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En suspens, l’avenir de l’euro et des institutions
Ce 9 mai (comme chacun l’ignore*), c’est la fête de l’Europe. L’Union européenne a voulu célébrer ce qui est, pour elle, sa date de naissance, le 9 mai 1950 (discours de Robert Schuman**, ministre des Affaires étrangères de la France). Ainsi, le 9 mai est devenu un symbole européen (journée de l'Europe) qui, aux côtés du drapeau, de l’hymne, de la devise et de la monnaie unique (l'euro), identifie l'Union européenne en tant qu'entité politique (extrait de Toute l'Europe: 9 mai : Journée de l'Europe).
* Les inconditionnels ne l’ignorent pas. Par exemple, Guillaume Morin (MoDem) - voir Fête de l'Europe 2013 : vivement une vraie fédération européenne ! Pour lui, l’Europe, c’est plus de démocratie, la mise en place du fédéralisme et l’union autour d’une politique budgétaire.
** "L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord des solidarités de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne". C'est ce que déclarait Robert Schuman, le 9 mai 1950.
L’Allemagne en 2013 n’est plus celle de 1950
Les relations actuelles entre l’Allemagne et la France sont au cœur du débat européen. Voir Hollande profite du 8 mai pour apaiser les relations franco-allemandes (France Bleu, 8 mai 2013).
Les vieux Allemands comptent sur l'émigration des Européens du Sud (Mediapart, 7 mai 2013)
Vue de l'Allemagne, la crise qui ravage le sud de l'Europe n'a pas que des mauvais côtés. Fuyant la récession et l'austérité, des dizaines de milliers de diplômés espagnols, portugais et grecs migrent vers le nord ainsi que le confirme le bilan migratoire publié ce mardi. Berlin saisit l'aubaine pour attirer la main-d'œuvre dont le pays a besoin pour faire tourner son économie et compenser le vieillissement de sa population.
Angela Merkel mène une politique qui est contraire aux intérêts des Allemands eux-mêmes (Guillaume Duval, France Inter, vidéo, 3 mai 2013).
Guillaume Duval, rédacteur en chef à Alternatives Economiques, auteur de «Made in Germany : le modèle allemand au-delà des mythes » (Seuil) était l'invité de Patrick Cohen.
En Allemagne, les grèves se multiplient face à l'austérité (France tv info, 4 mai 2013)
Après les salariés de l'industrie, c'est au tour de ceux du secteur bancaire de se mettre en grève pour obtenir des augmentations de salaire.
Après quinze années d'austérité, les conflits salariaux se multiplient en Allemagne. Le syndicat Ver.di a annoncé vendredi 4 mai des mouvements de grève dans le secteur bancaire pour obtenir des hausses de salaire, à l'instar des salariés de l'industrie qui ont lancé un large mouvement cette semaine (…).
Ces négociations sont un temps fort de l'actualité sociale allemande et donnent le ton pour nombre d'autres secteurs. L'économie allemande continue de se porter bien mieux que celle de ses voisins, et le chômage y reste très bas, à 7% en moyenne en avril, attisant les revendications salariales après les sacrifices consentis par les salariés pendant la crise. Au début du mois d'avril, les deux millions de salariés de la fonction publique avaient obtenu 6,3% de hausse pendant deux ans, après avoir fait grève.
Le débat sur la réorientation de l’Europe s’impose
Les fédéralistes sont à la manœuvre.
Sur le blog du CEPII Un New Deal pour l'Europe (Michel Aglietta, Thomas Brand, 21 mars 2013)
L’opinion publique ressent intuitivement que la crise européenne arrive à un « moment politique ». L’euro souffre d’un vice originel qui est son incomplétude. C’est une monnaie utilisée dans les échanges par tous les citoyens des pays qui l’ont adopté, mais c’est une monnaie étrangère à tous les États. Il a fallu trois ans de crise de plus en plus profonde et étendue pour que l’impuissance de la concertation intergouvernementale comme mode de gouvernance de la zone euro soit reconnue. Sans institutions politiques fédérales, pas d’avenir pour l’euro et pas d’avancée démocratique donnant aux citoyens la conviction qu’ils appartiennent à un destin commun.
Ce livre cherche à démontrer la nature des déficiences structurelles de la zone euro et à démonter la dynamique infernale de la crise pour mieux aborder les deux questions prospectives : quelle union politique pour la zone euro ? Quelle croissance pour l’Europe ? En effet, l’originalité de ce livre est de ne pas séparer la forme du contenu, les changements institutionnels indispensables du projet européen, un projet qui doit nécessairement s’inscrire dans les mutations du capitalisme que la crise financière globale a déclenchées. Car la crise est un accélérateur de l’histoire dans cette première moitié du 21ème siècle. C’est dans la présente décennie que l’Europe devra faire les réformes qui lui permettront de conserver son influence dans la gouvernance mondiale pour répondre aux défis planétaires.
L’Europe entière sera profondément remodelée par les réformes qui feront de l’euro une monnaie complète. Les transformations institutionnelles nécessaires pour refonder le gouvernement de la zone euro sur une légitimité démocratique ne peuvent être séparées d’un contrat social de développement durable qui soit commun aux pays participants (…).
Ma préoccupation est grande concernant la zone euro (Sylvie Goulard, MoDem, 21 mars 2013)
Sylvie Goulard, députée européenne, membre de la commission des affaires économiques et monétaires a réagi ce jeudi 21 mars à la présentation du nouveau livre à la presse de Michel Aglietta, conseiller au CEPII et Thomas Brand chargé de mission au Centre d'Analyse Stratégique intitulé « Un New Deal pour l'Europe ». Celle-ci a indiqué être particulièrement préoccupée par la gouvernance de la zone euro. « Ma préoccupation est grande concernant ce qui est en train de se passer dans la zone euro. Il est crucial qu’il y ait un électrochoc » a déclaré Sylvie Goulard. Deux sources de préoccupations en particulier ont été mises en évidence par la députée : l’inadéquation des institutions existantes pour gérer l’union monétaire, et la désertion progressive des investisseurs internationaux.
Une autre vision du problème posé par l’Union européenne est celle de Jean-Pierre Chevènement.
Voir Réorienter l'Europe : JP Chevènement demande de reprendre le débat - 29 avril 2013
"La nécessaire réorientation de l’Europe, prônée pendant sa campagne par François Hollande, pose le problème des élites conservatrices en France. Elles s’appuient depuis trois décennies pour faire prévaloir leurs intérêts sur la complète superposition de l’idée européenne et du logiciel néolibéral mis en œuvre à partir de l’Acte Unique. Pour rouvrir le débat européen, comme l’exige aujourd’hui la démocratie, il faut rompre avec cette confusion monstrueuse".
Voir aussi, dans le même sens Europe à refonder : Michel Sorin propose de créer des groupes CiViQ - 30 avril 2013.
Cet article est le 122ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe
Réorienter l’Europe pour qu’elle porte le progrès et la démocratie
Un an après avoir été élu président de la République française, François Hollande confirme son objectif de réorienter l’Europe mais il se heurte à l’opposition déterminée de la chancelière allemande. En fait, les critiques se multiplient et les politiques d’austérité vacillent.
Voir Des dogmes austéritaires qui s’effondrent (Patrick Le Hyaric, 30 avril 2013)
Les rapports entre la France et l’Allemagne sont au cœur du différend européen. C’est un domaine que le sénateur MRC du Territoire de Belfort connaît fort bien. Voir Chevènement accepterait de conduire un gouvernement de salut public - 27 avril 2013.
Jean-Pierre Chevènement est très clair. « La nécessaire réorientation de l’Europe, prônée pendant sa campagne par François Hollande, pose le problème des élites conservatrices en France. Elles s’appuient depuis trois décennies pour faire prévaloir leurs intérêts sur la complète superposition de l’idée européenne et du logiciel néolibéral mis en œuvre à partir de l’Acte Unique. Pour rouvrir le débat européen, comme l’exige aujourd’hui la démocratie, il faut rompre avec cette confusion monstrueuse ».
Voir Réorienter l'Europe : JP Chevènement demande de reprendre le débat - 29 avril 2013.
L’objectif de la France est d’amener l’Europe à ne plus subir les médecines du Néolibéralisme. Le président de la République a besoin pour cela du soutien exigeant des citoyens. Nous devons l’aider à réorienter l’Europe.
En
tant que maire, j’ai contribué à fortifier les fondations de l’Europe. Voir
10 ans du jumelage Saint-Berthevin-Ceuti : les discours des maires - 6 avril 2010.
En tant que citoyen, avec quelques amis, dont Valérie Bouveri (voir Parmi les violences faites aux femmes, la manipulation destructrice) et Gérard Beillard (voir Accord interprofessionnel Wagram : le point de vue de Gérard Beillard), nous allons lancer CiViQ Europe.
Appliquons la règle des 3 R :
- Rupture de la confusion entre l’idée européenne et le logiciel néolibéral
- Refus des pratiques non démocratiques au niveau des instances européennes
- Respect par les autorités européennes des souverainetés et des langues nationales
* République exemplaire : le lien associatif citoyen créé par Michel Sorin
Cet article est le 121ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe
Cesser de confondre l’Europe et le logiciel néolibéral
Certaines vérités concernant l’Allemagne ne sont pas bonnes à dire actuellement. Le PS se fait tancer pour avoir osé critiquer la politique de la chancelière. Le président de l’Assemblée nationale aussi, y compris par des membres du gouvernement. Gilbert Casasus, chroniqueur associé à Marianne, spécialiste des relations franco-allemandes, s’est étonné (Marianne, 29 avril 2013) : Critiquer l'Allemagne, le dernier tabou ?
Pourquoi faudrait-il admettre que Berlin dicte toujours aux autres sa façon de voir ? Si certains Allemands
estiment avoir raison par définition, libre à eux de le croire. Sauf que les Français et les autres Européens peuvent être ici d’un un avis contraire. La France et son gouvernement sont
parfaitement en droit de remettre en cause la politique d’Angela Merkel. Plus nationaliste qu’européenne, elle est certainement la chancelière la moins franco-allemande de l’histoire de la
RFA.
Son approche de la relation entre l’Allemagne et la France se résume alors à un rapport de forces, dont elle détermine
elle-même les termes, se sachant vainqueur de l’épreuve qu’elle impose à son principal voisin. Sarkozy en fut d’ailleurs la principale victime. Incapable de défendre ses positions face à Berlin,
il se résigna au suivisme et laissa à l’Allemagne un rôle de leader incontesté en Europe.
En ce sens, la droite française devrait montrer plus de retenue qu’elle ne le fait ces derniers temps. Comparée à celle de François Hollande, la politique allemande de l’ancien Président de la République n’a pas plus contribué à préserver les intérêts de la France que ne le fait celle de son successeur à l’Élysée. Ce n’est pas en copiant Angela Merkel – ou Gerhard Schröder - que l’on approfondit les relations entre la France et l’Allemagne, voire au-delà, que l’on redonne à l’Europe ce qui lui fait aujourd’hui le plus cruellement défaut, à savoir une légitimité citoyenne (…).
Jean-Pierre Chevènement (à gauche sur cette photo, à
Belfort, le 2 septembre 2008, lors de l'université d'été du MRC, au côté du député européen allemand, Andre Brie) a réagi en écrivant ceci sur son blog :
Réouvrir le débat interdit pour réorienter l'Europe
La nécessaire réorientation de l’Europe, prônée pendant sa campagne par François Hollande, pose le problème des élites
conservatrices en France. Elles s’appuient depuis trois décennies pour faire prévaloir leurs intérêts sur la
complète superposition de l’idée européenne et du logiciel néolibéral mis en œuvre à partir de l’Acte Unique.
Pour rouvrir le débat européen, comme l’exige aujourd’hui la démocratie, il faut rompre avec cette confusion monstrueuse. N’en déplaise à Monsieur Juppé, parler
de relance européenne quand le chômage bat tous les records, ce n’est pas faire de la germanophobie ! Parler de l’euro fort ou du rôle de la Banque Centrale européenne, ce n’est pas faire de la
germanophobie ! Que dirait-on si j’incriminais M. Juppé de rechercher l’appui de l’Allemagne pour préserver, en France, l’ordre établi comme les élites françaises l’ont si souvent fait dans le
passé ?
Seul un débat serein et argumenté sur l’Europe est digne de la France et, j’ajoute, de l’Allemagne. Evitons s’il vous plait, les noms d’oiseaux !
Voir aussi : Pour Chevènement, Hollande doit sortir des sentiers de Maastricht (Marianne, Philippe Cohen, 4 janvier 2012).
Chevènement va tenter d'ouvrir une alternative à la politique néolibérale - 16 mars 2011
Jean-Pierre Chevènement (2011) : la France malade de ses élites - 5 avril 2013
Cet article est le 120ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe
Entre Bayrou et la gauche, Hollande devra choisir
Au sein du gouvernement, nous avions vu Montebourg en embuscade pour une autre politique gouvernementale - 10 avril 2013. Voici, côte à côte, deux articles ce 16 avril 2013 sur le site de Marianne, qui appellent le président de la République à deux politiques opposées :
Hollande doit s'affranchir de la gauche archaïque (Jean Peyrelevade)
François Hollande, lors de son interview télévisé, expliquait qu’il ne pourrait pas tenir ses objectifs de déficits car la croissance n’est pas au rendez-vous. Oui, la croissance n’est pas au rendez-vous car le gouvernement a fait un plan de hausses d’impôts et d’économies budgétaires de 30 Milliards d’euros soit 1,5% du PIB. Et dans un contexte de récession dans toute l’Europe, cette austérité a cassé le dernier moteur de la croissance française : la consommation. Comme le montre ce graphique, les ventes de détail commencent à reculer en France alors qu’elles ont déjà plongées de 30% en Espagne et de 12% en Italie.
Comme la consommation est en baisse partout en Europe sauf en Allemagne ou elle est stable depuis 10 ans, l’Europe se retrouve bien démunie avec
une demande intérieure en baisse dans tous les grands pays.
On rappellera que la croissance économique est composée de 4 termes : la consommation, facteur le plus important, les dépenses publiques, l’investissement des entreprises et la variation de
leurs stocks, le commerce extérieur.
Si l’économie est parfois une science complexe car des forces contraires difficiles à quantifier s’y exercent, il est aujourd’hui limpide que la baisse de la consommation et des dépenses
publiques entraîne forcément une baisse de l’investissement des entreprises. Il faut prendre les chefs d’entreprise pour des idiots pour penser qu’ils vont augmenter l’investissement quand la
demande qui leur est adressée - et donc leur chiffre d’affaire - est en baisse.
En l’absence de forte croissance chez vos partenaires les plus importants qui sont aussi en récession, il n’y a aucune possibilité d’avoir une très forte amélioration du commerce extérieur qui
permette à la fois de compenser la baisse de la consommation, des dépenses publiques et de l’investissement des entreprises.
Il était donc absolument impossible que la France ne soit pas dans une récession autoentretenue comme nous l’avions écrit dans l’article du 24 Septembre 2012 et il est surprenant qu’un gouvernement fasse ce pari. Car
derrière ce pari insensé, il y a la vie de millions de foyers français dont un ou plusieurs membres sont au chômage et qui, outre la souffrance morale d’être déclassés et inutiles, n’ont qu’une
chance minime de sortir de leurs difficultés financières.
Comme je l’avais montré dans un précédent article dans Marianne, le taux de
chômage est constamment minoré par les gouvernements depuis longtemps et près de 18% des Français en âge de travailler sont touchés par ce fléau. Combien y a-t-il de foyers dans notre pays ou au
moins une personne est au chômage et met en péril l’équilibre de ces ménages ? 25%, 30% ? C’est impossible à dire mais ce chiffre est considérable.
Comment un gouvernement pense-t-il pouvoir maintenir la cohésion de la société quand il n’offre aucun espoir, aucun échappatoire à une partie aussi importante de sa population ?
Certains ministres le comprennent comme Arnaud
Montebourg qui expliquait au Monde que « le sérieux budgétaire, s'il tue la croissance, n'est plus sérieux. Il est absurde et dangereux ».
Mais François Hollande refuse ce débat sur l’austérité comme le montre sa déclaration à l’agence Reuters, il refuse de
chercher les pistes qui permettraient de relancer la croissance, les créations d’emplois et donc le bien le plus précieux d’un pays : la confiance et l’espoir.
Et certains hauts fonctionnaires vont plus loin comme Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, qui
explique sur Europe 1 que le gouvernement n’a pas fait d’austérité, juste de la rigueur, que l’austérité, c’est la baisse des retraites, des salaires, des prestations sociales. Les
Français sont bien râleurs, ils n’ont eu qu’une touche de rigueur alors qu’ils auraient pu recevoir la guillotine de l’austérité!
Pourquoi les plus hauts responsables de notre pays prennent-ils des décisions aussi irresponsables?
Beaucoup de Français sans être spécialistes de l’économie l’ont compris : cette situation est due à l’obsession de la Dette que nous impose Bruxelles, l’impossibilité de prendre des
solutions alternatives comme la relance de l’économie réelle avec l’argent créée par la Banque Centrale, les banques privées toutes puissantes face aux Etats (les Etats otages des marchés
financiers), l’impossibilité de se protéger même d’une concurrence déloyale (panneaux solaires chinois subventionnés) , d’aider une entreprise vitale comme Peugeot au nom de la concurrence libre
et non faussée, à la concurrence fiscale entre les Etats etc. Toutes ces règles sont plus importantes que le chômage massif en Europe du Sud, les dangers d’explosion politique et sociale de nos
voisins d’Europe du Sud, la santé des Grecs et des Espagnols qui ne peuvent plus se soigner... La construction européenne n’est plus un projet, elle s’apparente de plus en plus à une idéologie
car elle avance quelles qu’en soit les conséquences pour les citoyens des pays européens.
L’idéologie a souvent engendré des crimes dans l’histoire car celui qui est touché par l’idéologie ne peut prendre des décisions qui iraient contre ses idées même lorsque la réalité devient un
mur en face de lui. Si le seul choix que lui offre le réel est de sacrifier ses idées pour servir les autres ou de servir ses idées en sacrifiant les autres, il choisira toujours ses idées.
Les sacrifices passés justifieront les sacrifices à venir et l’idéologue préfèrera se rendre progressivement aveugle, refuser de voir la triste réalité qu’il impose à tous plutôt que de renier
ses idées. Si le pays est prêt à le suivre jusqu’au bout du fait du sens de la discipline de sa population, du conformisme, cela peut aller jusqu’à la catastrophe absolue comme l’histoire
nous l’a démontré. Si les citoyens sont un peu râleurs ( !), ont un peu de bon sens et de courage, ils sont capables de forcer leurs responsables à ouvrir les yeux... Dans cette situation
exceptionnelle, l’avenir du pays repose sur la volonté des citoyens de s’organiser afin d’imposer leur vision des choses à des responsables aveugles. La question est posée, le destin de la France
et des autres pays européens est en jeu.
*Philippe Murer est professeur de finance vacataire à la Sorbonne et membre du www.forumdemocratique.fr
Cet article est le 119ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe
Les politiques d’austérité en Europe de plus en plus contestées
Le Premier ministre a très mal pris la déclaration du ministre du redressement productif. Voir La charge d'Arnaud Montebourg contre l'austérité suscite des remous (Le Monde, David Revault d’Allonnes, 10 avril 2013) et l’entretien du 9 avril de Montebourg avec les journalistes du Monde.
Voir Montebourg : "Cette politique d'austérité conduit à la débâcle. Extraits.
Est-ce une crise de régime ? Il y a crise de régime quand le système institutionnel est incapable de répondre à la perte de confiance. Je ne crois pas que nous en soyons là, car les décisions que le gouvernement s'apprête à prendre sont de nature à rétablir la confiance. La vraie question est la suivante : la politique d'austérité imposée par l'Europe est elle soutenue par nos concitoyens ? La réponse est non. Elle est rejetée par tous les peuples. Donc s'il y a une crise de régime, c'est au niveau de l'Union européenne, où il n'y a nul débat démocratique sur les causes et les conséquences de cette politique d'austérité qui nous entraîne collectivement dans une spirale récessive (…).
Ce choix est pourtant assumé par M. Hollande. Voulez-vous dire qu'il faut déplacer le curseur de la politique du gouvernement, ce que réclament d'ailleurs de plus en plus de gens à gauche, y compris au PS ? Le gouvernement a fait des efforts sans précédents pour faire face à la montagne himalayenne de dettes que le sarkozysme nous a léguée. Ces efforts, la Cour des comptes les a signalés, la Commission européenne les a soulignés. Mais le sérieux budgétaire, s'il tue la croissance, n'est plus sérieux. Il est absurde et dangereux. Il est donc plus que temps d'ouvrir le débat sur cette politique qui conduit l'Union à la débâcle.
Une réorientation de la politique économique sera-t-elle suffisante pour rétablir la confiance ? Ne faut-il aussi transformer le système politique ? Oui, il faut transformer le système. Le président a commencé à le faire avec la fin du cumul des mandats, les mesures qui garantissent l'indépendance de la justice ou l'association des partenaires sociaux aux politiques publiques. Mais d'autres questions se posent : sur la place des citoyens dans le débat politique, à travers notamment le référendum d'initiative populaire ; sur les contrepoids démocratiques, à travers par exemple une réévaluation du rôle du Parlement...
Cela ressemble à la VIe République que vous réclamez depuis dix ans, et pour laquelle Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon appellent à manifester à l'occasion du premier anniversaire de l'élection de M. Hollande... Sur ce point mes convictions sont intactes. Mais je laisse le soin au président de prendre de telles initiatives. La seule chose que je peux dire est que la question se posera.
Voir aussi Le Point, 10 avril 2013 : Le débat sur l'austérité mérite lui aussi la transparence
De fait,
Arnaud Montebourg se situe dans la perspective de l’autre politique
que le président de la République devra mettre en œuvre quand celle-ci aura échoué. C’est pourquoi il était resté au
gouvernement fin 2012 après avoir été désavoué par le Premier ministre, au moment des décisions concernant le site de Florange. A noter qu’il y a une continuité dans ses intentions. Voir
Primaire PS : Montebourg emprunte une voie nouvelle, porteuse d'avenir - 9 octobre 2011. Extrait. Photo : Arnaud Montebourg, au côté de Jean-Pierre
Chevènement, le 30 août 2011, à Paris, lors du colloque "Mondialisation".
Arnaud Montebourg veut rassembler la gauche sur de nouvelles bases - 20 novembre 2010 (résumé de son intervention lors de l’université d’été du MRC en septembre 2009 à Toulouse).
Après le 21 avril 2002, il fallait reconstruire le socialisme, le monolithisme de la pensée du PS devenant dangereux. Il y eut le débat sur la position à prendre au référendum européen le 29 mai 2005. Au Parlement européen, les élus socialistes français s’alignaient sur le Parti Socialiste Européen (PSE), favorable dans tous les pays à la dérégulation.
Le PS présentait comme positif tout ce qui, dans les décisions internationales, allait dans ce sens. Pendant dix ans, il a été impossible de faire bouger le PS sur le libre-échange. La défaite de 2007 a eu un coût énorme pour la gauche.
Sarkozy a pu réconcilier la droite avec les couches populaires. Nous avons une société extrémiste, barbare. Que faut-il faire ? On ne le sait pas encore. Mais, dans les composantes de la gauche, il y a les éléments de renouvellement de l’offre politique. Il manque celui qui tiendra la plume. Comme Jean-François Kahn, je rends hommage à Jean-Pierre Chevènement (…).
Par le rassemblement de la gauche, il faut viser à transformer le système productif et la manière de vivre, en réunifiant les couches sociales sur la base de l’intérêt général et en mettant à contribution les multinationales.
La mondialisation, qui est une dérégulation, spolie nos intérêts industriels, avec des conséquences sur les couches populaires, qui s’éloignent de nous.
Il faut aller vers des reconstructions originales, prenant appui sur l’internationalisme des travailleurs. La question européenne est centrale. Ce n’est plus seulement la question du oui ou du non de 2005. Je suis contre l’élargissement à la Turquie et à d’autres pays. Ce qu’il faudrait, c’est un gouvernement mendésiste qui s’appuie sur les citoyens. La France a des ressources politiques. Elle se relèvera par la démocratie. Comment sortir de ce bourbier ? L’euro survivra-t-il ? L’européen que je suis est inquiet (…).
Ce que le président de la République garde en réserve, c’est l’autre politique de Jean-Pierre Chevènement que Montebourg et Gallois pourraient mettre en œuvre, le moment venu.
A noter qu’un économiste allemand, Heiner Flassbeck (voir, en anglais Heiner Flassbeck: Is Mercantilism Doomed to Fail? 2/5), ne cesse de contester les politiques d’austérité. Extrait de cet article (l’Humanité, 25 octobre 2011) : Heiner Flassbeck « Sans rééquilibrage, l'euro ne survivra pas
Le prétendu remède est donc en fait en train de tuer le malade ?
Heiner Flassbeck. Exactement. Le surendettement des États n’est pas la cause mais la conséquence de la crise d’un système bancaire inepte. C’est ce système qui a provoqué le surendettement des États. Et si l’on veut agir à la racine du mal, il faut donc se pencher sur ce système-là. Mais ça, personne ne l’a fait. Depuis quinze jours on ne parle plus que de sauvetage des banques en Europe. Il faut se demander pourquoi cette question émerge à nouveau avec autant de force. Les bulles spéculatives sur les marchés des changes, des matières premières et des produits agricoles éclatent les unes après les autres. Et ce sont ces mêmes banques qui les ont fait gonfler. Comme elles l’avaient fait jadis, entre autres avec les titres issus des subprimes.
Vous êtes en train de nous dire que tous les ingrédients qui avaient conduit au krach de 2007-2008 sont de nouveau là ?
Heiner Flassbeck. Oui, on y est de nouveau. Et rien n’a été fait pour empêcher les banques de retourner sur ces casinos boursiers. Tout le monde au contraire semblait fier des résultats flamboyants obtenus. Personne n’a voulu tirer la leçon de ce qu’il s’était produit quelque temps plus tôt.
N’est-on pas aussi dans le déni des expériences faites en matière d’austérité budgétaire ?
Heiner Flassbeck. Nous avons démontré dans notre rapport de la Cnuced que toutes les politiques de contraction des dépenses publiques (qu’elles aient été conduites par le FMI ou par l’UE) ont provoqué des ralentissements bien plus importants que ce qui était prévu. Il se développe une dynamique néfaste en fin de compte pour l’État qui se met dans des difficultés encore plus grandes. Ce schéma se répète à l’examen de chaque expérience de ce type. C’était tellement patent, par exemple, durant les années où l’on a appliqué de terribles plans d’ajustement structurel aux pays en développement que le FMI lui-même a dû en convenir.
Pour l'économiste Heiner Flassbeck, l'Allemagne n'est pas le modèle à suivre (europaforum, 9 février 2012)
Cet article est le 118ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe
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