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Contraint d’être candidat, il ne pourra éviter la défaite
Comment croire que cet homme - que 12 millions de téléspectateurs ont vu hier soir - n’a pas pris sa décision d’être candidat dans six mois à l’élection présidentielle ? Impossible. Peut-on imaginer que les conditions seront favorables à sa réélection ? Difficile.
Revue de presse
Le triple A, cauchemar de l'Élysée (Le Point, Romain Gubert, 28 octobre)
Présidentielle : pourquoi le cas Sarkozy est désespéré (Rue89, Eric Dupin, 22 octobre)
Rappel : Giscard et Sarkozy : la même pente libérale proaméricaine – 28 septembre 2006
Eric Zemmour compare les parcours de Giscard et de Sarkozy – 26 septembre 2007
Pour info (Le Point, 28 octobre)
L'Italie prise pour cible
A Bruxelles, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont tapé sur les doigts de Silvio Berlusconi comme on le fait pour un mauvais élève. A y regarder de près, pourtant, sa situation, si elle n'est pas bonne, n'est pas (encore) catastrophique. L'Italie souffre de deux maux : une dette publique (120 % du PIB, contre 86 % en France) trop lourde et, surtout, une croissance anémiée. Mais, une fois payé le service de sa dette, elle est en excédent budgétaire (1,9 % en 2012), contrairement à la France (- 2,5 %), qui, elle, continue de payer ses fonctionnaires en s'endettant. Le déficit commercial et le chômage sont moindres en Italie qu'en France. Mieux encore, la part de la dette publique détenue par des étrangers est bien moins importante en Italie (45 %) qu'en France (65 %). Alors, pourquoi l'Italie fait-elle si peur ? Sans doute parce que Berlusconi a perdu tout crédit et, pis encore, parce que aucun leader à gauche ne se lève. Mais aussi (surtout ?) parce que, si la mèche grecque se consume et serpente jusqu'à l'Italie, la France, où une banque (Dexia) vient d'exploser, sera le pays le plus menacé de la zone euro (390 milliards de dollars d'engagements en Italie, contre 162 milliards pour l'Allemagne). Pas très agréable.
Chiffre : 1 692,7 milliards d'euros
C'est le montant de la dette publique française. Elle représente 86,2 % de la richesse produite par la France en un an. Entre avril et juin, elle a augmenté de 46,4 milliards d'euros.
CDS, les milliards de l'absurde
Plus connus sous leur abréviation que sous leur nom (credit default swap), ces instruments hautement spéculatifs sont des " assurances " contre ceux qui achètent des dettes souveraines. En cas de non-remboursement des dettes par le débiteur, les émetteurs des CDS prennent le relais. Plus le pays est mal noté, plus le CDS est élevé. Problème : en cas de la faillite d'un Etat, tout le monde sait que les banques et les assurances qui émettent ces produits seraient incapables de prendre le relais. Le 19 octobre, le CDS à cinq ans sur la France s'établissait à 194 points de base. Traduction : il en coûte 194 000 euros pour s'assurer contre une exposition à 10 millions d'euros d'obligations souveraines
Cet article est le 44ème paru sur ce blog dans la catégorie La droite en France.
Les gauches ont-elles les bonnes réponses à proposer ?
Je connais Gaël Brustier depuis les années 2004-2006, quand il était secrétaire national du Mouvement Républicain et Citoyen, alors présidé par Georges Sarre. Récemment, il a réalisé la PRESENTATION DE LA COLLECTION "ARCHIVES DU CERES". Il est maintenant membre du PS, proche collaborateur d’Arnaud Montebourg.
Il en est à son troisième livre « Voyage au bout de la droite » (voir Livres "Gaël Brustier").
Voir aussi le commentaire du Monde : "Voyage au bout de la droite", de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin. A noter que JEAN-PIERRE CHEVENEMENT CONSEILLE "VOYAGE AU BOUT DE LA DROITE".
Ce livre a ouvert beaucoup de portes de journalistes. Voir Brustier au Soir 3 (16 avril). Les Inrocks, le 16 avril, en ont fait une présentation : Les Inrocks : La droite décomplexée domine l'Europe
Politiquement, la droite domine en Europe : outre qu'elle occupe le pouvoir un peu partout au sein de l'Union, elle a imposé dans l'imaginaire collectif son hégémonie intellectuelle depuis une vingtaine d'années. Ce constat, déjà étayé dans de nombreux essais récents (Raffaele Simone, Daniel Lindenberg...), a poussé deux chercheurs, Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, à mener un Voyage au bout de la droite pour analyser les ressorts, historiques, idéologiques et sociologiques, de cette domination (…).
Jean-Sébastien Ferjou, dans Atlantico (6 mars 2011), a réalisé un entretien avec Gaël Brustier (extraits) :
Gaël Brustier : Marine le Pen surfe sur la peur du déclassement
Docteur en politique, auteur de "Voyage au bout de la droite" et engagé au PS, Gaël Brustier décrypte le sondage choc donnant
Marine Le Pen en tête devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry pour le premier tour 2012. Selon lui, faire de Nicolas Sarkozy le responsable de
l'atmosphère politique actuelle,
c'est passer à côté d'un phénomène de droitisation qui gagne l'Europe entière (…).
Est-ce à dire que les politiques comprennent finalement très mal les Français ?
Il y a un vrai problème de lien avec les classes populaires. Une partie de notre élite politique et médiatique ne connaît pas le pays. 1%
seulement des ouvriers ont voté pour le candidat communiste en 2007, c’est un chiffre qui laisse rêveur… On nous a expliqué pendant des années que la classe ouvrière avait disparu en France mais
il y a encore 60% d’ouvriers et d’employés dans ce pays.
Et leurs attentes ou leurs angoisses ne sont pas entendues. Les débats dans le champ public sont très souvent coupés des réalités populaires. Il faut leur parler d’industrie, de protection
sociale, d’école, de tout ce qui fait la dignité économique des travailleurs et la dignité des citoyens.
Les gens n’attendent pas forcément qu’on leur parle de l’Europe chrétienne mais il y a une vraie demande d’identité, un besoin d’unité du peuple français dans un contexte mondial vécu comme un
danger. Il y a une terrible souffrance sociale en France qui rompt la confiance entre les Français et la politique.
Cet article est le 43ème paru sur ce blog dans la catégorie La droite France et Europe.
Les couches populaires, enjeu de l’élection présidentielle
Les élections cantonales se sont soldées par un taux d’abstention énorme (plus de 60% si l’on inclut les votes blancs ou nuls). La majorité de ces électeurs sont des employés et des ouvriers (les couches populaires), qui font plus de la moitié de la population française.
Jean Jaurès nous a enseigné que « Le courage c’est de rechercher la vérité et de la
dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux
applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques… ».
Dans notre dernier édito, nous avions conclu sur la « Suite au prochain numéro ». Et bien, nous n’avons pas été déçus,
les analyses du clergé médiatique et des publications des partis de gauche (y compris la gauche radicale) ont de notre point de vue un métro de retard sur l’analyse. Presque
partout, on minimise que la majorité des 62,3 % (soit près des deux tiers !) qui s’est abstenue ou mis un bulletin nul ou blanc dans l’urne est parmi les couches populaires (ouvriers et employés
qui représentent la majorité du peuple soit 53 %).
Presque partout, on met l’accent sur le fait que dans le second tour, « c’est essentiellement un électorat de droite qui glisse vers le FN » sans faire une analyse de classe de cet électorat.
Comme si la gauche (y compris la gauche radicale) pouvait espérer aller vers une transformation sociale et politique sans un soutien massif des couches populaires !
Presque
partout, on fait mine de croire que sans poser la question du libre-échange, de l’euro, de la rupture avec le turbocapitalisme et du modèle politique, on peut continuer à être crédible vis-à-vis
du peuple. La gauche radicale a mené en 2004-2005 la campagne exemplaire du non de gauche au Traité constitutionnel européen (TCE). Les couches populaires et une portion significative des
couches moyennes ont compris le message de cette campagne. Elles savent que le libre-échange est une des causes de la montée des inégalités sociales, de la misère et de la nouvelle pauvreté.
Elles savent que l’euro réalisé entre des pays très divergents en termes de système de protection sociale et écologique est une impasse. Ils savent qu’il n’y a plus de sortie de crise
dans le cadre du turbocapitalisme. Ils ont compris que la démocratie anglo-saxonne communautariste n’est pas le nirvana espéré. Une écoute et une lecture des propos du clergé médiatique et de la
majorité des responsables des partis montrent bien que ces analyses font comme si le peuple n’avait pas compris cela. Le problème est qu’il l’a compris. Et des formules du type « Non à l’Europe
actuelle et vive l’Europe sociale » est un voeu pieu tant que l’on ne précise pas le chemin à prendre pour arriver à cette Europe sociale.
Laisser au FN le monopole de l’utilisation des mots et locutions « protectionnisme », « non à l’euro », « laïcité », et bien d’autres est criminel. D’autant plus que la grande
majorité des couches populaires et une partie significative des couches moyennes ont bien compris que le repli nationaliste prôné par le FN et par la droite souverainiste n’est pas la solution.
Alors, pourquoi ne pas mener une gigantesque campagne d’éducation populaire tournée vers l’action contre la droite et le FN tout en développant une ligne économique et politique crédible ?
Oui, nous devons appeler à combattre le libre-échange et le protectionnisme de droite et d’extrême droite et promouvoir le néo-protectionnisme écologique et social ! Oui, nous
sommes d’accord pour une monnaie unique entre des pays à systèmes de protection sociale et écologique équivalents, mais pas entre des pays à système de protection sociale et écologique
divergents. Dans ce dernier cas, on ne peut que parler de monnaie commune et de solidarité internationaliste.
Oui, nous pensons que la phase actuelle du capitalisme que nous appelons turbocapitalisme ne permet plus la sortie de crise et qu’il faut donc dépasser ce stade économique et
politique. Oui, nous pensons qu’il faut promouvoir un autre modèle politique et nous mettons en débat l’actualisation du modèle de la république sociale qui a porté les grandes
heures de notre histoire ( Révolution française et naissance de la 1ére république le 22 septembre 1792, Révolution de 1848 qui a vu germé le concept de république sociale, les grande avancées de
la 3e république avec le soutien massif de Jean Jaurès et de ses amis, le mouvement de 1936, le Conseil national de la résistance et son programme révolutionnaire).
Oui, nous pensons que le FN est raciste et xénophobe, mais pour le combattre, la diabolisation est d’un autre âge et qu’il faut le combattre sur les causes de sa poussée et comprendre
qu’il change de ligne politique.
C’est pourquoi nous vous proposons la lecture dans ce numéro de deux textes qui vont dans le sens de la clarification. L’un de l’économiste Jacques Sapir, posant une fois de plus le problème de l’euro et que nous empruntons à nos amis de Mémoire des luttes. L’autre de l’économiste Isaac Joshua, qui après l’avoir présenté sur la liste du Conseil scientifique d’ATTAC, nous a autorisé à le publier. Dans ce dernier article, Isaac analyse le changement de ligne du Front national qui est sous-estimé par les « belles âmes » ici et là. En lisant cet article, vous comprendrez pourquoi nous avons mis en chapô de cette chronique la célèbre phrase de Jean Jaurès. Que vous ne soyez pas d’accord avec toutes les propositions de ces deux économistes n’est pas le plus important. Le plus important est qu’ils posent chacun à leur manière, comment appliquer la célèbre phrase de Jean Jaurès (…).
Cet article est le 42ème paru sur ce blog dans la catégorie La droite en France.
Comment répondre aux défis de la mondialisation ?
Le peuple français veut être protégé des effets de la mondialisation financière. Et, pour gagner, les candidats à l’élection présidentielle 2012 devront prouver qu’ils veulent relever les défis économiques et sociaux lancés à la France et à l’Europe par cette mondialisation capitaliste.
A voir dans la tribune de Julien Landfried, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica, parue
sur LeMonde.fr, 30 mars 2011.
La remontée du FN n'est pas le résultat d'une manipulation sarkozyste
L'amnésie, ainsi que l'avait parfaitement suggéré Georges Orwell dans 1984, est un puissant poison dans les régimes
politiques. Le débat public français est à ce titre exemplaire. Le Front national n'est bien évidemment pas né d'une quelconque manipulation de l'actuel président de la République, Nicolas
Sarkozy. Il faut remonter en 1983, soit précisément à l'acte d'abandon par la gauche gouvernementale de toute velléité sérieuse de contrôler le destin économique de la France, et, partant, les
conditions de vie des classes populaires, pour comprendre le développement et l'enracinement du Front national dans la société française.
Depuis le tournant de la rigueur, pudiquement baptisé "parenthèse" par le premier secrétaire socialiste de l'époque, la gauche a en effet peu à peu perdu structurellement tout lien électoral de
longue durée avec les ouvriers et les employés (60 % des actifs), ceux-ci oscillant entre abstention, renvoi des gouvernements sortants et vote Front national.
Pour correctement analyser l'actuelle séquence politique, il faut d'abord accepter que la remontée du Front national a quelque chose à voir avec le réel, et pas seulement avec des "sentiments" ou
des "peurs". Les classes populaires se considèrent depuis le début des années 1990 (et électoralement depuis le referendum sur le traité de Maastricht en 1992) comme les grandes perdantes de la
"construction européenne" et de la mondialisation.
Depuis le début des années 2000 (et électoralement depuis le referendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen), elles ont été rejointes par les classes moyennes qui s'estiment dans une
proportion grandissante également perdantes, subissant les effets inflationnistes de l'euro sur leur pouvoir d'achat et le déclassement de leurs enfants. En d'autres termes, le monde du travail
est désormais très majoritairement opposé à la politique économique et sociale que les élites politiques défendent avec un "acharnement thérapeutique" (selon l'expression d'Emmanuel Todd
sur Marianne2.fr ) : euro fort, libre-échange dérégulé, acquiescement à l'accroissement vertigineux des inégalités de revenu et de patrimoine.
Ensuite, si la responsabilité de Nicolas Sarkozy dans la remontée du Front national peut être engagée, c'est en raison du non respect de ses engagements de campagne. Le candidat Nicolas Sarkozy
avait promis en 2007 de combattre les délocalisations industrielles et de recourir, le cas échéant, à des politiques protectionnistes. Il avait fustigé l'euro fort et le pouvoir de la finance. Il
avait promis de contrôler fermement l'immigration. Enfin, il tenait un discours très dur sur la délinquance.
L'ÉLECTORAT POPULAIRE
Le président élu Nicolas Sarkozy a, lui, audacieusement affirmé que le premier facteur des délocalisations était la taxe professionnelle (sic). Il n'a pas réussi à peser sur l'Allemagne pour
réorienter la gestion de l'euro dans un sens plus favorable aux fondamentaux de l'économie française (et en particulier à ses facteurs de spécialisation industrielle). Il a renfloué le système
bancaire et financier avec une remarquable réactivité, sans s'aviser qu'il creusait ainsi la dette publique, dont les créanciers étaient les banques remises à flots par le contribuable et
refinancées par la Banque centrale européenne (BCE). Les flux migratoires n'ont pas été mieux régulés et l'immigration illégale n'a pas reculé. Enfin, il n'a pas réduit les violences aux
personnes, qui ont encore augmenté. Bref, si l'on ajoute le bouclier fiscal, on conçoit aisément que l'électorat populaire ne s'y retrouve pas et se réfugie dans l'abstention ou le vote Front
national, d'autant que l'opposition socialiste n'apporte pas de réponses à des questions qu'elle considère au fond comme "hors sujet".
Il faut par ailleurs souligner, pour être tout à fait complet, que Marine Le Pen réoriente significativement son offre politique pour répondre aux attentes de publics largement ignorés ou
méprisés jusque-là par l'idéologie frontiste : femmes, fonctionnaires et enseignants, en particulier. Tout se passe comme si elle tentait de reprendre le "récit national"
(selon l'expression du politologue Stéphane Rozès ) là où Nicolas Sarkozy l'avait abandonné en 2007. D'où la reprise opportuniste de références honnies auparavant par Jean-Marie Le Pen :
l'Etat et la République. Cette réorientation explique la poussée du vote Front national chez les actifs, en particulier les jeunes actifs et les femmes employées.
Pour Nicolas Sarkozy comme pour l'opposition, réduire l'influence électorale du Front national implique nécessairement de répondre aux attentes des classes populaires et moyennes. Et donc de
construire des protections économiques, sociales et culturelles, face à une mondialisation financière qui n'en tolère plus aucune.
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Partenaire Idées du Monde.fr: Le Monde.fr s'est associé à plus de dix think tanks (centre de recherche) français dans le but d'enrichir son espace de débats sur des
sujets d'actualité. Les travaux de ces laboratoires d'idées offrent une grande diversité de points de vue et offrent aux lecteurs les clés pour mieux comprendre la complexité des problématiques
nationales et internationales. => Retrouvez les publications de la Fondation Res Publica sur Le Monde.fr.
Voir le texte sur le site du
Monde
La Fondation Res Publica est une fondation reconnue d'utilité publique depuis le 30 novembre 2005. Présidée par Jean-Pierre Chevènement, elle a organisé plus de 60 colloques et
séminaires sur les thèmes "République, Mondialisation, Dialogue des civilisations et des nations". Ses dernières contributions portent sur l'avenir de la zone euro, la nécessité d'un système
monétaire international repensé, la mise en place de protections commerciales, ou encore la politique de l'Allemagne en Europe.
=> Visitez le site www.fondation-res-publica.org
Cet article est le 41ème paru sur ce blog dans la catégorie La droite en France.
La crise, le libre-échange et l’euro, causes du vote FN
Dans un entretien avec Philippe Cohen, qui a été publié sur Marianne2 le 24 mars, Emmanuel Todd livre le fond de sa pensée à propos de la crise. Il demande aux élites de revenir sur leur erreur historique, qui a consisté à soutenir les yeux fermés l’euro et le libre-échange. C’est un document important, venant après la position de Chevènement (voir Chevènement veut la refondation républicaine face au danger Le Pen - 25 mars 2011).
Emmanuel Todd avait participé à l’émission sur France 2 (voir Montée du FN : un débat télévisé (Ce soir ou jamais) qui fait des vagues - 11 mars 2011).
E. Todd : « Face au FN, il faut rompre avec deux concepts-zombies : le libre échange et l'euro »
Que vous inspire ce premier tour des élections cantonales ? *
Les observateurs ne semblent pas percevoir la poussée du Front national dans sa
véritable dimension historique. Les commentaires se focalisent sur les transferts de voix entre l’UMP et le Front national, et nous devons constater la persistance dans les analyses produites,
d’une thématique imposée de l’immigration de l’islam, de la sécurité, de l’identité nationale conçue en un sens étroit.
Or, les résultats dont nous disposons témoignent plutôt d’une prédominance des déterminations socio-économiques dans les votes. Le Front national a franchi son plafond ancien du vote à 30%
dans la classe ouvrière et s’approche de 40%.
Deux signes confirment le caractère secondaire des thématiques identitaires (immigration, sécurité, etc.) : le score plus modeste (à 20%, ce qui n’est quand même pas mal) réalisé parmi les
artisans et commerçants et la progression importante du Front national vers l’ouest, là où l’immigration demeure un phénomène insignifiant.
Vous décrivez un vote de crise…
La poussée du FN intervient après deux ans et demi d’une crise économique qui a
appris à la population française et à d’autres populations dans le monde que leur classe dirigeante était incompétente. Ou totalement indifférente à leur sort. Les plans de « relance »
ont abouti à quelques résultats merveilleux (sic), compréhensibles par tous : la relance du CAC 40, la baisse des salaires, l’accélération des délocalisations et l’aggravation du chômage de
masse…
Soyons sérieux : la grande nouveauté de la situation politique et idéologique est une radicale délégitimation des élites, phénomène qui autorise toutes les embardées politiques
imaginables. Les Français sentent que la France est devenue un canard sans tête…
L’ampleur générale du score frontiste et sa pénétration non insignifiante dans les classes « moyennes inférieures » et « moyennes moyennes », dans des cantons sans tradition
industrielles et sans immigration, suggère l’idée que les gens n’ont plus confiance dans la gestion économique du pays.
Même s’il survient des accidents dans l’histoire (pour moi, l’intervention en Libye, que j’approuve, en est une), un président tel que Nicolas Sarkozy incarne à merveille cette situation de vide.
Mais ce vide n’est pas confiné à l’Elysée. Les classes dirigeantes au sens le plus large, incluant les responsables de l’UMP et les dirigeants sociaistes, ont été les défenseurs acharnés de deux
options dont tout le monde sait aujourd’hui qu’elles sont obsolètes : le libre-échange et l’euro. J’utiliserais volontiers, pour décrire l’état de ces concepts, une expression du sociologue
allemand Ulrich Beck, celle de « concept zombie » : un concept mort mais que l’on croit vivant. C’est très important. Les gens comprennent que le libre-échange détruit leur vie.
Ils ont très bien compris depuis les crises budgétaires européennes que le système monétaire actuel est victime d’un acharnement thérapeutique.
Les hommes de médias de ma génération ont aussi une responsabilité dans cette déroute des élites françaises. Quand je vois Jean-Michel Aphatie face à Marine Le Pen sur le plateau de Canal +, ou
quand je lis Laurent Joffrin qualifiant de lepéniste « Ce soir ou Jamais », la meilleure émission de débat du paysage audiovisuel, menacée de surcroît par l’Elysée, il s’agit
moins de journalistes que d’idéologues purs qui tentent de perpétuer une vision du monde totalement archaïque.
Mais ils font partie des classes dirigeantes et particulièrement Laurent Joffrin dont les aller-retour entre le Nouvel Observateur et Libération, en tant que directeur, ont significativement
contribué à la paralysie idéologique de deux grands journaux de gauche très importants et contribué à la non prise en compte par la gauche des intérêts économiques des milieux
populaires.
Sauf que la plupart des responsables et des économistes affirment que l’abandon de l’euro se traduirait par une véritable catastrophe
pour les populations européennes.
Certains économistes – pas tous heureusement – disent cela, mais les gens ne les croient plus et mes conversations privées avec certains
membres de l’establishment me font soupçonner qu’eux-même n’y croient pas davantage. Mais il est extrêmement difficile de l’avouer parce que l’aveu, pensent-ils sans doute, produirait une
délégitimation des classes dirigeantes. Or, le score du Front national nous indique que cette précaution devient superflue : s’ils avouent maintenant, mais sans trop tarder, ils seront
pardonnés.
J’ai été absolument fasciné, lors des commentaires post-électoraux, par le fait que Jean-François Copé et Christian Jacob ont rappelé que la nécessité de garder l’euro était le clivage premier
qui les séparait du Front national. Au fond, la tendance sarkozyste de l’UMP suit pleinement le Front national sur les thématiques identitaires et de sécurité, ce qui rend la
situation ingérable. La relance des thématiques identitaires a d’ailleurs été décidée à l’Elysée. Mais cette stratégie aboutit à mettre l’UMP dans une sorte de seringue : alors que le Front
national peut aussi se déployer sur les thèmes économiques et sociaux en prônant la sortie de l’euro, la tendance sarkozyste de l’UMP qui représente au plus haut degré l’oligarchie économique, ne
peut que défendre l’euro qui est l’argent des riches. Là réside sans doute la véritable explication des transferts de voix de l’UMP vers le Front national.
L’idée du Front républicain resurgie entre les deux tours vous paraît-elle utile, efficace ou au contraire contre-productive pour
enrayer la poussée mariniste ?
Voilà bien un autre concept-zombie ! L’important n’est plus la tactique politique. Le Front national ne va pas prendre le pouvoir à l’occasion de ces élections cantonales, les électeurs sont libres. L’important est le renversement de l’hégémonie idéologique des concepts-zombies que sont le libre-échange et l’euro. L’UMP et le Parti socialiste, les dirigeants de grandes entreprises (ceux des PME ont compris) et les responsables des grands médias doivent être capables de penser en terme de protectionnisme économique, européen si possible. Ils doivent accepter l’idée que s’il y a un problème d’identité nationale pour la France, il réside dans sa relation à l’Allemagne et non dans ses rapports avec les Arabes. Les élites doivent accepter l’inévitabilité, si l’Allemagne refuse l’idée d’un protectionnisme européen, d’une sortie de l’euro. La réalité économique est que cette sortie poserait, certes, quelques problèmes techniques, mais ouvrirait mille possibilités de renouvellement et d’expérimentation, et des solutions originales aux problèmes posés par la dette publique, quoique peu agréables pour les détenteurs de capitaux.
On nous présente la sortie de l’euro comme une garantie absolue d’une baisse rapide du franc rétabli.
Mais c’est exactement l’effet recherché. Une dévaluation est toujours défavorable à ceux qui ont beaucoup d’argent, mais favorable, après ajustement, à la compétitivité économique des secteurs qui reposent sur un travail réel, à l’industrie, aux nouvelles technologies. D’ailleurs, honnêtement, plus j’y pense en tant que démographe plus je pense que la France, avec son taux de fécondité parfaitement satisfaisant, à deux enfants par femme, au milieu d’une Europe minée par des fécondités très basses, aurait intérêt à prendre quelque distance avec un continent menacé de sénilité. L’un des paradoxes fondamentaux du comportement du Front national dont rien ne nous garantit d’ailleurs qu’il aurait le courage de ses propositions économiques, est que l’analyse économique sérieuse conduit à constater que le protectionnisme et la dévaluation ramènent à la notion de solidarité nationale mais d’une solidarité nationale territoriale plus tôt qu’ethnique. L’une des implications paradoxales du programme frontiste est que la sortie de l’euro aurait pour effet pratique de contribuer à la réconciliation de toutes les classes sociales françaises et de Français de toutes origines. Les enfants d’immigrés seraient, autant que ceux des classes moyennes, les premiers bénéficiaires de la sortie de l’euro. Je reconnais que voir le FN en défenseur des enfants d’immigrés a quelque chose de surréaliste si l’on pense à l’ignoble proposition de préférence nationale qui fait partie du bagage idéologique du Front national. Symétriquement, des socialistes qui se battent contre la préférence nationale mais adhèrent à des politiques économiques qui détruisent en priorité les enfants d'immigrés ne sont pas des républicains sincères. En vérité, l'attachement des partis dits républicains à des concepts économiques qui détruisent la vie des Français pourrait faire bientôt du mot République un concept zombie. On peut toutefois ressusciter la République en changeant de politique économique.
Le plus spectaculaire et inquiétant dans le score de Marine Le Pen, est sa performance dans les catégories actives : selon l’iFOP,
alors que l’électorat sarkozyste reste dominant parmi les catégories âgées, les intentions de vote de la tranches 34-49 ans est passée de 16 à 29% en un an ; parmi les 24-39 ans elle est passée
de 20 à 25%.
Effectivement, ce contexte est tout à fait typique des situations de basculement idéologique. La fragmentation de la droite peut être perçue par des différences d’attitude entre sarkozystes fillonistes et marinistes. Mais au-delà de la confusion, ce sont les basculements générationnels qui importent. La fragilité initiale du sarkozysme était que le Président a été l’élu des vieux, très effrayés par les émeutes de 2005 dont il était largement responsable, et actuellement, la fuite hors de l’électorat UMP s’effectue dans ce qui restait de jeunes au sein de l’électorat de droite.
Votre diagnostic est à la fois convaincant et inquiétant. Que va-t-il se passer et qu’est ce qui est possible ? Comment en sortir
?
J’aimerais profiter de l’occasion pour définit mon attitude personnelle vis-à-vis de la crise que nous vivons. Je suis considéré comme un intellectuel critique radical du système. Mais je ne suis pas intéressé par les propositions irréalistes protestataires de la gauche de la gauche, et je ne crois pas une minute à la possibilité pour le Front national d’arriver au pouvoir en France. Je pense tout à fait que la France doit continuer à être gérée par une alternance entre les grands partis décents de la droite et de la gauche. Je ne suis pas partisan d’une destruction ou d’un rejet des élites. Je plaide simplement pour le retour des élites à la responsabilité et à la raison. Même si ça n’est pas enthousiasmant d’un point de vue utopique, je pense que le projet protectionniste européen ou la sortie de l’euro ne peuvent, dans le contexte français, être gérés que par des gens sortis des grandes écoles. Je demande simplement que la méritocratie française fasse son boulot, s’occupe de la démocratie française, et justifie ainsi ce qu’a coûté leur formation à la nation. J’admire la capacité du peuple français à résister à des élites devenues irresponsables – y compris malheureusement par un vote Front national - mais je ne crois pas à la possibilité d’une démocratie sans élites. La bonne démocratie fonctionne quand une partie importante des élites prend en charge les intérêts économiques et moraux de l’ensemble de la population.
Cet article est le 40ème paru sur ce blog dans la catégorie La droite en France.
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