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Le beau texte de Fadwa Barghouti pour « le Palestinien »
Voici un texte*, poignant, écrit par l’avocate Fadwa Barghouti**, le 20 mai 2010, à l’occasion de son passage à Paris au cimetière "Père Lachaise", en mémoire de Mahmoud Hamshari**, qui était, en 1972, le correspondant à Paris de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP). Il avait été assassiné à son domicile. Voir Wikipédia Mahmoud Hamchari et Vidéo Ina - Attentat représentant OLP à Paris.
C’est une terre sans peuple… C’est ce qu’ils ont dit pour en justifier la confiscation.
C’est la terre du lait et du miel… C’est ce qu’ils ont dit pour justifier leur soif de conquête.
Or, la Palestine… est un rêve permanent, de Mahmoud Hamshari à la fin des temps.
Nous sommes réunis pour refaire le rêve palestinien en couleurs, en images et en senteurs, nous sommes réunis pour chanter l’hymne de la vie face à la mort, l’hymne de la liberté face à l’occupation, l’hymne de l’amour face à la haine et au ressentiment. Nous sommes réunis pour évoquer le souvenir de notre martyr, Mahmoud Hamshari.
Mahmoud Hamshari était venu à Paris pour présenter la Palestine au monde. Il a bâti de vastes relations avec les partis politiques français, il y a représenté l’Organisation de libération de la Palestine, il a œuvré pour que cette représentation soit officielle, il a mis en place les actions de solidarité avec le peuple palestinien, il a parlé aux intellectuels et aux hommes politiques de Paris, mais il ignorait qu’il se tenait, comme tout Palestinien, au bord du gouffre de la mort.
Les lâches l’ont tué avec un explosif placé dans son domicile, sans égard pour l’innocence des enfants ni pour les sentiments de l’épouse, ils ne connaissent de l’humain que le crime. Il y a de cela 37 ans.
Et nous voici aujourd’hui réunis pour évoquer son souvenir, lui qui a passé sa courte vie à danser sur le bord du gouffre de la mort et que sa mort a propulsé au sommet de la vie. C’est lui qui resplendit de vie et nous qui sommes des ombres.
Mahmoud Hamshari n’a pas négligé la dimension politique dans un monde militarisé, il n’a pas négligé l’amour au milieu de la bataille. Le ressentiment, la privation, la condition de réfugié, l’exil, n’ont pas vaincu Mahmoud Hamshari. L’assassin ne l’a pas vaincu, c’est lui qui est tombé devant l’horreur du crime, le tueur était extravagant face à la nature de la mort naturelle, le criminel n’était qu’un pantin dans le carnaval de la splendide éternité que vit Mahmoud Hamshari.
Mahmoud et la Palestine, c’est l’histoire de la vie, lorsqu’elle transcende le sang, le récit de la souffrance lorsqu’elle devient seconde nature, l’histoire de la création lorsque l’homme devient souffrance.
C’est un chant que nous chanterons ensemble, indéfiniment, sans jamais nous lasser… le chant de ceux qui sont en quête d’une patrie… d’une identité… d’un passeport.
C’est notre chère Palestine, devenue depuis longtemps une patrie, qui vit en nous, l’histoire d’un bel amour entre le Palestinien et son sang, entre le premier olivier et l’âme de la terre absolue.
La haine que sème l’occupant peut-elle tracer une histoire ? Le fusil peut-il engendrer une rose ? Le moment n’est-il pas venu pour que le Palestinien recouvre sa liberté ? N’est-il pas grand temps que le Palestinien trouve le chemin de l’olivier planté pour lui par ses ancêtres ? Le Palestinien doit-il encore chaque jour célébrer ses morts et répandre son sang et ses larmes pour réaffirmer son existence ?
L’occupant, sorti du cours du temps, a essayé de couper le cordon ombilical qui relie le Palestinien à sa terre, mais celui-ci demeure lié par le jasmin de la maison, le citronnier de la plantation et l’olivier de la lointaine patrie. Cela fait plus de 60 ans d’exil, d’occupation, d’oppression, de sang et de larmes versés. Il est temps que la promesse devienne réalité, que l’idée devienne Etat.
Comme c’est beau d’être aujourd’hui réunis face à l’éternité, car à travers le corps et la tombe du martyr Hamshari, Paris rencontre la Palestine à jamais. Comme c’est beau de toujours nous souvenir de nos martyrs.
A lui l’éternité et la permanence. A nous désormais la fidélité et l’action pour faire que le rêve devienne réalité.
* Merci à Marie-Claude, qui m'a permis d'être destinataire de ce texte.
** Voir Entretien avec Fadwa Barghouti. Propos recueillis par Chris den Hond et Mireille Court, le 15 mars 2005. Entretien paru sur le site AFPS (Association France Palestine Solidarité), le 11 avril 2005.
La Palestine est donc un Etat. Ainsi en a décidé l’écrasante majorité des Etats-membres des Nations unies, par 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions, dans un vote historique qui a fait, jeudi soir, de la Palestine-en-devenir un Etat non membre de l’ONU, un statut similaire à celui du Vatican. Ce vote, survenu le même jour que celui qui avait permis la naissance d’Israël en 1947, était attendu, étant donné qu’il n’y a pas de droit de véto dans les votes de l’Assemblée générale, et qu’une majorité de pays reconnaissait déjà à la Palestine ce statut.
Même s’il ne change rien à court terme à la réalité du terrain, surtout avec l’opposition farouche d’Israël et de son gouvernement, ce vote est l’aboutissement symbolique de décennies de lutte des Palestiniens pour leur reconnaissance étatique(…).
Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie Proche Moyen Orient.
Le régime El-Assad sans avenir mais quoi à la place ?
C’est très difficile de se faire une opinion sur ce qui se passe en Syrie. C’est fort complexe et il n’y a que des mauvaises solutions. Voici des informations. En attendant mieux. Mais la situation est vraiment dramatique.
Voir Syrie : Toute l'actualité sur Le Monde.fr et Syrie - Le Monde diplomatique
Syrie : les troupes d'Assad se déploient autour d'Alep pour une bataille décisive (Le Parisien, 26 juillet 2012)
Syrie. Les Etats-Unis craignent un massacre à Alep (Ouest-France, 26 juillet)
La Syrie brandit la menace des armes chimiques en cas d'"agression" des Occidentaux (Le Monde, 23 juillet)
Pierre Haski est l’auteur d’une bonne synthèse (Rue89, 24 juillet 2012) : Syrie : pourquoi Bachar el-Assad se battra jusqu’au bout
Enjeux nationaux, régionaux, confessionnels : plusieurs conflits se déroulent en un. Une complexité stratégique plus grande qu’en Tunisie, en Egypte ou en Libye.
Les événements de Damas ou Alep, deux métropoles restées largement absentes du soulèvement depuis seize mois, montrent une accélération du conflit en Syrie. Et, en creux, l’échec de l’approche diplomatique, enterrée par le double veto à l’ONU. Même si l’issue de ce conflit n’est pas nécessairement aussi proche qu’il y paraît.
Malgré son arsenal militaire et sa détermination à se maintenir au pouvoir par tous les moyens, le régime d’Assad n’a sans doute plus les moyens de gagner le bras de fer avec ses opposants ; mais ceux-ci, avec leurs divisions et leurs conflits internes, n’ont pas encore fait la preuve de leur capacité à l’emporter, et encore moins à présenter une alternance crédible.
Avec ou sans la chute du régime, l’instabilité pourrait ainsi durer longtemps en Syrie. Certains parlent d’années, avec son cortège de victimes civiles – déjà plus de 15 000 morts – et de populations déplacées – des centaines de milliers de réfugiés dans les pays voisins et déplacés à l’intérieur du pays.
Le régime syrien ne se résume pas au pouvoir d’un homme, d’un clan, ou même d’une caste. Il est le produit d’une longue histoire qui plonge ses racines dans la composition confessionnelle de la Syrie, l’histoire coloniale et en particulier française, et la revanche sociale d’un groupe qui a atteint le sommet en utilisant le canal de l’armée.
Les Alaouites, la communauté dont est issue Bachar el-Assad et qui constitue le cœur du pouvoir syrien, ont longtemps été les mal-aimés de la Syrie. Ne serait-ce que pour des raisons religieuses : issus du chiisme au sein de l’islam, ils étaient considérés aussi bien par les chiites que par les sunnites comme des hérétiques, jusqu’à d’opportunes cautions religieuses très politiques, provenant d’abord du grand mufti de Jérusalem Mohamed Amin al-Husseini, puis de l’imam irano-libanais Moussa Sadr avant sa disparition en Libye en 1978.
Le pouvoir syrien ne s’est évidemment jamais assumé comme alaouite. Il s’est confondu avec le parti pan-arabe Baas, né en 1947 et déconnecté de toute considération religieuse au point d’avoir été loué comme un modèle de laïcité pour le monde arabo-musulman.
Mais la réalité en Syrie est la concentration du pouvoir, en particulier militaire et sécuritaire, et de plus en plus économique, autour de la communauté alaouite, même si celle-ci ne constitue que 11 à 12% de la population totale, tandis que les musulmans sunnites en représentent la majorité, au côté des autres groupes minoritaires (chiites, chrétiens, kurdes...).
Vous savez que le climat est à la guerre civile lorsque les citoyens cessent de se référer à leur identité nationale – en l’occurrence syrienne – pour en revenir à leur identité communautaire : alaouite, sunnite ou chrétienne. Ce fut le cas en Yougoslavie avant le début de l’éclatement et de la guerre de 1991 ; c’est aujourd’hui le cas en Syrie, comme le racontent, par exemple, Florence Aubenas à Alep ce lundi, et le New York Times dimanche.
De ce fait, il ne suffit pas de faire sauter un homme ou un clan comme en Tunisie ou en Egypte. Les Alaouites, dans leur grande majorité (il y a de rares exceptions, comme l’écrivaine Samar Yazbek, exilée à Paris), sont aujourd’hui convaincus que s’ils perdent le pouvoir, il y aura des représailles, et qu’ils subiront, en tant que communauté, la vengeance des autres après des décennies d’exactions et de pouvoir despotique. Les autres minorités – Kurdes, chiites, et surtout chrétiens – partagent peu ou prou ce sentiment, comme l’avait inopportunément exprimé la hiérarchie catholique d’Alep aux premiers temps du soulèvement populaire.
Autre signe qui ne trompe pas : le retour progressif de nombreux Alaouites vers leur région d’origine, au port de Tartous (qui abrite une base russe) et dans les montagnes, là où certains fantasment déjà sur la création d’un mini-Etat alaouite comme les Français, dans leur stratégie de diviser-pour-mieux-régner, l’avaient fait au début de leur mandat, dans les années 20. Ils durent y renoncer en 1936 sous pression de la bourgeoisie sunnite des villes, non sans qu’une pétition de protestation de dignitaires alaouites ne soit envoyée à Léon Blum, alors président du Conseil, notamment signée par... le grand-père de Bachar el-Assad.
Dans une « lettre de Tartous », le site Foreign Policy parle de plusieurs milliers de familles alaouites réinstallées dans cette région en fuyant les zones d’affrontements de Homs et d’ailleurs. Et en Israël, on se prépare officiellement au cas de figure improbable d’un afflux de réfugiés alaouites en cas de chute du régime Assad. Ce contexte laisse à penser que le régime se battra jusqu’au bout, plutôt que le scénario « soft » d’un départ de Bachar el-Assad et de sa famille à l’étranger, ou d’un coup de force interne au régime dans l’espoir de sauver l’édifice en sacrifiant la tête, comme dans le précédent égyptien.
Lorsque Ben Ali s’est enfui de Tunis, le 14 janvier 2011, les experts de la région se sont empressés de dire qu’un tel scénario était impossible en Egypte, trop gros morceau par rapport à la modeste Tunisie. Un mois plus tard, Moubarak tombait à son tour. L’effet domino s’est arrêté là dans la vague révolutionnaire. En Libye, il a fallu l’intervention de l’Otan pour aider les insurgés de Benghazi à faire tomber le pouvoir de Kadhafi après quatre décennies ; à Bahrein, à l’opposé, la coalition d’intérêts régionaux a écrasé la contestation.
Quid de la Syrie ? On ne peut pas évoquer la seule dimension intérieure et sa complexité pour analyser l’avenir du soulèvement populaire.
La Syrie fait partie d’un tissu complexe d’alliances à l’échelle régionale et internationale qui en fait un enjeu de choix :
· au Moyen-Orient, la Syrie est l’alliée de l’Iran et du Hezbollah libanais ; elle joue un rôle-clé dans la vie de son voisin libanais, pour son plus grand malheur, et dans l’éternel conflit israélo-arabe, en raison de l’occupation du plateau du Golan par l’Etat hébreu depuis 1967 ;
· au niveau international, elle bénéficie toujours de la protection bienveillante de la Chine et surtout de la Russie, deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU qui ont mis leur veto la semaine dernière à une résolution inspirée par les Occidentaux.
Pour autant, ceux qui tentent de décrire le conflit actuel comme un affrontement entre l’« impérialisme » occidental et un front « anti-impérialiste » recomposé sont dans l’illusion ou la fiction :
· le pouvoir d’Assad cherche d’abord à perpétuer son contrôle dictatorial du pays ;
· les Russes sont dans l’affirmation de leur puissance renaissante ;
· les puissances du Golfe qui soutiennent l’opposition, mènent, par Syriens interposés, leur éternel conflit avec l’Iran chiite ;
· la Turquie s’affirme comme nouvelle puissance régionale dans l’ancien empire ottoman.
Les Occidentaux, pour leur part, sont totalement engagés dans ce jeu complexe. Ils se sont impliqués à reculons dans le conflit syrien, en raison justement de la situation stratégique différente de ce pays. Sans oublier, tout de même, que tout infréquentable qu’il soit, le régime baassiste a collaboré avec la CIA pour accueillir les prisonniers jihadistes ou supposés tels (exemple : le Canadien d’origine syrienne Maher Arar) soumis à la torture dans le programme de « rendition » de l’administration Bush, et que Bachar el-Assad trônait sur les Champs-Elysées pas plus tard qu’en 2008.
Aujourd’hui, ils ont choisi d’appuyer politiquement, et sans doute en sous-main militairement, l’opposition syrienne, malgré ses divisions et ses contradictions, dans l’espoir de se trouver du « bon côté » du manche à l’heure du bilan. Le paradoxe est que les pays occidentaux se sont trouvés en porte-à-faux en Tunisie et en Egypte, et que lorsqu’ils ont pris l’initiative comme en Libye, ils n’en ont guère récolté les bénéfices.
En Syrie, ils avancent à pas mesurés : pas question, par exemple, de rejouer l’aventure militaire avec BHL, malgré les exhortations de ce dernier restées lettre morte. En revanche, les Occidentaux font le pari de peser sur l’issue désormais jugée inéluctable de ce conflit qui verra la chute d’Assad, afin de contenir l’influence trop grande des islamistes et notamment des jihadistes, tout en sortant la Syrie de l’orbite russe et iranienne. Ce pari est évidemment hasardeux car, comme le montrent les autres révolutions arabes, nul ne peut en garantir l’issue ni même les rapports de force politiques à l’issue de quatre décennies de glaciation.
L’appel, ce week-end, de Laurent Fabius, à la transformation de l’opposition en un gouvernement provisoire susceptible de remplacer le gouvernement syrien en cas de chute du régime, relève pour l’heure de l’incantation, tant cette opposition est divisée, même si, sur le terrain, c’est l’armée syrienne libre qui a la seule légitimité qui compte, celle des armes.
Il y a quelques jours, la réunion au Caire de la principale composante de l’opposition s’est terminée en pugilat lorsque les représentants kurdes ont réclamé la reconnaissance de leurs droits...
Quoi qu’il en soit, c’est toute l’équation du Moyen-Orient qui sera bouleversée quand (et pas si) Bachar el-Assad tombera. La région entrera dans un monde imprévisible, où tous les repères en place depuis des décennies seront à revoir. Mais avant que ce « big bang » moyen-oriental ne se produise, Assad ne se rendra pas sans un combat au finish, entraînant son cortège de souffrances et de destructions. Et l’inévitable radicalisation qui va avec.
Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie Proche Moyen Orient.
Les peuples palestinien et israélien aspirent à la paix
La politique israélienne ne permettant pas aux négociations avec les palestiniens d’aboutir, il est légitime que la demande de création d’un Etat palestinien soit présentée dans le cadre de l’ONU. Cela contribuera à relancer les négociations et cela va dans le sens de la volonté des deux peuples, palestinien et israélien, qui aspirent à vivre dans la dignité et la liberté.
Voici les prises de position d’élus du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC).
On ne peut se réfugier sans hypocrisie derrière l’exigence d’une négociation entre Israël et l’Autorité palestinienne pour
s’opposer à la demande de celle-ci de voir reconnue par l’ONU un Etat palestinien souverain. C’est faire comme si la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie par Israël n’avait pas empêché
jusqu’ici toute négociation sérieuse.
Le changement de cap du Président Obama, signe de son affaiblissement intérieur, ne saurait être un argument valable pour amener la France à renoncer à la position qui a été celle de tous les
Présidents de la République jusqu’à Nicolas Sarkozy : la reconnaissance d’un Etat palestinien à côté d’Israël avec, bien évidement les garanties de sécurité que cela implique.
La France compromettrait son influence dans le monde arabe mais aussi dans le reste du monde en adoptant le « deux poids deux mesures ». Il ne peut y avoir d’exception au droit de chaque peuple à
disposer de lui-même.
Christian Hutin (député du Nord, 20 septembre) :
Aujourd’hui, le statu quo n’est plus possible au Proche-Orient. La situation actuelle entre Israël et la Palestine est lourde de menaces. L’Autorité palestinienne a l’intention de demander aux Nations unies, réunies à partir du 13 septembre 2011 en 66ème assemblée générale, son admission comme Etat. La France va donc être appelée à se prononcer. Elle doit répondre positivement et sans ambiguïté à cette demande légitime. Il faut reconnaître un Etat palestinien viable et souverain aux côtés de l’Etat d’Israël dont le droit à l’existence et à la sécurité doit être pleinement reconnu et garanti.
Il est temps que la Palestine se constitue en Etat, au nom du droit à l’autodétermination des peuples. En s’appuyant notamment sur les
résolutions 181 (1947), 242 (1967) et 338 (1973). En réalité depuis l’assassinat d’Itzak Rabin le 4 novembre 1995, par un extrémiste
israëlien , le processus dit « de paix » ne fonctionne plus. La colonisation des terres palestiniennes par Israël, la perpétuation d’un terrorisme palestinien, ont empêché la confiance nécessaire
à son application.
Il est donc temps de mettre fin à l’incertitude et au déni de droit. La reconnaissance d’un Etat palestinien est de nature à provoquer un réajustement diplomatique et politique salutaire.
Il ne faut pas désespérer le peuple palestinien du droit et de la communauté internationale. Cette reconnaissance n’a bien sûr de sens que si elle conforte le droit et la paix. Le peuple
palestinien a droit à son Etat, un Etat inscrit dans les limites antérieures au conflit de 1967. Israël a droit à une reconnaissance entière et à sa sécurité.
Les modalités des ajustements que supposent la mise en œuvre de cette reconnaissance croisée, portant sur les échanges éventuels de territoires et de populations ainsi que sur le statut de Jérusalem, ne peuvent être le fruit que d’une négociation postérieure entre les deux Etats. La reconnaissance de la Palestine comme Etat souverain membre des Nations unies est la meilleure réponse qui peut être apportée au mouvement pour la démocratie apparu dans le monde arabe et en Israël ces derniers mois.
Claude Nicolet (conseiller régional Nord-Pas-de-Calais) : Avec
l'arrêt du processus de
paix, le statu quo n'est
plus possible (La Voix du Nord, 24 septembre, Olivier Berger). Claude Nicolet, adjoint MRC aux relations internationales à Dunkerque et historien de
formation, est président du Réseau de coopération décentralisée pour la Palestine depuis 2004. Fort d'une dizaine de visites à Gaza City (jumelée avec Dunkerque depuis 1996 à l'initiative de Michel Delebarre), il déchiffre le bras de fer palestinien entrepris à l'ONU...
-Comment analysez-vous le discours d'hier de Mahmoud Abbas ?
« Son discours a été classique mais efficace, ne manquant pas d'émotion ni d'ironie quand il félicite le Sud-Soudan d'être devenu le 193e membre de l'ONU la semaine dernière. Il a été grave en dénonçant la colonisation et l'attitude du gouvernement israélien. Il n'avait pas de raison de se retenir. Il sait le veto américain et son discours était également destiné à tous les Palestiniens. Il fallait montrer une stature et il n'a pas reculé devant les pressions internationales. Il n'a pas cédé mais il n'avait pas le choix. Il a mis la communauté internationale face à elle-même et gagné une espèce de stature morale. »
- Pourquoi a-t-il soudain décidé de faire une demande d'adhésion à l'ONU ?
« Avec l'arrêt du processus de paix, le statu quo n'est plus possible au Proche-Orient. Mahmoud Abbas est politiquement coincé, d'une part à cause d'un gouvernement israélien qui s'est radicalisé sur la question des colonies, et d'autre part, parce qu'il est dans une impasse au niveau de sa politique intérieure malgré l'accord entre le Hamas et le Fatah. Il essaye de tracer une ligne politique, de reprendre la main. Il a perdu beaucoup de crédibilité, y compris devant les Palestiniens. »
- Que peut gagner la Palestine avec ce défi ?
« Cette bataille diplomatique acharnée pour dissuader les Palestiniens démontre qu'il y a quelques petits enjeux derrière tout cela. Passer d'un statut de territoire occupé à un État occupé n'aurait rien d'anodin. Si la Palestine ne peut adhérer mais devient observateur non membre (comme le préconise la France), elle ne pourra pas voter mais aura accès à tous les droits, les textes, les traités, les organismes comme l'UNICEF... Par exemple, elle se bat pour le classement de la vieille ville d'Hébron au patrimoine mondial de l'UNESCO. Aujourd'hui, c'est impossible car son État n'existe pas. Or Hébron est un lieu de crispation très fort avec une petite colonie juive qui cristallise le conflit. Il y a de vrais enjeux. Si l'entité Autorité palestinienne devient un vrai État avec un gouvernement, des ministres, la considération ne sera plus la même. Le domaine symbolique, ça compte en politique. »
- Pourquoi la France ne pousse-t-elle pas à l'adhésion ?
« La France est coincée par la position européenne qui fabrique de l'impuissance. L'Allemagne, de par son histoire, soutient Israël... »
- Comment sortir de cette crise diplomatique ?
« La procédure d'adhésion peut durer des semaines. Je crois à la puissance des idées, aux peuples acteurs de l'histoire. Les opinions publiques, épuisées des deux côtés, doivent rentrer dans le jeu. À long terme, il n'y a qu'une seule perspective puisque personne ne veut d'un État binational : deux États souverains vivant en paix avec des garanties de sécurité pour l'un et pour l'autre, basées sur le droit international. Géographiquement, il faut revenir aux frontières antérieures à la guerre de 1967. Il est presque déjà trop tard avec les colonies. La Palestine est un peu une peau de léopard parcellisée. Il y aura des ajustements à négocier entre eux, des échanges de territoires à effectuer. Pour l'instant, il n'y a plus aucune confiance entre les gouvernements israélien et palestinien. Mais les deux peuples aspirent à vivre tranquillement, dans la dignité et libres. »
Cet article est le 29ème paru sur ce blog dans la catégorie Proche Moyen Orient.
Des deux côtés, l’extrémisme religieux est aux manettes
L’agression militaire israélienne d’une flottille naviguant dans les eaux internationales - avec la volonté de faire cesser le blocus de Gaza - est un acte grave, engagé au nom de la liberté d’Israël de se protéger, mais qui est, peut-être, lié à la nature de plus en plus théocratique du régime juif.
Voici le texte que m’a fait parvenir Jean-Luc Bansard, au nom du bureau de l’association France Palestine Solidarité 53, le 31 mai.
Jean-Luc Bansard, le 10 octobre 2009, avec Julien Salingre
(voir L'histoire de la Palestine le 10 octobre à Laval avec Julien Salingre - 7 novembre 2009)
La barbarie n’a pas de limite. Nous avons appris avec consternation que l’armée israélienne d’occupation a attaqué ce matin à 4h la flottille de la liberté dans les eaux internationales.
Cette flottille totalement pacifique et sans armes de 6 bateaux et plus de 500 militants pour la paix dont des députés européens, tentait d’apporter une importante aide humanitaire aux habitants Palestiniens de Gaza sous blocus israélien depuis plusieurs années avec refus de laisser reconstruire les maisons et bâtiments qu’ils avaient détruits lors du massacre de décembre 2008/janvier 2009.
Les dernières informations dont nous disposons venant des militants à bord parlent de plusieurs morts et plusieurs blessés. Des sources de presse israéliennes parlent de 10 à 16 morts et plusieurs blessés. Nos pensées vont tout d’abord vers les familles de militants assassinés. Nous rappelons au gouvernement français sa responsabilité non seulement envers ses propres citoyens mais aussi envers celle de tous les militants de la liberté. Sa responsabilité morale est engagée pour avoir été inactif et inconséquent face au blocus de Gaza qualifié de crime de guerre par la commission du juge Goldstone notamment.
L’ASSOCIATION FRANCE PALESTIENE SOLIDARITÉ de la Mayenne condamne ces nouveaux crimes et appelle les citoyens mayennais à intervenir par tous les moyens auprès de tous les élus de la Mayenne pour qu’ils fassent part auprès du Gouvernement français de notre indignation et de notre écoeurement vis à vis des violences répétées de l’Etat d’Israël que les Etats dits « démocratiques » laissent faire lamentablement.
Nous appelons à un recueillement vis à vis des militants pacifiques tués. Nous exigeons que la France et l’Europe condamnent par des sanctions politiques et économiques Israël à la lever du blocus de Gaza,
Nous rappelons que le premier acte pour une Paix juste et durable au Proche Orient consiste à mettre fin à l’occupation et à la colonisation de la Palestine et aux retours aux frontières de 1967.
Voici un extrait de la publication ce 6 juin sur Internet La Lettre du Lundi qui considère que « Pire qu’un crime, c’est une faute ».
Crime assurément. Neuf morts dans un assaut qui viole nombre de règles du droit international, perpétré contre des bateaux non armés, dans une débauche de violence qui s’apparente à une action terroriste. Faute politique évidemment. Une fois de plus, en se comportant comme un « État-voyou », Israël fait la quasi-unanimité contre lui au sein de la communauté internationale. Il voit également s’éloigner un allié de poids, la Turquie, et attise un peu plus (s’il en était besoin !) la haine du monde arabe à son encontre. Pourquoi ? Quel calcul politique derrière cette décision ? Quelle explication rationnelle peut expliquer un tel comportement ?
Des raisons rationnelles ?
Si explication rationnelle il y a, il faut peut-être la chercher du côté de la politique intérieure israélienne. Au sein de son gouvernement et vis-à-vis de l’opinion publique israélienne, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, envoie constamment des signaux de « fermeté » à l’égard des Palestiniens en général et du Hamas, qui détient la bande de Gaza, en particulier. Il doit donner des gages à ses alliés d’extrême-droite des partis Shass ou Israël Beytenou qui ont fait de la haine anti-arabe leur fonds de commerce électoral. Cette explication est-elle suffisante ? Sans doute pas si l’on considère qu’à de très rares exceptions près, quel que soit le Premier ministre ou la formation au pouvoir, ce type de comportement du gouvernement israélien est devenu monnaie courante. En effet, dès que la situation entre Palestiniens et Israéliens fait mine de s’améliorer, dès que l’espoir d’une esquisse de dialogue semble voir le jour, un « incident » – le plus souvent d’origine israélienne – remet tout en cause et accroît un peu plus les tensions entre les deux communautés. On observe ainsi non seulement l’incapacité de sortir, mais surtout la volonté de rester dans un cycle perpétuel de violence, de haine, de dissensions, de ressentiments.
À ce niveau, il ne s’agit plus d’un calcul politique : tout « bon » politique essaierait, selon les circonstances, de
temporiser, de prendre l’initiative, de diviser le camp adverse, voire de rallier certains « ennemis » à sa cause. Israël fait exactement le contraire : sa violence, ses excès et
ses crimes, son refus de toute négociation sérieuse, ont pour conséquence et pour objectif de « radicaliser » les Palestiniens, de rendre chaque jour un peu plus impossible la mise en
place d’un accord politique durable et mutuellement accepté. Si ce n’est par calcul politique « intelligent », la raison d’une telle attitude est alors vraisemblablement plus
profonde, plus « culturelle ».
Des raisons « culturelles » ?
Faut-il aller les chercher du côté de la notion de « peuple élu » ? Compte tenu de l’influence grandissante des mouvements religieux traditionalistes en Israël, des phrases du Deutéronome comme « L’Éternel, ton Dieu, marchera lui-même devant toi, il détruira ces nations devant toi, et tu t’en rendras maître. Josué marchera aussi devant toi, comme l’Éternel l’a dit » sont désormais prises au pied de la lettre. Ordonnés par Dieu, l’occupation des terres palestiniennes, la soumission ou le massacre de ses habitants, deviennent parfaitement « légitimes » aux yeux d’une part croissante de la population israélienne.
On ne se soumet plus au droit des hommes, puisque l’on n’a plus de comptes à rendre qu’à Dieu. « Si obsédés par leur dieu qu’ils ont négligé l’humain » : cette phrase que Marguerite Yourcenar prête à Hadrien dans ses Mémoires reflète parfaitement le « pêché originel » d’Israël. Quand un État est fondé par et pour un groupe religieux et est donc, par essence, théocratique, la raison et l’humanité disparaissent pour laisser la place au dogmatisme et à l’intolérance (…).
Lu dans la presse
Flottille : Israël rejette une enquête internationale (Le Monde, 6 juin) - L'ambassadeur israélien aux Etats-Unis a affirmé que son pays refusait une enquête internationale sur l'intervention de Tsahal contre la "Flottille de la liberté".
L'assaut d'Israël contre la flottille humanitaire 'injustifiable" (Le Monde, 6 juin, courriels de lecteurs).
Israël : la déchirure aussi parmi les Mariannautes (Philippe Cohen, Marianne2, 6 juin)
Conflit israélo-palestinien : il n'y a pas que deux parties (Elie Arié, Marianne2, 6 juin)
Elie Arié revient sur le conflit israélo-palestinien, qui s'est envenimé depuis l'assaut meurtrier de l'armée israélienne contre la flottille de militants pro-palestiniens. Dans cette tribune, il laisse entrevoir des possibilités pour l'avenir, tout en gardant à l'esprit que la paix n'arrangerait pas tout le monde.
Sur le blog de Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen, le 6 juin : Je condamne avec force les violences exercées contre mon amie Hanine Zoubi, députée arabe à la Knesset, et la volonté du pouvoir Israélien aujourd'hui de lui retirer son immunité parlementaire et sa nationalité, au prétexte qu'elle a été le témoin direct des massacres commis à bord de la flottille "Gaza libre " [...]. Lire la suite
Le précédent article sur ce blog concernant la Palestine est daté du 3 janvier 2010 (voir Marche pour Gaza : un an après, marcheurs au Caire, soutien à Laval).
Cet article est le 28ème paru sur ce blog dans la catégorie Proche Moyen Orient.
Démarche symbolique de militants de la cause palestinienne
La marche pour Gaza avait pour but de sensibiliser l’opinion publique à la situation à Gaza, un an après la guerre déclenchée par l’armée israélienne sur ce très petit territoire palestinien (voir Noël en Palestine : partout la division et l'échec, quelque part l'espoir - 25 décembre 2009).
Des échos par la presse :
Manifestation pacifiste contre le blocus de Gaza (Nouvel Observateur, 31 décembre),
Les militants de la Marche pour Gaza molestés par la police égyptienne (Le Monde, 31 déc),
Gaza la guerre qui vient de loin (l’Humanité, 3 janvier).
Des liens communiqués par Jean-Luc Bansard le 1er janvier :
Marcheurs pour Gaza : jours 2 et 3 (VIDEO)
Un lien établi par Martine Libot sur Facebook : voir Martine Libot
AFPS 53 : rassemblement et pétitions le 29 décembre à Laval
Nous étions présents, place du Jet d’eau, entre 17h et 18h, afin de proposer la pétition de l’association France Palestine Solidarité Mayenne :
Presque un an jour pour jour commençait l’attaque de Gaza avec des armes non conventionnelles, telles les bombes au phosphore blanc. Cette sale guerre a tué 1400 Gazaouis, dont un très grand nombre de femmes et d’enfants.
Nous protestons contre le blocus inhumain et illégal de Gaza ! Contre le mur illégal !
Pour que les crimes de guerre d’Israël, dénoncés par l’ONU, soient jugés !
Pour l’application du droit international et des résolutions de l’ONU !
Pour une paix juste et durable !
Ouest-France, le 30 décembre, se faisait l’écho de l’initiative de l’AFPS 53.
Des militants de France-Palestine-Solidarité, d’associations et de syndicats, se sont retrouvés mardi après-midi place du Jet d’eau en soutien à la marche internationale vers Gaza. « Nous protestons contre le blocus de Gaza », déclare Morgan Legay, de France-Palestine. « La marche internationale est une marche pacifique pour faire une brèche dans le mur, pour briser le blocus ».
Les militants font valoir une résolution de l’ONU adoptée en 1948 qui disait notamment qu’après le départ forcé de centaines de milliers de Palestiniens, il y a lieu de « permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins ». Les pétitions signées seront remises au député-maire, Guillaume Garot, en janvier.
Cet article est le 27ème paru sur ce blog dans la catégorie Proche Moyen Orient.
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