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Etats Union européenne

Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 22:06

Le modèle allemand n’en est pas un, sauf pour la précarité

La grande presse française réprime sévèrement toutes les opinions critiques vis-à-vis de la politique « austéritaire » de l’Allemagne. Et, pourtant, il y a beaucoup à dire sur la situation allemande.

Rappel : L'Allemagne pousse la France à s'aligner sur sa politique d'austérité - 12 nov. 2012

 Voir cet article (6 mai 2013) de Pierre Rimbert sur le site du Monde Diplomatique :

Le « modèle allemand » ou comment s'obstiner dans l'erreur

Il n’est pas rare qu’un personnage de Tex Avery emporté par son élan franchisse le bord d’une falaise et poursuive sa course quelques instants dans le vide avant de mordre la poussière. Les politiques d’austérité imposées aux pays européens par l’Allemagne, la Banque centrale européenne, et - avec un enthousiasme déclinant - le Fonds monétaire international (FMI) ainsi que la Commission européenne, ont-elle atteint ce point où le coureur, comprenant soudain qu’il n’a plus rien sous les pieds, jette un regard penaud avant de s’écrouler ? Pas encore.

 

Certes l’Italie, l’Espagne, la Grèce, le Portugal, La Hongrie, la République tchèque soumis à l’obligation de coupes claires dans leurs services publics et dépenses d’Etat s’enfoncent dans la récession. Même les Pays-Bas et la Finlande, alliés traditionnels de l’Allemagne en matière de rigueur, ont connu une baisse d’activité en 2012, cependant que la France et le Royaume-Uni stagnaient. Seule la Pologne affichait l’année dernière une croissance supérieure à... 1 %.

 

Certes, la zone euro passée sous la toise de la bureaucratie austéritaire comptait à la fin du mois d’avril 19,2 millions de chômeurs (12,1 % de la population active selon Eurostat), un chiffre record et qui néanmoins ne dit rien de la dégradation vertigineuse des conditions d’existence du peuple grec.

 

Certes, un chef économiste du FMI a reconnu en janvier que son institution avait gravement sous-estimé les dégâts engendrés par l’impératif de restriction budgétaire : là où le modèle prévoyait qu’une réduction d’un euro de la dépense publique entraînerait une baisse de 0,5 euro de la richesse produite, l’analyse empirique montre que la contraction de l’activité serait deux à cinq fois supérieure.

 

Certes enfin, la thèse des illustres économistes de Harvard Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff selon laquelle une dette supérieure à 90 % du produit intérieur brut affaiblirait la croissance a été taillée en pièce par un étudiant de l’Université du Massachusetts, qui s’est amusé à refaire les calculs : les auteurs, cités comme des prophètes par les partisans de l’austérité - du commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Olli Rehn à l’ancien directeur de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet - avaient écarté des données contradictoires et construit leur modèle à partir d’un tableur affecté par une erreur de formule. Il n’en faudrait pas tant à un âne pour faire demi-tour.

 

Mais à l’instar des personnages de Tex Avery, banquiers centraux, économistes orthodoxes et dirigeants politiques ignorent les faits et galopent, pour quelques temps encore, dans un éther de croyance. Leur credo du moment porte le nom de « modèle allemand », expression synthétique de la doctrine économique portée par les élites européennes qui associe austérité budgétaire (réduire le déficit de l’Etat et la dette), austérité monétaire (monnaie forte, lutte contre l’inflation) et austérité salariale.

 

Ce dernier volet, mis en œuvre par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder dans les années 2000 et systématisé depuis par la droite allemande, repose lui-même sur deux principes. Premièrement, « activation » coercitive des chômeurs par le rabotage des prestations sociales et l’obligation d’accepter des emplois mal payés (les « mini-jobs »). Deuxièmement, création d’un marché du travail flexible et précaire destiné à accueillir ces nouveaux salariés des services dans un pays dépourvu de salaire minimum ; des accords syndicaux de branche troquent simultanément le maintien dans l’emploi des salariés de l’industrie contre la rigueur salariale et l’aménagement du temps de travail à la convenance de l’employeur. Ainsi cet appareil productif rendu « compétitif » par la baisse des « coûts du travail » et dopé par une fiscalité accommodante se tourne-t-il vers l’exportation et la conquête des marchés émergents.

 

Sur le papier, ce « modèle » séduit. Non seulement l’Allemagne présente un taux de chômage officiel très inférieur à celui de ses voisins de l’ouest et du sud (6,9 % en avril), une balance commerciale excédentaire, mais la chancelière Angela Merkel jouit d’une popularité intacte après plus de sept années de pouvoir. L’inflexibilité de Mme Merkel sur la scène européenne rassure en effet une population peu encline à voir le produit de ses sacrifices affecté au renflouage des pays du sud, présentés par la presse germanique comme un club de vacances pour banqueroutiers indolents.

 

Mais la face sombre du « consensus de Berlin » pourrait compromettre l’extension durable de cette politique à l’ensemble des pays de la zone euro. Le paradis des petites et moyennes industries est aussi celui de la précarité où quatre salariés sur dix sont payés moins de 1000 euros par mois. Où l’imaginaire social et les pratiques salariales cantonnent encore largement les femmes aux tâches domestiques, agrémentées ou non d’un « petit boulot » à temps partiel ; payées 23 % de moins que les hommes, elles représentent la majorité des trois millions de salariés rémunérés moins de 6 euros de l’heure. Où le vieillissement explique une part importante de la baisse du chômage - « entre 2000 et 2012, explique le journaliste économique Guillaume Duval, la population allemande âgée de 15 à 64 ans a diminué de 1,7 million de personnes alors qu’elle s’est accrue de 2,8 millions en France ». Même l’indicateur-totem de la réussite économique, la croissance, n’atteint pas des niveaux propres à ravir les investisseurs. Négative au quatrième trimestre de l’année 2012, elle est estimée par les prévisionnistes de Berlin à 0,5 % en 2013.

 

Toute croyance a son église, ses prélats, ses cardinaux. Et ses inquisiteurs, désormais installés à la tête des grandes rédactions françaises. Critiquer le « modèle allemand », ou simplement signaler ses à-côtés, relèverait de l’hérésie. Il a suffi qu’un brouillon de texte du parti socialiste émette, vendredi 26 avril, des réserves sur la politique économique menée à Berlin pour que Libération (29 avril) titre « Le PS dérape », son éditorialiste évoquant la convergence du « populisme », de la « xénophobie » et d’une « douteuse germanophobie » ; pour que Le Figaro (27-28 avril) annonce en Une que « Le PS déclare la guerre à l’Allemagne » ; pour que l’éditorial du Monde (28-29 avril) morigène « ce petit jeu infantile [...] extrêmement dangereux » mêlant « démagogie » et « populisme ». Et pour que le directeur du Point (2 mai), Franz-Olivier Giesbert, mal remis d’une condamnation pour diffamation, conjure les puissances malfaisantes de l’hétérodoxie avec son sens coutumier de la mesure : « Mélangez morphine, hallucinogènes, paresse intellectuelle et vous aurez le texte du PS, un copier-coller des bouffonneries involontaires que l’on peut lire dans Le Monde diplomatique ou dans Alternatives économiques, nos deux bibles du vaudouisme appliqué aux finances publiques. »

S’ils ont le diable en tête, faut-il également exorciser les lecteurs du « Monde diplomatique » ?

 

A l’opposé, un directeur de banque allemande constate que "Le modèle allemand atteint ses limites" (La Tribune, 22 avril 2013) mais cela ne doit pas empêcher la France d’adopter ce modèle de dérégulation (propos recueillis par Romain Renier).

 

L’avis de Jean-Pierre Chevènement, qui connaît très bien l’Allemagne

"François Hollande doit approfondir les 'tensions amicales' avec l'Allemagne"

François Hollande a parlé de "tensions amicales" avec l'Allemagne. J'aimerai qu'il formule cela d'une manière plus claire, et avant les élections allemandes qui se déroulent en 2013. Ou bien on change les règles de la zone euro et cela dépend des Allemands. Ou bien alors on transforme l'euro de monnaie unique en monnaie commune. On le garderait pour les échanges internationaux et on ressuscite un SME-bis.

 

Réorienter l'Europe : JP Chevènement demande de reprendre le débat - 29 avril 2013

Marie-Françoise Bechtel présente le livre de Jean-Pierre Chevènement - 4 janvier 2011

 

 Cet article est le 58ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

Par Michel SORIN - Publié dans : Etats Union européenne - Communauté : Les blogs républicains
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Jeudi 21 mars 2013 4 21 /03 /Mars /2013 23:32

La zone euro résistera-t-elle à l’éclatement ?

 

Après le rejet d’un plan de sauvetage par le Parlement chypriote, la Banque Centrale Européenne (BCE) a fait monter la pression en imposant un ultimatum qui ressemble à une déclaration de guerre à l’encontre d’un Etat membre de l’Union européenne. Voir La BCE menace d'étrangler Chypre (Le Monde, 21 mars 2013).

 

Jacques Sapir avait réagi dès le 20 mars : Chypre: Draghi use du Blocus monétaire

 

Le « blocus monétaire » de Chypre qui vient d’être mis en œuvre par la BCE est un acte d’une extraordinaire gravité, dont les conséquences doivent être soigneusement étudiées.

La décision de M. Mario Draghi porte sur deux aspects : tout d’abord la BCE n’alimente plus la Banque Centrale de Chypre en billets (point qui n’est semble-t-il pas essentiel car les réserves de « cash » semblent importantes) et ensuite elle interrompt les transactions entre les banques chypriotes et le reste du système bancaire de la zone Euro. C’est cette dernière mesure qui est de loin la plus grave.

D’une part, elle condamne à court terme les banques chypriotes (mais aussi les entreprises basées à Chypre, qu’elles soient chypriotes ou non) car désormais elles ne peuvent plus faire de transactions avec le reste de la zone Euro.

D’autre part, elle équivaut à un « blocus » économique, c’est-à-dire dans les termes du droit international à une action qui équivaut « acte de guerre ». C’est donc dire la gravité de la décision prise par Mario Draghi. Elle pourrait d’ailleurs se prêter à contestation devant les cours internationales. C’est donc dire la responsabilité prise par Mario Draghi qui pourrait, à ce compte, se retrouver un jour devant un tribunal, international ou non.

Sur l’interruption des relations entre banques chypriotes et la zone Euro, l’argument invoqué est le « doute » sur la solvabilité des dites banques chypriotes. C’est à l’évidence un pur prétexte car des « doutes » il y en a depuis juin dernier. Tout le monde sait qu’avec les conséquences du « haircut » imposé sur les créanciers privés de la Grèce, on a considérablement fragilisé les banques de Chypre. La BCE n’avait pas réagi à l’époque et ne considérait pas le problème de la recapitalisation de ces banques comme urgent.

Elle se décide à le faire au lendemain du rejet par le Parlement chypriote du texte de l’accord imposé à Chypre par l’Eurogroupe et la Troïka. On ne saurait être plus clair. Le message envoyé par Mario Draghi est donc le suivant : ou vous vous pliez à ce que NOUSavons décidé ou vous en subirez les conséquences. Ce n’est pas seulement un message, c’est un ultimatum. On mesure ici que toutes les déclarations sur le « consensus » ou l’« unanimité » qui aurait présidé à la décision de l’Eurogroupe ne sont que des masques devant ce qui s’avère être un Diktat.

 

Cécile Chevré, rédactrice de la Quotidienne d’Agora, lettre s’adressant au monde de la finance, écrit ce 21 mars 4 scénarios pour Chypre.

Hier la tension exercée sur Chypre est montée d'un cran : la BCE a menacé de cesser de fournir en liquidités les banques chypriotes et de bloquer toutes opérations financières internationales. Objectif avoué de la manoeuvre : faire plier Nicosie et convaincre le gouvernement – et le Parlement – chypriote d'accepter les conditions du plan de soutien proposé par la zone euro. Nicosie doit donc mettre sur la table 5,8 milliards d'euros pour que les 10 milliards promis soient versés.

 

La BCE justifie sa décision en expliquant que l'approvisionnement d'urgence des banques européennes en manque de liquidité (ELA) ne s'applique pas aux banques chypriotes, qui sont en situation de défaut.

Pour le moment, les banques de l'île restent fermées. La plupart des distributeurs automatiques ont été vidés de leur réserve de billets. Les opérations via Internet ont été suspendues... et ce jusqu'à nouvel ordre. L'île est déjà coupée du monde monétairement, et va l'être encore plus même en cas de réouverture des banques, qui a été reportée à mardi prochain.

 

Le blocage organisé par la BCE devrait avoir plusieurs conséquences :
- les réserves de
cash : pour faire face à la demande en pièces et billets, Chypre va avoir recours dans un premier temps aux réserves de cash de sa banque centrale. Reste à savoir combien de temps elles pourront tenir... Chypre risque de se retrouver très vite à court de monnaie.
- les virements à l'étranger seraient impossibles, ce qui à terme devrait asphyxier l'économie chypriote.

 

Le président Nicos Anastasiades s'est engagé à proposer un plan B aujourd'hui. Mais quels sont les scénarios d'évolution de la crise chypriote ?

 

1. L'aide russe
Le ministre des Finances s'est rendu en Russie pour essayer de négocier une nouvelle aide financière. La Russie avait déjà prêté 2,5 milliards d'euros à Chypre en 2011. Aujourd'hui, Moscou semble beaucoup moins enthousiaste à l'idée d'aider à nouveau l'île, et ce malgré les liens étroits (historiques, économiques et financiers) existants entre les deux pays.

Nicosie a un atout de plus dans sa manche depuis les dernières discussions : la taxe sur les plus gros dépôts. Celle-ci toucherait de plein fouet les nombreux Russes qui possèdent un compte à Chypre. Autre carte à jouer pour Nicosie : ses réserves de gaz. Je vous en parlais hier, Gazprombank, la banque du géant gazier russe Gazprom aurait proposé une aide financière à Chypre en échange de contrats d'exploitation des réserves gazière off shore.

Cependant, d'après les spécialistes interviewés sur le sujet par Le Monde, cette aide ne pourrait pas aller au-delà des 3 milliards d'euros. Or Chypre a besoin d'au moins 5,8 milliards. Non seulement l'ampleur des réserves gazières n'est pas encore précisément connue mais leur exploitation devrait au mieux débuter en 2017, voire en 2020.

Une potentielle aide russe risquerait de heurter la sensibilité de l'eurozone qui n'apprécie déjà pas le refus du Parlement chypriote de voter le plan de sauvetage qui lui a été soumis. La zone euro a promis 10 millions à Chypre...

Enfin, une aide financière de Moscou signifierait une dette supplémentaire sur un tas qui est déjà trop gros pour être remboursé.

 

2. Chypre lâche du lest
Le gouvernement chypriote pourrait revenir sur le refus du Parlement et maintenir la taxe exceptionnelle promise. La zone euro, face à la levée de bouclier qui avait suivi l'annonce d'une taxe de plus de 6% sur les dépôts de plus de 100 000 euros, avait proposé de ne pas taxer les dépôts inférieurs à cette limite mais d'augmenter la taxation des dépôts les plus importants, de 9% à 12% ou 15%.

Le projet présenté devant le Parlement mardi dernier prévoyait quant à lui une exonération des dépôts de moins de 20 000 euros.

Mais ce qui semble le plus gêner Nicosie, ce n'est pas la taxation des petits dépôts, mais celle des gros, appartenant pour la plupart à des étrangers. L'économie de Chypre repose en grande partie sur son statut de centre financier international, et le gouvernement chypriote hésite manifestement à changer la donne.

Nicosie pourrait aussi proposer de trouver les 5,8 milliards manquants en nationalisant les fonds de retraite ou encore la fusion des deux principales banques de l'île. Certains évoquent même le rachat d'une importante banque chypriote par la Russie.

 

3. La zone euro lâche du lest
Pour le moment, la zone euro quant à elle semble bien décidée à ne pas renflouer des banques qui fonctionnent en trop grande partie sur de l'argent russe.

Cependant, Nicosie pourrait décider de jouer un coup de bluff et faire pression sur la zone euro en menaçant de laisser ses banques faire faillite et surtout de sortir de la zone euro. Une telle sortie désorganisée donnerait une image catastrophique des capacités de gestion de crise de l'eurozone et de la BCE.

Le spectre d'une sortie de l'euro de Chypre peut décider la zone euro à adoucir les conditions du sauvetage. Le Mécanisme européen de Stabilité (MES) pourrait alors prendre à sa charge tout ou une partie des problématiques 5,8 millions d'euros. Petit problème : l'intervention du MES demande l'accord du Parlement allemand qui, vous le savez, déteste sauver les cigales de l'Europe et encore plus celles qui se refusent aux efforts demandés. Pas gagné donc.

Reste la BCE qui pourrait déclencher son OMT, soit le programme de rachats d'obligations, mis en place en septembre dernier. Là encore, grain de sable dans cette belle mécanique : l'OMT s'accompagne de mesures de rigueur que pour l'instant Chypre se refuse à mettre en place.

 

4. La sortie de la zone euro
Un scénario qui est très loin d'être improbable et qui sera même inévitable si aucun accord n'est trouvé entre la zone euro et Chypre, et si l'île ne parvient pas à se dégoter un sauveur de dernière minute (russe ou autres...).

Pour éviter une faillite ou pour faire défaut sur sa dette, Chypre serait obligée de revenir au système d'une banque centrale capable d'imprimer sa propre monnaie... et donc quitterait de facto la zone euro.

Une expérience qui est scrutée de près par les autres pays qui ont bénéficié de l'aide de la BCE et de la zone euro : l'Irlande, le Portugal, l'Espagne ou encore l'Italie.

 

 Cet article est le 57ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

Par Michel SORIN - Publié dans : Etats Union européenne - Communauté : Les blogs républicains
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Samedi 2 mars 2013 6 02 /03 /Mars /2013 23:55

L’indignation et la force de la raison pour changer le monde

 

L’impasse de la situation politique nationale italienne (voir En Italie, les élections reflètent le malaise des citoyens face à l'Europe - 26 février 2013) est à rapprocher de l’incapacité de la gauche en France à ouvrir des perspectives. Culturellement, économiquement et politiquement, sans parler de la géographie, les deux pays sont proches. Ils souffrent de la politique européenne, néolibérale et conservatrice, après avoir cru intensément que l’Europe était leur avenir.

 

La déception et le rejet de cette politique s’expriment par des canaux différents (Le Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo en Italie, principalement le Front national de Marine Le Pen en France), qui sont plus les  symptômes de la mauvaise santé de la politique que des solutions au problème.

 

Quand je militais au Ceres avec Jean-Pierre Chevènement dans les années 1970, j’avais pris connaissance de la pensée de Antonio Gramsci, écrivain et théoricien politique italien, fondateur du Parti communiste italien, mis en prison sous le régime mussolinien.

 

Il est utile de revenir sur le parti communiste italien et sur la pensée de Gramsci (Cahiers de prison).

Le Parti communiste italien s’est dissout en janvier 1991 à Bologne, donnant naissance au parti démocrate de la gauche et au parti de la refondation communiste.

 

Voir PARTI COMMUNISTE ITALIEN - Encyclopédie Universalis

Celui qui devint « le plus puissant parti communiste du monde non communiste » avait été fondé au congrès de Livourne en 1921. Le Parti communiste italien (P.C.I.) ne regroupe d'abord que la minorité ultragauche du Parti socialiste dirigé par Amadeo Bordiga et le groupe qui, autour d'Antonio Gramsci, avait publié à Turin la revue Ordine nuovo. Aux élections de mai 1921, il obtient seize sièges de député. Mais il n'est pas en mesure de s'opposer à l'avènement du fascisme. Au congrès de l'exil à Lyon (1926), la ligne sectaire suivie par Bordiga est condamnée ; Gramsci, puis Palmiro Togliatti, succèdent à Bordiga au poste de secrétaire général du parti.

Très fidèle à l'internationalisme prolétarien et à Moscou (contrairement à une idée reçue), le P.C.I. reste parfaitement orthodoxe. Mais il reconnaît depuis l'origine la nécessité d'une « voie italienne vers le socialisme », et les analyses, profondément originales, de Gramsci, mort en prison en 1937, placent sa spécificité dans son insertion dans un pays catholique. C'est ce qu'a proclamé avec lucidité Togliatti, l'un des principaux dirigeants du Kominform sous le pseudonyme d'Ercoli, dès son retour de Moscou où il était réfugié pendant la guerre. Toutefois un désaccord existait entre Togliatti et Gramsci sur le « niveau d'alignement » à observer à l'égard de la politique soviétique. Gramsci, à la fin de sa vie, semble bien avoir perdu confiance dans le « centre mondial ».

Durement éprouvé par la répression, le P.C.I., grâce à son action dans la résistance au fascisme, passe de dix mille membres en 1943 à cinq cent mille en 1945. Adjoint de Togliatti, Luigi Longo, alors chef des partisans en haute Italie, réorganise remarquablement l'appareil. Dès septembre 1944, renonçant à toute stratégie insurrectionnelle, Togliatti réclame la coopération avec les catholiques et la « marche légale vers le pouvoir. » (…)

 

Voir aussi dans un autre registre : Marcelle Padovani sur le communisme en Italie

 

Introduction à Antonio Gramsci

Journaliste et militant, Antonio Gramsci arrive à la tête du Parti communiste italien dans les années 1920, puis est arrêté et condamné à vingt ans de prison par le régime fasciste. Il s'éteindra dix ans plus tard, non sans avoir laissé à la postérité ses Cahiers de prison, plus de 2000 pages manuscrites d'incursions intellectuelles aussi audacieuses que profondes sur l'histoire, la culture, la politique ou la révolution.
Ce livre commence par retracer la trajectoire biographique d'Antonio Gramsci, avant d'aborder la conception gramscienne de la vie culturelle et des intellectuels, puis sa réflexion politique avec les notions clés de «société civile », de « guerre de mouvement/position », de « révolution passive » et de « césarisme ». Des éléments de philosophie gramscienne sont présentés, dont l'affirmation selon laquelle « tout homme est un philosophe », l'approche du « sens commun » et la reconstruction du marxisme comme « philosophie de la praxis ». Ainsi sont posés les jalons qui conduisent à la notion d' « hégémonie », idée force qui contient et approfondit les autres apports majeurs de la pensée gramscienne.
Celui-ci n'est pas seulement un auteur classique des sciences sociales ; c'est aussi un passage obligé en vue d'une élucidation critique du capitalisme contemporain.

 

«Pourquoi je hais l'indifférence», Antonio Gramsci (Mohammed Yefsah, 28 février 2013)

 

La raison et le cœur pour transformer le monde

 

La publication d'une nouvelle anthologie du penseur italien Antonio Gramsci (22 janvier 1891 - 27 avril 1937) tombe à pic. La trentaine d'articles rassemblés par les éditions Rivages, sous le titre «Pourquoi je hais l'indifférence », sont un lointain écho du passé qui prend son ampleur dans le présent.

A l'indignation qui implique le simple sentiment du cœur, Antonio Gramsci préfère l'indignation de la raison. La grandeur du cœur se conjugue alors à la force de la raison pour comprendre le monde et le changer. Les textes rassemblés, nouvelle traduction de Martin Rueff, témoignent de cet élan. « Un homme ne peut vivre véritablement sans être un citoyen et sans résister. L’indifférence, c'est l'aboulie, le parasitisme, et la lâcheté, non la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. L’indifférence est le poids mort de l’histoire » (p.55). L'indifférence, synonyme de fatalité, d’absentéisme politique travaillant pour l'intérêt du petit nombre de possédants, est un état qui peut être brisé par l'invention du collectif, la renaissance de l'action.

La défaite des ouvriers de Fiat, le 8 mai 1921, se transforme sous la plume de Gramsci en une sorte de chant à leur gloire. À cette époque où l'industrie automobile s'est massivement implantée en Italie, avec son lot d'exploitation et de résistance des travailleurs pauvres, Gramsci rend un émouvant hommage à la lutte des ouvriers de la fabrique de Turin : « Ils ont résisté pendant un mois. Ils étaient exténués physiquement parce que cela faisait des semaines et des mois que leurs salaires avaient été réduits et ne suffisaient plus au soutien de la famille, et pourtant ils ont résisté pendant un mois. Ils étaient complètement coupés de la nation, submergés par un poids général de fatigue, d’indifférence, d’hostilité, et pourtant ils ont résisté pendant un mois. (…) ils se savaient condamnés à la défaite et pourtant ils ont résisté pendant un mois » (pp.75-76).

Dans le verbe de Gramsci, l'adverbe « pourtant » permute la défaite en une victoire et la bataille d'un mois résonne comme une très longue durée. Ce qui montre la profondeur de son humanité, exprimée avec une sublime écriture conjuguant l'intelligence et le sentiment. Pour lui, l'implication dans la vie de la cité et la politique sont une affaire sérieuse. « Si un savant se trompe dans ses hypothèses au fond, c'est un moindre mal : une certaine quantité de richesses de choses est perdue : une solution a précipité, un ballon a éclaté. Si un homme politique se trompe dans ses hypothèses, c'est la vie des hommes qui est en danger, c'est la faim, c'est la révolte, c'est la révolution pour ne pas mourir de faim » (p.61).

 

En effet, Antonio Gramsci, philosophe et homme politique (député de Turin de 1924 à 1926), est parmi les grands penseurs du XXe siècle. Membre fondateur du Parti Communiste Italien (PCI), journaliste de talent, la grande partie de ses œuvres ont été écrites en prison. « Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner pendant vingt ans », est la tristement célèbre phrase du procureur fasciste Isgro qui, le 4 juin 1928, condamne Gramsci à cette peine de prison, un an et demi après son arrestation. Sa réflexion foisonnante aborde divers sujets : la religion, le fascisme, le mouvement ouvrier, la paysannerie, la philosophie, la linguistique, la littérature, la politique, l'idéologie, le droit. Il développe le concept d'hégémonie culturelle pour expliquer la domination de la bourgeoisie et celui de praxis en tant que moyen de lutte des masses. Pendant ses onze années de captivité, il n'a cessé d'écrire et de tenir une riche correspondance. Ses écrits seront publiés en de monumentaux volumes, sous le titre de Carnets de prison ou parfois Cahiers de prison, Écrits politiques, Textes, par différentes maisons d'édition et avec différentes traductions.

 

Gramsci ravagé par la maladie, tuberculose et artériosclérose, est transféré dans une clinique en octobre 1933, après une campagne internationale de solidarité en sa faveur. Préparant sa sortie de clinique à Rome et son retour en Sardaigne, sa région natale, il meurt le 27 avril 1937.

 

 Cet article est le 56ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

Par Michel SORIN - Publié dans : Etats Union européenne - Communauté : Les blogs républicains
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Mardi 26 février 2013 2 26 /02 /Fév /2013 22:42

Plus de la moitié des votants contre la politique européenne

 

Caslino-d-Erba-15eme-anniversaire-037--Copier-.jpgLe suspense était grand avant les élections législatives des 24 et 25 février 2013 en Italie. On n’a pas été déçu. Au vu des résultats, le suspense est toujours aussi grand en ce qui concerne le futur gouvernement de ce grand pays dont l’un des meilleurs observateurs est Marc Lazar, qui vient de publier ce livre collectif : L'Italie contemporaine, de 1945 à nos jours, de Marc Lazar

Figée dans l'imaginaire occidental comme étant le berceau de l'art et de la culture, ou réduite à la caricature d'un pays de non-droit soumis aux guerres des « familles », l'Italie, dont l'expansion depuis la Deuxième Guerre mondiale a été spectaculaire, n'en finit pas de surprendre. Or ce pays, perçu pourtant comme le creuset où s'est élaborée la civilisation européenne, est mal connu de ses plus proches voisins. Deux malentendus survenus entre la France et l'Italie en témoignent : les trois victoires électorales de Silvio Berlusconi, qui ont provoqué la stupeur des Français, et la protection que la France accorde aux ex-terroristes italiens, à commencer par Cesare Battisti, qui ne cesse d'indigner les Italiens. Cet ouvrage restitue les multiples aspects de la trajectoire de l'Italie depuis 1945 : la difficile formation d'une démocratie qui, après deux décennies de totalitarisme fasciste, a su relever de grands défis ; la lente mise en place de l'unité nationale qui a tenu compte des diversités géographiques ; son action en Europe, en Méditerranée et dans le monde ; ses grandes mutations économiques ; la modernisation de sa société, mais également la persistance de ses traditions et des héritages non résolus, à savoir la question du Mezzorgiorno ou encore les relations entre l'Etat et l'Eglise catholique. Pour parachever ce tableau riche et contrasté, c'est aussi toute la créativité culturelle et l'inventivité artistique de l'Italie qui sont présentées ici, ainsi que la place de la télévision et le rôle des intellectuels. Une trentaine de spécialistes de l'Italie, français ou franco-italiens travaillant en France, historiens, historiens de l'art, du cinéma, de la littérature, politistes, sociologues, économistes et géographes, ont ainsi oeuvré à la réalisation de cet ouvrage, complet et indispensable au spécialiste comme au néophyte.

Voir les commentaires de cet auteur : "Un coup de tonnerre en Europe" (Le Monde, Marc Lazar, 26 février 2013). Lire aussi : Sans majorité claire au Sénat, l'Italie ingouvernable (Le Monde, 25 février). Extrait.

La coalition de gauche de Pier Luigi Bersani, qui remporte 29,5 % des voix, s'adjuge la majorité des sièges à la Chambre (345 sur 630), grâce à un système qui accorde 54 % des fauteuils à la formation arrivant en tête. La droite, qui remporte 29,18% des voix, n'obtient que 125 sièges. Beppe Grillo a 108 députés avec 25,55% des voix tandis que les centristes de Mario Monti obtiennent 45 sièges avec 10,56% des voix.

Mais au Sénat, où la prime de majorité est accordée par région, les résultats donnent le centre gauche très loin de la majorité absolue des 158 sièges. Elle totalise seulement 123 sièges sur les 315 que compte la Chambre, contre 117 sièges à la coalition de droite. En termes de voix, la gauche en remporte 31,63 % (27,43% au PD et 2,97% à SEL) et la droite 30,72 %, (22,30% pour le PDL et 4,33% pour son principal allié, la Ligue du Nord). Le Mouvement cinq étoiles (M5S) de Beppe Grillo a 54 sièges avec 23,79% des voix tandis que la coalition centriste de Mario Monti, avec 9,13% des voix, obtient 18 sièges auxquels s'ajoute un sénateur représentant les Italiens de l'étranger.

La crise et quinze mois de rigueur budgétaire imposés par le gouvernement technique de Mario Monti ont énormément influé sur ces élections. Le chef du gouvernement sortant, qui jouissait d'une solide popularité pour avoir rétabli la crédibilité de l'Italie, a fortement pâti des effets de sa politique d'austérité.

 

Les gagnants et les perdants des législatives italiennes (Le Monde, 26 février)

 

Philippe Ridet, correspondant du "Monde" en Italie, analyse ce 26 février les résultats des élections législatives et les issues possibles à l'impasse politique. Voir A Rome, "on entend beaucoup parler d'un gouvernement de grande coalition". Extraits.

« Oui, il y a une composante anti-européenne dans le vote Grillo-Berlusconi. Le premier a proposé un référendum pour sortir de l'Euro, le second a attaqué durement l'Europe "germano-centrée". Comme dans de nombreux pays d'Europe du Sud, la rigueur imposée est perçue comme une "punition" d'Angela Merkel. Mais les motivations plus italo-italiennes comptent énormément. Dans un pays où près d'un million de jeunes diplômés ont émigré ces vingt dernières années, le discours de Beppe Grillo qui se propose de renvoyer tous les "vieux politiciens" "a casa" (à la maison) a fait mouche. Alors que l'évasion fiscale est estimée à 120 milliards d'euros, la proposition d'amnistie pour les fraudeurs et de remboursements d'impôts faite par Silvio Berlusconi ne compte pas moins » (…).

Le vote pour Beppe Grillo représente la volonté d'une grande partie des Italiens et, notamment les plus jeunes, d'un système politique vu, à tort ou à raison, comme une manière de se répartir des postes, des charges, des prébendes. Dire de Beppe Grillo qu'il serait un fasciste est tout à fait exagéré. Même s'il fait des grands discours comme les faisait Mussolini depuis le balcon de la place de Venise, sa manière de considérer la politique, le recours permanent à l'approbation de ses militants via Internet, son intention d'installer une démocratie directe et participative l'éloignent tout à fait du modèle fasciste. Mais il est vrai qu'il y a quelques semaines, il avait tendu la main à des militants du groupuscule d'extrême droite Casa Pound.

Les élus de Beppe Grillo n'ont rien à voir avec la figure de leur leader. Pour la plupart, ils sont de parfaits inconnus et des néophytes. On trouve parmi eux des femmes au foyer, des géomètres, des étudiants, des physiciens etc. Ils ont en commun une pratique intensive d'Internet - le seul vecteur de communication de ce parti sans siège ni structure - et pour beaucoup des connaissances très pointues dans certains domaines, comme l'environnement par exemple. Mais ce ne sont pas les "agités" que l'on a voulu décrire.

Le vote Grillo est relativement transversal bien que ce soit les plus jeunes des Italiens qui aient voté en majorité pour le Mouvement 5 Etoiles. J'ai rencontré personnellement des partisans du comique génois qui venaient du Parti démocrate (centre gauche) et d'autres qui venaient du Peuple de la liberté (centre droit), le parti fondé par Silvio Berlusconi. Ce vote cristallise avant tout une fracture générationnelle typique de l'Italie où de nombreux jeunes diplômés doivent s'exiler chaque année pour trouver un travail à la mesure de leur qualification. Il cristallise également, mais dans une moindre mesure, le rejet de la rigueur imposée par Silvio Berlusconi puis par Mario Monti. Une rigueur vécue comme un diktat de l'Allemagne, de la Banque centrale européenne et de la Commission. C'est un vote anti-"castes politiques" et anti-élites (…).

 

Le leader politique qui sort vainqueur, difficilement, de ces élections est Pierluigi Bersani (Parti démocrate, centre gauche). Voir Le discret Bersani se voit en nouvel homme fort de l'Italie (Le Monde, 26 février) et Bersani, nouveau chef de la gauche italienne (Le Monde, 26 octobre 2009).

 

Nicolas Chapuis (Le monde, 26 février) a recueilli les propos de Guillaume Bachelay, numéro 2 du PS, qui s'inquiète de la percée du populisme en Italie. Ce proche de Laurent Fabius, qui avait combattu le traité constitutionnel européen en 2005, estime que l'Europe doit soutenir la croissance par la relance. Soulignant les efforts de rigueur faits par les Italiens, il reproche à Bruxelles de ne pas avoir joué son rôle. Voir "Les élections italiennes valident l'approche du président Hollande".

 

Le commentaire de Jean-Luc Laurent, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) :

 

La politique italienne est complexe mais les électeurs viennent pourtant d’adresser un message très clair aux gouvernements européens : l’austérité portée par les conservateurs européens conduit à une impasse politique. La récusation de Mario Monti, le retour de Berlusconi et le succès du Mouvement 5 Etoiles traduisent tous un divorce profond entre les citoyens et leurs dirigeants. Il y a quelques jours, l’agence Moody’s a dégradé la note du Royaume Uni invalidant la politique d’austérité forcenée conduite et reconduite par le gouvernement Cameron.

Économiquement et politiquement, l’Europe fonce dans le mur en klaxonnant. La réorientation de l’Europe n’est pas un vœu pieux ou un élément de langage pour habiller des demi-succès ou de mauvais compromis. La réorientation de l’Europe passe aujourd’hui par la création d’un rapport de force politique contre Merkel, Cameron et les conservateurs. Gardons-nous d’atteindre le point où les politiques qui étaient simplement mauvaises deviennent suicidaires.

Voir, sur le site du MRC : Italie: l’Europe face à ses responsabilités

 

Cet article est le 55ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

Par Michel SORIN - Publié dans : Etats Union européenne - Communauté : Les blogs républicains
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Lundi 12 novembre 2012 1 12 /11 /Nov /2012 22:51

F Hollande doit proposer une autre politique européenne

 

Lors de sa conférence de presse, demain mardi, à l’Elysée, le président de la République devra faire preuve d’habileté et de fermeté sur la conduite de la politique européenne. « La France est le plus gros problème de la zone euro en ce moment », selon l’un des « sages » économistes allemands consulté par le ministre des finances Schaüble.

C’est ce qu’on apprend en lisant l’éditorial (daté du 11 novembre 2012) de Jacques Omnès. Voir Mes Allemagnes

Rappel : L'Allemagne, donneuse de leçons d'austérité, cherche à imposer sa loi - 3 nov. 2012

Jacques Omnès critique l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder - 4 novembre 2012 

 

Editorial

La semaine dernière, j'évoquais l'article de ce journaliste de Bild qui se demandait gravement si la France était en train de devenir une "nouvelle Grèce". Un papier en partie inspiré, semble-t-il, par l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, le père de la politique d'austérité à l'allemande.
Cette fois, c'est un papier publié sur le site de Die Zeit qui est venu rappeler l'inquiétude - feinte ou réelle - de certains dirigeants politiques allemands face à la situation économique de la France. Ainsi, selon le célèbre hebdomadaire d'outre-Rhin, le ministre des finances Schäuble aurait demandé aux "sages", un petit groupe d'économistes qui conseille le gouvernement allemand, de rédiger une étude sur la situation économique de notre pays et même d'élaborer une sorte de plan de réformes pour le sortir de l'ornière !

Les affirmations de Die Zeit, pourtant corroborées par l'agence Reuters, ont été démenties par le président de la commission du groupe d'experts. Il reste que Monsieur Schäuble a refusé de s'exprimer sur cette question. Il reste que l'un des "sages" a déclaré au moment de la présentation de leur rapport annuel : "La France est le plus gros problème de la zone euro en ce moment. Le plus gros problème, ce n'est plus la Grèce, l'Espagne ou l'Italie, c'est la France, parce que la France n'a rien entrepris du point de vue de sa compétitivité et prend même le chemin inverse."

Il reste que Monsieur Kauder, président du groupe parlementaire chrétien-démocrate au Bundestag, a suggéré à François Hollande de se rapprocher de Madame Merkel et l'a exhorté à faire preuve de "courage" et à entreprendre enfin de "véritables réformes structurelles".

Force est donc de constater que, depuis une quinzaine de jours, des dirigeants politiques allemands exercent une pression plus ou moins directe, plus ou moins ouverte, mais de plus en plus forte sur la France pour qu'elle s'engage encore plus résolument dans la voie sans issue de l'austérité. Tout se passe comme s'ils considéraient déjà la France comme une "nouvelle Grèce", à qui on pourrait - on devrait - imposer la volonté de l'Allemagne et de la troïka.

Je l'ai souvent écrit ici : la coopération entre la France et l'Allemagne n'est pas un but en soi, elle ne peut pas - ne doit pas - se faire sur n'importe quelle base. Une politique commune qui ferait fi des intérêts de la masse de la population de nos deux pays, qui ne viserait qu'à la satisfaction des appétits des nantis, mettrait en danger l'amitié entre nos deux peuples et ferait renaître la germanophobie.

Avec son "pacte de compétitivité", le gouvernement français a déjà fait un grand pas en direction de l'Allemagne. Un pas dans la mauvaise direction. Plutôt que de céder aux pressions de Berlin, il devient urgent d'abandonner la voie funeste de l'austérité et de se montrer solidaire de ceux qui souffrent déjà durement de la politique de Madame Merkel et de la troïka, à commencer par nos amis Grecs.

 

Voir aussi : Angela Merkel, nouveau Machiavel (Le Monde Idées, Ulrich Beck, 12 novembre 2012)

Lisbonne accueille Merkel par des huées (Le Monde, 12 novembre 2012)

 

Cet article est le 54ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

Par Michel SORIN - Publié dans : Etats Union européenne - Communauté : Les blogs républicains
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