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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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Capitalisme

Mardi 25 juillet 2006 2 25 07 2006 18:16

Connaître l’histoire du capitalisme

 

Lors de cette réunion commune à CIVIQ et au MRC 53, Michel Sorin a présenté les grandes lignes d’un livre de Michel Beaud, dont le titre exprime son ambition « Histoire du capitalisme de 1500 à 2000 ».

 Selon cet auteur,  la logique capitaliste engendre « une totalité productive, marchande et monétaire, à la fois territorialisée et mondiale, en incessante mutation, de plus en plus autonome par rapport aux sociétés ».

 Il conclut son ouvrage en recommandant de « brider les dynamiques du capitalisme, pendant qu’il en est encore temps, non seulement au niveau des nations, mais aussi des continents et du monde. Sinon, la destruction massive des ressources et des équilibres terrestres, le totalitarisme d’un marché dominé par quelques grandes firmes mondiales, l’instauration progressive à l’échelle planétaire d’un apartheid par l’argent, risquent de devenir les dimensions durables d’un basculement qu’il sera de plus en plus difficile de contenir ».

 Qui peut « brider » ce capitalisme qui avance sans cesse en créant de nouvelles activités, de nouveaux marchés, de nouveaux besoins, et en détruisant les ressources et organisations sociales existantes ? C’est la responsabilité des pouvoirs publics et, donc, des partis politiques et de l’ensemble des citoyens.

 Le MRC préconise une nouvelle approche, plus citoyenne, de la politique afin d’impulser une dynamique de résistance aux dogmes libéraux et de contrôle du capitalisme, et réduire sa nocivité et ses effets contraires à l’intérêt général de la société.

 C’est en rapprochant le peuple et la politique, en étant plus fidèles aux principes et aux valeurs de la démocratie et de la République, en favorisant la participation des citoyens à la vie publique, qu’il sera possible de « brider » la puissance du capitalisme.

 C’est pourquoi nous demandons aux citoyens de prendre leurs affaires en mains, notre rôle étant de leur proposer un appui à la connaissance et à la réflexion, des « outils » d’éducation, d’information et de formation, qui leur permettront d’exercer pleinement leurs responsabilités.

  

Par SORIN Michel - Publié dans : Capitalisme
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Lundi 31 juillet 2006 1 31 07 2006 15:45

 

Mondialisation de l'économie = fin de la démocratie* ?

*L’auteur de ce texte n’a pas souhaité rendre public son nom

L'«inéluctable mondialisation de l'économie» découle pour une part des progrès techniques, notamment dans le domaine des communications, qui facilitent les échanges de biens, et surtout de services et de capitaux. La mondialisation résulte encore plus de la volonté persistante des gouvernements et des puissances financières qui les soutiennent d'éliminer tout obstacle aux échanges et toute entrave au libre jeu des forces économiques avec pour premier critère la rentabilité financière.

 

L'internationalisation de l'économie repose sur le postulat selon lequel le libéralisme permet, tel la main invisible d'Adam Smith, la répartition optimale des activités en fonction des potentialités naturelles et du niveau de développement de chaque région. Une des conséquences les plus souvent énoncées est que les pays développés doivent se spécialiser dans des activités, intellectuelles et de service, à contenu intellectuel élevé, et abandonner les secteurs fortement consommateurs de main d'oeuvre aux pays en développement où cette main d'oeuvre est bon marché.

 

De même que les théories d'Adam Smith ont fourni une justification théorique à l'exploitation des travailleurs dans l'Angleterre du XIXème siècle, de même on constate que le triomphe actuel des théories libérales se traduit par la montée irrésistible du chômage et l'instauration d'une société duale, avec les maux qui les accompagnent.

 

Au-delà de ces faits, quelques réflexions de bon sens permettent de mesurer le caractère trompeur des justifications du libéralisme sans freins. En dépit des théories généreuses qui prétendent pouvoir pousser toute personne jusqu'aux études supérieures, une proportion non négligeable de la population, même dans les pays les plus développés, ne peut être employée que dans des tâches à faible contenu intellectuel. De même, si l'emploi constituait vraiment une priorité absolue, il conviendrait par exemple de comptabiliser les emplois créés en France par la vente d'une centrale nucléaire à la Chine et les emplois détruits par les textiles ou le matériel électrique importés en compensation.

 

Tout le monde répète que 1/3 des emplois français sont liés à l'exportation, mais personne ne s'étonne du paradoxe qui fait que les records actuels de solde extérieur s'accompagnent de records de chômage. Cela s'explique si l'on considére que nous échangeons des produits à forte intensité capitalistique contre des produits à forte intensité de travail et que plus nous exportons, plus nous importons de chômage en retour.

 

La seule façon d'atténuer les conséquences sociales de ces destructions d'emplois serait d'augmenter la redistribution des bénéfices commerciaux et financiers réalisés par les secteurs qui profitent de la division internationale du travail. Malheureusement, la libéralisation simultanée des marchés financiers multiplie les possibilités d'évasion fiscale et de localisation des gains dans des pays accueillants.

 

Les assurances prodiguées par les gouvernements pour apaiser les craintes engendrées par la libéralisation incontrôlée des échanges ne sont qu'une farce. Alors que les distorsions commerciales résultant des manipulations monétaires sont évidentes, aucun effort sérieux n'a été fait pour lier l'ouverture de nos frontières à l'acceptation d'une discipline monétaire par les USA. De même, les assurances de clauses sociales dans l'Organisation Mondiale du Commerce restent lettre morte, la récente réunion ministérielle de l'OMC à Singapour l'a confirmé.

 

Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que le citoyen se sente abandonné et qu'il perde confiance dans les mécanismes démocratiques. En s'en remettant sans garde fou aux lois du marché, le gouvernement retire au citoyen la possibilité d'influer par son vote sur un élément essentiel de sa vie : l'exercice de son droit au travail. Il n'est pas indifférent de souligner qu'au moment où se lèvent tous les jours des défenseurs des droits les plus divers, on passe sous silence ce droit essentiel, pourtant inscrit depuis 1946 dans le préambule de la Constitution.

 

L'opinion se révolte aussi contre le paradoxe qui voudrait que le libéralisme censé être source de richesses se traduise par une remise en cause sans précédent des acquits sociaux et des concepts de solidarité qui sous tendent la société française. Elle ne peut pas non plus admettre que les progrès scientifiques et techniques utilisés pour justifier la mondialisation se traduisent par une décadence matérielle et morale.

 

La tentation de l'extrémisme politique est une réponse naturelle à cette situation. Il est à craindre que lorsque cet extrémisme aura montré ses limites, il ne cède la place comme dans d'autres pays à des comportements encore plus inquiétants : extrémisme religieux, dérives maffieuses ou sectaires, ...

 

Pour lutter contre cette dérive, il faut que l'emploi devienne une priorité absolue dans les faits et non seulement dans le discours. Cela implique en premier lieu de combattre les politiques qui conduisent à la disparition d'emplois productifs et d'adopter des mesures qui contribuent à recréer de tels emplois dans notre pays. Il faut signaler à ce propos que pour sympathiques qu'elles soient, les dispositions qui ne créent que des emplois de service (par exemple en abaissant l'âge de la retraite dans les transports) contribuent à accroître les ponctions déjà exagérées sur le secteur productif et entretiennent le cercle vicieux de la redistribution croissante de ressources qui s'amenuisent.

 

Cette priorité réelle accordée à l'emploi constituerait la meilleure réponse au discours démagogique du Front National, qui attribue aux immigrés la responsabilité du chômage et des maux qui l'accompagnent, et dissimule ainsi la responsabilité d'un libéralisme effréné qui casse des pans entiers de l'appareil productif français. Si on veut lutter contre la xénophobie, il est plus utile de s'attaquer réellement au problème du chômage que de faire du tapage sur la loi Debré en "oubliant" de dénoncer l'accord OMC sur les télécommunications qui constitue une avancée majeure vers la déréglementation généralisée.

 

Même si l'on cherche à nous faire croire qu'il est "politiquement incorrect", un certain protectionnisme est nécessaire. Nous devons affirmer haut et fort qu'il ne s'agit pas d'une attitude conservatrice, mais de la constatation de bon sens qu'il n'est pas possible de se réclamer d'une certaine conception de la solidarité et de l'organisation sociale si l'on refuse toute protection contre les pays et les groupes d'intérêt qui n'appliquent pas ces règles. Dans ce contexte, l'attitude vis-à-vis de l'Union Européenne est un élément majeur. Loin de constituer le cadre indispensable à la défense de l'économie française, l'Union Européenne dominée par les tenants du libéralisme économique le plus dogmatique est un relais essentiel de l'internationalisation de l'économie.

 

Depuis au moins 20 ans, nous sommes soumis à un véritable terrorisme intellectuel qui nous répète que faute de développer l'intégration européenne, nous n'aurions qu'une Europe inachevée sans contenu politique et sans poids face aux USA. On n'a développé que l'Europe des marchands en supprimant tous les obstacles aux échanges, alors que l'Europe sociale censée contrebalancer cette évolution reste désespérément au point mort. Dans le même temps, l'élargissement croissant de l'Union Européenne à des pays de niveau économique et social disparate permet toutes les délocalisations et tous les trafics, au détriment des activités productives.

 

Si rien n'est fait, les évolutions en cours de l'Union Européenne conduiront au tournant du millénaire à deux changements majeurs qui rendront quasi impossible le retour en arrière, sinon accompagné de troubles graves. La monnaie unique et les contraintes qui l'accompagnent vont ôter aux Etats un de leurs derniers instruments au service d'une conception politique (et non uniquement économique) de la société. L'élargissement aux pays de l'Est achèvera la dilution de la construction européenne dans une vaste zone de libre échange ouverte à tous les vents.

Par SORIN Michel - Publié dans : Capitalisme
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Jeudi 28 décembre 2006 4 28 12 2006 12:27

 

La libéralisation des marchés financiers produit ses effets

 L’année 2006 aura été fertile en informations positives pour la finance mondiale. Je propose une revue de presse qui permet de faire un tour d’horizon éclairant sur le sujet.

L’Huma : « A la santé du CAC 40 »

 Le 4 août, le journal L’Humanité titrait : « A la santé du CAC 40. Bourse : + 13% pour Total, + 20% pour Axa, + 103% pour Danone… Les très grandes entreprises françaises crèvent les plafonds de leurs bénéfices nets ». Les résultats du premier semestre 2006 étaient excellents, sauf dans certains secteurs comme l’automobile.

 Le Monde : « Le salaire des patrons est-il juste ? »

 Le 6 septembre, c’était Le Monde qui titrait « Le salaire des patrons est-il juste ? » et ajoutait « Aux USA, les dirigeants des cinq cents premières entreprises ont gagné l’an passé, selon le magazine Forbes, une moyenne de 10 millions de dollars. Pour moitié, il s’agit de salaires, pour moitié de stock-options (attributions gratuites d’options qui permettent aux dirigeants d’acheter à bas prix des actions de leur entreprise) encaissées au cours de l’année, avec quelques pointes au-dessus de 200 millions de dollars ».

 L’auteur de l’article concluait « Le salaire des dirigeants d’entreprise ne vise donc pas à récompenser leurs efforts, qui ne justifient pas de telles sommes (…). Il est le résultat d’une mise en concurrence des firmes ».

 Le Monde : « 2006, année record pour les fusions-acquisitions »

Le 22 décembre, Le Monde précisait que « les fusions-acquisitions d’entreprises ont atteint en 2006 le record de 3 610 milliards de dollars (+ 30% par rapport à 2005).

 Jamais les banquiers d’affaires n’ont touché d’aussi gros bonus qu’en 2006 (…). Assises sur des trésors de guerre, les entreprises ont profité de conditions de financement avantageuses pour grossir. La montée en puissance des pays émergents et de leurs entreprises a aiguisé les appétits de croissance de leurs concurrents occidentaux. Les fonds d’investissement sont à l’origine d’environ une opération sur cinq en valeur.

 Le record de 2006 s’explique d’abord par l’excellente santé financière des entreprises. Fortes de leur bilan assaini, elles ont pu se financer dans de bonnes conditions (taux bas, liquidités bancaires abondantes, marché d’actions porteurs, libéralisation de certains secteurs comme l’énergie et les télécommunications…) et accélérer les mouvements de concentration ».

Le Monde : « Les rémunérations dans la finance explosent »

 Le 23 décembre, Le Monde annonçait une hausse de 15% en moyenne des salaires en 2006 et titrait « Les rémunérations dans la finance explosent », ajoutant : « la polémique enfle sur les bonus des salariés de la finance, ces primes exceptionnelles et individualisées versées chaque année par les grandes banques à leurs cadres (…).

 A la City de Londres, une prime de 1,5 million € a été versée à 4000 super-privilégiés.

 En France, on se rapproche des pays anglo-saxons. L’inflation des rémunérations dans le secteur de la finance est due à la situation du marché de l’emploi dans ce secteur et à la compétition entre pays qui pousse les banques à surenchérir pour recruter les meilleurs spécialistes des marchés financiers ou les meilleurs stratèges en fusions-acquisitions ».

 Le Monde : « Penalty contre le capitalisme »

 Dans sa chronique du Monde, 9-10 juillet, Eric Le Boucher mettait en cause les fonds spéculatifs (hedge funds) qui occupent une place de plus en plus importante dans le monde financier. Ils gèrent environ 1200 milliards de dollars (x 2 en 5 ans).

 Leur méthode est particulière : ils ne détiennent pas les titres, ils les empruntent et ne réalisent l’achat qu’à la fin, au dénouement de l’opération. L’effet de levier est maximal et ils ne supportent pas l’intégralité du risque.

 Faible transparence, système de rémunération - proportionnel aux gains - qui pousse au crime, excès de risque, trou noir juridique (absence de règles), faut-il siffler un penalty contre ces avant-centre du capitalisme ? »

 La conclusion est lucide : « Depuis vingt-cinq ans et le début de la libéralisation des marchés financiers, les Etats n’ont eu de cesse  que de lever une à une les restrictions à l’innovation financière. L’adoption de lois limitant les « hedge funds » marquerait un tournant radical (…).

 Il faudrait au moins exiger plus de transparence ».

 Le Figaro : « Ces nouveaux actionnaires qui font peur aux patrons français »

 C’est sous le titre « Ces nouveaux actionnaires qui font peur aux patrons français » que, le 27 décembre, Le Figaro (Anne - Laure Julien, Service Economie) aborde cette question.

« C'est une vraie révolution qui se prépare au sein du CAC 40. Habitués à ne rendre aucun compte aux actionnaires, donc aux véritables propriétaires des entreprises qu'ils dirigent, les patrons français ont de bonnes raisons de trembler. Une nouvelle génération d'actionnaires, beaucoup plus rétive, réclame le pouvoir : ce sont les hedge funds (fonds d'investissement), les Atticus, TCI et autres. Ces requins de la finance, ces « fonds voyous » comme les surnomme Claude Bébéar, le président d'Axa, veulent rentabiliser au maximum, et dans un laps de temps minimal, l'argent qu'ils placent en Bourse. Tous les coups sont permis pour obtenir toujours plus et peu importe que cela nuise à l'entreprise dont ils sont actionnaires (…).

 Les fonds d'investissement affichent, sur les dix dernières années, de bien meilleures performances que les produits de gestion classique : 11 % en moyenne contre à peine 7 % pour l'indice boursier mondial. Alléchés par ce succès, les grandes fortunes, compagnies d'assurance et autres établissements bancaires leur confient de plus en plus d'argent. Du coup, la force de frappe des hedge funds est devenue colossale. De 1 500 milliards de dollars en 2004, elle devrait passer avant 2008 à 2 400 milliards de dollars. L'équivalent d'une fois et demi le PIB français...

 Capables d'acquérir en un rien de temps 10 % à 20 % d'une entreprise cotée, ces guerriers d'un nouveau genre s'estiment en droit d'intervenir ensuite dans la stratégie et la gestion. En France, les managers vivent très mal les intrusions dans ce qui fut longtemps leur chasse gardée. Pendant des années, personne ne les avait contredits. Ni les actionnaires, mélange de gestionnaires professionnels suivistes et de petits épargnants faciles à convaincre, ni leur état-major. Cette époque est révolue (…).

 Dans la mesure où près de la moitié des actions françaises se trouvent entre des mains anglo-saxonnes, les patrons français ont bien raison de s'inquiéter. Face à des adversaires aussi réactifs qu'exigeants, « promettre que la situation de l'entreprise s'arrangera d'ici à cinq ans » n'est plus accepté. Pour survivre, ces dirigeants vont devoir jouer selon les règles des fonds, qui rappellent celles de l'actionnariat familial du XIXe siècle : les propriétaires décident. Ce n'est sans doute pas une coïncidence si les dernières entreprises familiales cotées, Bouygues, L'Oréal, LVMH, Michelin ou Peugeot, affichent les meilleures performances de la place de Paris".

Par SORIN Michel - Publié dans : Capitalisme
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Mardi 2 janvier 2007 2 02 01 2007 21:36

 

La Suisse, pays d’accueil… du capital !

 

Arnaud Montebourg, député PS de Saône-et-Loire, porte-parole de Ségolène Royal, est l’auteur d’un texte publié par Libération ce 2 janvier, sous le titre « Johnny, un exil utile ? ».

 Incivisme du chanteur, mais aussi une autre forme d’incivisme dont les médias ne parlent pas : la Confédération helvétique (et, plus particulièrement, la République de Genève) pratique la concurrence fiscale (le « dumping » fiscal) pour attirer les sièges des entreprises multinationales.

 Voici ce texte. Le titre et les sous-titres sont de ma composition.

 L’incivisme d’un chanteur qui se fait subventionner ses spectacles

 « Bien sûr que l'indignation était nécessaire. Comment accepter qu'un artiste aussi incontestable que Johnny Hallyday exerce un chantage aussi contesté sur les choix redistributifs du législateur, en annonçant qu'il reviendrait en France quand son ami Nicolas Sarkozy accéderait enfin au pouvoir pour supprimer l'impôt de solidarité sur la fortune ?

 Sait-il qu'en refusant de payer son écot aux besoins de la maison France, qui l'a élevé et chéri, il injurie tous les autres citoyens qui participent avec conscience au financement de l'intérêt général et qui paient leurs impôts sans sourciller et n'ont pas le loisir d'aller s'ennuyer à Gstaad six mois par an ?

Il méprise aussi ceux qui n'ont pas d'autre choix que de payer les taxes qu'on réserve, et particulièrement ses amis de droite qui nous gouvernent, aux plus pauvres parce que ceux-là sont plus nombreux.

 Cet incivisme est d'autant plus grossier que son auteur sait parfaitement demander et obtenir que ses spectacles itinérants soient subventionnés par les collectivités locales où il s'arrête : pour rendre accessible le prix de la place, les contribuables locaux paient, et Johnny encaisse les bénéfices qu'il veut maintenant faire échapper à la juste contribution de l'impôt.

 Avant de partir à Gstaad, Johnny devrait rembourser les caisses publiques pour, qu'avant sa fuite, il ait au moins désintéressé les contribuables qu'il prétend défendre.

 Mais l'essentiel n'est pas là. Il est dans le fait, inaperçu dans cette affaire, que la Confédération helvétique pose autant de graves problèmes que Johnny lui-même.

 L’incivisme d’un pays d’accueil très généreux avec les sièges sociaux

 Sait-on que la plupart des sièges sociaux, centres de profits des grandes entreprises transnationales ayant leur activité en Europe (Hewlett-Packard, Gillette, Procter & Gamble, Ralph Lauren, Colgate Palmolive, Pfizer, Cisco, General Motors, Amgen, Biogen, Philip Morris, Medtronic, Iridian Technologies, entre autres), sont allés s'installer dans les républiques cantonales de la Confédération helvétique et particulièrement celle de Genève ?

 Ce sont des milliards d'imposition sur le capital qui sont partis en fumée pour les caisses publiques des Etats européens, obligeant ceux-ci à suivre le mouvement de baisse fiscale généralisée sur le capital dans toute l'Union, et ce afin de résister à cette concurrence fiscale dommageable, ou «dumping fiscal», et reportant la charge de la solidarité nationale sur l'imposition du travail.

 D'après la Confédération internationale des syndicats libres, ce seront bientôt 1 400 sièges sociaux qui partiront en Suisse, soit l'équivalent de 32 milliards d'euros de recettes fiscales sur les profits de ces entreprises.

 La république de Genève propose aux sièges sociaux des entreprises un taux d'imposition de 6,4 % contre 33 % en France, 30 % en Angleterre, environ 30 % en Allemagne. Il est par ailleurs démontré que ce paradis fiscal pratique des taux d'imposition sur mesure, négociés préalablement avec l'entreprise et pour une durée préfixée et hors la vue de son propre parlement.

 Les paradis fiscaux ne sont pas combattus par les gouvernements

 Pour quelle raison aucun des gouvernements européens n'a réagi contre ces pratiques prédatrices ? Car, en vingt ans, le taux moyen européen de l'impôt sur les sociétés est passé de 45 % à 30 %.

 Accepter la baisse continue des taux d'imposition sur le profit des entreprises, c'est accepter, en plus de la sous-rémunération du travail, la surfiscalisation de tous ceux, salariés, travailleurs indépendants, artisans, commerçants, retraités, qui ne vivent que de leur travail.

 Les gouvernements libéraux européens, et particulièrement celui de Nicolas Sarkozy, loin de s'offusquer de cette perte de substance fiscale, s'appuient au contraire sur les basses pressions fiscales des paradis fiscaux voisins pour imposer à leur population par la pression de l'extérieur ce qu'ils savent ne pas pouvoir obtenir d'elle par son libre consentement.

 Ils expliquent sans cesse l'obligation de baisser les impôts sur le capital, la fortune et le patrimoine, afin, disent-ils, d'améliorer l'attractivité de leur pays sur le plan fiscal, justifiant ainsi les récurrentes hausses d'impôts indirects en tous genres qui frappent les petites bourses, une fiscalité accrue sur le travail ou des restes à charge pour payer la solidarité nationale dont les grandes entreprises ou grands patrimoines veulent s'exonérer.

 Cela rappelle la noblesse émigrant à Coblence sous la Révolution

 Cette défense classique des privilégiés par l'extérieur nous rappelle avec saisissement la Révolution française faisant face aux cortèges d'émigrés, qui pour défendre les privilèges d'une noblesse dépourvue d'esprit national, ralliaient à Coblence les armées des monarques de l'Europe en lutte contre le sens républicain de l'Histoire.

 Cette situation explosive, créée par les pratiques prédatrices des paradis fiscaux sur le continent européen, sert à leur tour les privilèges contemporains des entreprises multinationales, de leurs actionnaires et des grands patrimoines, en contribuant à accabler d'impôts les autres couches sociales.

 Jusqu'où notre sens de la tolérance à l'égard de la Suisse, du Luxembourg, du Liechtenstein, de Monaco ira-t-il ? Car lorsque vous demandez des comptes à l'un de ces pays, il se réfugie derrière les pratiques similaires de ses congénères.

 L’Europe unie contre les paradis fiscaux ?

 Ne vaudra-t-il pas mieux assumer la confrontation inévitable avec ces territoires, comme le général de Gaulle sut le faire en décrétant en 1963 un blocus contre la principauté de Monaco qui dut ainsi plier l'échine devant les exigences fiscales que la République française avait mises sur la table.

 Les gouvernements des Etats européens ne peuvent plus accepter les abus de voisins indélicats, comme la Confédération helvétique, qui prétendent nous donner des leçons de modérantisme fiscal, pendant qu'ils font financer leurs besoins par la richesse des autres, avec en prime captation et délocalisation comme méthode de prédation.

 Qu'ils nous prennent Johnny Hallyday ou Alain Delon, passe encore, mais la substance de nos gisements fiscaux, ceux-là même nécessaires pour alléger la charge du financement de la solidarité nationale pesant sur le travail, nous ne pourrons plus nous en laisser déposséder.

Les grands pays européens devront s'unir dans cette perspective afin de construire les conditions d'un changement radical de comportement de ces paradis à nos portes qui, si nous restons les bras ballants, nous préparent l'enfer fiscal ».

Par SORIN Michel - Publié dans : Capitalisme
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Vendredi 5 janvier 2007 5 05 01 2007 19:57

 

Trois illusions libre-échangistes sur la Chine

 Sur le site www.chevenement.fr vous pouvez lire deux articles A propos de la Chine

 La Chine, « dragon » colossal ou partenaire stratégique ?, par Jean-Pierre Chevènement, Le Figaro, septembre 2003

 Les actes du colloque du 28 novembre 2005 de la Fondation Res Publica «Mondialisation régulée des échanges et préférence européenne» avec en particulier l'intervention de Philippe Cohen, journaliste économique, auteur (avec L. Richard) de « La Chine sera-t-elle notre cauchemar ? ».

C’est une excellente initiative au moment où Ségolène Royal effectue un voyage en Chine.

 J’ai choisi de faire un résumé (quelques passages ont été coupés, les titres sont de ma composition) des propos de Philippe Cohen, co-auteur de publications importantes (La face cachée du Monde, La face karchée de Sarkozy, notamment). Il est journaliste, spécialiste des questions économiques. Les participants à la réunion que nous avions organisée à Château-Gontier en 2002, dans le cadre de la campagne présidentielle, se souviennent de lui.

 

 Les arguments en faveur de l’intégration de la Chine dans l’OMC.

 

 Dans son intervention, Philippe Cohen commence par présenter les arguments libre-échangistes en faveur de l’intégration de la Chine dans le commerce international, et donc, dans l’OMC.  

 Selon les partisans du libre-échange, l'ouverture du marché chinois devait permettre des gains de productivité qui, à un moment ou un autre se traduiraient par une amélioration du pouvoir d'achat, comme au Japon puis en Corée, pays dans lesquels les salaires des ouvriers productifs ont rejoint ceux de l'occident en une génération.

 Lorsque la Chine a été intégrée dans l'OMC, plus globalement lorsqu'elle a été largement intégrée à l'économie mondiale, au commerce mondial, trois idées circulaient, souvent exprimées par les décideurs européens.

Premier argument : La première idée était que le marché chinois allait devenir le plus grand marché du monde et un formidable support à la croissance économique mondiale.
 
Deuxième argument : L'investissement en Chine a été également présenté comme une manière formidable d'améliorer le pouvoir d'achat des consommateurs puisqu'en investissant en Chine, on allait produire moins cher, les prix allaient baisser en conséquence et les consommateurs verraient leur pouvoir d'achat augmenter.

Troisième argument (plus implicite) : Il consiste à dire que forcément, à un moment ou à un autre, le marché mène à la démocratie et que, implicitement, plus vous favorisez l'insertion de l'économie chinoise dans l'économie mondiale, plus vous favorisez l'émergence de la démocratie en Chine.

C'est de cette façon, avec ces trois arguments, que l'insertion de la Chine dans l'économie mondiale a été présentée comme un jeu gagnant -gagnant pour toutes les parties. 
 

La vision de Philippe Cohen est radicalement différente.

 

 "Je voudrais défendre ici l'idée d'une exception chinoise par rapport à ce modèle libre-échangiste. 

 Je ne suis ni économiste ni sinologue. Je suis allé en Chine, je m'y suis baladé, j'ai travaillé avec Luc Richard qui y habite et parle le mandarin. Nous avons enquêté dans ce pays de façon artisanale c'est à dire en refusant d'être « guidé » par des experts, ou des responsables ayant un intérêt économique ou politique dans le pays.

 Plutôt que de se rendre, comme nos confrères, dans les métropoles du « miracle chinois », nous nous sommes rendus dans les campagnes chinoises, dans lesquelles vivent 900 Millions de personnes avec moins de deux dollars par jour.
Ces voyages nous ont amenés à remettre en cause les trois postulats exposés plus haut :

1. L'exception chinoise.
 

 L'ouverture de l'économie chinoise date de 1979. Vingt-six ans plus tard, aucun phénomène de rattrapage comparable à celui du Japon ou de la Corée ne peut être décelé, même si l'on s'en tient aux sources officielles du parti communiste chinois.
En matière de statistiques, la Chine, c'est la Terra incognita. Les chiffres diffusés dans le monde entier à propos de la croissance chinoise sont probablement aujourd'hui sous-évalués : les dirigeants chinois ont « peur de faire peur » et, comme les chiffres se décident en bureau politique, ils ont tendance à les minorer.

 Mais les études de chercheurs crédibles dont on peut disposer montrent que, y compris dans les usines d'exportation, le salaire des ouvriers chinois a très peu évolué : depuis vingt-cinq ans, il est resté à peu près stable.

Cette exception est-elle durable ?

 Cela peut durer parce que le projet de développement des dirigeants chinois est fondé sur le maintien de ce que Marx appelait une « armée de réserve », ceux qu'on appelle les « mingong », les travailleurs migrants de Chine qu'on estime entre cent et deux cents millions de personnes.

Ces personnes quittent les campagnes où elles vivent dans des conditions extrêmement misérables, sur des lopins de terre qui n'assurent pas leur subsistance. Ces « mingong » sont aspirés dans les villes où ils acceptent des conditions de travail absolument épouvantables (j'en ai été personnellement le témoin) parfois plus dures encore que celles que nous connaissions au 19e siècle.
Plus de la moitié des travailleurs chinois n'ont pas de contrat de travail (80%, selon un rapport).
Les mingong sont souvent logés chez leur employeur.
Les salaires ne sont versés qu'à discrétion. Des centaines de milliards de yuan (des dizaines de milliards d'euros) sont gardés par les entrepreneurs et distribués avec retard, selon une logique qu'eux seuls maîtrisent et sans aucun recours pour ces travailleurs (il donne un exemple concret).
 Il y a peu de recours : on peut aller voir les autorités du Parti mais le risque est de voir l'entreprise fermée et de perdre son emploi.

 Le Parti communiste dispose des leviers de commande de l’économie.

 Cette situation peut durer parce que, contrairement au tableau trop souvent fait dans les reportages, la Chine n'est pas une économie de marché. Elle subit encore un système communiste, totalitaire dans lequel le Parti pèse sur un certain nombre de points-clés de l'économie.

 Le Parti maîtrise les prix agricoles et le prix d'un certain nombre de matières premières. Par exemple, la surexploitation des travailleurs du charbon provoque, selon certaines estimations (une publication du PCC parle de 5000 morts), la bagatelle de vingt mille morts par an alors qu'il y a une énorme aspiration : le marché demande du charbon.

 La main de fer du Parti maintient les bas salaires puisque c'est lui qui fixe le prix. De la même manière, si le Parti considère qu'il y a trop de travailleurs migrants qui quittent la terre, il remonte les prix agricoles pour essayer de maintenir les gens à la campagne. A l'inverse, s'il veut accélérer les migrations pour éviter la hausse des salaires à la ville, il baisse les prix agricoles de manière à favoriser le départ des travailleurs migrants. C'est un jeu assez subtil par lequel le Parti dispose de leviers.

 Je pourrais également évoquer le levier bancaire utilisé par le PCC. En Chine, la population épargne 40% de son revenu pour pallier l'absence de toute protection sociale. Cela créée une énorme manne financière utilisée à discrétion par le Parti. C'est ainsi que, au niveau local comme au niveau national, les dirigeants chinois peuvent soutenir des entreprises indépendamment de leurs performances. La notion de faillite, telle que nous la connaissons en Occident n'existe pas en Chine. C'est le Parti qui, en dernière instance décide si une entreprise mérite de survivre ou non.

2. L’argument de l’augmentation de pouvoir d’achat ne tient pas.

 Deuxième argument des libre-échangistes : l'investissement en Chine va améliorer le pouvoir d'achat des consommateurs européens.
D'abord, ce constat est tout relatif : On a beaucoup parlé de l'affaire du textile chinois. Il faut savoir qu'entre 2004 et juin 2005, alors que les entreprises achetaient massivement du made in China, la baisse des prix du textile en Europe (selon Eurostat) n'a été que de 0,5%.
En réalité, les Chinois ne sont pas seuls responsables de la situation dans laquelle nous nous trouvons, le grand responsable est aussi la grande distribution qui s'est attribuée les marges…

 Ensuite – je rejoins les réflexions de Jean-Luc Gréau – la délocalisation à outrance, la désindustrialisation qu'elle entraîne dans les pays développés, va finir par peser sur le pouvoir d'achat des salariés européens et américains. Nous sommes au début d'un processus que nous sous-estimons et qu'a très bien expliqué le chercheur Jean-Louis Levet (un rescapé du commissariat au plan). Selon lui, dans les entreprises françaises et même européennes, tout patron dont le plan de développement ne passe pas par la délocalisation en Chine et en Inde est aujourd'hui considéré comme un rigolo.

 Nous sommes dans une logique de désindustrialisation pure et simple avec l'illusion – qui ne peut même plus fonctionner aujourd'hui – que c'est en montant dans la valeur ajoutée, en employant davantage les chercheurs, les ingénieurs qu'on va se mettre en position concurrentielle. Ceci ne tient pas : je suis allé en Inde et en Chine. La Chine est aujourd'hui le pays qui produit le plus d'ingénieurs au monde. Rien ne s'oppose à ce que ces pays deviennent très compétitifs dans les secteurs de haute technologie, il n'y a aucune raison pour qu'ils restent l'atelier du monde.

3. Le marché ne mène pas forcément à la démocratie.

 La troisième illusion est l'idée que le marché mène forcément à la démocratie. Nous avons en Chine des observateurs qui espèrent de toutes leurs forces pouvoir alimenter cette argumentation, et qui scrutent en permanence la société chinoise pour essayer de déceler des petites pépites de démocratie… pour le moment la pêche est vaine. Au contraire, on assiste plutôt à un resserrement (sur le plan des libertés, par exemple) de la façon dont le Parti communiste chinois dirige ses affaires.

Je n'ai pas le temps de développer ici toutes les pistes abordées dans notre livre pour permettre à la fois de sauver l'industrie européenne et inciter les dirigeants à promouvoir un développement plus équilibré de leur société. Nous abordons notamment la question du rétablissement de la préférence communautaire, la bataille pour la réévaluation du yuan, la monnaie chinoise, que les Etats Unis ne doivent pas mener seuls, et la TVA sociale. Je me cantonnerai ici à trois idées.

La Chine n’est pas une société de droit.

 Je me suis toujours amusé en entendant le refrain « Obligeons la Chine à respecter les droits de l'homme » ! La Chine ne bafoue pas les droits de l'homme, mais le droit tout court !
Le piratage dans le monde représente six cent milliards de dollars par an, la moitié provient de Chine… pour le grand bonheur du consommateur occidental : on trouve des DVD à moins d'un euro. Le voyage en Chine permet aujourd'hui d'acheter à prix dérisoire tous les produits de grande consommation des marchés européens. Ceci sans la moindre répression.

 
Quant au droit du travail, j'ai dit ce qu'il en est. En ce qui concerne l'environnement, la Chine a une réglementation extrêmement sophistiquée mais, parce qu'elle est à la discrétion des pouvoirs locaux, elle n'est absolument pas respectée. Les Occidentaux ont du mal à percevoir que, si le pouvoir communiste chinois est toujours en place, il n'est plus centralisé. C'est la grande différence avec le passé, notamment le passé de l'URSS.

 Il existe en Chine un équilibre très particulier des pouvoirs entre les institutions locales et les institutions nationales, autrement dit entre le Parti local et le Parti national. Si les choses vont trop loin, s'il y a des émeutes, le centre peut remplacer les dirigeants, voire les condamner à mort.
Beaucoup des aides attribuées aux autorités locales afin d'agir en matière d'environnement ont été détournées à d'autres fins, ce qui explique un certain nombre d'explosions qui, d'ailleurs, ne sont connues qu'au bout de quelques jours. Ceci montre bien la réalité chinoise : la dernière explosion n'a été révélée qu'au moment où le flot de benzène est arrivé en Russie en dépit de la présence en Chine – à Pékin – de dizaines de journalistes correspondants.

Le problème du droit en Chine, la situation financière et bancaire chinoise, l'existence de créances douteuses, cet ensemble d'éléments fait que la Chine n'est pas une société de droit. Avant d'appliquer les droits de l'homme, il faudrait pouvoir appliquer le droit tout court.
Certains intellectuels chinois croient d'ailleurs que l'émancipation du pays viendra par le droit et ils poussent un mouvement en faveur de l'indépendance des magistrats pour essayer de faire avancer le pays vers la démocratie.

 Le transport des marchandises n’est pas facturé à son coût réel.

 Ma deuxième idée concerne le commerce international.
Une évidence : il est stupide de faire effectuer vingt-cinq mille kilomètres à une tomate pour la payer deux centimes moins cher à l'autre bout du monde.
Je crois qu'il va falloir discuter sérieusement de cela à l'échelle internationale. C'est pourquoi je m'inscris en faux contre l'idée qui relègue l'agriculture, voire l'industrie, dans le passé, présentant le service comme l'avenir de nos sociétés développées.
La réalité qui s'impose à nous est toute autre :
Le métier le plus pratiqué aujourd'hui dans le monde reste celui de paysan : il concerne 1,5 milliard de personnes.
C'est probablement dans l'agriculture que se trouvent toutes les énergies renouvelables dont nous aurons besoin demain.

J'aimerais promouvoir l'idée de faire payer au vrai prix le transport des marchandises.
Puisqu'on est dans une économie marchandisée, « marchandisons » jusqu'au bout.
Les routes empruntées par les camions ne sont pas taxées au vrai prix, très loin de là.
Que représente l'investissement de l'Etat ?
Quel est le coût de la sécurité pour les bateaux ?
Il est incroyable que, pour mettre en vente en Europe une paire de chaussettes chinoises, le coût du transport ne soit que de trois centimes d'euro ! Ce n'est pas le vrai prix pour faire venir en France ou en Europe les chaussettes chinoises ! Une partie de ce prix est acquittée par les Etats. En somme, nous finançons nous-mêmes en partie la compétitivité des industriels chinois qui fabriquent du chômage en Europe !

La grande distribution occupe une position excessivement privilégiée.

 Nous sommes quelques-uns à mener une croisade sur le déséquilibre de l'économie actuelle qui vient de la place de plus en plus oligopolistique occupée par la grande distribution dans le processus économique.
Quant, à propos de mon livre, on me parle de « péril jaune », je réponds qu'il ne s'agit pas de péril jaune mais de péril bleu, bleu comme le logo de Carrefour ou de Walmart (la plus grande entreprise de distribution du monde qui s'approvisionne à 80% en produits chinois). Il n'y a pas de concurrence pour ces entreprises, le seul concurrent de Walmart, très loin derrière, s'appelle Carrefour et risque d'être racheté lui-même assez vite par Walmart.
Nous sommes dans une logique de déséquilibre entre la distribution et l'industrie qui me semble très préjudiciable.
Il me semble par exemple que le développement des marques de distributeurs qui « esclavagisent » les industriels et contribuent puissamment à faire du prix le seul critère de concurrence, n'est pas loyal en ce sens que les distributeurs captent toute la valeur ajoutée des produits fabriqués sans prendre aucun risque.
C'est dans ce domaine, me semble-t-il, qu'il faudrait imaginer des réformes et des décisions aidant les industriels à maintenir un rapport de force". 

Par SORIN Michel - Publié dans : Capitalisme
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