Mettre sur le marché ceux qui n’y sont pas encore
La lecture de la lettre du Courrier des maires et des élus locaux, datée du 18 avril, ne va pas réjouir les fonctionnaires et toutes celles et
ceux, dont je suis, qui sont attachés au service public à la française. Deux articles concernent la fonction publique et les services publics.
Le premier fait suite à la publication, le 4 avril dernier, par le président de
la République, à l’issue du second conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP), « des 166 mesures destinées à rationaliser les services de l'Etat, à renforcer leur
efficacité et celle des politiques publiques ». Pour ceux qui veulent en savoir plus, Lire l'intégralité du rapport d'Eric
Woerth.
«Nous souhaitons lancer une véritable mobilisation citoyenne, en plus des actions syndicales qui vont s'engager», a indiqué, le
15 avril, Gérard Aschieri. Le secrétaire général de la FSU était entouré d'une brochette de représentants syndicaux et associatifs pour présenter un manifeste, au titre explicite : «Le
service public est notre richesse, mobilisons nous !» La CGT Fonction publique, Solidaires, Attac, AC Le Feu, la fondation Copernic et la Ligue des droits de l'homme étaient notamment
représentés. Jacques Marsaud, administrateur territorial, Bernard Derosier, président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) ou André Laignel, secrétaire général de
l'AMF, figurent parmi les premiers signataires de ce texte.
Lors de sa présentation, Anicet Le Pors*, ministre de la Fonction publique de 1981 à 1984, co-auteur des lois de 1983, se montra solennel. «C'est la conception du service public,
basée sur l'égalité d'accès aux emplois publics et la responsabilité des agents, autant de principes fondés eux-mêmes sur la déclaration des droits de l'homme, que l'on veut mettre à
mal», a déclaré le conseiller d'Etat. «Le fait même qu'un quart de la population active soit soustraite à la loi du marché par le statut, cela est intolérable pour les tenants du
libéralisme qui nous gouvernent», a poursuivi l'ancien ministre.
«De fusion en restructuration, d'externalisation en privatisation et de flexibilité en précarité, une vaste opération de destruction des fondements du service public et de la fonction
publique s'accélère sous nos yeux», déplorent les auteurs. «La RGPP est le plus récent développement de cette campagne», analysent-ils.
Se défendant d'être des partisans de l'immobilisme, ce collectif assure vouloir «une modernisation de la fonction publique en réponse à l'évolution marchande, inégalitaire et destructrice de
la société». «Nous réaffirmons, concluent-ils, que le statut des fonctionnaires est là pour garantir à tous les usagers la défense d'un intérêt général qui ne se réduit pas à la somme
des intérêts particuliers».
En savoir plus, avec Le site du manifeste et Le blog d'Anicet Le Pors.
*Voir sur ce blog La citoyenneté selon Anicet Le Pors - 15 mai 2003 à St-Berthevin
Le second article concerne le livre blanc sur la fonction publique.
Un livre blanc sur la fonction publique remis le 17 avril
au gouvernement suggère de renforcer le recours aux contrats de droit privé et l'évaluation des fonctionnaires au mérite, une évaluation pouvant conduire à un "licenciement" en
cas "d'insuffisance" professionnelle.
Ce rapport, qui se veut une synthèse des débats sur les valeurs et missions de la fonction publique organisés par le gouvernement depuis octobre, décrit "un nouveau modèle" de fonction
publique qui inquiète les syndicats. Le gouvernement prévoit d'ailleurs de consulter ces derniers, ainsi que les parlementaires, en préalable à une réforme "d'ensemble".
Première suggestion de l'auteur du rapport, le conseiller d'Etat Jean-Ludovic Silicani : l'introduction du mérite dans la
rémunération, par l'intermédiaire d'entretiens "périodiques" d'évaluation remplaçant la notation actuelle jugée peu
significative.
La part de l'avancement automatique serait réduite au profit de la part liée à l'emploi occupé et à la performance des agents.
"A grade et fonction identiques, certaines personnes sont plus efficaces que d'autres", souligne Jean-Ludovic Silicani.
L'entretien d'évaluation qui doit s'appuyer sur une "procédure", des "objectifs" et des "critères" précis, permettrait aussi "d'identifier les agents insuffisants
de façon répétée" pouvant être licenciés.
"Avant d'aboutir au licenciement, il y a des étapes intermédiaires, c'est le cas ultime", précise Jean-Ludovic Silicani, soulignant que la possibilité de licencier existe déjà mais est
peu employée.
Autre innovation: redéfinir la place des contractuels, évalués à 20% des
emplois publics. Pour Jean-Ludovic Silicani, il s'agit de leur "donner un régime juridique adapté aux besoins des services publics".
L'administration pourra embaucher certains agents sur des contrats de droit privé dans cinq cas précis: carrières courtes (militaires), besoins occasionnels (remplacements), compétences
spécialisées, salariés issus du privé, personnes ayant des difficultés pour accéder au concours (sans diplôme, handicapés, seniors).
Actuellement, la plupart des contractuels sont soumis au droit public "moins protecteur" que le droit privé, explique Jean-Ludovic Silicani qui souhaite encadrer le recours à ces
contrats.
Le Livre Blanc propose aussi de créer une "bourse de l'emploi public" où tous les postes vacants seraient mis en ligne, à l'intention des agents.
Lorsqu'un agent est affecté sur un poste, une "convention d'affectation", qui servira de référence pour son évaluation, précisera les fonctions exercées, leur durée, les objectifs, la
rémunération, etc.
Le rapport préconise la mise en place d'une fonction publique organisée par "familles de métiers", en sept grandes filières: administration générale, financière et fiscale, sociale,
éducation et recherche, culture, technique, sécurité.
Jean-Ludovic Silicani suggère enfin que les collectivités territoriales développent l'externalisation de certaines tâches en confiant à des entreprises extérieures une partie de leurs missions, notamment de nature matérielle ou logistique.
Ces mesures alimentent les inquiétudes des syndicats, qui craignent, comme la FSU, un "éclatement du statut" et une "gestion à la tête du client".
La CGT évoque de son côté "des préconisations qui iront encore plus loin que les mesures déjà annoncées dans la casse du service
public", faisant allusion à la révision générale des politiques publiques qui prévoit le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite en 2009.
Pour en savoir plus, consulter le Flash info de la Gazette sur le livre blanc de la fonction publique.
Pour sa part, le site des municipaux Force Ouvrière de Laval a lancé, hier, un signal d’alarme.
Le gouvernement veut casser le statut de la
fonction publique
« Il ne faut
pas s'y tromper, les masques sont désormais tombés, le gouvernement entend faire disparaître le statut qui régit actuellement les trois fonctions publiques : Etat, Territoriale et Hospitalière.
C'est un nouveau combat qui s'engage et qui doit mobiliser tous les fonctionnaires et au delà tous les républicains car la fonction publique est l'un des piliers de notre République
(…) ».
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