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Les différentes catégories de dépenses publiques
J’ai connu Jacques Fournier, dès 1974, à Mayenne, où il était l’invité du PS, et, par la suite, je l’ai revu lors de réunions du CERES. Il était proche de Jean-Pierre Chevènement au sein du PS. En 1981, sa nouvelle fonction (Secrétaire général du gouvernement) lui imposait un devoir de réserve, ayant fait le choix de servir l’Etat. Voir Fonction publique : l'itinéraire de Jacques Fournier, fonctionnaire - 5 août 2008.
Jacques Fournier - comme Anicet Le Pors (voir La conception française du service public, vue par Anicet Le Pors - 6 août 2008) - est une référence dans le domaine de l’action publique de l’Etat.
Il est conseiller d’Etat honoraire, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica*. Celle-ci a publié, le 15 janvier 2013, une note qu’il a rédigée, visant à préciser les différentes catégories de dépenses publiques et donnant des indications intéressantes sur ce que le gouvernement doit, selon lui, faire ou ne pas faire, en matière de dépenses publiques.
1 - La dépense publique n’est pas, contrairement à ce que l’on nous serine constamment, une charge pour l’économie. Elle est :
- soit l’un des éléments de la production nationale qui contribue au développement du capital humain du pays et aux
infrastructures du développement (les dépenses d’investissement et de fonctionnement des services publics d’éducation, santé, culture, justice, sécurité, logement, transport, etc.) ;
- soit l’expression de la solidarité nationale sous la forme des transferts sociaux qui, sans incidence directe sur la production, font transiter des ressources de certains
agents économiques ou catégories de la population vers d’autres : des plus riches aux plus pauvres, des actifs aux chômeurs et aux retraités, des sans enfants aux familles, des bien portants aux
malades ;
- soit un instrument de politique économique sous la forme de concours accordés aux agents économiques pour les inciter à certains comportements en matière d’embauche,
d’investissement, de recherche, d’exportation, etc. Qu’il s’agisse de dépenses effectives ou de ce que l’on appelle les « dépenses fiscales » (exonérations d’impôt ou de cotisation), ces
transferts économiques sont évidemment à prendre en considération eux aussi.
2 –Il existe à coup sûr des marges d’action dans le sens de la réduction de certaines dépenses publiques et il n’est pas illégitime de chercher à les utiliser.
Les partisans du service public ne doivent pas laisser à ses adversaires le monopole de la critique.
Il faut reconnaître les blocages, avoir le courage de dire que l’amélioration du service rendu n’est pas nécessairement lié à l’augmentation des moyens
mis en œuvre, oser prononcer le mot rentabilité car l’argent public qu’utilise le service public doit, plus que tout autre, être utilisé à bon escient.
Mais, en sens inverse, les
facteurs d’augmentation de la dépense publique ne peuvent être ignorés. Les uns se rattachent aux tendances lourdes de
l’évolution de notre société : le vieillissement de la population joue inévitablement dans le sens de l’alourdissement à terme des dépenses de santé et de retraites. D’autres sont liés aux
politiques nouvelles susceptibles d’être mises en œuvre. Pour ne prendre que quelques exemples, le service public de la petite enfance, l’école de base, l’accompagnement et la formation
professionnelle de la population en chômage, sans parler de la justice et de la sécurité, appellent aujourd’hui des moyens supplémentaires.
3 – Dans l’effort engagé par le gouvernement pour l’amélioration des finances publiques, c’est la solidité du couple prélèvements-dépenses, qui, plus que le montant intrinsèque des dépenses, conditionnera le retour à l’équilibre financier et la réduction de la dette. Des réformes sont nécessaires à cet égard. Elles ne sont que très partiellement engagées.
Du côté du financement de la protection sociale, la proposition du
rapport Gallois consistant à transférer une partie de la charge des cotisations vers l’impôt va dans le bon sens. Elle reste pour le moment sur la table. La solution du crédit d’impôt retenue
dans l’immédiat par le gouvernement ne peut qu’être transitoire. Il faudra le plus tôt possible aller au bout de la réflexion, en concertation avec les syndicats et le patronat.
Du côté du financement des dépenses de l’Etat, la grande réforme de la fiscalité directe permettant la fusion à terme de l’impôt sur le revenu et de la CSG (engagement n° 14 du
programme présidentiel) semble prendre quelque retard et on peut le regretter.
4 – Le gouvernement de la gauche commettrait une grave erreur en s’engageant dans une démarche qui paraîtrait reprendre celle de la RGPP (la Révision Générale des Politiques Publiques) sous la Présidence Sarkozy.
L’opposition de l’époque a, à juste titre, critiqué cette opération en ce que, sans aucune concertation, elle n’a été menée qu’en vue de mettre en œuvre l’objectif fixé arbitrairement du non remplacement d’un fonctionnaire
sur deux. Il en est résulté beaucoup de confusion et une forte démoralisation de la fonction publique. Il ne faudrait pas que la conduite de la MAP (la Modernisation de l’Action Publique,
désormais à l’ordre du jour), soit à son tour compromise dès le départ par l’affichage d’un objectif purement financier.
Passée l’urgence qui s’attachait au vote de la première loi de finances du quinquennat, celle de l’année 2013, le gouvernement doit se donner le temps nécessaire pour, en
concertation avec les organisations syndicales, les représentants des usagers, les composantes de la société civile, inventorier les besoins, évaluer les moyens mis en œuvre, discuter des
objectifs à fixer et des indicateurs à retenir et en tirer les conséquences en terme de crédits, dans le cadre d’une contrainte budgétaire qui doit rester raisonnée et ne pas prendre le pas sur
tout le reste. Le résultat final d’une telle revue ne saurait être affiché à l’avance.
On sent certains commentateurs à l’affût. Ils voudraient tant trouver chez un Président français de gauche le discours commun du libéralisme. Que ne leur soit pas donné ce plaisir ! Affirmation du service public, renforcement de la solidarité, rigueur de gestion : pour un pouvoir de gauche ces trois termes doivent rester indissociables.
* La Fondation Res Publica a été créée en décembre 2005 sous la forme d’un établissement reconnu d’utilité publique. Elle s’est donné pour objectif la réflexion, l’analyse et la capacité de proposer des choix de politiques publiques, face aux grands enjeux actuels, dans le cadre national et dans le cadre du monde globalisé. C’est un centre de réflexion et de proposition sur les enjeux principaux du monde d'aujourd'hui
Cet article est le 34ème paru sur ce blog dans la catégorie Services publics
De l'autoroute publique aux péages privés
« L’usage des autoroutes est en principe gratuit. » Enjolivée par cette belle proclamation, la loi de 1955 portant statut des autoroutes a instauré dans les faits la règle du péage.
Ce texte restaurait l’un des droits féodaux abolis par la Révolution française, et fondait un système mêlant investissements publics et bénéfices privés. Le recours aux sociétés d’économie mixte concessionnaires d’autoroutes (Semca, dont le capital reste contrôlé majoritairement par l’Etat) financées par le péage n’était dans un premier temps prévu que « dans des cas exceptionnels » ; mais il devint rapidement la norme, au nom du « rattrapage ». En ce milieu des années 1950, l’Allemagne comptait déjà plus de trois mille kilomètres d’autoroutes et l’Italie, plus de cinq cents ; la France, à peine quatre-vingts.
Les justifications économiques, sociales, puis environnementales du péage demeurent pourtant fragiles. De grands pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne ont rapidement développé des réseaux très denses et gratuits. La prise en charge par la collectivité leur a permis de garantir le respect des priorités en matière d’aménagement du territoire, à un coût bien moindre que celui des liaisons à péage, obligatoirement bâties en doublon du réseau existant. Le financement par le péage, nettement plus coûteux, engendre une plus grande emprise sur le territoire et n’a pas permis de réaliser les liaisons les plus vitales, directement payées par l’Etat. En outre, l’égalité des usagers devant le service public n’est pas assurée : dans certaines régions, comme en Bretagne, les autoroutes demeurent gratuites.
Tant que conduire restait un privilège, il pouvait paraître socialement plus juste de financer les autoroutes par le péage plutôt que par l’impôt. Lorsque la possession d’une voiture se banalise, dans les années 1960 et 1970, cet argument perd de son poids. Pour les automobilistes les plus modestes, le coût des péages ou des taxes sur les carburants devient plus lourd que ne le serait un surcroît d’impôt calculé en fonction des revenus.
Les péages ont également favorisé un modèle du « tout camion » financé par les automobilistes (…).
L’évolution des Semca témoigne de celle de la technostructure des routes. Les concessionnaires, d’abord très liés à l’administration, aux ingénieurs de l’équipement et aux emprunts garantis par la collectivité, ont travaillé de plus en plus en cheville avec les acteurs du bâtiment et des travaux publics (BTP) qui ont saisi l’intérêt de recruter d’anciens commis de l’Etat. Ainsi, en 1969, le ministre de l’équipement et du logement Albin Chalandon leur donne davantage d’autonomie. Les premières concessions à des sociétés à capitaux entièrement privés apparaissent (AREA, Acoba, Appel). Mais dès la fin des années 1970, celles-ci se montrent incapables d’assurer conjointement les lourds investissements nécessaires et l’exploitation. A l’exception de Cofiroute, toutes ont été rachetées par l’Etat, qui leur a remboursé leur mise de départ et « a finalement assuré les risques pour lesquels leur contribution avait été sollicitée », constatait la Cour des Comptes en 1992.
Il est devenu difficile de se passer de la manne du péage… quitte à faire évoluer sa justification. Le régime des concessions apparaît sans limites, le recours au péage sans fin. Les premiers droits de passage étaient légitimés par la nécessité de rembourser le coût des travaux. Dès l’amortissement des infrastructures, un glissement s’opère vers les nouvelles sections à construire… Les artères les plus rentables permettent de financer d’autres itinéraires, rentables ou non. Cette pratique dite de « l’adossement » s’est étendue jusqu’au coup d’arrêt du Conseil d’Etat en 1999.
Contraint de mettre fin à l’adossement, le gouvernement de M. Lionel Jospin (PS) sépare le financement des nouvelles autoroutes en créant des concessions distinctes, sans revenir sur les anciennes ni baisser les droits de péage des autoroutes déjà amorties. En mars 2001, M. Laurent Fabius, ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, décide d’aligner le régime des Semca sur celui des sociétés privées, arguant de la possibilité pour celles-ci de concourir à l’étranger. Les concessions sont prolongées jusqu’en 2026 et 2028, voire 2032 selon les réseaux. Juste avant de quitter le pouvoir en 2002, M. Fabius décide également de céder au privé 49 % du capital d’Autoroutes du Sud de la France (ASF), le premier concessionnaire français.
A l’entrée dans le XXIème siècle, l’équipement de la France semble arriver à maturité. Sur les 20 542 kilomètres constituant le réseau national en 2011, on compte 3 170 kilomètres d’autoroutes non concédées, qui restent financées par le budget de l’Etat, et 8 771 kilomètres d’autoroutes concédées. Les nouvelles constructions deviennent marginales. La charge des emprunts ne peut aller qu’en s’amenuisant.
Devenu premier ministre, M. Jean-Pierre Raffarin (UMP) prend l’engagement de conserver à l’Etat la responsabilité des autoroutes et de certaines grandes liaisons structurantes pour l’aménagement du territoire.
Pourtant issu de la même majorité, son successeur change radicalement d’orientation. M. Dominique de Villepin décide en effet de privatiser toutes les Semca par décret, sans vote du Parlement. Au début de 2006, le capital encore public des sociétés ASF, Société des autoroutes du nord et de l’est de la France (Sanef), Société des autoroutes Paris-Normandie (SAPN), Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APPR), et AREA est cédé pour 14,8 milliards d’euros, alors que ces sociétés bénéficient de concessions valables encore entre vingt-trois et vingt-sept ans… Certes, l’Etat reste propriétaire du réseau, mais c’est un propriétaire qui laisse à d’autres la jouissance de ses investissements. Le terme des concessions, entamées pour certaines dans les années 1950, est si lointain que l’on trahit l’esprit du préambule de la Constitution (27 octobre 1947) selon lequel « un monopole de fait doit devenir la propriété de la collectivité » (…).
Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie Services publics
Initiative du collectif « Pour un Pôle public financier »
Comme prévu, les mesures de rigueur budgétaire annoncées par le gouvernement Ayrault provoquent des réactions tous azimuts. Au nom des organisations membres (dont Résistance sociale) du collectif « Pour un Pôle public financier au service des Droits ! » et après avoir participé, le 19 juin 2012, à la réunion des Etats généraux des services publics (responsable : Jean-Michel Drevon*), Loïc Daguzan a écrit aux organisations suivantes, dans le but d’évoquer les pistes possibles de travail en commun pour la défense et la promotion de tous les services publics :
« (...) Le Collectif "Pour un Pôle public financier au service des Droits" a défendu, à l'occasion de la réunion du 19 juin, le principe selon lequel l'avenir des services publics - de tous les services publics - ne pouvait être abordé exclusivement de manière comptable et supposait une mobilisation convergente de l'ensemble des collectifs, attachés à la défense et à la promotion des services publics, autour d'une revendication susceptible de fédérer l'ensemble des militant(e)s de ces différents collectifs.
Parallèlement à la mise en cause - déjà engagée par plusieurs organisations - du pacte budgétaire qui privilégie les marchés au détriment des principes de solidarité et de justice, il nous semble indispensable - pour mobiliser, défendre et promouvoir - d'engager une réflexion en profondeur sur les besoins économiques, sociaux et environnementaux du pays dans l'ensemble des territoires et notamment les plus défavorisés d'entre eux (quartiers populaires, monde rural, outre-mer) et pour toutes les populations résidant sur le territoire national (français et immigrés).
A cet égard, à l'occasion de notre réunion du 19 juin, nous avons mis en avant la possibilité de porter, de manière conjointe et solidaire, un appel en faveur de véritables États généraux des services publics - de tous les services publics - associant l'ensemble des parties prenantes : représentants des personnels, des usagers (usagers de base, entreprises, associations, collectivités locales...), pouvoirs publics, associations d'élus ...
Cette revendication serait de nature, selon nous, à permettre la convergence, dans l'ensemble du pays, du foisonnement de foyers de résistance, d'initiatives et de propositions innovantes qui se multiplient pour à la fois préserver et promouvoir les services publics » (...).
* Rappel : Etats généraux du service public (2) : le débat à Laval avec JM Drevon - 16 décembre 2010
Cet article est le 32ème paru sur ce blog dans la catégorie Services publics
Un contentieux salarial qui remonte à près de dix ans
Mon abonnement aux informations du Vecteur libre et indépendant (voir Syndicat FO des municipaux de Laval) m’a permis de prendre connaissance de cette information, qui concerne les salariés de la fonction publique en Mayenne (cliquez ici).
Pour défendre le pouvoir d'achat, tous à la manif Mardi 31 mai 2011, à 16 h place de la mairie à Laval !
Les organisations syndicales (CFDT - CFTC - CGC - CGT - FO - FSU - SOLIDAIRES - UNSA) condamnent la politique d’austérité salariale menée par le gouvernement à l’égard des agents publics. Celle-ci aggrave encore un contexte marqué par les suppressions d’emplois et la dégradation des conditions de travail.
Elles dénoncent l’absence de véritables négociations salariales qui auraient dû permettre a minima le maintien du pouvoir d’achat des agents publics pour 2011 et 2012.
Elles contestent le discours du gouvernement consistant à laisser croire que la Fonction publique connaît de véritables hausses de pouvoir d’achat.
Elles rappellent que le contentieux salarial, qui s’accumule depuis presque 10 ans, constitue pour les fonctionnaires une perte de largement plus de 10 % de rémunération. Elles continuent à demander la mise en oeuvre rapide de mesures de rattrapage.
Les organisations signataires réaffirment fortement leur attachement au point d’indice, élément central et prioritaire en matière salariale dans la Fonction publique.
En effet, seule la progression du point d’indice permet véritablement de compenser l’inflation et d’assurer une réelle augmentation des salaires, pour tous les fonctionnaires et agents contractuels.
C’est pourquoi les organisations syndicales exigent une augmentation immédiate et conséquente du point d’indice, suivie de l’ouverture d’une véritable négociation sur :
• Les mesures de rattrapage ;
• Une revalorisation des grilles indiciaires ;
• Une véritable politique salariale dans la Fonction publique.
Pour ce faire, elles appellent l’ensemble des agents des trois versants de la Fonction publique à se mobiliser fortement :
Ce rassemblement sera suivi d'une manifestation jusqu'à la préfecture où une demande d'audience a été faite. Parcours de la manifestation : Place de la Mairie – Quai Jéhan Fouquet – Vieux Pont – Quai Sadi Carnot - Rue Mazagran - Place Jean Moulin.
Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie Services publics
Logique comptable et alignement sur l’entreprise privée
La réorganisation de l’administration territoriale de l’Etat, en vigueur depuis le 1er janvier 2010, passe notamment par la diminution du nombre de directions interministérielles départementales. Chaque département n’en compte plus que deux ou trois, en fonction de sa taille.
Cette nouvelle organisation prévoit la mise en place d’unités territoriales des directions régionales (travail et emploi, culture, environnement et sécurité industrielle) auprès du préfet, qui dispose déjà des services de la préfecture et coordonne l’action des services de police et de gendarmerie.
Des délégations départementales des agences régionales de santé (ARS) sont prévues pour piloter l’action sanitaire.
En Mayenne
Le 7 janvier 2010, un cahier spécial de Ouest-France en Mayenne titrait « Des services de l’Etat plus proches du citoyen » (voir L'État réorganise ses services en Mayenne , Ouest-France, 2 janvier 2010).
Depuis le 1er janvier 2010, la DDE (Equipement) et la DDAF (Agriculture et Forêt) ont été remplacées par la DDT (direction départementale des territoires, 210 agents). La DDASS (Affaires sanitaires et sociales), la DSV (Services vétérinaires), la DDJS (Jeunesse et sports) et la DDCCRF (Concurrence, consommation et répression des fraudes) ont laissé la place à la DDCSPP (Cohésion sociale et protection des populations, 120 agents). Voir RGPP : par décret, l'Etat a restructuré ses directions départementales - 2 janvier 2010.
Il faut y ajouter la nouvelle direction départementale des finances publiques (521 agents) qui se substitue à la trésorerie générale et à la direction des services fiscaux.
Au niveau national
Voir (Wikipédia) la Révision générale des politiques publiques.
Sur le site connexite.fr : RGPP : les syndicats ne lui disent pas merci (18 février 2011)
Le 16 février, les syndicats de fonctionnaires et le ministre du Budget et de la fonction publique, François Baroin, étaient entendus par la mission commune d’information sur la révision générale des politiques publiques (RGPP) au Sénat.
Si le ministre s’est plutôt réjoui des résultats un peu plus de trois ans après sa mise en œuvre ("Des réformes structurelles majeures ont été menées à bien dans tous les ministères, avec une ampleur jamais connue"), les représentants des fonctionnaires n’ont pas ménagé leurs critiques.
A commencer par Yves Letourneux (Interco-CFDT) pour qui "il n’est pas trop tôt pour s’interroger sur l’impact de cette politique afin d’en faire cesser les effets pervers". Tous ont d’emblée regretté le manque de concertation, tant pour la mise en œuvre de la RGPP que pour les points d’étape. "C’est même une caractéristique importante de la politique engagée depuis 2007 pour réorganiser les services dans l’intérêt, disait-on, des usagers, des contribuables et des fonctionnaires", a souligné Patrick Hallinger (CGT), complétant ainsi : "Trois ans et demi plus tard, on observe une brutale destruction d’emplois dans la fonction publique d’Etat, et cela se traduit, du côté des collectivités territoriales, par une compression drastique des missions auxquelles elles avaient accès. C’est ainsi qu’après avoir allégé les fonctions de l’ingénierie publique, on s’attaque maintenant aux opérateurs".
La logique comptable de la RGPP a été également mise en avant par l’ensemble des syndicats. Pour Didier Bourgoin (FSU), par exemple, "la RGPP a été surtout faite pour réduire radicalement la dépense publique", ajoutant : "M. Tron prônant même des bonifications financières pour les collectivités qui supprimeraient des emplois". Dans le même registre, Denis Lefèbvre (CFTC) regrette qu’il n’y ait "pas eu d’audit préalable sur les missions de l’Etat". "Il fallait seulement limiter le déficit, donc les effectifs des fonctionnaires, renchérit-il, mais cette politique trouve forcément ses limites".
Résultats ? Pour Yves Letourneux, "les conditions de travail sont catastrophiques dans les services de l’Etat pour ne rien dire du secteur hospitalier, et cela va gagner la fonction publique territoriale" (…).
Voir Le compte rendu de la mission commune d’information RGPP.
Le « témoignage » (ironique) de Coralie Delaume
La RGPP: quand la fonction publique singe le privé (Coralie Delaume, tribune Marianne2, 28 avril)
« Je suis fonctionnaire. J’ai choisi cette voie dès qu’il fut question pour moi d’en choisir une, parce que mon père était
fonctionnaire, et que ma mère était fonctionnaire. Je n’étais pas éblouie par leur brio, ni émerveillée par l’éclat de leur réussite. Ils menaient une existence bien ordinaire. Je n’enviais pas
non plus les « avantages » liés à leur statut. Je me fichais éperdument de la « sécurité de l’emploi », et des sept semaines de congés payés. Mais je n’imaginais pas qu’il existât, pour moi,
d’autre choix possible. Je ne voulais pas mettre mon énergie et mon talent au service d’un patron, même d’un petit patron. Je ne voulais pas suer sang et eau pour le profit d’un actionnaire, même
minoritaire. Je désirais contribuer à l’intérêt général, celui que je partage avec mes concitoyens. Je voulais être un serviteur, un commis. Je voulais servir l’État, celui de mon pays.
Actuellement, je contribue, avec mes collègues, camarades et l’ensemble de mes semblables, à mettre en œuvre la RGPP (révision générale des politiques publiques). Inspirée du rapport Pébereau sur
la dette publique, la RGPP a pour objectif de moderniser la gouvernance ministérielle, afin gagner en efficience, ce qui permettra de réaliser des économies substantielles. La
RGPP est une réforme sans précédent, qui témoigne d’un grand volontarisme
politique. Le Ministre du budget, François Baroin, a promis qu’elle se traduirait par plusieurs milliards d’économies, grâce, notamment, au non remplacement d’un
fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Bien évidemment, une partie des économies ainsi réalisées sera redistribuée aux
fonctionnaires.
Dans mon département ministériel, l’élaboration des modalités de mise en œuvre de la RGPP est réalisée par un comité exécutif.
Il est en charge de l’élaboration de projets sectoriels, tant il est vrai qu’une réforme aussi ambitieuse ne peut faire
l’économie d’un pilotage autour d’objectifs quantifiés. Bien évidemment, afin d’assurer la cohérence de ce
processus novateur, une mission pour la coordination de la
réforme a été mise sur pied. Elle a pour but de d’assurer le reporting très fin de l’ensemble des
projets d’accompagnement transverses.
Il m’a fallu du temps pour comprendre tout cela, mais je ne regrette pas d’avoir fait l’effort nécessaire pour y parvenir. Autour de moi, nombreux sont ceux qui se laissent décourager par ce
langage nouveau, et résolument moderne. Je ne comprends pas ceux d’entre mes collaborateurs qui rechignent à s’adapter. Crispés sur des schémas appartenant au passé, refusant de voir dans la mise en œuvre de la RGPP un véritable
levier d’optimisation de nos processus et procédures, ils n’ont de cesse de s’arc-bouter sur la préservation d’avantages
acquis parfaitement anachroniques.
Lorsque les instances décisionnelles sus décrites ont parachevé la définition des objectifs, il nous revient, à moi, à mes collègues, camarades, et à tous ceux de mon engeance, de les
décliner au niveau local, ce qui nécessite pragmatisme et
réactivité. Pour ce faire, plusieurs unités opérationnelles
travaillent en réseau : il est aujourd’hui impossible d’envisager un accroissement
de la performance, et, partant, une optimisation de la qualité du service rendu sans être en permanence
interconnectés.
En tant que pilote de domaine et responsable d’un groupe de
travail, j’échange régulièrement avec mes nombreux POC (points of contact). Nous faisons un rapide tour
d’horizon de nos « quick wins », ces victoires rapides obtenues grâce à l’implication, à chaque étage du
pôle de compétences, d’un personnel motivé et résolument proactif. Nous en profitons
pour déterminer quelques bonnes pratiques à valider, et nous entraidons afin de
solutionner nos problèmes. Dans quelques mois, nous espérons obtenir une certification ISO délivrée
par AFNOR, qui couronnerait le remarquable travail d’équipe effectué depuis deux ans.
A présent, j’attends avec impatience un retour de la part de nos managers. J’aspire vivement à accroître mes compétences, et me
suis déjà portée volontaire pour un stage d’anglais accéléré dispensé par Acadomia. Je compte aussi beaucoup sur la présidentielle de 2012 pour que soient entreprises des réformes structurelles. Qui sait, peut-être le président de la République qui sera élu pour nous gouvernancer sera-t-il un réformateur volontariste vivant avec son temps, et capable de simplifier l’orthographe de la langue française
comme le suggérait le grand philosophe François de
Closets ? Un tel levier transverse ne serait pas sans effet sur l’accroissement mon potentiel rédactionnel. Et puis, si l’on peut vider aussi facilement tous les mots de leur sens, il ne doit
pas être si compliqué de les vider aussi de leur syntaxe. Je milite pour ma part pour le remplacement des mots par des sigles, voire même par des signes et autres signaux de fumée. Ainsi, nous
saurions enfin pourquoi nous évoluons tous dans cet épais brouillard.
Cette semaine, j’ai appris que le point d’indice de la rémunération des fonctionnaires allait être gelé en 2012 ce qui est logique, en période
de nécessaire maîtrise de l’évolution des coûts.
Je vais ainsi devoir œuvrer à la conduite du changement de mon rythme de dépenses privées. Mais il faut toujours positiver : il doit pouvoir, avec un peu d’imagination, être davantage optimisé ».
Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie Services publics
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