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  • : Michel Sorin
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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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France et Europe

Lundi 31 juillet 2006

 

q       Remettre la construction européenne à l’endroit

        Les signes de la crise de confiance entre les peuples et leurs dirigeants ne manquent pas, surtout au niveau européen. 

·         Le 29 mai, le peuple français a rejeté la manière dont l’Europe a été faite, dans son dos, en dehors de la démocratie.

 ·         Le 1er juin, le peuple hollandais a refusé, lui aussi, de ratifier le traité constitutionnel européen, craignant la perte de son identité nationale.

 ·         Les élections européennes 2004 ont été marquées par un taux d’abstention record, notamment dans les pays de l’est européen, mais aussi à l’ouest.

 ·         Les gouvernements sortants sont le plus souvent désavoués par les électeurs et les majorités parlementaires nationales deviennent de plus en plus introuvables…

 o       L’Europe est au cœur du malaise politique actuel. 

§         Les citoyens ne refusent pas l’Europe mais ils veulent mettre fin à la dérive libérale, libre-échangiste et bureaucratique de la construction européenne.

 §         Conscients que les grands problèmes actuels ne peuvent trouver de solutions au seul niveau national, ils souhaitent que l’Europe les défende, dans une compétition mondiale sans règles, et réduise les inégalités entre les peuples.

 §         L’Europe a échoué parce que ses dirigeants ont détourné les pouvoirs transférés à Bruxelles à des fins de mise en conformité avec les règles de la mondialisation libérale.

 §         Elle a échoué pour une seconde raison. Les conditions précipitées dans lesquelles a été  décidé l’élargissement  aux pays de l’Europe centrale et orientale ont résulté, pour une bonne part, de la soumission des institutions de Bruxelles à la volonté des USA de maîtriser l’avenir de l’Europe et, au-delà, du continent eurasiatique.

 o       Désormais, l’Europe doit se construire sur de nouvelles bases. 

v      Après le vote du 29 mai, rien n’est plus comme avant. Désormais, construction européenne rime avec assentiment populaire. Un changement de méthode s’impose.

 L’Europe doit se construire dans le prolongement des nations, par délégation de compétences bien ciblées et démocratiquement contrôlées.

 v      Faut-il une constitution européenne ? Non, ce n’est pas nécessaire et ce n’est pas une bonne solution pour 25 peuples qui tiennent à vivre dans le cadre de leurs démocraties nationales et coopérer entre eux sur la base de projets clairement définis.

 v      Quelle est la solution ? Il faut partir des traités existants et les renégocier en fonction des priorités. La relance durable de l’économie de la zone euro est l’urgence absolue.

 Cette partie de l’Europe (zone euro : 300 millions d’habitants) est le centre vital de l’Europe, avec en son cœur les six pays fondateurs de la CEE (225 millions d’hab.).

 C’est la locomotive dont l’Europe entière a besoin. Il faut la doter des institutions et des politiques qui relanceront le développement économique sur tout le continent.

 v      Un nouveau traité est nécessaire pour réformer les statuts de la Banque Centrale Européenne et attribuer de nouvelles compétences à l’Eurogroupe (élargi aux chefs d’Etat et de gouvernement) concernant la monnaie et la politique de change, la coordination budgétaire (au lieu du pacte de stabilité) et la convergence progressive sur les plans fiscal et social.

 Dès lors que les compétences de l’Eurogroupe et de la BCE auront été ciblées par la définition d’objectifs clairs (croissance, emploi, rôle international de l’euro), il pourra être admis que, sous le contrôle des Parlements nationaux, les décisions de l’Eurogroupe soient prises à la majorité qualifiée.

 v      Ce traité devrait inclure la possibilité, pour un petit nombre de pays, d’opter pour des coopérations renforcées, sous réserve que celles-ci respectent les acquis communautaires et restent ouvertes aux autres pays.

 C’est le moyen d’aller vers « un acteur européen stratégique à l’échelle mondiale », qui serait indépendant.

 Cette réorientation de la construction européenne avec les partenaires qui le souhaiteront sera favorisée par l’inévitable distanciation des USA par rapport à l’Europe en raison de leurs engagements prioritaires ailleurs dans le monde.

 q       Remettre la France dans le sens de la marche… républicaine

 Dans le désert des grandes ambitions collectives et la sécheresse des perspectives offertes par les grands partis politiques actuellement, il importe plus que jamais de faire retour à la République.

 Cette République qui, depuis deux siècles, donne sens à notre histoire et aux luttes pour la démocratie politique, le progrès social, l’indépendance nationale et la fraternité des peuples.

 Dans ce monde injuste et violent qui serait, dit-on, en train de glisser vers le « choc des civilisations », la voix de la République, qui est aussi celle de la France, doit parler pour l’humanité.

 Ø      Réaffirmer les principes républicains.

v      Foi dans l’Homme et dans la raison humaine : c’est la base de la démocratie issue des Lumières. Cette confiance dans la capacité humaine à s’affranchir de l’ignorance et de la superstition constitue le socle de la République.

 v      Souveraineté populaire : le peuple est le creuset de la volonté générale. C’est lui qui tranche en dernier recours.

 En France, souveraineté nationale et souveraineté populaire sont indissociables. C’est pourquoi nous parlons de nation républicaine, qui peut agréger sans cesse de nouveaux citoyens. A ne pas confondre avec la nation ethnique ou culturelle, qui est tournée vers le passé et beaucoup plus fermée.

 v      La citoyenneté se déduit de la souveraineté populaire. Elle nourrit la démocratie, ce qui suppose une pleine liberté d’expression et, pour les citoyens, un bon équilibre de droits et de devoirs.

 v      Elle s’exerce dans un espace laïc, soustrait aux dogmes. La laïcité fait en sorte que tous les citoyens, au-delà de leur diversité (sociale, ethnique, religieuse, philosophique…), puissent se déterminer ensemble sur le contenu du « bien commun ».

 v       Tous les citoyens sont égaux devant la loi. L’autorité de la loi est la base même de la République .Celle-ci est un régime de liberté, qui comporte le droit à la sûreté.

 La sûreté est la condition de l’exercice de toutes les libertés. L’ordre républicain ne se confond ni avec l’idéologie sécuritaire ni avec le laisser-faire (« angélisme »). 

     L’école laïque est au cœur de la République, de la formation du citoyen et de son esprit critique. L’acquisition des savoirs fondamentaux ne se fait pas sans efforts, mais c’est dans l’intérêt des enfants, notamment ceux issus des milieux populaires.

 Se limiter à un « socle commun de connaissances » ne correspond pas à ce qu’on attend d’une école républicaine.  L’instruction civique et morale sont parties intégrantes de l’école, les jeunes ayant besoin d’avoir à l’esprit les règles républicaines.

 v      L’égalité est au cœur de la devise républicaine. Dans la République sociale, l’égalité des chances est une réalité. Le droit au travail, à la formation, au logement, sont garantis.

 La revalorisation du travail est la première priorité. Elle va de pair avec la revalorisation de l’économie. L’accroissement des salaires directs sera réalisé par le glissement des charges patronales et salariales vers la TVA et la CSG.

 Ø      Rééquilibrer les institutions républicaines.

La Constitution de 1958 prétendait instaurer un « parlementarisme rationalisé ». La pratique a débouché sur un régime présidentiel déséquilibré, l’adoption du quinquennat ayant accru le déséquilibre et la concentration des pouvoirs.

 v      Pour revaloriser le rôle du Parlement, il faut aller vers un régime présidentiel rationalisé, où le Premier Ministre et le gouvernement seront nommés par le Président de la République et ne procèderont plus de la majorité parlementaire.

 v      Quelques mesures complémentaires permettront d’équilibrer le dispositif :

 §         Suppression de l’article 49-3 de la Constitution qui permet l’adoption d’un projet de loi, sauf adoption d’une motion de censure par l’Assemblée Nationale.

 §         Maintien de deux « soupapes de sécurité » :

 o        Droit de dissolution (à la disposition du Président de la République face à l’Assemblée),

 o        Motion de censure (à la disposition de l’Assemblée à l’égard du gouvernement).

 Mais la nouveauté serait, en cas de conflit, le renvoi simultané des belligérants devant le suffrage universel (élection présidentielle puis législative).

 v      En conséquence, le mode de scrutin pour les élections législatives pourrait être réformé afin que l’Assemblée Nationale soit plus représentative.

 ·         Le maintien des circonscriptions territoriales est souhaitable pour ne pas faire des députés de simples délégués des partis politiques.

 ·         La représentation proportionnelle serait présente dans le cadre d’un système à l’allemande (deux bulletins pour chaque électeur, l’un pour élire le député de la circonscription, l’autre pour choisir le parti à la proportionnelle).

 Commentaires :

 ü       Le Président et le gouvernement  (installés à l’issue de l’élection présidentielle) et l’Assemblée Nationale (installée à l’issue des élections législatives qui suivent l’élection présidentielle) seraient placés dans des conditions qui les inciteraient fortement à coopérer.

ü       Le peuple serait assuré de trancher les conflits en dernier ressort.

 ü       Les députés (pouvoir législatif) verraient leurs pouvoirs de contrôle renforcés, du fait de leur moindre dépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif.

 ü       On n’entre pas dans une VIème République. On reste dans une Vème rééquilibrée, après avoir admis qu’il n’est pas réaliste de revenir sur l’élection du Président de la République au suffrage universel, pas plus que sur son rôle majeur dans les institutions.                                 

 Ø       Mobiliser tous les atouts de la France.

Limitons-nous à quelques-uns d’entre eux, plus importants.

 v      La réforme des prélèvements obligatoires doit servir un double objectif d’efficacité économique et de justice sociale.

 v      L’égalité homme-femme doit être promue systématiquement.

 v      L’épargne doit être détournée des placements spéculatifs et canalisée vers l’investissement productif.

 v      La hausse des taux d’activité sera encouragée par la mise en œuvre d’une retraite progressive et par une politique permettant aux femmes de mieux concilier une activité professionnelle avec leur désir d’enfants (crèches, assistantes maternelles, etc.). On sait que ce désir est aujourd’hui loin d’être satisfait.

 v      La politique industrielle sera relancée en prenant appui sur l’épargne collective et sur un secteur public revitalisé .

 v      La politique agricole commune sera maintenue et réformée, dans un sens favorable aux exploitations moyennes.

 Ø      Revaloriser les services publics et redéfinir leurs missions.

Les services publics sont le socle de la compétitivité  d’un pays moderne.

v    La priorité ira à l’éducation, à la formation continue, à l’université qui en a grand besoin, et à la recherche.

     Une politique énergétique répondant aux besoins du pays et respectueuse de l’environnement mettra l’accent sur les énergies nouvelles, y compris les réacteurs nucléaires de nouvelle génération (EPR, puis réacteurs hybrides), la biomasse, les économies d’énergie et la recherche concernant le traitement des déchets nucléaires ultimes et les énergies du futur (hydrogène, fusion).

 Une politique gazière sera élaborée à l’échelle européenne, en coopération avec la Russie et les pays du Maghreb.

 v    La priorité à la réduction des gaz à effet de serre doit également se décliner en matière de transports (nouvelles infrastructures fluviales et de chemins de fer, lignes à grande vitesse, développement du ferroutage).

 v    La politique de santé mettra l’accent sur la prévention et l’éducation à la santé.

 v    La retraite par répartition sera maintenue.

 v    L’immigration, quand elle est définitive, doit aller de pair avec l’intégration républicaine. Elle suppose l’accès égal à la citoyenneté et le respect de ses valeurs et de ses règles. Des migrations temporaires peuvent et doivent faire l’objet d’une politique de coopération avec les pays d’origine.   

Par SORIN Michel
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Dimanche 24 septembre 2006

 

Réorienter l’Europe. Les chemins de l’indépendance.

 Sami Naïr explicite le titre de son exposé : « Comment redresser la construction européenne ? La question de l’indépendance de l’Europe, condition de son existence ».

 Ce qui est en question, c’est la conception de l’Europe.

L’indépendance, c’est la liberté d’exister. L’existence d’une nation implique certaines conditions (communauté de destin, défense, justice, respect du droit international, notion d’intérêt national et général se situant au-dessus de la droite et de la gauche…).

 La politique est aussi définie par la géographie. Le principal problème, en ce qui concerne l’indépendance de l’Europe, ce sont les USA et leur volonté de dominer le monde.

 Au XXème siècle, le monde était divisé entre les USA et l’URSS, les premiers représentant le monde libre. La première grande division de l’Europe s’est produite en 1917. L’Europe a été divisée par l’URSS.

 Depuis la fin de l’URSS, ce sont les USA qui divisent l’Europe (en 2003, au moment d’envahir l’Irak, ils ont joué de la division entre la vieille et la jeune Europe, celle-ci leur étant favorable).

 En refusant de ratifier le TCE, on a échappé à la liaison constitutionnelle Europe - OTAN.

 Les USA : une stratégie de domination du monde.

 Au duopole USA-URSS, a succédé le monopole hégémonique des USA. Un auteur américain a montré que, de Hawaï (1895) à l’Irak (2003), les USA ont toujours pratiqué l’interventionnisme, parfois déguisé en isolationnisme d’intérêt. Le président Clinton, lui-même, a reconnu que sa politique était multilatérale, mais unilatérale si nécessaire.

 Hubert Védrine, dans sa description de « l’hyperpuissance », évoque un unilatéralisme qui va durer. On pourrait dire qu’il s’agit d’un empire qui vit au détriment du reste de l’humanité.

 De Gaulle, en 1963, décrivait précisément les USA utilisant l’arme du dollar pour influer sur les exportations, l’inflation…

 L’euro, depuis sa création, travaille pour le dollar. Le maintien de déficits exorbitants (427 milliards de dollars en 2006 de déficit commercial), le rôle des lobbies militaro-industriels et pétroliers, montrent que la priorité des USA est de préserver leur domination par tous les moyens, y compris par la logique de l’exportation du chaos (dont les foyers sont l’Irak et Israël) avec leurs fidèles alliés (la Grande-Bretagne et Israël).

 C’est la stratégie des USA qui a favorisé la montée de l’Iran (en détruisant l’Irak) et la prolifération nucléaire. Israël (Sharon), en détruisant l’OLP, a favorisé la montée de l’islamisme (le Hamas).

  Qui résiste à cette stratégie de domination ?

 La Chine, l’Inde, la Russie, sont capables de penser mondial. L’Europe est impuissante, vassalisée par les USA. A partir de 1970, les deux principaux élargissements ont été guidés par l’atlantisme (la Grande-Bretagne puis l’Europe de l’est). L’Europe a toujours refusé de se structurer à partir des nations, le fédéralisme étant son plus petit commun dénominateur.

 L’indépendance suppose la maîtrise de l’instrument militaire et un consensus identitaire (se sacrifier pour son pays).

 Une période nouvelle.

Nous sommes entrés dans une période nouvelle depuis l’expression des opinions publiques européennes en 2003 refusant la guerre en Irak (certes, pour des raisons différentes) et surtout depuis le NON des peuples français et néerlandais en 2005 (les élites européennes en sont malades).

 Le débat européen est désormais obligatoire et il est en train de s’ouvrir.  La confusion persiste entre les conceptions des euro-libéraux et des partisans de l’Europe - puissance.

 En fait, le type d’Europe dépend de la relation entre la France et l’Allemagne.

 Les Allemands pensent l’Europe dans une logique post-nationale, de type fédéral. Les Français mettent en avant la question de la démocratie, qui ne peut s’épanouir qu’à l’échelle nationale (pas possible à 30 pays et le Parlement européen actuel ne pratique pas la démocratie).

 A partir des nations, l’Europe peut restaurer l’idée d’indépendance, qu’elle n’a plus fait sienne depuis de Gaulle. La France a un rôle à jouer mais ne le fait pas (sa politique arabe a été détruite par la guerre du Golfe).

  Nous sommes des Européens réalistes.

 Nous voulons une Europe indépendante, une Europe européenne. Nous sommes pour les coopérations renforcées à partir du couple franco-allemand, pour la coordination des politiques économiques, pour un euro au service de la croissance européenne (moyenne : 1,9% actuellement, ce qui augmente la précarité, même si le chômage baisse). C’est l’Europe qui conditionne l’emploi en France.

 Nous sommes pour un instrument de défense autonome par rapport à l’OTAN.  Nous ne voulons pas de constitution européenne, nous voulons un traité institutionnel qui définit qui fait quoi et ce que nous voulons faire ensemble. L’Europe se construira par les peuples, sinon elle ne se fera pas.

 L’avis de Jean-Pierre Chevènement.

 Au cours du débat, Jean-Pierre Chevènement a donné son point de vue sur la conception de l’Europe qui réunit la majorité des Allemands. Ils sont influencés par la théorie post-nationale (« Après l’Etat-nation » de Habermas) qui est à l’origine de la philosophie du traité constitutionnel européen.

 C’est la situation de l’Allemagne en 1945 qui a conduit au consensus supra-national. L’ancien Chancelier Schroëder considére la nation allemande parmi d’autres, ayant intégré la Shoah dans son identité sans y être réductible. L’origine de l’Allemagne remonte loin dans le passé.

 Il est vrai qu’elle est sur une ligne libre-échangiste d’adaptation à la mondialisation. Mais son commerce se fait à 70% avec la grande Europe (incluant la Russie). S’il se produisait un retournement de croissance en Allemagne, celle-ci retrouverait ses intérêts nationaux, car il ne faut pas confondre l’intérêt de l’Allemagne avec sa situation historique.

 La dérive du concept national allemand a conduit au nazisme. Le retour à une conception nationale de l’Allemagne est en bonne voie.

  Sami Naïr répond ensuite aux différents intervenants.

 L'eurogroupe est une organisation fédérale, de fait. Ses décisions doivent résulter d’un accord politique entre les nations. Le système peut être reconstruit à partir de cet eurogroupe.

L’expression « Europe sociale » a caché le fait que les nations européennes ont des niveaux de développement différents. Les fonds structurels ont pour objet de réduire les écarts.

 Il faut se mettre d’accord sur ce qu’est l’Europe confédérale (les nations ensemble et seules), revoir les modalités des coopérations renforcées (l’eurogroupe en est une).

 Nous avons besoin de clarifier notre différence avec l’Allemagne en ce qui concerne la conception de la nation. Le nazisme et la seconde guerre mondiale ont transi l’Allemagne, poussant les Allemands à vouloir une démocratie sans puissance.

 Pour le penseur néo-kantien qu’est Habermas, la nation est un particularisme qu’il rejette. Il se situe dans la logique cosmopolite, qui amène à considérer l’Europe comme l’équivalent d’une nation européenne dans une logique transnationale à l’échelle mondiale. Schroëder et Lafontaine, eux, ont une conception de la nation plus proche de la nôtre.

 La place de la Russie devra être reconsidérée dans l’Europe, car elle n’est pas extérieure (Tolstoï est un auteur européen).

Le fait qu’Israël dispose de la bombe atomique ne justifie en rien que tous les pays voisins doivent en disposer également.    

Par SORIN Michel
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Lundi 2 octobre 2006

 

Les classes moyennes sont entrées en dissidence politique

 

 L’hebdomadaire Le Point, daté du 24 août 2006, interrogeait le sociologue Emmanuel Todd à propos de l’évolution de la société française depuis sa fameuse note sur la « fracture sociale », qui avait inspiré Chirac dans sa campagne présidentielle en 1995.

 Ses réponses méritent notre attention. Que dit-il ?

 Il commence par rappeler ce qu’était son diagnostic de 1994 : la gauche s’est détachée du peuple.

Les classes populaires ont pris leurs distances avec les élites, mais les classes moyennes continuent de croire à la pensée libérale européenne dans le sillage des classes supérieures.

 Dix ans plus tard, le référendum sur la Constitution européenne prouve que les classes moyennes ont rejoint les classes populaires dans la dissidence politique.

Or, historiquement, ce sont les classes moyennes qui ont fait les révolutions. Aristote estimait déjà qu’un système politique doit s’appuyer sur des classes moyennes prospères et stables.

 Pourquoi cette dissidence ?

 Le démographe met en cause le système économique et financier (la globalisation), dont l’évolution est jugée déraisonnable, et les principaux partis politiques, dont la capacité à réguler la mondialisation n’est pas jugée crédible.

 Les classes moyennes veulent une Europe capable de protéger, une Europe qui ne soit pas le cheval de Troie de la globalisation.

 Elles reprochent aux classes dirigeantes d’accepter le libre-échange, car elles ne souffrent pas des inégalités qu’il génère, et de chercher à neutraliser le suffrage universel, car elles ne veulent pas agir dans le sens souhaité par la population.

 C’est ce qui explique le renvoi à chaque élection de la majorité sortante.

 Parmi les deux grands partis dominants, qui va représenter le NON du 29 mai ? Probablement personne, ce qui risque de bénéficier au Front national.

Le discours idéologique dominant, bâti sur un système de croyances dans les privatisations, le marché et le libre-échange, ne convainc plus les classes moyennes car celles-ci continuent de croire dans la valeur égalitaire, laquelle remonte à la famille paysanne dès le 16ème siècle dans le Bassin parisien.

 

En France, nous avons l’idée que les hommes sont les mêmes partout.

 

   La droite ranime la thématique de l’immigration mais, ce qui intéresse les gens, ce sont les problèmes économiques et le chômage.

 Les classes privilégiées mettent en avant le discours sécuritaire au moment où la société française voudrait entendre parler de modification des règles du jeu économique.

 C’est facile à comprendre : dans une société de plus en plus inégalitaire, les privilégiés veulent jouir en toute sécurité de leurs richesses. La sécurité devient pour eux une obsession.

 Par contre, les classes moyennes et populaires réagissent à l’augmentation des profits des entreprises cotées en Bourse et du nombre de milliardaires dans le monde.

 Pour elles, la question cruciale, c’est qu’il n’y ait plus de limites aux privilèges.   

Par SORIN Michel
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Lundi 30 octobre 2006

 

La France et l’UE appliquent sans réciprocité des règles de concurrence qui les pénalisent

La décision de la SNCF et du Syndicat des Transports de l’Ile-de-France (STIF) d’attribuer à Bombardier le contrat de renouvellement des trains du réseau francilien est lourde de conséquences pour l’emploi en France (entre deux et quatre milliards €).

 Certes, le constructeur canadien emploie 1 600 personnes en France mais il sera probablement amené à sous-traiter une partie de la fabrication des pièces en République tchèque alors que le groupe Alstom, s’il avait été retenu, aurait tout produit sur le territoire français.

 Le MEDEF et les libéraux sont satisfaits car les règles imposées par l’Union européenne (concurrence ouverte et non faussée) sur les commandes publiques ont été respectées. Comme l’a dit le président de la Région Ile-de-France, le vainqueur a mieux répondu à l’appel d’offres sur les critères de fabrication et sur les prix (-10%). Ainsi, les contribuables franciliens sont bénéficiaires d’une opération que les régions concernées par les activités d’Alstom ne peuvent que regretter.

 Il faut accepter la logique de l’ouverture et du libéralisme, disent-ils. Mais comment se fait-il qu’Alstom n’ait pu concourir à l’attribution des contrats des matériels roulants des métros de Montréal et de Toronto au Canada (deux milliards €) ?

 La réponse est simple : les gouvernements des provinces du Québec et de l’Ontario ont le droit d’utiliser la procédure de gré à gré et ne s’en privent pas, le gouvernement fédéral du Canada ayant exclu le transport ferroviaire et urbain des obligations que lui impose l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur les marchés publics. C’est ainsi que Bombardier a pu tranquillement, sans aucune concurrence, prendre ces marchés canadiens.

 Que constate-t-on ? L’Union Européenne a décidé l’ouverture inconditionnelle des marchés publics sans attendre la réciprocité de la part des autres pays, comme le Canada et les Etats-Unis qui sont libre-échangistes sur le principe, mais trouvent des prétextes juridiques pour permettre à leurs groupes industriels de ne pas être concurrencés sur leurs propres marchés publics.

La France s’est toujours battue pour la réciprocité dans les échanges internationaux. A partir du moment où elle a transféré la compétence du commerce à l’Union européenne, plus précisément à la Commission européenne, celle-ci s’est engagée sur la voie de l’ouverture totale sans exiger de réciprocité, considérant que les autres n’allaient pouvoir faire autrement que s’aligner, ce qui était faire preuve d’une grande naïveté…

On mesure la responsabilité du gouvernement français qui a accepté de transférer la compétence commerciale à cette institution réputée pour son intégrisme néo-libéral et libre-échangiste. L’Europe a pratiqué le désarmement commercial unilatéral. Il lui faut reconnaître aujourd’hui que, par idéologie, elle s’est engagée dans une impasse.

 Mais la marche arrière est une manœuvre qui n’est pas familière aux dirigeants de cette Europe-là. Le peuple français lui a lancé un premier signal le 29 mai 2005. Le second pourrait lui être adressé en mai - juin 2007.

Par SORIN Michel
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Jeudi 16 novembre 2006

 

L’Europe libérale continue d’avancer en ignorant le vote du peuple français

Deux projets de directives concernant les services montrent à l’évidence que l’Europe institutionnelle veut passer outre le vote NON antilibéral du peuple français le 29 mai 2005.

 

Le premier, adopté par la Commission européenne le 18 octobre dernier, organise la libéralisation totale des services postaux. Jean-Pierre Chevènement s’est exprimé le 14 novembre, jour de la grève du secteur postal en France, dans un communiqué de presse :

 « Un tel projet menace la péréquation tarifaire, l'égalité de traitement et de prix applicables au courrier sur l'ensemble du territoire national. Il serait lourd de conséquences pour l'emploi. En Grande Bretagne et en Allemagne où cette libéralisation totale est déjà en place, des dizaines de milliers d'emplois ont été supprimés, les prix pour l'usager ont considérablement augmenté et la qualité de service s'est dégradée. Or parallèlement la Commission européenne conteste le statut public de La Poste française. 

 La France ne peut accepter que l'un de ses derniers grands services publics soit ainsi menacé. Au conseil des ministres européens qui doit statuer sur ce projet le gouvernement doit voter contre et faire reculer la Commission européenne. Si demain, en 2007, un Président de la République de gauche républicain est choisi par les Français, il devra s'opposer de façon déterminée à cette libéralisation totale des services publics quitte à soumettre à référendum la suspension des textes européens concernés ».

Le second projet de directive, voté par le Parlement européen le 15 novembre, concerne la libéralisation des services, c’est-à-dire la révision à la baisse du droit du travail et le transfert de pouvoirs accrus à la Commission européenne, acquise aux thèses néo-libérales. Jean-Pierre Chevènement a réagi le 15 novembre par un nouveau communiqué de presse :

 « Contre l'avis du peuple français, le Parlement européen organise le dumping social et les délocalisations. Déconnecté des peuples, le Parlement européen a validé aujourd'hui le projet de directive services. Ce projet de directive est, en ne posant pas notamment le principe du pays de destination, le même que celui de Fritz Bolkestein et n'est pas moins dangereux pour les 800 000 entreprises et pour les 11,5 millions d'emplois français concernés :

 Il organise le dumping social. Les services réalisés en France par les entreprises étrangères ne seront pas contrôlables. Déjà aujourd'hui, les règles européennes sur le détachement des travailleurs, qui devaient assurer le respect du droit du travail français, ne sont pas appliquées et donnent lieu à un dumping social dénoncé par le Sénat (rapport d'octobre 2006 sur le BTP) !

  Il ouvre la voie à une concurrence déloyale et à de nouvelles délocalisations. Les grands groupes auront la voie libre pour délocaliser. Incontrôlables, leurs filiales et leurs sous-traitants délocalisés pourront organiser leur dumping en France, à partir de pays à faible fiscalité, où le taux d'impôt sur les sociétés tend vers 0% !

Nos routiers, qui vivent à l'heure Bolkestein depuis 1998, peuvent témoigner de ce qui attend les activités concernées, notamment artisanales, avec la directive Bolkestein. Ils ont perdu près de 30% des parts du marché français sans en gagner dans les pays voisins.

La directive Bolkestein bis est un révélateur. Celui d'une Europe dont nous ne voulons plus. Celui d'une Europe qui n'est pas démocratique, qui organise l'impuissance publique et qu'il faut réorienter fondamentalement. Il faut refonder l'Europe sur les peuples et revenir sur la directive Bolkestein : autoriser le libre établissement des entreprises européennes de services en France, mais refuser la libre circulation des services.  

Par SORIN Michel
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