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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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Gauche France

Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 23:52

Adversaire le plus souvent de la gauche républicaine

 

Depuis la publication de l’article Le tribun Mélenchon cite Jaurès mais n'en a pas l'esprit rassembleur - 11 mai 2013, j’ai reçu le commentaire du militant MRC et CGT de Paris, économiste statisticien, Alain Gély.

 

Il exprime ses réserves à l’égard du tribun Jean-Luc Mélenchon, sans la moindre agressivité. C’est seulement un constat de désaccord et il précise qu’il ne souhaite pas s’éterniser sur le « cas Mélenchon », préférant privilégier ses capacités de critique contre le « système » plutôt que contre ceux qui le critiquent en se réclamant de la gauche républicaine. Voici ce qu’il m’a écrit hier, 12 mai, souhaitant apporter les précisions suivantes. 

 

- Mélenchon, venu de l'extrême-gauche et devenu bureaucrate miterrandiste dans l'Essonne, a été en réalité un adversaire de la ligne de gauche au sein du PS, proposée notamment par le CERES puis par Socialisme et République, notamment lors du "virage libéral" de la gauche en 1982-83

 

- le prétexte du combat de Mélenchon contre la gauche républicaine à ce moment décisif est sa vision gauchiste de l'internationalisme : la sortie du Système monétaire européen était présentée à l'époque par Delors  Mauroy Rocard... et Mélenchon comme une rupture avec l'Europe, un repli nationaliste etc. alors que c'était le seul moyen de mener une politique de gauche au lieu d'ouvrir cette "parenthèse libérale", acceptant les inégalités et la domination outrancière de la finance, dont le PS et la France ne sont pas encore sortis ;

 

- c'est la même approche erronée de l'internationalisme - bizarrement confondu avec l'européisme alors que celui-ci n'est que le faux nez du libéralisme - qui l'a conduit à être un des adversaires les plus perfides du Non à Maastricht en 1992 , laissant Chevènement seul au sein du PS à mener ce combat, alors que ce traité consacrait à l'évidence le triomphe du libéralisme financier et la soumission de l'Europe et de la France à l'ordre néolibéral et atlantiste ;

 

- l'internationalisme traditionnel s'accompagne souvent du pacifisme : ceci l'avait conduit à rejeter, à juste titre, la guerre du Golfe en 1991 ; mais l'antimilitarisme qui semble la caractériser aujourd'hui dans son rejet de l'action en Afrique ne me semble pas compatible avec une politique de gauche responsable ; en effet, une telle politique exige que soit maintenue ou reconstituée la souveraineté nationale, pacifique mais pas pacifiste, adaptée au monde tel qu'il est et non à celui qu'on espère ; or, cette souveraineté n'est pas compatible avec le fait de se placer sous la protection des Etats-Unis ou de toute autre puissance ;

 

- concernant le républicanisme de JLM, présenté comme incontestable, je suis sceptique ; là encore, je m'en réfère aux faits, aux prises de position qui ont un impact dans les moments de choix réels et non aux seules déclarations d'estrade ou de tribune : j'ai le souvenir de sa position à propos de la Corse ; il soutenait la politique de Jospin contre celle de Chevènement et disait même préférer perdre la Corse que la République, comme si le fait de livrer la Corse aux nationalistes ethniques ne constituait pas un affaiblissement de la République !  http://discours.vie-publique.fr/notices/003002416.html  ;

 

- JLM a, au contraire de 1992, fait enfin le bon choix en 2005 lors du referendum sur le traité constitutionnel européen... mais sur des bases très contestables puisqu'il appelait (et appelle encore semble-t-il) de ses voeux une Europe fédérale, radicalement incompatible avec la souveraineté populaire et nationale qu'il ne faut pas affaiblir mais au contraire rétablir en retrouvant certains attributs délaissés da la souveraineté, dont la politique monétaire ;

 

Au total, ses choix passés et, semble-t-il, ses pratiques personnelles ne désignent en rien JLM comme un rassembleur ; il a presque toujours été un adversaire de ceux qui tentaient de maintenir une ligne de gauche au sein du PS entre 1981 et 1993 puis de Chevènement et du MDC en 2001-2002 (tenant même de prendre la circonscription de Georges Sarre quand il l'a vu en difficulté au printemps 2002) ; après être resté au PS jusqu'en 2008, assumant de fait les politiques de ce parti jusqu'alors, il semble en avoir fait son adversaire principal, alors que rien de nouveau ne le justitfie, au contraire, et que les adversaires à combattre sont les inégalités, le libéralisme financier et le nationalisme ethnique.

 

Cet article est le 139ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

Par Michel SORIN - Publié dans : Gauche France - Communauté : Les blogs républicains
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Samedi 11 mai 2013 6 11 /05 /Mai /2013 21:39

C’est la gauche dans son ensemble qui doit gagner

 

Jean-Luc Mélenchon doit mettre son talent au service de la gauche, afin qu’elle réussisse, rassemblée. La voir divisée, comme c’est le cas actuellement, désespère son électorat potentiel. Cela fait le jeu de la droite et de l’extrême droite.

 

En 2010, j’avais comparé les deux personnalités politiques que sont Mélenchon et Chevènement. J’ai connu les deux mais en étant, depuis 40 ans, très proche du second (sauf entre 1993 et 2001 - j’étais resté au PS, ne l’ayant pas suivi au Mouvement des Citoyens). A aucun moment, je ne les ai vus alliés. Chacun met d’abord l’accent sur ce qui les sépare.

- Quand j’ai rencontré Jean-Luc Mélenchon, le 23 octobre 2008, à Laval - où il était venu soutenir Hervé Eon, le porteur de la pancarte « casse-toi, pov’ con », poursuivi en justice pour offense au chef de l’Etat - ses premiers mots étaient pour souligner son désaccord avec Jean-Pierre Chevènement. Il m’avait, ensuite, confié le caractère imminent de son départ du PS.

 - J’ai aussi le souvenir, après l’élection présidentielle de 2002, sur les ondes de France Inter, des déclarations fracassantes de Mélenchon, appelant au dépassement de la conception républicaine de Chevènement, et ne craignant pas d’affirmer que celui-ci avait fait son temps. J’en avais été meurtri.

 

En fait, s’ils sont tous les deux républicains de gauche, ils ne le sont pas de la même façon. Voir Chevènement et Mélenchon : deux républicains, vus par Michel Sorin - 22 avril 2010. 

 

Ce qui importe, au-delà de leurs différences, c’est leur contribution à la réussite de la gauche.

 

Université d'été MRC 2010 003 TL’un et l’autre ont fait savoir qu’ils accepteraient d’être premier ministre, si Hollande le leur demandait.

Voir Chevènement accepterait de conduire un gouvernement de salut public - 27 avril 2013 et Mélenchon : « Si Hollande me propose d'être Premier ministre, j’y vais immédiatement » (RMC, 3 mai 2013).

 

JL-M-lenchon-Laval-23-10-08.jpgL’un et l’autre se réfèrent à Jean Jaurès (voir Jean-Pierre Fourré a raconté Jean Jaurès à Saint-Berthevin le 2 février - 13 février 2012). Mais est-ce le même Jaurès ? 

 

Jean-Paul Damaggio aime bien Mélenchon, ce qui ne l’a pas empêché d’effectuer une analyse critique de ses déclarations. Voir, sur le blog « La Sociale » : Mélenchon aime citer Jaurès (9 mai 2013).

 

(…) Aujourd’hui Mélenchon et le Parti de Gauche aiment parsemer leurs discours et leurs textes de citations de Jaurès. C’est ainsi que Mélenchon a terminé son intervention du 5 mai 2013 par ce socialiste célèbre. Ceci m’incite à écrire cet article qui ne va pas me faire des amis car, quand on a la chance d’avoir un tribun qui relance l’espoir démocratique, il vaut mieux l’encenser. Je me contente d’avancer quelques faits; donc merci de juger les faits et non d’inventer des intentions…

 

Mélenchon et le culte du chef (…)

Mélenchon au-dessus des partis (…)

Mélenchon et l’ancrage politique (…)

Mélenchon et l’analyse du capitalisme actuel (…)

Mélenchon et la Sixième République (…)

 

Conclusion : Nous avons beaucoup à apprendre des combats de Jaurès, de sa méthode, de sa fermeté, de sa clarté mais pas à des fins utilitaires. Et j’ose espérer que Mélenchon lui-même a beaucoup à apprendre des uns et des autres et autant de ses laudateurs que de ses critiques. La révolution qu’il appelle de ses vœux ne sortira pas de sa tête, mais d’un mouvement social avec lequel nous devons chercher à construire notre propre conscience pour avancer pas à pas dans la lutte des classes.

 

Cet article est le 138ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

Par Michel SORIN - Publié dans : Gauche France - Communauté : Les blogs républicains
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Vendredi 10 mai 2013 5 10 /05 /Mai /2013 22:47

Les militants socialistes étaient présents sur le terrain

 

Il y a 40 ans, le 4 mai 1973, nous étions 12 à Saint-Berthevin - près de Laval, en Mayenne - réunis chez Michelle et Daniel Legay ce soir-là afin de créer une nouvelle section du Parti socialiste.

 

Cette date avait été choisie en fonction de la disponibilité de Francis Bour, ancien directeur de cabinet du ministre Robert Buron (Wikipédia). Celui-ci était décédé le 28 avril 1973 et sa sépulture avait eu lieu à Villaines-la-Juhel le 3 mai, en présence de François Mitterrand. Francis Bour était adhérent du PS depuis le congrès d’Epinay-sur-Seine, en 1971, comme Robert Buron (Céas53), auteur du discours de clôture de ce congrès qui a profondément marqué l’histoire du socialisme en France.

Le 18 mars 1971, Robert Buron participe à Paris à un grand meeting d'union de la gauche avec les dirigeants du PCF et du Parti socialiste. Il lance un appel aux chrétiens à rallier la gauche. Robert Buron participe au congrès d'Épinay du Parti socialiste en 1971. Sa motion Vie nouvelle- Objectif 72 recueille 1,5 % des suffrages. Il est maire de Laval de 1971 à sa mort en 1973 (Wikipédia).

 

Michelle Legay, conseillère municipale de Saint-Berthevin depuis 1971, élue dans l’équipe du maire (centre droit), Bernard Le Godais, souhaitait bénéficier des réflexions d’une section PS et amorcer une opposition municipale. C’est, à sa demande, que j’ai été élu secrétaire de section, après m’être engagé à habiter Saint-Berthevin, ce qui fut fait rapidement.

 

La section PS de Saint-Berthevin a travaillé sur les questions de politique nationale mais aussi municipale. Le dimanche 26 octobre 1975, elle organisait un déplacement en car à Hérouville-Saint-Clair (Calvados), près de Caen, afin d’étudier l’action d’une municipalité socialiste (majorité d’union de la gauche depuis 1971). En 1976, elle soutenait la lutte des travailleurs de l’entreprise Gruau et préparait une liste en vue des élections municipales de mars 1977. C’était une première pour la gauche à Saint-Berthevin. La liste d’union de la gauche (PS-PCF) était arrivée en 3ème position mais c’était une bonne façon de marquer son territoire électoral.

 

Au niveau national, les élections législatives en 1978 étaient gagnables par la gauche mais finalement perdues en raison de divisions, à l’initiative du Parti communiste. Il fallut attendre 1981 pour voir la gauche réussir à l’élection présidentielle, à la 3ème tentative (après 1965 et 1974) de François Mitterrand (Wikipédia), alors qu’il n’était plus très jeune (64 ans).

(…) À force d'opiniâtreté et grâce à son habileté de stratège, il a néanmoins réussi à s'imposer comme chef de file de la gauche non communiste. D'abord en s'affirmant comme principal opposant au général De Gaulle en 1965. Ensuite, en prenant le contrôle du Parti socialiste, au cours du congrès d'Épinay en 1971, en s'appuyant à la fois sur l'aile droite (motion Mauroy/Gaston Defferre) et l'aile gauche (motion Chevènement) du parti. L'année suivante, l'Union de la gauche, stratégie poursuivie par Mitterrand depuis le début des années 1960, se concrétise avec l'adoption d'un programme commun de gouvernement par le Parti socialiste, le Parti communiste français, et le Mouvement des radicaux de gauche, portant notamment sur les nationalisations, la réduction du temps de travail et le désarmement nucléaire (…)

Malgré la défaite sur le fil de François Mitterrand à l'élection présidentielle en 1974, la dynamique électorale du PS est bien enclenchée dans les années 1970 (…). La rupture entre les deux partis est consommée lors de la renégociation du programme commun en 1977 (…).

 

J’ai vécu l’élection présidentielle en tant que mandataire départemental de François Mitterrand. Depuis le congrès de Metz, en 1979, étant à la tête du courant CERES (Chevènement), majoritaire en Mayenne en alliance avec le courant Mitterrand (les motions Mauroy et Rocard étant minoritaires, ensemble), j’étais responsable départemental et cela durera jusqu’au congrès de Bourg-en-Bresse, en 1983.

 

Résultats. Voir Élection présidentielle française de 1981 - Wikipédia

(…) Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprimées, choisi par 15 708 602 électeurs, soit 1 065 956 de plus que son adversaire, et 8 202 302 de mieux que son résultat du premier tour, quand Valéry Giscard d'Estaing n'a rallié que 6 419 874 nouveaux électeurs. Par rapport au second tour de 1974, le score du candidat socialiste s'est amélioré de 2 736 658 votes. Le taux d'abstention (14,13 %) a été faible : par rapport au premier tour, 1 733 470 électeurs supplémentaires se sont déplacés. Les votes blancs et nuls ont doublé entre les deux tours. François Mitterrand a avant tout bénéficié d'un bon report de voix : 92 % des communistes, 53 % des écologistes, et 18 % des gaullistes selon la Sofres. François Mitterrand a remporté la majorité dans 65 départements de la France métropolitaine ; il en a conquis 25 de plus qu'en 1974. Les différences catégorielles entre l'électorat de Mitterrand et celui de Giscard d'Estaing ne sont pas très marquées. On peut néanmoins noter que, en moyenne, l'électeur de gauche est légèrement plus masculin, jeune et salarié que l'électeur moyen de droite  (…).

 

Commentaires 30 ans après

 

10 mai 1981 : les leçons d'une victoire (Le Monde, Jean-Noël Jeanneney, 7 mai 2011)

 

Dans un article qui aurait pu porter le titre d'un de ses livres, Leçon d'histoire pour une gauche au pouvoir, le président du conseil scientifique de l'Institut François-Mitterrand explique pourquoi, selon lui, le premier secrétaire du Parti socialiste l'a emporté en 1981 : la "maîtrise des rythmes", d'abord, autrement dit "l'art de réinjecter de la lenteur dans la vie publique". L'homme qui voulait "donner du temps au temps", rappelle l'historien, savait "créer lui-même l'événement sans se le laisser imposer". Il s'est déclaré tardivement candidat (le 8 novembre 1980), puis a fait une campagne courte. Bref, il ne s'est pas épuisé, et a su éviter d'épuiser l'opinion. Les souvenirs de Jean Glavany à propos de la campagne de 1981, racontés quelques pages plus loin, vont dans le même sens - et rappellent au passage quelques éléments de bon sens sur l'usage des sondages en période électorale.

Aux autres ingrédients de la victoire - un ancrage résolument à gauche et une capacité à "faire confiance aux vertus de sa propre pédagogie", au risque de prendre l'opinion à revers (ce qui fut le cas à propos de la peine de mort) -, Jean-Noël Jeanneney ajoute une autre réflexion, elle plutôt inspirée par les échecs postérieurs à 1981 : les socialistes, selon lui, auraient dû constituer à l'époque où ils étaient dans l'opposition une sorte de "contre-gouvernement", à la manière des Britanniques. Gage d'efficacité pour les lendemains de victoire, il s'agit, dit-il, d'un besoin "impérieux" aujourd'hui.

 

10 mai 1981, triste anniversaire  (Le Monde Diplomatique, Serge Halimi, 10 mai 2011)  

(…) En définitive, la question n’est pas tant de savoir, trente ans après, si les socialistes ont « échoué » ou s’ils ont « réussi ». Ils ont échoué sur le front de l’emploi et sur celui de l’égalité sociale. Ils ont réussi sur ceux de l’inflation et des taux de profit. Le problème, c’est qu’on attendait d’eux qu’ils livrent la première bataille, pas qu’ils remportent la seconde.

 

La refondation socialiste en France passe par une profonde réorientation de l’Europe

 

Ayant vu de près comment le PS s’est éloigné des idées qui l’avaient amené aux responsabilités en 1981 - Mitterrand a délaissé le socialisme pour se réfugier dans la perspective européenne - et comment les peuples ont perdu la main dans cette Europe néolibérale dépourvue de sens et de cap, je suis persuadé qu’une politique de gauche n’est possible en France qu’en imposant à l’Europe une remise à plat de son identité dévoyée, en insufflant le retour de la démocratie et le respect des souverainetés nationales.

Voir Les socialistes, les altermondialistes et les autres (Gaël Brustier, Edition Bruno Leprince, 2008 - commentaires de Samir Amin, Le Monde Diplomatique, décembre 2008)

Ce livre, qui analyse les raisons de l’abandon d’un projet socialiste en France, met d’emblée en cause l’adoption d’une « idéologie européaniste ». Conçue pour rendre le socialisme illégitime, voire illégal, cette idéologie de substitution annihile tout espoir social. De surcroît, plus l’Europe sera capitaliste, moins son capitalisme sera européen. L’atlantisme, indissociable de l’européanisme, ruine toute perspective internationaliste des travailleurs et des peuples.

La refondation socialiste en France passe donc par la déconstruction de l’Europe. Il n’y a plus en France de parti des ouvriers et des employés (60 % de la nation) depuis que le Parti socialiste (PS) a choisi de ne s’adresser qu’aux classes moyennes. En contrepoint des thèses d’Antonio Negri, l’auteur invite les contre-pouvoirs à envisager l’exercice du pouvoir. Il propose une géopolitique alternative à l’euro-atlantisme fondée sur le rapprochement entre Paris, Berlin et Moscou, renforcée par des alliances avec les peuples d’Amérique latine. Peut-être pourrait-il prolonger l’axe de libération de la tutelle de Washington jusqu’à Pékin, et celle des alliances anti-impérialistes en direction des pays d’Asie et d’Afrique.

 

Voir Europe à refonder : Michel Sorin propose de créer des groupes CiViQ - 30 avril 2013

 

Cet article est le 137ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

Par Michel SORIN - Publié dans : Gauche France - Communauté : Les blogs républicains
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Dimanche 17 mars 2013 7 17 /03 /Mars /2013 23:15

Le divorce entre la gauche et le peuple est désespérant 

 

Les dix premiers mois au pouvoir du nouveau président de la République se soldent par une insatisfaction croissante de l’électorat de gauche qui a assuré la victoire de François Hollande. Deux Français sur trois sont mécontents et ont l’impression que le changement n’est pas au rendez-vous. Voir La popularité de Hollande chute encore (Le Monde, 17 mars 2013).

 

Récemment, les élections législatives en Italie ont confirmé le sentiment populaire de rejet des élites politiques qui continuent à ne rien vouloir changer comme si la crise n’avait pas été causée par la dérive du système financier avec la complicité des pouvoirs politiques au niveau européen. Comment est-ce possible ? C’est le moment de faire appel à la pensée de Gramsci, cet italien qui mettait l’indignation et la force de la raison pour changer le monde.

 

Voir Gramsci serait bien utile aujourd'hui à la gauche en Italie et en France - 2 mars 2013.

(…) Sa réflexion foisonnante aborde divers sujets : la religion, le fascisme, le mouvement ouvrier, la paysannerie, la philosophie, la linguistique, la littérature, la politique, l'idéologie, le droit. Il développe le concept d'hégémonie culturelle pour expliquer la domination de la bourgeoisie et celui de praxis en tant que moyen de lutte des masses.

 

Un jeune politologue (35 ans), Gaël Brustier - que j’ai bien connu au sein du Mouvement Républicain et Citoyen, entre 2004 et 2006, quand le MRC était présidé par Georges Sarre - s’appuie sur la pensée de Gramsci dans son livre récent La guerre culturelle aura bien lieu L’occidentalisme ou l’idéologie de la crise. Editions Mille et une nuits, série Essais, février 2013. Page de couverture.

 

La crise est omniprésente. Pourtant, ses conséquences idéologiques sont largement ignorées. Depuis près de quarante ans, toutes sortes de mouvements idéologiques et politiques ont vu le jour, ayant en commun de penser, dans des dimensions variables, que l'Occident vit un "déclin" et qu'il est menacé dans son existence même. Une idéologie - l'occidentalisme - s'est ainsi peu à peu imposée comme l'idéologie de la crise.
De la crise de la social-démocratie à l'émergence du néo-conservatisme, de la flambée des nouvelles droites populistes à l'apparition de l'hédonisme sécuritaire, de l'évolution des mouvements gays ou féministes au détournement de la laïcité, cette idéologie est devenue culturellement hégémonique sans que l'on s'en rende compte. Parsemée de contradictions, se nourrissant des paniques morales des populations de l'Occident face à l'immigration et voyant dans l'islam un danger imminent pour le mode de vie des pays d'Europe notamment, l'idéologie de la crise ne cesse de déterminer, nos débats de société et escamote les problèmes politiques économiques.
Dans cet univers du doute et de la peur, les gauches sont menacées de disparition. Elles assistent, impuissantes, au développement du spontanéisme droitier... Leur vieux fonds idéologique n'a plus guère de prise, elles sont au pied du mur, elles doivent se réinventer, en appliquant la leçon de Gramsci, car la guerre culturelle aura bien lieu.

 

De ce livre, Jean-Louis André - qui a été conseiller municipal de Chalon-sur-Saône de 2008 jusqu’à sa démission en 2011 - en a fait un résumé, que l’on trouve ici Lire à CHALON - La guerre culturelle aura bien lieu (27 février 2013).

 

Autres articles, concernant ce livre :

La gauche et la guerre des idées (Marianne, Aude Lancelin, 16 mars 2013)

La lutte des classes version XXIe siècle sera-t-elle une guerre culturelle ? (Regards-citoyens, 3 mars 2013)

La droite identitaire à la barre (Le Monde, Gaël Brustier, 21 novembre 2012)

 

Autres livres de Gaël Brustier :

Voyage au bout de la droite : des paniques morales à la contestation droitière (livre de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, Mille et une nuits, 2011. Page de couverture)

Paniques morales face aux populations issues de l'immigration islamique, crise de l'État-nation dans l'intégration européenne ou hantise du déclassement de la civilisation européenne semblent nourrir constamment l'émergence de mouvements contestataires à l'intérieur d'une droite en recomposition permanente. C'est tout un pan des sensibilités politiques qui s'est laissé déporter par cette puissante dynamique.

Combinant conservatisme et esprit contestataire, monopolisant la définition du débat politique, la droite a gagné le combat pour l'hégémonie culturelle dans les sociétés occidentales, poussant aussi bien les droites conservatrices que les droites extrêmes à opérer de nombreuses mutations.

Les auteurs exposent avec une grande concision les spécificités de la droitisation actuelle, qu'ils observent non seulement aux États-Unis, avec les Tea Parties, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas, en Suisse, en Suède... dans un véritable tour d'Europe, avant d'étudier le cas particulier de la France.

 

Le livre plonge dans l'histoire des néo-conservateurs américains, ces démocrates ralliés à Reagan à la fin des années 1970 : ce sont eux, avec les théoriciens du thatchérisme, qui, sur la base d'un anticommunisme et d'un anti-gauchisme farouches, ont pensé et réussi à propager leur conception droitière dans les années 80 et 90... jusqu'à la flambée qui a atteint l'Europe continentale dans les années 2000.

Recherche le peuple désespérément (Gaël Brustier et  Jean-Philippe Huelin, François Bourin éditeur, 2009. Page de couverture)   

Pourquoi les hommes politiques ne comprennent-ils plus la société française ? Depuis trente ans, les changements profonds que la France a connus ont conduit à une rupture entre les élites et le peuple... Une gauche enfermée dans les centres-villes a perdu le contact avec son électorat traditionnel populaire. Elle ne sait plus où il se trouve. Pour redonner du sens à une politique au service des couches populaires, les auteurs de Recherche le peuple désespérément ont analysé la géographie sociale de la France d'aujourd'hui. Des centres de nos villes aux zones rurales en passant par les banlieues ou les quartiers pavillonnaires, les auteurs entraînent le lecteur à la redécouverte d'une France qui réserve bien des surprises. Conçu comme un manuel de survie pour une gauche en péril ou pour les républicains soucieux de voir leur pays renouer avec son histoire, cet essai est un outil indispensable et original pour tous ceux qui croient encore que le peuple est au coeur de toute démocratie.

 

Les socialistes, les altermondialistes et les autres (Gaël Brustier, Edition Bruno Leprince, 2008. Commentaires de Samir Amin, Le Monde Diplomatique, décembre 2008)

 

Ce livre, qui analyse les raisons de l’abandon d’un projet socialiste en France, met d’emblée en cause l’adoption d’une « idéologie européaniste ». Conçue pour rendre le socialisme illégitime, voire illégal, cette idéologie de substitution annihile tout espoir social. De surcroît, plus l’Europe sera capitaliste, moins son capitalisme sera européen. L’atlantisme, indissociable de l’européanisme, ruine toute perspective internationaliste des travailleurs et des peuples. La refondation socialiste en France passe donc par la déconstruction de l’Europe. Il n’y a plus en France de parti des ouvriers et des employés (60 % de la nation) depuis que le Parti socialiste (PS) a choisi de ne s’adresser qu’aux classes moyennes. En contrepoint des thèses d’Antonio Negri, l’auteur invite les contre-pouvoirs à envisager l’exercice du pouvoir. Il propose une géopolitique alternative à l’euro-atlantisme fondée sur le rapprochement entre Paris, Berlin et Moscou, renforcée par des alliances avec les peuples d’Amérique latine. Peut-être pourrait-il prolonger l’axe de libération de la tutelle de Washington jusqu’à Pékin, et celle des alliances anti-impérialistes en direction des pays d’Asie et d’Afrique.

 

Cet article est le 136ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

Par Michel SORIN - Publié dans : Gauche France - Communauté : Les blogs républicains
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Vendredi 19 octobre 2012 5 19 /10 /Oct /2012 23:48

L'amorce d'une révolution morale et sociale…

 

Il persiste et signe… Dans le Nouvel Observateur daté du 1er mars 2012, le démographe et politologue, Emmanuel Todd, affirmait « Grâce à sa "souplesse d'esprit" et sous la pression des classes moyennes et supérieures, le candidat socialiste ne sera pas un nouveau Mitterrand ».

Voir Emmanuel Todd : "Je parie sur l'hollandisme révolutionnaire !" et l’article publié le 9 mars 2012 S'il était élu, le président François Hollande ferait ce qu'il a annoncé

Durant la présidentielle, mon hypothèse était - et reste - que François Hollande commencerait son quinquennat de manière relativement conventionnelle - sur l'Europe, nous sommes servis - tout en marquant son attachement aux valeurs d'égalité - tout va bien de ce côté, la presse de droite hurle «Maman !» parce que les classes moyennes supérieures vont payer des impôts supplémentaires. Mais, au bout d'un an ou deux, Hollande devra opérer le tournant radical rendu inévitable par l'approfondissement de la crise. Je m'en tiens à ce parallèle inversé : nous sommes encore dans la phase conformiste de l'hollandisme. Et je discerne quand même déjà des aspects positifs, dont certains constituent l'amorce d'une révolution morale et sociale...

Cet extrait de l’article paru dans le n° 808 de Marianne du 13 octobre 2012 le confirme : Emmanuel Todd ne retire rien en octobre de ses propos de mars. C’est un long entretien avec Philippe Cohen et Aude Lancelin paru le 16 octobre sur le site Marianne2. En voici deux extraits significatifs.

Cinq mois après la victoire de la gauche, l'intellectuel antisarkozyste le plus écouté du précédent quinquennat dresse en exclusivité pour «Marianne» un premier bilan de la présidence socialiste.

Emmanuel Todd : Dans cinq ans, Hollande sera un géant ou un nain 

 

Marianne : Le moral du pays est au plus bas et nous sommes en plein «Hollande blues». Les critiques viennent de la droite, ce qui est logique, mais aussi des médias et de la gauche. Vous avez exprimé l'idée, durant la campagne électorale, que François Hollande pourrait devenir un Roosevelt français. On n'y est pas, non ?

Emmanuel Todd : Ce blues est journalistiquement correct, mais historiquement absurde. Je suis historien et toujours dans le bonheur d'être débarrassé de Sarkozy. C'est quand même quelque chose qu'on peut déguster, non ? Si le président sorti avait été réélu, nous ne pourrions pas aujourd'hui débattre des problèmes économiques de la France. Nous serions encore en train de piapiater sur l'identité nationale, les Roms, les musulmans, les enseignants, les chômeurs et autres boucs émissaires, oubliant la débâcle industrielle et le déficit commercial. Vous vous rendez compte qu'Hollande a gagné la présidentielle malgré l'affaire Merah, malgré l'affaire du droit de vote des étrangers aux élections locales ? Comment être pessimiste dans ce pays qui a compris que les ultrariches, plutôt que les pauvres, les fonctionnaires ou les étrangers, étaient responsables de la crise, dans cette nation qui a rejeté, il y a cinq mois, le côté obscur de la force. S'il le veut, quand il le voudra, Hollande pourra s'appuyer sur des forces sociales profondes et positives.

Je voudrais rappeler comment mon hypothèse d'un «hollandisme révolutionnaire» avait été formulée pour maintenir sa validité : j'avais évoqué un mitterrandisme à l'envers. En 1981, Mitterrand arrive au pouvoir avec un programme très à gauche, de nationalisations, d'augmentations des salaires et des avantages sociaux. En 1983, tournant de la rigueur, adhésion du socialisme français au néolibéralisme, probablement inévitable dans le contexte mondial.

Durant la présidentielle, mon hypothèse était - et reste - que François Hollande commencerait son quinquennat de manière relativement conventionnelle - sur l'Europe, nous sommes servis - tout en marquant son attachement aux valeurs d'égalité - tout va bien de ce côté, la presse de droite hurle «Maman !» parce que les classes moyennes supérieures vont payer des impôts supplémentaires. Mais, au bout d'un an ou deux, Hollande devra opérer le tournant radical rendu inévitable par l'approfondissement de la crise. Je m'en tiens à ce parallèle inversé : nous sommes encore dans la phase conformiste de l'hollandisme. Et je discerne quand même déjà des aspects positifs, dont certains constituent l'amorce d'une révolution morale et sociale... (…)

Ne pensez-vous pas quand même que ces économistes américains sont plus réalistes que les fanatiques de la rigueur quand ils parlent de l'économie de marché ?

E.T. : Ils sont particulièrement inutiles en Europe. Le gouvernement français ne maîtrise plus l'outil monétaire - merci, l'euro -, et toute relance serait nécessairement financée par l'emprunt. Mais, la relance par l'emprunt, c'est la politique qu'adorent les riches et les banques. Le monde entier souffre d'une suraccumulation de richesses en haut de la structure sociale. Il est rempli de nantis qui ne savent plus quoi faire de leur pognon et qui rêvent de prêter aux Etats. La politique de rigueur actuelle ne s'attaque pas en priorité à l'éducation et aux services sociaux, elle tente d'augmenter les impôts des plus riches, elle est un pas en avant par rapport au conformisme relanciste. Avec Hollande, l'Etat ne supplie plus les riches de bien vouloir lui prêter de l'argent ; l'Etat réaffirme son droit à reprendre aux riches le trop d'argent qu'ils ont accumulé en tondant la société. Quelle merveilleuse pédagogie démocratique !

Certes, mais l'austérité aujourd'hui imposée en Europe n'est-elle pas suicidaire ?

E.T. : C'est une évidence : la politique menée avec tous les autres Européens va précipiter la crise du système. Mais Hollande ne pourra bouger dans le bon sens qu'une fois le désastre accompli, mettons, à 4 millions de chômeurs. Il est élu pour cinq ans et, au rythme actuel, nous y serons avant. La cruelle vérité, c'est qu'aucune politique économique ne peut marcher si on laisse en l'état deux règles du jeu économique : l'euro et le libre-échange intégral.

Etes-vous devenu favorable à une sortie de l'euro ?

E.T. : C'est un sujet sur lequel j'ai longtemps hésité. Je pensais tout d'abord, dans les années 90, que l'euro était impossible ; puis je me suis résigné ; ensuite je me suis dit qu'un protectionnisme mené à l'échelle européenne pourrait rendre l'euro viable. Nous devons désormais accepter la réalité : l'euro ne marche pas, il est essentiellement producteur de dysfonctions - ici je suis d'accord avec les économistes anglo-saxons, de gauche ou de droite. La déroute de l'industrie française, notre entrée en déficit commercial massif sont le produit des années euro. Cette invention monétaire multiplie les aberrations : les taux d'intérêt montent dans les pays faibles alors qu'il y a une surabondance d'épargne sur les marchés. Comment les socialistes auraient-ils le temps de penser une politique industrielle si l'activité principale des gouvernements européens est de sauver une monnaie qui ne marche pas ?

L'euro ne marchera jamais. Il faut être lâche, corrompu ou schizophrène pour ne pas l'admettre - l'idéologie permet d'être les trois à la fois. La priorité, c'est la fin de l'euro. Il y a deux conditions pour que la présidence socialiste ne soit pas un désastre : sortir de l'euro et déclarer que des secteurs d'avenir technologiques, comme les énergies renouvelables, doivent être protégés comme les biens culturels.

Vous ne militez donc plus pour un protectionnisme européen ?

E.T. : Nous n'avons plus le temps d'y contraindre les Allemands. Après la fin de l'euro peut-être. Il y a une conséquence de la mondialisation que je n'avais pas vue venir - je ne suis pas le seul. Nous vivions un lieu commun : l'union fait la force, l'Europe sera plus puissante pour se défendre qu'un pays isolé. Mais la politique menée par l'Allemagne en Europe, ou par la Chine en Asie, montre que la globalisation ne jette pas, seulement ou même prioritairement, les émergents contre les développés. La globalisation conduit à l'affrontement entre voisins. Quand les Allemands mènent une politique de compression salariale pour abaisser le coût du travail, l'impact est nul sur l'économie chinoise, mais considérable pour ses partenaires de la zone euro. Quand la Chine manipule le yuan, c'est contre la Thaïlande, l'Indonésie ou le Brésil, ses concurrents en main-d'œuvre à bas coût. Ce que nous constatons, c'est une tendance des émergents à se battre entre eux et des développés à s'exterminer industriellement entre eux, avec comme objectif d'être le dernier à sombrer. Ce mécanisme a fait de la zone euro un piège, avec l'Allemagne, dont l'économie est la plus puissante, en renard dans le poulailler (…).
 

Cet article est le 135ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France

Par SORIN Michel - Publié dans : Gauche France - Communauté : Les blogs républicains
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