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  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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L'école

Lundi 18 mars 2013 1 18 /03 /Mars /2013 23:54

Réunions de concertation : un sentiment de frustration

 

La décision d’application de la réforme des rythmes scolaires est laissée à l’appréciation des collectivités locales : rentrée 2013 ou 2014. De nombreux élus veulent aller vite mais ils sont conscients des incidences importantes sur l’organisation de la vie scolaire et périscolaire.

 

Rappel : Assemblée nationale : Vincent Peillon propose une loi refondant l'école - 15 mars 2013. Voir les principaux points du Projet de loi sur l'école

 

En fait, la question n’est pas simple. Voici deux cas, très différents : à Lille et à Saintes.

 

Lille : les propos de Martine Aubry  

Rythmes scolaires : Aubry repousse l'application de la réforme à Lille en 2014 (Le Monde, 18 mars 2013)

 

Saintes : la concertation laisse parents et enseignants frustrés  

Des parents frustrés (Sud Ouest, 13 mars 2013). Les élus restent dans l’incapacité de répondre aux questions des parents.

 

Les réflexions personnelles de Serge Maupouet, professeur dans un collège de Saintes.

 

Il est assez clair que de nombreux points sont profondément problématiques, aussi bien en primaire que dans le secondaire.

La question des rythmes en primaire, tout spécialement, engage l'Education nationale sur une pente qui peut devenir très dangereuse : inégalités accrues monde urbain-monde rural, horaires d'école et dispositifs péri-éducatifs variant nettement d'une école à l'autre, non-respect des préconisations des chronobiologistes (quoiqu'en disent les promoteurs du décret - samedi délaissé pour le mercredi, horaires de sortie possibles à 15h30 en primaire alors que c'est grosso modo à partir de cette heure-là que les enfants, et en particulier pour les dernières années d'élémentaire, retrouvent un pic d'attention propice aux apprentissages), moins-disant maintenu en terme d'horaires d'enseignement pour tous, possible usine à gaz en construction concernant l'ensemble du péri-éducatif (problèmes de locaux, problèmes de recrutement et de qualification des intervenants, horaires de fin des cours placées non pas en fonction des intérêts des élèves mais de ceux des adultes, problèmes évidents de financement).

Stoppons-là pour faire bref, en évoquant seulement l'inquiétude généralisée des parents : les réunions d'information organisées localement sont révélatrices de leur ampleur, mais aussi des incompréhensions ou des tensions qui s'instaurent entre les élus et différents membres de la communauté éducative (parents inclus). 

 

Certes, certaines organisations soutiennent le processus, et il y a quelques progrès (dont la scolarisation possible dès deux ans, ou le retour aux 9 demi-journées) mais l'impression qui se dégage globalement n'est-elle pas qu'en des lieux éloignés du terrain on continue à avancer alors que sur le terrain l'incompréhension est de plus en plus évidente au niveau de nombreux acteurs, et ce concernant la mise en oeuvre concrète ou bien même les objectifs réellement poursuivis à moyen et long terme ?  

 

Pour ce qu'il est possible de constater ici, localement, il faudrait regarder en face le fait que le sentiment qui se généralise est que ce n'est pas essentiellement pour l'intérêt des élèves que la réforme des rythmes est faite, mais que cet intérêt des élèves dont l'on parle tant est avant tout un alibi pour des réformes poursuivant d'autres objectifs non clairement explicités.

 

Aussi, n'est-il pas à exclure que l'ampleur du malaise puisse apparaître réellement aux alentours de la rentrée, au moment où les faits livreront leur réalité ? Ne vaudrait-il pas mieux en tenir compte dès maintenant, alors qu'il serait encore temporellement possible d'améliorer ce qui doit l'être et de répondre de manière convaincante aux inquiétudes ?  

 

Cet article est le 32ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

Par Michel SORIN - Publié dans : L'école - Communauté : Les blogs républicains
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Vendredi 15 mars 2013 5 15 /03 /Mars /2013 22:42

Instruire, éduquer, préparer un avenir professionnel

 

L’examen du projet de loi pour la refondation de l’école de la République a commencé cette semaine à l’Assemblée nationale. Voir Refondation de l'école de la République : l'Assemblée débat et le Rapport qui a servi de base de réflexion aux députés.

 

Les principaux points du projet. Voir Projet de loi sur l'école (RTL INFO) 

 

60.000 postes promis par François Hollande
Le rapport annexé au projet de loi fixe l'objectif de 60.000 créations de postes sur le quinquennat, promis par François Hollande: 54.000 postes dans l'Education, 5.000 dans l'enseignement supérieur, 1.000 dans l'enseignement agricole. Près de la moitié, 27.000 postes, iront à la formation des enseignants. Le primaire aura 14.000 postes : 7.000 pour le "plus de maîtres que de classes", en particulier dans les Rased (réseaux d'aide aux enfants en difficulté), 3.000 pour l'accueil des moins de 3 ans, 4.000 pour améliorer "l'équité territoriale". Environ 80.000 postes ont été supprimés dans l'éducation entre 2007 et 2012. 
  
Le rétablissement de la formation des enseignants supprimée en 2010
Création des Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation (Espé) pour la rentrée 2013, car "enseigner s'apprend", avec des compétences académiques mais aussi pédagogiques: il ne suffit pas d'avoir un master de maths pour enseigner la lecture ou accueillir un enfant handicapé... Entrée progressive dans le métier. 
  
Le fonds d'aide aux communes pour la réforme des rythmes scolaires
Sans aborder directement la question brûlante de la semaine de quatre jours et demi, qui relève d'un décret pris en janvier dernier, le projet de loi crée un fonds destiné à aider les communes pour leurs activités périscolaires jusqu'à 16H30. 

La maternelle redéfinie
Relance de la scolarisation des moins de 3 ans encouragée dans les secteurs d'éducation prioritaire, les secteurs ruraux isolés et les DOM-TOM, pour lutter contre l'échec scolaire. Les missions de la maternelle seront redéfinies pour la rentrée 2014, notamment pour stopper sa "primarisation", ou anticipation d'apprentissages de l'école élémentaire, car cette pression précoce met des enfants en difficulté. 
  
"Plus de maîtres que de classes" en primaire dans les zones défavorisées
Pour varier les pratiques pédagogiques afin de réduire l'échec. 
  
Une langue vivante obligatoire en CP
Pour améliorer les résultats "alarmants" en langues étrangères. 
  
Une réduction progressive du redoublement
Il coûte cher, son efficacité pédagogique "n'est pas probante". 
  
Un enseignement moral et civique
Pour promouvoir le respect de la personne, de ses origines, de ses différences et de l'égalité homme-femme. Les élèves apprendront l'hymne européen, en plus de l'hymne national. Les enseignants sont invités à intégrer les langues et cultures régionales dans leur enseignement. Le rapport annexé souhaite que la devise de la République et le drapeau tricolore soient apposés sur tous les établissements scolaires. 

Une ambition numérique
Création d'un Service public de l'enseignement numérique et de l'enseignement à distance, pour prolonger les enseignements, communiquer avec les familles, offrir des ressources pédagogiques aux enseignants ou permettre d'instruire à distance des élèves handicapés. Sensibilisation aux droits et aux devoirs induits par le numérique. Les collectivités seront responsables de la maintenance des équipements. 
  
Une orientation choisie
Parcours de découverte du monde économique et professionnel à partir de la rentrée 2015 dès la 6e, où le tronc commun doit être le plus long possible. 
  
Les programmes
Un Conseil supérieur des programmes réexaminera le socle des connaissances, des compétences, et désormais aussi de culture. Il doit devenir "le principe organisateur de l'enseignement obligatoire" (6 à 16 ans) et fera des propositions sur les épreuves du brevet et du baccalauréat.

 

Université d'été MRC Belfort 15 et 16 09 12 022 TL’intervention de Marie-Françoise Bechtel, députée MRC de l’Aisne (12 mars). Extrait.

Voir "La sélection des meilleurs par la promotion de tous"

 

Marie-Françoise Bechtel, au côté de Jean-Pierre Chevènement, à Belfort, lors de l'université d'été du MRC, en septembre 2012.

 
(…) Quelle est la situation actuelle ? S’il est vrai que de nombreux établissements scolaires fonctionnent bien dans notre pays, rappelons-le, chacun s’accorde pourtant à reconnaître que notre système est atteint par une double dégradation.

Tout d’abord, la panne du progrès scolaire, mesuré par le taux impressionnant d’échec dans le primaire – taux d’échec que le collège répercute sans d’ailleurs l’amplifier. C’est pourquoi vous avez pleinement raison, monsieur le ministre, de concentrer des moyens supplémentaires sur l’école primaire, qui est bien le maillon faible, ainsi que sur l’accueil des enfants dès l’âge de deux ans en maternelle, une initiative qui mérite d’être saluée.
Deuxième facteur de dégradation, l’école est aussi et simultanément atteinte par les maux de la société dont elle n’a pu être préservée par la nécessaire sanctuarisation. Ce rempart est souvent plus théorique que réel, notamment dans des zones où prévalent des comportements de violence, sans préjudice d’ailleurs de ce que l’on nomme aujourd’hui des « incivilités » et qui ne sont pas, loin s’en faut, le lot des seuls quartiers défavorisés.

Face à ce diagnostic, le Mouvement républicain et citoyen, très attaché à l’école comme vous le savez, approuve les trois orientations essentielles qui guident ce projet de loi. Il proposera certains amendements propres à renforcer cette inspiration qui ne va pas, lui semble-t-il, sans quelques contradictions – je pense par exemple au statut des langues régionales par rapport aux savoirs fondamentaux.

Nous approuvons d'abord l'idée que la mission essentielle de l’école est d’instruire, c’est-à-dire de transmettre les savoirs fondamentaux. Cet objectif, qui paraît de bon sens, n’est pas toujours allé de soi. Il faudra faire en sorte que les enseignants se l’approprient réellement à travers une conscience claire de cette mission première. Elle inclut que l’on sache inculquer le goût de l’effort et du travail, valeurs structurantes dont tous les élèves ont besoin.
Nous approuvons ensuite le deuxième objectif essentiel, celui d’éduquer ; l’éducation en effet ne se confond pas avec l’instruction. Si l’une et l’autre permettent l’élévation sociale, l’éducation est le complément indispensable de l’instruction en ce qu’elle développe, comme le dit très bien la loi, le jugement et la raison critique. Ce sont là – et c’est la caractéristique de notre tradition républicaine – les véritables piliers de la transmission des valeurs collectives.
Enfin, troisième objectif et non le moindre : permettre de construire un parcours professionnel. Il demande que soit trouvé le bon équilibre entre des filières pré-professionnalisantes et des filières généralistes, avec des passerelles entre elles, ainsi qu’à une bonne orientation, qui sache intervenir à temps. Dans ce cadre, le service public du numérique me semble particulièrement bienvenu.

Monsieur le ministre, si l’école a pour rôle de combattre les déterminismes sociaux, elle n’est pas comptable de tous les maux de la société. Ne lui demandons pas d’assumer à elle seule l’ensemble des politiques publiques, ce serait décourager les enseignants qui ont avant tout besoin d’objectifs clairs, accessibles et réalisables.
C’est à ce prix que vous pourrez les mobiliser. C’est à ce prix qu’ils retrouveront dans la société le respect qu’ils méritent. C’est à ce prix que nous pourrons enfin assumer le but qui a été donné à l’école républicaine par un grand savant : «
la sélection des meilleurs par la promotion de tous
».

 

Rappel : MRC : propositions de la Commission Education et de ses membres - 20 juin 2012 

 

Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

Par Michel SORIN - Publié dans : L'école - Communauté : Les blogs républicains
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Mercredi 20 juin 2012 3 20 /06 /Juin /2012 12:34

Les missions de l’école de la République sont à repréciser

 

Universite-d-ete-MRC-2010-034-T.jpgDiscrètement, le lendemain du 1er tour des élections législatives, le Mouvement Républicain et Citoyen a publié les contributions des membres de sa Commission Education et les positions et propositions de cette Commission, présidée par Estelle Folest, membre du secrétariat national.

 

Contributions de la Commission éducation 2011-2012

A la demande de Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen, une Commission éducation s'est réunie ces derniers mois, présidée par Estelle Folest, secrétaire nationale à l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche.

Voici les contributions de ses membres (11 juin 2012).

Quelle formation pour les enseignants ? Par Estelle Folest, Secrétaire nationale à l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche du MRC

La formation des enseignants est un enjeu fondamental pour relever le défi de l'éducation, pilier de la République. Entrée en vigueur en septembre 2010 sur fond d'autonomie des universités et de réforme du mode de recrutement des enseignants, la réforme dite de mastérisation n'est pas à la hauteur des ambitions affichées.

La réforme de la formation des enseignants Estelle Folest.pdf  (176.35 Ko)

La réforme du lycée Par Jean-Marie Duplaà, membre de la Commission éducation du MRC.

La réforme orchestrée par la droite est un pas supplémentaire vers la destitution de l'Ecole Républicaine. En 2008 Xavier Darcos (alors ministre de l'éducation nationale) et sept syndicats d'enseignants signent une feuille de route actant des « points de convergence » en vue d'une réforme du lycée. Dès 2009, plus rien ne converge.

La réforme du lycée J-M Duplaà.pdf (90.29 Ko)

Le collège unique: éléments de réflexion Par Serge Maupouet, membre de la Commission éducation du MRC.

Peut-on proposer une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique qui fassent du collège un maillon fiable et fort du système éducatif, qui conservent l’objectif d’une démocratisation élevant le niveau général d’instruction tout en mettant en place l’organisation, les dispositifs, les moyens propres à atteindre cet objectif ?

Le collège unique - éléments de réflexion Serge Maupouet.pdf (71.19 Ko)

Rappel : Le collège mis en cause par les libéraux : réflexions de Serge Maupouet - 8 01 2012 

L'Ecole: lieu protégé Par Véronique Blanc-Blanchard, membre de la Commission éducation du MRC.

Depuis une trentaine d'années, la logique d'ouverture sur l'extérieur soumet l'école à toutes sortes de groupes de pression ; religieux, familiaux, ethniques, communautaires, médiatiques et bien sûr commerciaux. Assimilée, à tort, à un modèle réduit de société, elle devient le reflet du lieu et de l'époque. Le vocabulaire et les pratiques du marché, de la publicité, des médias, de la rue s'y introduisent chaque jour davantage, encouragés par les textes officiels.

L'ecole, lieu protégé Véronique Blanc-Blanchard.pdf (67.55 Ko)

De la présence des parents au sein de l'école de la République Par Jean-Louis Pierre, membre de la Commission éducation du MRC.

L’Ecole n’est pas un lieu comme un autre et les élèves ne sont pas de simples usagers venant recevoir des connaissances – des « informations » ?!- directement utilisables et monnayables. Pour la République, c’est un espace-temps consacré à l’étude pour former des citoyens libres et éclairés, disposant d’un recul permettant à la fois distance critique, autonomie et dépassement des réalités immédiates. L’École est une institution organique de la République.

Les parents à l'école J-L Pierre.pdf (99.57 Ko)

L'impact du libéralisme sur la politique éducative Par Annie Munier-Petit, membre de la Commission éducation du MRC.

Depuis les années 70, la recherche, l’enseignement et la conservation du patrimoine sont l’objet de réformes qui ne trouvent leur cohérence que dans un processus de destruction du savoir. Ces réformes résultent de choix politiques inspirés par le libéralisme économique avec pour ligne directrice la privatisation et le renforcement de la concurrence au sein du système éducatif.

L'impact du libéralisme sur la politique éducative Annie Munier-Petit.pdf (102.82 Ko)

Pour un renouveau pédagogique Par Estelle Folest, Secrétaire nationale à l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche du MRC.

Traditionnellement, les Républicains défendent la liberté pédagogique de l'enseignant, à savoir la liberté de choisir les moyens, les outils et la méthode qu'ils jugent les plus appropriés pour atteindre les objectifs fixés par les textes officiels. Attachée à la maîtrise des contenus disciplinaires, la sensibilité républicaine laisse ainsi de côté la question de la méthode pédagogique, jugée secondaire voire accessoire.

Pour un renouveau pédagogique Estelle Folest.pdf (119.71 Ko)

Positions et propositions du MRC

La mission de l'école : fonder la nation, la citoyenneté, contribuer au développement économique, social et humain du pays.
Le rôle de l'école est d'instruire et de transmettre des valeurs afin de former des citoyens éclairés et d'assurer la promotion sociale du plus grand nombre, de promouvoir le mérite et la sélection des meilleurs par la promotion de tous.
L'école de la République s'adresse à la raison des élèves qu'elle accueille et cherche à pousser chacun au plus haut de ses capacités
(…).

Le texte programmatique issu des travaux de la commission éducation est disponible ici ou ci-après :

 

Commission éducation 2011-2012: positions et propositions de programme

 

Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école

Par SORIN Michel - Publié dans : L'école - Communauté : Les blogs républicains
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 23:52

A travers l’école, une nouvelle vision de la société

 

Les enseignants se plaignent des changements de leur métier, en raison des politiques de plus en plus libérales mises en œuvre par la majorité de droite. Mais le pire est à craindre si le président sortant venait à être reconduit à la présidence de la République le 6 mai 2012.

 

Rappel : Education : l'autonomie et l'austérité généralisées, mélange détonant - 21 janvier 2011

 Ecole : ses valeurs se heurtent aux priorités du capitalisme financier - 27 septembre 2011

Le collège mis en cause par les libéraux : réflexions de Serge Maupouet - 8 janvier 2012 

 

Dans une Tribune parue le 15 janvier sur le site de Marianne, Pierre Chantelot et Francis Daspe analysent la déclaration du président lors de ses vœux à la communauté éducative le 5 janvier à Poitiers.

 

L'autonomie, la menace qui pèse sur le système éducatif

 

Depuis plus de quinze ans, un changement sans précédent du métier d’enseignant est à l’œuvre. Il résulte des préconisations libérales qui n’ont de cesse de démanteler le système public d’éducation pour le livrer sans vergogne aux appétits privés. Les vœux du président-candidat Sarkozy à la communauté éducative le 5 janvier 2012 à Poitiers témoignent d’une accélération fulgurante. Le triptyque autorité, autonomie et flexibilité est convié à cet effet.
 

Comme pour l’université avec la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), l’autonomie serait donc la solution idéale permettant de résoudre les problèmes pour tous et partout. Si le système éducatif fonctionne mal, c’est qu’il n’est pas assez autonome. L’autonomie ne doit pas être réduite à sa seule dimension budgétaire. C’est un processus permettant la mise sous coupe non seulement financière mais aussi intellectuelle de la sphère éducative et l’accroissement des inégalités avec une école à plusieurs vitesses. Après l’université, au tour des autres cycles de l’éducation nationale d’être pris comme cible.

La restauration de l’autorité des maîtres dans l’école publique passe pour Nicolas Sarkozy par la copie du modèle de l’école privée où ce sont les équipes dirigeantes qui choisissent leurs enseignants. Cette autonomie n’est ni plus ni moins qu’un chantage pervers envers la communauté éducative : elle doit obéir, sinon c’est la porte. C’est là clairement l’utilisation pernicieuse d’un mode managérial ouvrant la voie au règne des petits chefs.

+ d'autonomie = + d'inégalités

Plusieurs universités sont passées sous la tutelle du rectorat après avoir vu leurs budgets en déficit. C’est la réalité de la LRU et de l’autonomie. Pour les collèges et les lycées, l’autonomie se traduira par des changements destructeurs sans précédent.

Les plus riches établissements des centres-villes seront les gagnants de la mise en concurrence. Ils se développeront en attirant des enseignants qui accepteront toutes les conditions de travail : mise sous tutelle des pratiques et des contenus pédagogiques, modulations du service,  changement de la matière enseignée, etc. Dans le même temps, lycées et collèges des secteurs populaires verront partir leurs enseignants et leur budget, prélude pour certains d’entre eux à leur fermeture.

L’autonomie budgétaire va de pair avec le désengagement de l
'État ; elle constitue une entreprise de destruction des libertés pédagogiques et de démantèlement des cadres réglementaires, en terme de recrutement ou de diplômes. Le but est clair : casser tous les cadres nationaux qui garantissent le maintien de l’ambition d’égalité et démanteler par la même occasion les statuts des personnels.

Les enseignants exercent un métier d’intellectuel se situant au cœur de la construction des processus d’apprentissage. L’exigence d’un master 2 pour enseigner aurait pu signifier une volonté d’élévation du niveau disciplinaire et de qualification. Or ce fut un marché de dupe. La casse de la formation d’enseignants jetés, sans expérience, sur le terrain a mis un coup d’arrêt brutal aux rêves de nombreuses vocations.

La dévalorisation du métier d'enseignant

Le développement de l’émancipation intellectuelle doit être le garant de la conception de cours en toute liberté pédagogique. C’est pourquoi les contenus des masters d’enseignement doivent être en prise directe avec la recherche universitaire, posséder un contenu disciplinaire fort et une formation contextualisée indispensable à la mise en pratique de savoirs théoriques.

Mais c’est le contraire qui est visé : l’enseignant est progressivement amené, contre sa volonté, au rang de prestataire de service devant utiliser des mallettes pédagogiques toutes faites et vendues à prix d’or par des entreprises privées. L’avalanche des réformes au lycée conduit au final à déstabiliser les équipes pédagogiques et à casser le moral des enseignants. C’est un véritable travail de sape pour dévaloriser le métier d’enseignant.

A travers ce bouleversement radical du métier d’enseignant et des missions dévolues à l’école de la République, c’est une nouvelle vision de la société que la droite veut promouvoir. Une société fondée sur le renoncement, la concurrence et la marchandisation, aux antipodes de notre volonté de mettre au plan de nos préoccupations l’égalité, l’émancipation et « l’humain d’abord ».

 

Cet article est le 29ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

Par SORIN Michel - Publié dans : L'école - Communauté : Les blogs républicains
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 16:03

Faire du collège unique un maillon fort du système éducatif

 

L’enseignement pour Sarkozy, la jeunesse pour Hollande, seront parmi les priorités de leur programme présidentiel. Voir Le Monde, 5 janvier, Maryline Baumard, puis David Revault d’Allonnes.

 

L'enseignement selon M. Sarkozy : autorité, autonomie et flexibilité

Pour le collège, M. Sarkozy a rappelé qu'"il faut mettre fin aux faiblesses du collège unique tel que nous le connaissons aujourd'hui". Et précisé que l'heure est venue, selon lui, d'"assumer la diversité des parcours en quatrième-troisième".

"Il n'est pas normal que le collège actuel prépare exclusivement à l'enseignement général, et pas à la voie professionnelle : comment, dans ces conditions, cette dernière ne serait-elle pas vécue comme une voie de relégation ?", s'est-il interrogé. S'il n'a jamais été vraiment "unique", le collège pourrait voir ses parcours se diversifier encore, si M. Sarkozy obtient un nouveau mandat (…).

 

Sur l'éducation, Hollande accuse Sarkozy de défendre un "modèle libéral"

(…) Dans l'éducation nationale, (le bilan) est particulièrement lourd. Avoir supprimé 70 000 postes, découragé le personnel qui se dévoue pour l'éducation nationale, supprimé la formation initiale des enseignants, laissé l'échec scolaire progresser avec 150 000 jeunes sortant chaque année du système sans qualification, laissé la violence s'installer dans certains établissements... Ce bilan ne justifie pas un projet qui donne confiance."

La question de l'école s'annonce donc comme un sujet majeur de l'affrontement entre le président de la République et son challenger socialiste. "Il y a un beau débat qui s'ouvre", confirme ce dernier, qui présente ce face-à-face scolaire comme "un choix très clair" : "D'un côté, une éducation sur un modèle libéral, presque compétitif, avec moins d'enseignants et hiérarchisé autour des chefs d'établissement. De l'autre, un système qui se réforme et lutte contre l'échec scolaire."

 

MRC17 Surgères agriculture 080611 020 T1Cela me donne l’occasion de présenter le texte de réflexion concernant le collège unique, qui a été transmis en novembre 2011 à la commission école du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) par Serge Maupouet, professeur d’histoire au collège de Saintes, responsable MRC en Charente-Maritime (17).

 

Serge Maupouet, ici, au côté de Michel Sorin, lors de la réunion à Surgères le 8 juin 2011 - Voir Agriculture et alimentation : intervention de Michel Sorin à Surgères (17) - 27 juin 2011

 

A vrai dire, cette contribution militante sur le collège est la synthèse d’une longue étude (150 pages) que Serge a réalisée l’été 2011 - un vrai travail de recherche, intitulé :

 

  « Pour la relance du collège unique. Eléments de réflexion »

 

Il est temps de concevoir une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique, concertées et acceptées car conçues pour le plus grand nombre, susceptibles d’être réellement efficaces, et parce que concertées, acceptées et efficaces, appelées à être pérennes.

 

Cette rénovation et cette relance ambitieuses ne doivent pas être présentées comme une sempiternelle réforme : ce terme n’est plus audible, après des années d’usure et de dévoiement ; toute réforme est désormais perçue au mieux comme un élément provisoire appelé à disparaître au premier changement ministériel, le nouveau ministre concoctant sa nouvelle et propre réforme, au pire comme une nouvelle tentative de casse du service public d’enseignement secondaire.

 

Dans un premier temps, la période récente s'est ainsi caractérisée par une sorte d'empilement de réformes continuelles du collège, lesquelles n'ont bien souvent pas fait sens. Dans un second temps, correspondant à la seconde moitié des années 2000, la notion de réforme n'a plus été utilisée pour présenter globalement et de manière cohérente les mutations profondes imposées au collège par les néo-libéraux; il s'est agi d'une réforme insidieuse, une réforme non-dite, ses promoteurs ayant préféré procéder par touches successives et multiples, mais bien inscrites dans une perspective ; ce procédé leur a permis de ne pas être confrontés à un mouvement de contestation de masse à l'image de celui qui a touché le lycée.

Pour autant, il convient de ne pas faire preuve du même cynisme que les gouvernements qui se sont succédés depuis 2002, mais bien au contraire il s'agit de présenter effectivement un autre projet, global et cohérent, pour le collège, sans user du terme rédhibitoire de réforme aujourd'hui assimilé à la casse du service public. Notre projet étant – à l'inverse de ce qui s'est fait dans la dernière décennie – de relancer le service public d'éducation au niveau du collège.

 

Peut-on proposer une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique qui fassent du collège un maillon fiable et fort du système éducatif, qui conservent l’objectif d’une démocratisation élevant le niveau général d’instruction tout en mettant en place l’organisation, les dispositifs, les moyens propres à atteindre cet objectif ? A l’évidence, il faut répondre oui.

 

Répondre autrement serait d'une part renoncer à combattre les déterminismes sociaux, et d'autre part accepter un retour vers les filières, l’orientation précoce, le tri social. Répondre autrement serait encore renoncer à porter à son terme la « Troisième révolution scolaire », celle de l'accès de la grande majorité des jeunes à un baccalauréat de qualité – qualité largement amoindrie en l'état actuel des choses et qu'il faudra restaurer si l'on veut que le système éducatif retrouve sa crédibilité.

 

Un collège ambitieux doit se doter des moyens de faire parvenir plus d'élèves au lycée, avec un niveau permettant d'accéder à l'enseignement supérieur et de réussir leur parcours ultérieur. Il faut donner à tous les élèves l'instruction nécessaire afin que ceux qui suivent un autre chemin puissent accéder à une formation donnant une bonne qualification et devenir des citoyens accomplis. L'ambition ne doit pas se réduire, pour ces élèves, à simplement leur procurer une insertion professionnelle.

Le projet doit se démarquer nettement tant de celui de l'UMP – n'envoyer au lycée que les 50% d'élèves considérés comme aptes à suivre des études au lycée et dans le supérieur, dans une sorte de transposition au lycée de l'esprit de la filière I de la réforme Berthoin de 1959, et professionnaliser les autres au plus vite, ce qui nous ramène à la filière III de cette même réforme –, que de celui du PS. En effet, dans ce dernier, et même si les intentions ne puisent pas à la même source, on peut relever des artifices de rhétorique qui tempèrent seulement des orientations présentant cependant un certain nombre de parallélismes avec des objectifs poursuivis par les politiques libérales.

 

L'Ecole républicaine publique et laïque doit être confortée, contre le projet libéral pour l'Ecole qui prépare l'élève au marché et conditionne le savoir et sa transmission à la rentabilité économique. Le collège doit transmettre des connaissances, des repères, des valeurs, la culture républicaine, une approche de la culture universelle de l'Humanité, perpétuer un patrimoine commun. L'ambition de la Nation doit être dans le prolongement de celle souhaitée par le général de Gaulle dès les années 1960, et rappelée par Jean-Pierre Chevènement dans Le pari sur l'intelligence : élever le niveau général pour soutenir la compétition internationale. Non à l'école du socle, oui à une culture transmise de haut niveau, pour le plus grand nombre, en faisant en sorte que ce plus grand nombre englobe réellement l'ensemble d'une génération !

 

Ce n'est pas en tournant le collège vers le primaire – tentation partagée par l'UMP (au niveau des structures, des enseignants et des contenus) et le PS (au minimum au niveau des enseignants et des contenus) – qu'on résoudra les difficultés; mais c'est bien en redonnant d'abord tout son sens à l'enseignement élémentaire, puis en refondant un collège préparant correctement les élèves aux exigences d'un lycée débouchant sur un baccalauréat redevenu un diplôme de qualité et ouvrant les portes de l'enseignement supérieur. Le baccalauréat actuel est un succédané – sauf à obtenir une mention – et la réforme du lycée va aggraver la situation.

 

Il est aussi nécessaire de porter une réflexion approfondie sur l'état du collège en n'occultant pas le fait que le collège pour tous s'est construit très rapidement en devant satisfaire de manière quasi-concomitante à deux finalités différentes : être le cycle terminal minimal pour tous et devenir l'antichambre du lycée pour le plus grand nombre. Le collège est aujourd'hui une étape incontournable dans un parcours.

 

Toutefois, alors qu'il a été confronté à une forte croissance de ses effectifs, qu'il accueille désormais tous les jeunes et par conséquent des publics très diversifiés, les réductions de dispositifs et de moyens imposées dans une logique libérale l'ont considérablement simplifié, unicisé.

Le collège unique – héritier du projet progressiste d'Ecole unique de l'Entre deux Guerres –, dont la mise en place a marqué un moment majeur dans la concrétisation de la démocratisation du système scolaire, reste l'institution pivot de la grande réforme structurelle du système éducatif.

 

Toutefois, il n'a sans doute jamais véritablement disposé des moyens nécessaires au traitement efficace de la difficulté scolaire : des dispositifs adéquats ont pourtant été pensés dès l'origine, mais sans forcément être mis en oeuvre. Or, aujourd'hui, cette question centrale de la prise en compte efficace de la difficulté scolaire n'est plus traitée que par des emplâtres ou des dispositifs alibis reportant systématiquement la responsabilité d'un échec scolaire sur les jeunes ou les familles.

 

Les orientations actuelles conduisent peu ou prou à sortir dès 14 ans des jeunes en difficulté scolaire du système pour les mener vers l'apprentissage, alors même qu'il faut au contraire permettre à l'ensemble d'une classe d'âge d'arriver au niveau de la Troisième et du brevet ; cet objectif impose de remettre en place des parcours possibles plus variés et donc plus adaptés à la diversité des aptitudes mais menant à la Troisième et au brevet.

 

Parler d'aptitudes, c'est faire référence à une école tournée vers le progrès, renouer avec l'esprit du plan Langevin-Wallon ; c'est aussi volontairement ne pas parler des compétences qui renvoient clairement au monde de l'entreprise, et ce afin de se démarquer de l'école libérale et de son alter ego la formation tout au long de la vie ; c'est aussi ne pas évoquer la fausse question des goûts des élèves, car on sait très bien le poids des héritages familiaux et sociaux en ce domaine. C'est aussi prendre une autre voie que celle de la facilité et de la démagogie, voie qui consisterait à ne considérer le collège que comme un lieu de vie, où l'activité promue fin en soi et la sociabilisation prendraient le pas sur la connaissance.

 

Sur ce point, il serait utile de parvenir au dépassement de l'épuisante, clivante et réductrice querelle pédagogistes/républicains (réductrice car elle occulte le troisième intervenant, le libéralisme), de manière à mieux affronter le risque primordial : celui du collège néo-libéral. Ni exclusion précoce, ni abaissement du niveau : refus de toute dérive vers un renoncement à éduquer et à instruire, affirmation de l'éducabilité de tous, mais aussi refus de toute facilité, de toute tentation de se laisser glisser vers le moins-disant. Au contraire, volonté de prendre les problèmes à bras le corps et de les surmonter par un volontarisme assumé qui part du réel pour sa transformation.

 

Dans ce but, il faut proposer un collège plus varié, prenant en compte – enfin ! – la question sociale et son traitement (ce qui suppose des moyens en personnels qualifiés qui font aujourd'hui cruellement défaut), un collège qui donne un véritable cadre permettant le travail et l'acquisition des connaissances, valorisant l'effort, un collège qui porte l'ambition de conduire l'ensemble d'une classe d'âge en Troisième afin que le plus grand nombre puisse accéder au lycée, avec des connaissances solides, véritables et actées.

 

Voilà un projet républicain et progressiste, conforme aux besoins de la Nation.

 

Cet article est le 28ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

 

Par SORIN Michel - Publié dans : L'école - Communauté : Les blogs républicains
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