement social. Ce collectif était lui-même issu de l’intersyndicale du secteur semi-public économique et financier créée en octobre 1995, qui, forte d’une trentaine d’organisations syndicales, a porté pendant près de 15 ans une revendication unique : la mise en place d’un pôle public financier.
Cette intersyndicale a lutté au côté des personnels de différents établissements contre les logiques de démantèlement mises en œuvre par différents gouvernements : tentative de liquidation du Crédit Foncier de France, abandon du statut à « but non lucratif » des Caisses d’épargne, tentative de filialisation des activités et de démantèlement du statut du personnel de l’IEDOM, restructuration du réseau de la Banque de France …
Ces logiques sont toujours à l’oeuvre : absence de toute garantie sur l’avenir du personnel de DEXIA aujourd’hui en faillite, plan de réduction de 12% des effectifs du Crédit foncier, suppression programmée de 2 500 emplois à la Banque de France, projet en suspens de filialisation des activités de l’Agence française de développement en Outre-mer …
Voici, dans ce document*, la partie concernant la réforme bancaire :
- Un engagement solennel de François Hollande
- Un projet de loi a minima
- Un Président de la République et un gouvernement sous l’influence du lobby bancaire et de la technostructure
- Quand Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, appelle le Parlement à ne pas « moraliser » le secteur bancaire
- Un danger pour la démocratie
La réforme bancaire
Un engagement solennel de François Hollande
Le 22 janvier 2012, dans son discours du Bourget, François Hollande déclarait : "Maîtriser la finance commencera ici par le vote d'une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives." Une promesse détaillée dans un entretien au Nouvel Observateur : "Je veux séparer au sein de chaque établissement les activités de crédit, de dépôt et celles dites de spéculation. Il n'y a pas besoin de séparer les établissements. Des produits financiers seront interdits : les CDS [crédit default swap] à nu et les produits détachés de l'économie réelle. Aucune activité de placement spéculatif ne pourra être financée à partir des dépôts des Français."
Dans le septième de ses 60 engagements de candidat (voir les-60-engagements-pour-la-france-de-francois-hollande), il promettait de s'attaquer aux banques en les surtaxant de 15 % et en séparant le bon grain de l'ivraie (les activités utiles des opérations spéculatives). C’est en grande partie sur cette promesse, celle d’une réappropriation collective de la finance au service de l’intérêt général, que François Hollande est parvenu à constituer une majorité autour de sa candidature, ce qui l’a porté à la Présidence de la République en mai 2012.
C’est cette volonté d’une réappropriation collective de la finance au service de l’intérêt général qui constitue le « ciment » qui rassemble les organisations associatives et syndicales, membres du Collectif « Pour un Pôle public financier au service des Droits ».
« Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance », clamait François Hollande dans une formule restée comme le marqueur de sa campagne. Un an plus tard, que reste-t-il de cette volonté de réformer le secteur bancaire à l’origine des crises de ces dernières années ?
L'axe central proposé par le candidat Hollande était d’obliger les banques à ne plus mélanger leurs deux grands métiers : financer l'économie réelle grâce au crédit et aux comptes des particuliers, d'une part ; placer de l'argent des spéculateurs sur les marchés financiers à leurs risques et périls, d'autre part.
Un projet de loi a minima
En réalité le projet de loi présenté par le gouvernement et adopté par le Parlement ne sépare quasiment pas les activités de banques de crédit et de dépôt avec les activités des banques de marché. La majorité parlementaire, après avoir fait mine de se rebeller, est rentrée – comme toujours – dans le rang. Ce qu'a d'ailleurs reconnu le porte-parole du groupe PS à l’Assemblée nationale, Thierry Mandon. Interrogé par Le Monde, mercredi 6 février, il assurait : "Il y a eu quelques crises d'acné [mais] on a appelé à la sagesse. Il n'y aura pas de psychodrame. Les amendements acceptés resteront cosmétiques. On n'a pas la volonté de charger la barque des banques".
Un Président de la République et un gouvernement sous l’influence du lobby bancaire et de la technostructure
Effectivement la barque des banques n’a pas été chargée. Dans les semaines qui ont suivi le discours du Bourget, avant même les élections présidentielles, le patronat bancaire soutenu par le Gouverneur de la Banque de France et la direction du Trésor (dont tous les responsables, nommés par le pouvoir Sarkoziste, ont été maintenus en place) ont fait le siège des principaux dirigeants du Parti socialiste et sont parvenus à leur fin : vider de sa substance l’engagement solennel pris par le Président de la République vis-à-vis de nos concitoyens.
Dès le 8 novembre 2012, et alors que le texte élaboré par le gouvernement n’est pas encore connu, Frédéric Oudéa, patron de la Société générale « se félicite de la bonne compréhension du gouvernement », révèle L’Express.
Encore déterminée, Karine Berger, députée PS nommée rapporteur du projet, promet que le Parti socialiste imposera « la réforme structurelle dont ils ne veulent pas ». Mais, selon L’Express, le directeur du Trésor, Ramon Fernandez, aurait « laissé entendre que les modalités d’application, sujet trop technique, pourraient relever du superviseur, l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), et non pas du débat législatif ».
Au final, le projet de loi bancaire français apparaît à de nombreux observateurs comme le pire de tous. Il «cumule les faiblesses de tous les projets existants» à l'étranger, juge le chercheur Gaël Giraud. Il est qualifié de « non-réforme bancaire » par Attac. Dans un entretien au Monde du 18 décembre 2012, Thierry Philipponnat, secrétaire général de l'association internationale Finance Watch, a critiqué le projet de loi de réforme bancaire. Pour l'ex-banquier spécialiste des produits financiers complexes –ancien d'UBS, BNP Paribas et Euronext, il s’agit d’un projet « en trompe l’oeil » et il ajoute : « Le président de la République, François Hollande, avait promis d'isoler les activités de crédit des activités spéculatives. Le texte parle désormais d'isoler les activités utiles à l'économie des activités spéculatives. Quel glissement sémantique ! Sous l'apparence du bon sens – l'utilité –, on a vidé la réforme de sa substance. »
Le 20 décembre 2012, le président du directoire de la BPCE, François Pérol, estimera que la réforme bancaire envisagée par le gouvernement était une «bonne réforme », ce qui surprendra certains observateurs. On comprendra mieux quelques semaines plus tard. En effet, le 30 janvier 2013, devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale, Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale, reconnaîtra l’évidence : la loi bancaire préparée par Bercy impactera moins de 1% de l’activité bancaire. Une goutte d’eau dans l’océan des profits bancaires.
Quand Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, appelle le Parlement à ne pas « moraliser » le secteur bancaire
Le 26 février 2013, devant la commission des Finances du Sénat, Pierre Moscovici déclarait : « Le Gouvernement avait proposé un plafonnement des frais pour les populations fragiles : c'était ma préoccupation centrale. L'Assemblée nationale a étendu ce plafonnement à tous les clients et à toutes les commissions d'intervention. A vous d'intervenir, sachant qu'il s'agit d'un enjeu économique important pour les banques : le chiffre de 1,8 milliard d'euros, qui a été évoqué, est le bon. On peut déplorer cette structure de financement, quoique notre rôle ne soit pas de porter des jugements moraux mais de nous assurer que le système financier fonctionne. Ayons aussi en tête la situation de l’emploi. Je vous invite à chercher un équilibre respectant l’objectif du Gouvernement. Un plafond unique risque d’être trop bas pour certains et trop haut pour d'autres : mieux vaut laisser la détermination des montants à la discrétion du pouvoir réglementaire. »
Pierre Moscovici obtiendra satisfaction sur ce point et le Sénat adoptera, à son tour, en première lecture le projet de loi, improprement appelé, de séparation et de régulation des activités bancaires, qu'il a durci notamment en matière de paradis fiscaux et de rémunération des banquiers.
Un mois auparavant, Pierre Moscovici publiait sur son blog personnel : Mon interview dans le Monde : « Nous sommes les premiers à entreprendre pour moraliser la finance ».
Sans commentaire …
Un danger pour la démocratie
Les banquiers français ont fait feu de tout bois pour empêcher une mise en cause de leur modèle économique. Les dispositions arrêtées par le gouvernement leur ont donné satisfaction. C'est une régulation a minima des activités spéculatives qui a été finalement avalisée par le Parlement.
Une micro régulation qui ne garantit absolument pas que demain il ne soit pas fait à nouveau appel au contribuable pour renflouer le secteur bancaire qui n’a été quasiment en rien découragé dans ses activités spéculatives. Dans son interview au Monde du 18 décembre 2012, M. Philipponat déclarait à propos des banques françaises : « Ce n'est pas parce que les banques ont résisté par le passé à un choc financier, qu'elles résisteront toujours. Quand un système fait faillite, ce sont deux générations de contribuables qui paient la facture. On le voit au Royaume-Uni, où la dette publique a augmenté de 50 % après le sauvetage des banques en 2008-2009. »
Cette absence de contrôle du secteur bancaire s’inscrit dans un cadre qui fragilise l’économie mondiale et la cohésion économique et sociale de notre pays avec les conséquences absolument désastreuses que l’on connaît :
- resserrement du crédit au détriment de l’économie réelle et de la satisfaction des besoins économiques, sociaux et environnementaux,
- augmentation du chômage et de la précarité,
- priorité absolue accordée aux politiques d’austérité afin de satisfaire les attentes des marchés financiers,
- renoncement aux idéaux de justice et de progrès social qui constituent les fondements historiques et idéologiques des partis de la gauche gouvernementale,
- sentiment d’abandon voire de trahison des électeurs et des forces sociales qui ont permis l’alternance politique (présidentielles et législatives de 2012) ce qui ouvre vraisemblablement la voie à de futurs choix très éloignés des valeurs républicaines.
Avoir laissé le patronat bancaire, la direction du Trésor et le Gouverneur de la Banque de France, tous dépourvus de légitimité démocratique, dicter au Président de la République et au gouvernement le projet de loi qui a été présenté et validé par le Parlement, constitue incontestablement une capitulation en rase campagne devant le lobby financier et une faute politique gravissime, très lourde de conséquences économiques, sociales et politiques.
Rappel : Collectif pour un Pôle public financier et Crédit Immobilier de France - 3 mai 2013
Réforme bancaire : elle a été votée sans opposition par le Sénat - 22 mars 2013
Cet article est le 120ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie
Déception du collectif à l’égard des réformes financières
Le Collectif « Pour un Pôle public financier au service des Droits ! », qui comprend de nombreuses organisations syndicales représentant les salariés des secteurs bancaire et financier, ainsi que diverses associations politiques plus généralistes (voir collectif Pole public financier au service des droits), vient de publier ses réflexions concernant l’action du président de la République au premier anniversaire de son entrée à l’Elysée.
La lettre au Premier ministre résume ce que pense le collectif de cette première année Hollande. Elle exprime aussi une forte attente que soient corrigées les insuffisances constatées.
Monsieur le Premier ministre,
Notre Collectif qui rassemble des organisations syndicales de métropole et d’outre-mer, issues des 5 confédérations ainsi que de la FSU et de Solidaires, et des associations emblématiques du mouvement social, a dressé un premier bilan de l’action du Président de la République, sur la période mai 2012 – mai 2013, des mesures adoptées ou envisagées, par votre gouvernement, visant le secteur bancaire et financier et le financement de l’économie, de l’emploi, du logement, de la transition énergétique et de diverses finalités d’intérêt général.
Ce bilan, que nous portons à votre connaissance, a été établi sur la base des engagements de campagne de Monsieur François Hollande, pris devant l’ensemble de nos concitoyens. Engagements, qui, il faut le rappeler dans la période que nous traversons, ont fortement contribué à la mobilisation d’une grande partie des acteurs sociaux en faveur de l’alternance intervenue en 2012.
Nous rendons public ce bilan au moment où le chômage mais aussi la précarité et le mal-logement, notamment, atteignent, en France, des sommets historiques. Partageant le sentiment de millions de nos concitoyens, nous ne vous cacherons pas notre profonde déception à l’égard de la politique suivie, notamment sur les dossiers suivants :
· Déception à l’égard d’une réforme bancaire, en cours d’examen au parlement, dont le contenu ne correspond pas à l’engagement de Monsieur François Hollande : "Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi, de leurs opérations spéculatives" et qui de l’aveu du ministre de l’économie et des finances, devant la Commission des finances du Sénat, ne vise pas à moraliser le secteur financier mais plutôt à s’assurer que « le système financier fonctionne ».
· Déception à l’égard d’une banque publique d’investissement sous-dotée financièrement et qui est entièrement dédiée au soutien aux entreprises en omettant le nécessaire soutien à l’emploi. Cet objectif, introduit de manière formelle par le parlement dans le texte de loi, n’est absolument pas mentionné dans le projet de loi transmis par le gouvernement à l’Assemblée nationale. L’action de la BPI n’est légalement, aujourd’hui, reliée à aucun critère social ou environnemental. Aussi, le Directeur général de la BPI a pu indiquer, par voie de presse que "La BPI a étudié le dossier" de l'usine ArcelorMittal de Florange mais a rendu un "arbitrage business" selon lequel "on aurait perdu beaucoup d'argent et ce n'aurait pas été un bon business", a confié M. Dufourcq, interrogé en marge de la première réunion du comité national d'orientation de la banque, à Caen. De même, la BPI ne s'est pas engagée dans le dossier de la raffinerie Petroplus, préférant consacrer ses fonds à des projets jugés plus porteurs d'avenir, a-t-il indiqué. "Notre agenda, c'est la France de 2030. Petroplus, est-ce la France de 2030 ? », s'est-il interrogé. Fait significatif, le nouveau Président du comité national d’orientation de la BPI qui est également Président de l’Association des régions de France s’est déclaré, à l’occasion du congrès de cette association, favorable à ce que cette banque publique puisse financer des « licenciements ». "Si on veut sauver une technologie, il peut être préférable de passer de 250 à 60 salariés", a-t-il expliqué.
· Déception à l’égard d’un projet de loi sur le logement que votre gouvernement envisage de présenter au parlement sans le relier, semble t-il, à une quelconque obligation impérative de résultat conforme à l’engagement de Monsieur François Hollande. L’objectif de 500 000 constructions par an sera « extrêmement difficile à tenir », a reconnu la ministre du Logement et de l’Egalité des territoires lors de ses vœux à la presse. « Je pense, a-t-elle ajouté, que 2013 sera pire que 2012 », qui s’était soldée par 340 000 mises en chantier. Un chiffre qui inclut 100 000 logements sociaux, encore loin des 150 000 promis par François Hollande chaque année du mandat présidentiel,
· Déception à l’égard du projet d’extinction programmée du Crédit immobilier de France, justifié par votre gouvernement sur la base d’un « mensonge d’Etat » vivement et légitimement contesté par la Commission de Bruxelles. Ce projet - un gâchis sans nom - pourrait être aisément remis en cause, sur des bases que nous précisons et qui sont partagées par l’Union sociale pour l’Habitat (mouvement HLM), pour autant que votre gouvernement en exprime la volonté,
· Déception à l’égard du plan de démantèlement de la Banque de France, vivement contesté par de nombreux élus locaux et nationaux (y compris par votre successeur à la Présidence du groupe socialiste à l’Assemblée nationale) qui a été officiellement expertisé et reconnu comme dépourvu de toute justification économique et établi, sans concertation préalable avec les parties prenantes concernées, dans le plus complet mépris du soutien à l’emploi et des TPE-PME, et des impératifs de lutte contre l’exclusion bancaire. Ce Plan dénie par ailleurs l'importance du travail effectué par les agents sur l'assistance au montage des dossiers de surendettement, en leur substituant internet. Il conduira inévitablement à davantage de précarité chez ces populations déjà fragilisées, et à un déplacement des tâches sur les travailleurs sociaux déjà surchargés.
Si ce plan de démantèlement est mis en œuvre, il est susceptible d’entraîner des risques réels et très sérieux de sécurité visant les convoyeurs de fonds. Là encore, comme nous l’indiquons dans le bilan, votre gouvernement est en capacité d’intervenir pour favoriser une réorientation de la gestion de ce dossier. Ceci afin de faire évoluer les missions et les moyens de la Banque de France sur des bases aujourd’hui portées par plusieurs centaines d’élus locaux et nationaux, de toutes tendances, et de nombreux conseils généraux et régionaux ainsi que par plusieurs groupes parlementaires des deux assemblées. La mobilisation pleine et entière du réseau des succursales de la Banque de France – qui a déjà permis, à travers la seule mission de médiation du crédit, de sauvegarder 293 444 emplois du secteur privé entre fin 2008 et fin 2012 – doit être priorisée sur tout autre objectif conformément à votre déclaration solennelle du 25 avril 2013 : « Je ne veux pas réformer en passant en force. Plus que jamais, je veux rassembler les Français autour de la bataille de l’emploi. »
Prenant acte de votre volonté de dialogue et de rassemblement autour « de la bataille de l’emploi », nous souhaitons répondre à votre appel et nous sollicitons une entrevue auprès de votre cabinet à l’Hôtel Matignon, dans toute la mesure du possible avant le 15 mai, date prévue pour l’examen de la doctrine d’intervention de la BPI à l’Assemblée nationale.
Nous souhaitons notamment aborder la question, largement développée dans le bilan joint, de la nécessaire mobilisation de l’épargne réglementée et défiscalisée au service de l’emploi, du logement, de la transition énergétique. Comme vous pourrez le constater, sous réserve de précautions et de diverses modalités (nous demandons notamment, arguments à l’appui, que le débat soit ouvert sur la recentralisation complète des fonds collectés sur Livret A auprès de la CDC), nous réservons un accueil plutôt positif aux préconisations du rapport de Monsieur Pierre Duquesne sur l’épargne réglementée et nous sommes convaincus que l’épargne défiscalisée (notamment l’assurance-vie et ses plus de 1 400 milliards d’euros d’encours) peut constituer un puissant levier pour le redressement productif de notre pays et le financement de la conversion écologique de l’économie. Nous souhaitons également vous faire part de nos propositions en matière de lutte contre l’exclusion bancaire notamment à travers la mise en place d’un service bancaire de base universel et gratuit.
Cet article est le 119ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie
Quand l’emploi et le travail seront-ils la vraie priorité ?
Le monde du travail est particulièrement soumis à la violence des fermetures de sites comme celui de Florange ou de Pétroplus, mais aussi, à celle d’actionnaires comme ceux de Peugeot qui vont se voir gratifier de 370 millions d’euros de bonus, alors que 11 000 emplois seront supprimés.
Aussi, le passage en force du gouvernement pour faire voter le texte dit « de la sécurisation de l’emploi et de la formation professionnelle » puis son opposition soudaine à l’amnistie des salariés en lutte, pourtant votée par notre assemblée, sont des signes particulièrement négatifs en direction de tous ceux qui n’ont que leur capacité de travail pour vivre.
Les chiffres du chômage, l’étude de l’INSEE sur le pouvoir d’achat sont là pour confirmer que le mal-être des salariés employés, retraités, demandeurs d’emploi dans notre pays n’est pas qu’un ressenti momentané. Le pouvoir d’achat des ménages est en baisse pour la première fois depuis 30 ans et frappe particulièrement les plus pauvres. C’est la première fois, insiste l’INSEE, que nous constatons une accentuation aussi importante des inégalités.
Or, ce sont ces populations qui ont le plus besoin des politiques publiques, des services publics. Or, vous avez décidé de poursuivre une politique inscrite dans le Pacte de stabilité européen que de plus en plus de pays considèrent comme un carcan contre-productif pour sortir de la crise.
N’est-il pas temps, au contraire, M. le Ministre, de changer de cap ? Les forces politiques et populaires qui ont chassé Nicolas Sarkozy du pouvoir le 6 mai 2012 ne se retrouvent pas dans la politique aujourd’hui menée. Il est donc urgent d’envoyer des signes forts, sur les libertés syndicales, sur l’emploi, le pouvoir d’achat et ainsi, redonner le goût de la victoire à celles et ceux qui l’ont voulue !
M. le Ministre, quand allez-vous agir, au nom de la France, en Europe pour définir une autre politique économique, budgétaire et publique, qui retrouvera les voies de la croissance (et de la réduction des déficits !) par une dépense publique nouvelle et efficace, une plus grande justice fiscale mettant un terme aux cadeaux indécents accordés aux plus riches et aux entreprises les plus profitables, une mobilisation constante des forces du changement ?
Le président de la République a compris les effets nocifs de l’allongement de la durée des débats et des manifestations publiques concernant le mariage. On sent qu’il était impatient d’en finir avec ce qui est important pour une minorité qui veut aller toujours plus loin dans les avancées sociétales, et de passer à une question vitale pour la majorité des Français qui mettent au premier plan de leurs priorités les questions économiques et sociales. Voir Le Télégramme, 24 avril 2013 : Mariage gay. Au lendemain du vote, Hollande appelle à se rassembler sur l’emploi.
Ce mercredi, François Hollande, s'exprimant au lendemain du vote définitif par le Parlement de l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, a appelé à "l'apaisement" et au rassemblement du pays sur "l'essentiel", à savoir l'emploi et le redressement économique. Aujourd'hui, plus que jamais, le rassemblement du pays doit se faire sur ce qui est attendu par beaucoup de nos compatriotes : l'emploi, le redressement et la confiance", a déclaré François Hollande dans une courte allocution à l'Elysée à la sortie du Conseil des ministres.
"J'appelle chacun à chercher l'apaisement"
Le chef de l'Etat a précisé qu'il promulguerait la loi sur le mariage homosexuel "aussitôt donnée" la décision du Conseil
constitutionnel, saisi, ce mardi, d'un recours par les parlementaires UMP. Les Sages disposent d'un délai d'un mois pour se prononcer. "D'ici là, a dit François Hollande, je cherche et j'appelle chacun à chercher
l'apaisement, c'est-à-dire la compréhension et le respect, parce que tout maintenant doit être concentré, consacré à ce qui est l'essentiel, c'est-à-dire la réussite économique de notre pays et
la cohésion nationale" (…).
Rien n’arrête la poussée du Chômage
Le journal Les Echos, le 3 avril, évoquait La fatalité du chômage de masse.
Le Monde, ce 26 avril, a choisi un titre-choc : Chômage de masse, impuissance française
Marianne, le 25 avril : Chômage : l’insupportable addition de la rigueur Le nombre de demandeurs d'emploi sans activité en métropole a bondi en mars pour atteindre un pic historique, avec 3,224 millions d'inscrits (+36.900 en un mois), battant le record de 1997 (3,195 millions).
Rappel : La tendance à la hausse du chômage, confirmée en février en France - 27 mars 2013
En Mayenne (CÉAS-point-com, 12 avril 2013), pour les catégories A, B et C à fin février 2013 : poursuite de l’augmentation
La Mayenne compte, fin février 2013, en données brutes, 20 097 demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi, dont 17 347 (86,3 %) tenus à des actes positifs de recherche d’emploi (catégories A, B et C). Parmi ces 17 350 demandeurs d’emploi, environ 3 700 ont moins de 25 ans et 3 300 ont 50 ans ou plus. Les 25 à 49 ans (près de 10 500) représentent 60 % de l’effectif total des catégories A, B et C.
Concernant ces trois catégories A, B et C, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté sur un mois (+ 0,3 % – augmentation quasi identique pour les Pays de la Loire et la France), ainsi que sur un an (+ 15,5 %). Cette variation annuelle est très supérieure à celle de la région (+ 10,4 %) ou celle de la France (+ 9,6 %).
Toujours en variation annuelle pour ces trois catégories et pour le département, on constate, sur un an, une augmentation des demandeurs d’emploi âgés de moins de 25 ans (+ 17,4 %). Pour cette tranche d’âge, sur un an, le chômage s’accroît moins fortement pour les femmes (+ 13,7 %) que pour les hommes (+ 21,3 %). Il en est de même pour les 25 à 49 ans : l’évolution est de 17,6 % pour les hommes et 10,5 % pour les femmes ; et pour les 50 ans ou plus : + 21,3 % pour les hommes et + 16,9 %μ pour les femmes.
La Mayenne, comme les Pays de la Loire, se caractérise par une part élevée de jeunes de moins de 25 ans parmi les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi (catégories A, B et C). A contrario, la Mayenne compte moins de demandeurs d’emploi de longue durée. Concernant les femmes et les demandeurs d’emploi de 50 ans ou plus, leur part dans l’effectif total est quasiment la même en Mayenne, dans les Pays de la Loire et en France.
Cet article est le 118ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie
Commentaires