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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 23:55

Un point fort du livre « La France est-elle finie ? »

Dans le cadre de leur mission de contrôle et d’évaluation, la commission des finances et la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale ont procédé, le 7 novembre 2012, à l’audition de Louis Gallois. Voir la vidéo de cette audition.

Chevènement Le Mans 280111 002 TPour sa part, le sénateur Jean-Pierre Chevènement a approuvé le Pacte pour la compétitivité de l'industrie française présenté par le commissaire général à l’investissement, Louis Gallois (voir Le MRC dit oui au pacte de compétitivité Ayrault-Gallois, Attac dit non - 7 novembre 2012). 

Dans son livre (« La France est-elle finie ? » (Fayard, prix du livre politique 2011), Jean-Pierre Chevènement avait décrit ses orientations pour la politique industrielle de la France.

 

XIII – Le grand pari sur la France au XXIe siècle : faire vivre le modèle républicain

 

La politique industrielle

 

(…) La France a surtout besoin de retrouver une industrie forte, car celle-ci est le moteur de l’économie. Elle tire à la fois l’innovation (85 % de la recherche-développement des entreprises sont réalisés dans l’industrie), l’exportation (80 % des ventes de biens et de services à l’étranger), enfin le secteur des services aux entreprises (16,6 % du PIB).

 

La France a laissé décliner la part de l’industrie dans sa production (13 % en 2009 contre 22 % en 1998 et 29 % en 1982). Il est difficile, comme le suggère Louis Gallois, président d’EADS, de ne pas rapprocher cette évolution, au moins pour la période 2005-2010, du renforcement de l’euro (Voir Louis Gallois, « Pour une nouvelle ambition industrielle », in Commentaires n° 130, été 2010). Nous sommes, avec la Grande-Bretagne, la lanterne rouge industrielle de l’Europe, loin derrière l’Allemagne (30 %). Celle-ci a su préserver sur son territoire les chaînons sensibles de sa production, protégeant ainsi les processus critiques et la réputation de ses produits. Il est temps de faire comprendre aux électeurs qu’on ne peut plus défendre notre modèle social et continuer à laisser s’éroder notre base productive.

 

2012 est l’occasion de renouer avec les exigences d’une politique industrielle cohérente :

- d’abord un grand ministère de l’Industrie digne de ce nom, avec des équipes d’ingénieurs compétentes et des outils financiers puissants ;

- de grands projets, si possible en concertation avec nos partenaires européens, dans des domaines comme la mobilité, l’énergie, la robotique (ou productique), les biotechnologies et la santé, le numérique, les nanotechnologies, etc., sans oublier l’aéronautique et l’espace, et l’exploitation des océans ;

- un soutien massif aux PMI en les aidant à grandir et à travailler dans la durée ;

- une réforme de la politique de concurrence à Bruxelles : il faut revoir à la fois le régime d’autorisation préalable aux aides publiques mis en œuvre par la Commission, sans équivalent dans le monde, et le contrôle tatillon exercé sur les concentrations au mépris des intérêts industriels européens (affaires Leroy-Schneider, Alcan-Péchiney, De Haviland-Aérospatiale, etc.) ;

- une orientation systématique de l’épargne vers l’investissement industriel en France par la création d’un « livret d’épargne industrie » ;

- la promotion, dans la jeunesse, de la culture scientifique et technique et d’un état d’esprit favorable aux sciences, à la technologie et à l’industrie ; l’encouragement aux vocations scientifiques chez les jeunes et l’augmentation du nombre des ingénieurs.

 

Pour dresser la liste des impulsions à donner, il suffirait, en bien des domaines, de prendre le contre-pied des idées dominantes qu’on a laissées s’installer par une coupable négligence : croyance à une économie « de services » « postindustrielle », méfiance voire dédain à l’égard de la science et des disciplines scientifiques, culte de l’argent facile, attrait pour les bulles spéculatives, idolâtrie du marché, méconnaissance des énormes investissements que requiert, notamment en matière énergétique, le changement nécessaire de notre modèle de croissance. La liste serait longue des « sociologues », façon Alain Touraine, et des innombrables « économistes » qui ont devancé ou accompagné cette involution désastreuse de l’esprit public. Il n’est que temps de le redresser par un langage de vérité et de responsabilité.

 

Renouer avec la politique industrielle, c’est aussi rompre avec la dictature d’un actionnariat de type purement rentier, valoriser l’actionnariat responsable, c’est-à-dire attaché à l’entreprise, bref, inaugurer une nouvelle conception de l’entreprise associant des actionnaires durables, engagés contractuellement avec elle et majoritaires au conseil de surveillance, le collectif du personnel ayant droit de vote en son sein, avec la présence éventuelle de l’Etat, soit à travers une participation, soit par le biais d’une action privilégiée (golden share), soit encore par le canal du Fonds stratégique d’investissement, aujourd’hui insuffisamment doté. Ce nouveau statut de l’entreprise prévoirait la responsabilité des commissaires aux comptes devant le seul conseil de surveillance et inclurait des dispositions protectrices vis-à-vis des prédateurs (fonds de private equity, OPA hostiles).

 

Un tel nouveau statut, qui romprait avec la société de capitaux héritée du XIXe siècle, donnerait à l’industrie française un véritable avantage comparatif dans la compétition mondiale.

 

Cet article est le 158ème paru sur ce blog dans la catégorie CHEVENEMENT

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 12:38

Rompre avec le déclin industriel de la France

 

Les propositions de Louis Gallois (voir Rapport Gallois : les 22 propositions pour reconquérir la compétitivité - 6 novembre 2012), pour l’essentiel reprises le lendemain dans le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, annoncé le 6 novembre par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault (voir Le gouvernement s'engage résolument dans le sillage de Louis Gallois - 6 novembre 2012), sont critiquées par une partie de la gauche, notamment celle qui s’affirme à la gauche du PS.

 

Elles ont été approuvées par Jean-Pierre Chevènement et le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC). Voir le communiqué de Jean-Luc Laurent, président du MRC, publié le 6 novembre 2012 :

 

Le Premier Ministre jette les bases d’une politique industrielle: désormais le redressement productif est plus qu’un slogan habile

 

Le Premier Ministre a rendu public aujourd’hui le Pacte National pour la Croissance, la Compétitivité et l’Emploi. Après les mesures de redressement et de justice, le Gouvernement dessine ainsi une voie pour le redressement productif du pays.

La France a un avenir industriel si notre pays s’en donne les moyens. Après des années de déclin marquées par la perte de compétitivité, les destructions d’emplois et d’activités industrielles, la prise en compte des propositions du rapport de Louis Gallois marque une rupture majeure que soutiennent les républicains, attachés à l'avenir et à la souveraineté de la France.

Dans
un cadre européen contraint par la monnaie unique qui rend impossible la dévaluation, les mesures proposées par le gouvernement, dont le crédit d’impôt pour les entreprises de 20M²€, sont utiles à court terme.

A moyen et long termes, la conduite d’une véritable politique industrielle autour de l’innovation, de l’investissement et de la formation est indispensable pour sortir la France de l’impasse.
C’est donc l’ensemble du rapport Gallois qui devra être mis en œuvre
.

 

Lire le communiqué de Jean-Pierre Chevènement sur le rapport Gallois : Le choix du salut public

 

Le rapport Gallois est un constat lucide et courageux de la cote d’alerte atteinte aujourd’hui par l’industrie française. Il est aussi un appel à l’effort collectif, fondé sur un nouveau « pacte social », associant les salariés aux orientations de l’entreprise.

Pour avoir mis en garde depuis 1983, contre les conséquences du choix de la monnaie forte sur l’industrie française, je ne saurais, aujourd’hui, qu’approuver les propositions du rapport Gallois. Voilà bientôt trente ans que je ne cesse d’en appeler à une grande politique industrielle. Dès lors que le choix de la monnaie unique est considéré par le gouvernement comme un choix dans l’état actuel des choses, indépassable, l’idée d’une « dévaluation fiscale » est la seule qui puisse rétablir, autant que faire se peut, la compétitivité de nos industries.

Bien entendu, il faudra veiller à ce que les entreprises investissent dans la production et la recherche les marges ainsi dégagées. Pour le reste, toutes les propositions du rapport Gallois vont dans le bon sens mais ne sauraient produire leurs effets qu’à terme.

Contrairement à ce que croit l’extrême gauche, il n’y a pas d’avenir pour l’industrie française et pour les classes populaires dans une stratégie d’affrontement qui serait contreproductive pour elles et pour la France. La stratégie de coopération de toutes les forces de la production, ce que j’ai appelé « l’alliance des productifs », appuyée sur un compromis social réaliste, est la seule féconde pour le redressement du pays.

Ceux qui ont voté pour le traité de Maastricht en 1992 sont mal placés aujourd’hui pour donner des leçons. Oui, le choix proposé par le rapport Gallois est aujourd’hui celui du salut public ! L’heure est donc à la mobilisation non seulement de la gauche mais de toutes les forces de la France.

 

ATTAC et la Fondation Copernic s’opposent à ce pacte national et disent pourquoi :

 

Pour sortir de la compétitivité – Rapport Attac - Copernic

 

Après avoir annoncé un nécessaire « choc de compétitivité » souhaité par la droite et le MEDEF, le gouvernement souhaite désormais construire un « pacte de compétitivité » sur l’ensemble du quinquennat de François Hollande, inspiré par les mesures préconisées par le rapport Gallois. La rengaine est connue : notre pays souffrirait d’un déficit de compétitivité dû, entre autres, à un coût du travail trop élevé. Qu'en est-il vraiment ?

À travers ce rapport, Attac et la fondation Copernic se penchent sur les difficultés de l'économie française et sur les idées reçues autour de la compétitivité. Pour ses auteurs, la diminution du coût du travail, prônée par le rapport Gallois n'est en rien une solution à la crise, de manière globale, ni à la désindustrialisation en particulier. L'accent mis sur le coût du travail masque l'essentiel, notamment l'envolée des dividendes qui grèvent les investissement de R&D.

Les mesures annoncées par le gouvernement constituent un ralliement aux dogmes libéraux, selon lesquels les salaires et la protection sociale seraient la cause de nos difficultés, les dépenses publiques devraient diminuer, et la TVA anti-sociale serait une solution. Il est pourtant urgent de sortir de cette logique qui créé les conditions d’une concurrence de tous contre tous, d’un état de guerre économique permanent qui appauvrit les populations et détruit les équilibres écologiques.

Ce contre-rapport montre comment la compétitivité, tant vantée, s’avère en fait être une voie sans issue, économiquement absurde et socialement destructrice : c’est un autre modèle de développement qu’il faut aujourd’hui promouvoir tant pour des raisons écologiques que pour des raisons sociales. Ce nouveau modèle de développement doit être fondé sur les principes de la coopération, de la rupture avec un consumérisme destructeur, de la réponse aux besoins sociaux, de la réduction des inégalités et de l’ouverture d’une transition écologique.

 

En finir avec la compétitivité (Le Monde, 5 novembre 2012)

 

Cet article est le 113ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national.

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 22:48

Le sursaut 2012 à l’opposé du tournant libéral 1983 ?

 

Sommes-nous en train de vivre en France une situation politique qui ressemble à 1982-83 mais à l’envers ? Il y a trente ans, la France se soumettait au désordre libéral naissant qui nous venait des USA. En 2012, elle tente un sursaut patriotique, refusant le démantèlement de son industrie sous l’effet d’un système monétaire et économique européen mal conçu et inadapté.

 

Le commissaire à l'investissement, Louis Gallois, auteur du rapport qui a inspiré les mesures pour les entreprises, annoncées, mardi 6 novembre, par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, estime que "le gouvernement a pris la mesure du problème" de la compétitivité en France (Le Monde, 6 novembre 2012) - voir Le gouvernement reprend la "quasi-totalité" du rapport Gallois

"Ce qui me paraissait essentiel était de dire que la compétitivité était une priorité nationale et je pense que cette idée est passée, est reconnue", a expliqué l'ancien président d'EADS, jugeant le programme annoncé par le premier ministre "extrêmement ambitieux". Il a noté au passage que ce programme reprenait "d'assez nombreuses mesures" qu'il avait suggérées. "On pourrait les lister et je crois que la liste serait assez longue", a-t-il commenté.

Concernant le "dispositif le plus emblématique", c'est-à-dire 20 milliards d'euros de transfert des cotisations patronales sur la fiscalité qu'il proposait, M. Gallois a souligné qu'il s'agissait d'"une autre technique qui concerne l'impôt sur les sociétés", qui est "au moins aussi favorable, sinon plus, que celle que je proposais". "L'impact des 20 milliards d'euros est peut-être plus important dans la mesure Ayrault que dans la mesure que je proposais pour la raison qu'elle est après impôts alors que la mienne était avant [impôts], les bénéfices qu'on réalisait grâce au transfert de charges étaient taxés à 35 %", a-t-il observé.

Voir aussi l’article signé Claire Guélaud et Thomas Wieder (Le Monde, 6 novembre) : Vingt milliards de baisse d'impôts sur trois ans pour les entreprises

Le Premier ministre a présenté, le 6 novembre, les grandes mesures du pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi. Voir Vingt milliards d'euros pour relancer le moteur de l'économie française.

Télécharger le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi

 

En voici les titres (site du Premier ministre).

 

Huit leviers de compétitivité : trente-cinq décisions concrètes

 

_ Levier 1 : Mettre en place un “Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi” (CICE)

Décision n°1 : Alléger de 20Md€ par an, avec une montée en charge progressive sur 3 ans (10Md€ dès la 1re année), les coûts des entreprises via un Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).

 

_ Levier 2 : Garantir aux TPE, PME et aux ETI des financements performants et de proximité

Décision n° 2 : Mettre en place une nouvelle garantie publique permettant d’apporter plus de 500 M€ de trésorerie aux PME. La mesure sera mise en oeuvre à travers la Banque Publique d’Investissement (BPI) à compter du 1er janvier 2013.

Décision n° 3 : Établir un plan d’actions pour lutter contre l’allongement des délais de paiement

Décision n° 4 : Créer la Banque Publique d’Investissement (BPI) début 2013 pour offrir aux entreprises, en priorité aux TPE, PME et ETI, un service de financements de proximité

Décision n° 5 : Encourager le financement des entreprises par la réforme de la fiscalité de l’épargne début 2013

Décision n° 6 : Recentrer les banques sur leur coeur de métier, au service du financement de l’économie réelle, grâce à la prochaine loi bancaire.

Décision n° 7 : Faciliter l’accès des PME et des ETI aux marchés des capitaux : la création d’une nouvelle bourse des PME sera soutenue par la mise en place d’un PEA-PME, qui favorisera également l’investissement dans les ETI.

 

_ Levier 3 : Accompagner la montée en gamme en stimulant l’innovation

Décision n° 8 : Rénover et renforcer la politique de soutien à l’innovation au sein des entreprises.

Décision n° 9 : Diffuser les technologies et usages du numérique

Décision n° 10 : Réorienter les pôles de compétitivité vers les produits et services à industrialiser et distinguer les pôles stratégiques à rayonnement international des pôles de développement régionaux.

_ Levier 4 : Produire ensemble

Décision n° 11 : Refonder la Conférence Nationale de l’Industrie (CNI) pour élaborer et mettre en oeuvre des pactes entre les entreprises d’une même filière

Décision n° 12 : Mettre en oeuvre une stratégie de filières

Décision n° 13 : Associer toutes les composantes de l’entreprise à sa stratégie en introduisant au moins deux représentants des salariés au sein du conseil d’administration ou de surveillance comme membres délibérants

 

_ Levier 5 : Renforcer les conquêtes de nos entreprises à l’étranger et l’attractivité de notre pays

Décision n° 14 : Assurer un accompagnement personnalisé à l’international pour 1 000 ETI et PME de croissance dans le cadre de la BPI.

Décision n° 15 : Permettre à nos entreprises de se battre à armes égales avec leurs concurrentes en les faisant bénéficier de dispositifs de financement export

Décision n° 16 : Développer le nombre de VIE (Volontariat international en entreprise) de 25 % en 3 ans et en démocratiser l’accès

Décision n° 17 : Développer une stratégie en matière d’attractivité visant notamment à attirer les talents internationaux et les grands projets d’investissement

Décision n° 18 : Lancer une “Marque France”

Décision n° 19 : Maintenir les atouts de nos infrastructures et déployer le très haut débit numérique sur l’ensemble du territoire

 

_ Levier 6 : Offrir aux jeunes et aux salariés des formations tournées vers l’emploi et l’avenir

Décision n° 20 : Assurer une évaluation permanente de l’adaptation de l’offre des formations aux besoins de compétences des employeurs

Décision n° 21 : Créer dès 2013 10 plateformes territoriales d’appui aux mutations

Décision n° 22 : Renforcer la place des entreprises au sein de l’enseignement technique et professionnel

Décision n° 23 : Favoriser l’embauche de jeunes en apprentissage dans les PME avec l’objectif de 500 000 apprentis en 2017

Décision n° 24 : Proposer aux partenaires sociaux de discuter des modalités de mise en place d’un compte individuel de formation attaché à la personne et non au statut

Décision n° 25 : Engager la “Mobilité internationale 2020”

 

_ Levier 7 : Faciliter la vie des entreprises en simplifiant et stabilisant leur environnement réglementaire et fiscal

Décision n° 26 : Stabiliser sur la durée du quinquennat 5 dispositifs fiscaux importants pour l’investissement et la vie des entreprises

Décision n° 27 : Engager à court terme cinq chantiers de simplification des démarches des entreprises

Décision n° 28 : Mettre en place une démarche durable de simplification, sous l’autorité du Premier ministre

Décision n° 29 : Lancer d’ici à la fin de l’année un exercice de rationalisation des taxes affectées.

 

_ Levier 8 : Assurer une action publique exemplaire et des réformes structurelles au service de la compétitivité

Décision n° 30 : Redresser nos finances publiques pour assurer un environnement financier stable pour nos entreprises.

Décision n°31 : Poursuivre et engager des réformes de structure

Décision n° 32 : Accompagner le développement des PME de croissance innovantes en mobilisant l’achat public.

Décision n° 33 : Rénover le fonctionnement de la justice commerciale pour la rendre plus efficace.

Décision n° 34 : Doter la France d’une nouvelle instance de dialogue, de réflexion prospective et d’expertise.

Décision n°35 : Demander l’introduction d’avis publics d’experts indépendants dans l’élaboration des décisions européennes en matière de concurrence.

 

Le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi structurera l’action du Gouvernement dans les mois et années à venir. L’ensemble des ministres sera pleinement mobilisé pour mettre en oeuvre ce pacte.

La mobilisation de l’État ne prendra tout son sens que si elle est accompagnée par un engagement de l’ensemble des acteurs économiques. La croissance, la compétitivité et l’emploi sont l’affaire de tous et un Pacte est un engagement réciproque.

Le Gouvernement attend en particulier que les entreprises utilisent les marges financières créées par le crédit d’impôt pour investir ou embaucher. Il attend également un comportement exemplaire en matière de rémunérations et de civisme fiscal et social, ainsi qu’une réforme de la gouvernance des entreprises et une participation constructive à la démarche de modernisation de l’action publique en cours.

Le Gouvernement attend également de l’ensemble des partenaires sociaux qu’ils contribuent à faire émerger des résultats rapides et ambitieux dans les négociations sur la sécurisation de l’emploi.

Le Premier ministre recevra, accompagné des ministres de l’Économie et des Finances, du Redressement productif et du Travail et de l’Emploi, les partenaires sociaux pour des rencontres bilatérales dans les tout prochains jours.

Le Premier ministre saisit parallèlement le Haut Conseil du financement pour conduire des analyses et formuler des propositions sur les évolutions nécessaires des modalités de financement de la protection sociale.

La mise en oeuvre du Pacte fera l’objet d’un suivi très précis, auquel le Premier ministre a demandé à Louis Gallois de s’associer. Le Premier ministre réunira les ministres tous les six mois pour évaluer les avancées réalisées, qui seront rendues publiques.

Plusieurs projets de loi seront présentés début 2013 afin de matérialiser les premières décisions de ce pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi.

 

Cet article est le 6ème paru sur ce blog dans la catégorie Hollande Ayrault gouv.

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 12:29

Rassembler les Français pour redresser l’économie

 

Le 5 novembre 2012 sera une date historique pour la France si, comme tout le laisse supposer, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault valide l’esprit et, pour l’essentiel, la lettre du « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française » proposé par Louis Gallois (voir Louis Gallois propose un pacte de compétitivité pour l'industrie française - 5 novembre 2012).

 

Que dit Louis Gallois ?

Voir Les réactions au rapport de Louis Gallois sur la compétitivité (Ouest-France, 6 nov. 2012)

 

Tous les indicateurs le confirment : la compétitivité de l’industrie française régresse depuis 10 ans et le mouvement semble s’accélérer*. La diminution du poids de l’industrie dans le PIB français est plus rapide que dans presque tous les autres pays européens ; le déficit croissant du commerce extérieur marque nos difficultés à la fois vis-à-vis des meilleures industries européennes et face à la montée des émergents.

 

La perte de compétitivité industrielle est le signe d’une perte de compétitivité globale de l’économie française. Car l’industrie ne se développe pas en vase clos : elle dépend des autres secteurs de l’économie, des services et de l’énergie en particulier ; elle dépend de l’écosystème créé par les politiques publiques, de la dynamique des dépenses et des recettes publiques, ou du fonctionnement des services publics, des grandes infrastructures, comme de l’appareil de formation et de recherche ou du marché du travail.

Cette perte de compétitivité est, pour une large part, à l’origine des déséquilibres des finances publiques comme du chômage ; elle limite notre marge de manoeuvre en Europe et dans le monde ; elle menace notre niveau de vie et notre protection sociale ; elle réduit la capacité de croissance de l’économie.

 

L’industrie et les services qui lui sont associés sont clés dans cette affaire : c’est eux qui sont les plus directement exposés à la concurrence internationale ; c’est sur eux que repose le poids du commerce extérieur. L’emploi dans l’industrie est plus qualifié que la moyenne et il a un effet multiplicateur plus fort sur les autres emplois. L’industrie porte une très large part de la recherche et de l’innovation, ainsi que des gains de productivité.

Les pays les plus industrialisés sont ceux qui résistent le mieux à la crise. La reconquête de la compétitivité industrielle doit donc être considérée comme la priorité économique de notre pays : elle conditionne tout le reste. Cette priorité – notamment par rapport aux secteurs abrités – doit se traduire dans les politiques publiques.

 

D’où notre proposition qui « surplombe » celles, plus spécifiques, du présent rapport :

Toute nouvelle disposition législative ou réglementaire significative, toute nouvelle politique lancée par l’État devrait être accompagnée d’un document précisant son impact sur la compétitivité industrielle et les moyens d’en réduire les effets négatifs éventuels.

 

Pour reconquérir sa compétitivité, la France devra accomplir des efforts, manifester une grande persévérance dans l’action. Cela prendra du temps même si de premiers résultats peuvent être obtenus assez rapidement. Cela suppose un fort consensus au sein de la communauté nationale sur la nécessité de cette reconquête et de l’effort nécessaire ; chacun doit avoir le sentiment que l’effort est justement partagé, comme en seront justement partagés les bénéfices lorsqu’ils apparaîtront. Cela suppose aussi une confiance dans la capacité à réussir et une confiance dans l’engagement des différentes composantes de la société. C’est donc un pacte de confiance que le pays doit nouer avec lui-même.

 

L’objet du présent rapport, au-delà du diagnostic, est de proposer un ensemble de mesures cohérentes, servant de base à un pacte entre tous les acteurs de la reconquête industrielle de la France.

 

1re proposition : l’État s’engage à ne pas modifier cinq dispositifs, au moins, au cours du Quinquennat :

- le crédit impôt recherche

- les dispositifs dits « Dutreil » favorisant la détention et les transmissions d’entreprises

- la contribution économique territoriale (68 modifications de la taxe professionnelle en 35 ans !)

- les incitations « sociales » aux jeunes entreprises innovantes, rétablies à leur niveau de 2010.

- les dispositifs en faveur de l’investissement dans les PME, notamment « l’IR PME30» et « l’ISF PME 31» (annonce du Président de la République à la Remise des Prix de l’Audace Créative – le 20/09/2012).

 

2e proposition : introduire dans les Conseils d’Administration ou de Surveillance des entreprises de plus de 5 000 salariés, au moins 4 représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative, y compris dans les comités des conseils.

 

3e proposition : créer un Commissariat à la Prospective, lieu d’expertise et de dialogue social.

Accompagner chaque Loi de Finances d’un rapport sur la situation de l’appareil productif fondé sur les travaux du Commissariat.

 

4e proposition : créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 SMIC – de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB – vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales.

 

5e proposition : mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste.

 

6e proposition : aligner les conditions de crédit et des garanties export, en volume, quotité et taux sur le meilleur niveau constaté dans les pays avancés et créer un « prêteur direct » public.

 

7e proposition : sanctuariser le budget de la recherche publique et celui du soutien à l’innovation sur la durée du quinquennat.

 

8e proposition : créer un mécanisme d’orientation de la commande publique vers des innovations et des prototypes élaborés par des PME : objectif de 2 % des achats courants de l’État.

 

9e proposition : créer, au sein de la BPI, un produit constitué d’actions de préférence sans droit de vote (bénéficiant en contrepartie d’une rémunération privilégiée).

 

10e proposition : élaborer un équivalent du « Small Business Act », comme cadre de cohérence des dispositifs en faveur de la croissance des PME.

 

11e proposition : conditionner les soutiens de l’État aux actions des grandes entreprises à leur capacité à y associer leurs fournisseurs et sous-traitants.

 

12e proposition : renforcer la gouvernance et les moyens des comités de filières de la Conférence Nationale de l’Industrie (CNI).

 

13e proposition : donner aux Régions la responsabilité de coordonner l’action des différentes structures régionales en charge de promouvoir l’innovation et le développement de l’industrie, ainsi que d’animer le dialogue social.

 

14e proposition : systématiser la présence des entreprises dans la gouvernance de l’enseignement technique et professionnel au niveau des établissements (Conseils d’administration), des Régions (établissement des cartes de formation) et au niveau national.

 

15e proposition : doubler le nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat.

 

16e proposition : demander aux partenaires sociaux de négocier les modalités de mise en oeuvre d’un compte individuel de formation, « crédité » soit au début de la vie active, soit chaque année, et attaché non au statut, mais à la personne.

 

17e proposition : confirmer aux Commissaires aux comptes qu’ils doivent obligatoirement joindre à leur avis sur les comptes de l’entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises. Prévoir des sanctions administratives (DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.

 

18e proposition : allonger la « durée » des contrats d’assurance vie par une adaptation de leur régime fiscal ; avantager fiscalement les contrats en unités de compte (c'est-à-dire investis en actions) et les « contrats diversifiés » par rapport aux contrats dits en euros (placements essentiellement obligataires).

 

19e proposition : doubler en cinq ans la capacité de France Investissement (BPI) à développer des partenariats public-privé dans le domaine du capital-investissement pour soutenir les entreprises ayant de forts besoins d’investissement au moment de l’industrialisation de leurs innovations.

 

20e proposition : donner au CGI la mission de porter trois priorités techniques et industrielles : (1) les technologies génériques, (2) la santé et l’économie du vivant et (3) la transition énergétique.

 

21e proposition : accompagner toutes les décisions européennes concernant la concurrence d’un avis d’experts économiques et industriels extérieurs à la Commission ; cet avis serait public.

 

22e proposition : autoriser les entreprises qui le souhaitent à faire présider le Comité d’Entreprise par un représentant des salariés.

 

* Un véritable décrochage

 

Le décrochage de l’industrie française, qui s’est amorcé dans les années 1970 s’est accéléré au cours de la dernière décennie, notamment par rapport à l’Allemagne, mais aussi par rapport à la Suède ou l’Italie. Toutes les analyses récentes convergent vers un même constat : l’industrie française atteint aujourd’hui un seuil critique, au-delà duquel elle est menacée de déstructuration.

 

_ La part de l’industrie (hors construction) dans la valeur ajoutée totale, en France, est passée de 18 %, en 2000, à un peu plus de 12,5 %, en 2011, nous situant désormais à la 15e place parmi les 17 pays de la zone euro, bien loin de l’Italie (18,6 %), de la Suède (21,2 %) ou de l’Allemagne (26,2 %).

 

_ L’emploi industriel (hors construction) s’est également continuellement dégradé : il est passé de plus de 26 % de l’emploi salarié total en 1980 (5,1 millions de salariés) à 12,6 %, en 2011 (3,1 millions de salariés), la France perdant ainsi plus de 2 millions d’emplois industriels en 30 ans.

L’accroissement de la concurrence étrangère, celle des pays européens comme celle de plus en plus présente des pays émergents, expliquerait entre un tiers et la moitié de ces destructions d’emplois sur la période récente (2000-2007).

 

_ L’affaiblissement de l’industrie française se traduit par des pertes de parts de marché considérables à l’exportation : en Europe, premier débouché commercial de la France

(58,4 % des exportations en 2011), la part de marché des exportations françaises est passée de 12,7 %, en 2000, à 9,3 %, en 2011. Sur la même période, les exportations intracommunautaires de l’Allemagne ont progressé de 21,4 % à 22,4 %.

Globalement, le solde de la balance commerciale est passé d’un excédent de 3,5 milliards d’euros en 2002 à un déficit de 71,2 milliards d’euros (soit 3,5 points de PIB), en 2011. La balance hors énergie était de + 25,5 milliards d’euros en 2002, elle est de –25,4 milliards d’euros, en 2011.

 

Cette situation se répercute sur le déficit public et l’endettement de notre pays. La perte de compétitivité a ainsi des conséquences majeures sur l’économie française.

Les drames industriels, que la presse évoque tous les jours, émeuvent à juste titre l’opinion publique et lui donnent le sentiment que l’industrie « fout le camp » et, pire, que c’est irrémédiable.

Cet article est le 27ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 23:13

Vingt-deux mesures pour créer un choc de confiance

 

C’était attendu. Louis Gallois a remis son rapport ce 5 novembre au Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault. Document intitulé « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ».

Voir la vidéo publiée sur le site du quotidien Le Monde ce 5 novembre :

Compétitivité : Louis Gallois prône "un choc de confiance" et appelle au "patriotisme"

 

Plan du document (voir Libération, 5 novembre : Rapport Gallois : toutes les propositions)

 

1re PARTIE – LA COTE D’ALERTE EST ATTEINTE

 

1. Un véritable décrochage

2. Un cercle vicieux prix/hors prix bien identifié

3. Des causes structurelles   

a. Le premier bloc de handicaps concerne la recherche, l’innovation et la formation, mal articulées avec l’industrie

b. Le deuxième bloc concerne des flux de financement insuffisamment orientés vers le tissu industriel

c. Le troisième bloc de handicaps porte sur la faiblesse de la structuration et de la solidarité industrielles

d. Enfin, le dialogue social est insuffisamment productif. Le marché du travail fonctionne mal.

4. Le redressement est possible : la France a des atouts forts qu’elle doit valoriser

 

2e PARTIE – UNE AMBITION INDUSTRIELLE : LA MONTÉE EN GAMME

 

1. La priorité à l’investissement : un choc de confiance

a. Assurer un environnement favorable à l’investissement en France : reconnaissance, stabilité, visibilité

b. Le choc de compétitivité : un choc de confiance

2. Le coût de l’énergie : un atout à préserver

3. La montée en gamme : de l’innovation à l’exportation

 

3e PARTIE – LA STRUCTURATION ET LA SOLIDARITÉ DU TISSU INDUSTRIEL : FAIRE TRAVAILLER LES ACTEURS ENSEMBLE

 

1. Faire croître le nombre d’ETI

2. Renforcer la solidarité des filières industrielles

3. Développer les solidarités territoriales

 

4e PARTIE – LES LEVIERS DE LA POLITIQUE INDUSTRIELLE

 

1. Une formation répondant aux besoins de l’industrie

a. La formation initiale : rapprocher le système éducatif et les entreprises

b. La formation continue : développer les formations qualifiantes et diplômantes

2. Un financement dynamique pour l’industrie

3. Le Commissariat Général à l’Investissement : l’instrument de l’État au service de la préparation de l’avenir

 

5e PARTIE – POUR UNE POLITIQUE INDUSTRIELLE EUROPÉENNE

 

1. Une stratégie industrielle européenne trop générale et lacunaire

2. La politique de recherche – les grands programmes au service de l’innovation et de l’ambition européennes

3. La politique de la concurrence au service de la compétitivité

4. La politique commerciale extérieure au service de « l’ouverture équitable »

5. La politique monétaire extérieure au service de la croissance

 

6e PARTIE – POUR UN NOUVEAU PACTE SOCIAL

 

1. La concertation sur le financement de la protection sociale

2. La négociation sur les Institutions Représentatives du Personnel (IRP)

3. La négociation sur la sécurisation de l’emploi

4. Un Pacte Social

 

CONCLUSION

PRINCIPALES PROPOSITIONS DU RAPPORT

ANNEXES

 

Pour en savoir plus sur l’auteur du rapport, voir JOLpress, 5 novembre 2012 :

Louis Gallois, un grand patron iconoclaste

 

Louis Gallois est né en 1944 à Montauban. Lors de son passage à l’ENA (promotion Charles de Gaulle, 1970-72), il adhère à la CFDT, qui vient de créer une section au sein de l’école, et s’encarte au PS avec l’un de ses plus vieux amis, Jérôme Clément, ancien patron de la chaîne Arte. Diplômé d’HEC, il commence alors sa carrière comme haut fonctionnaire, en intégrant en 1972 la direction du Trésor, sous le regard bienveillant de Pierre Bérégovoy et Pierre Joxe.

En 1981, il devient le directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Recherche et de la technologie. Il sera ensuite nommé directeur général de l’Industrie au ministère de l’Industrie, puis chargé de mission au ministère de l’Économie, des finances et de la privatisation.

Directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement au ministère de la Défense, en 1988, c’est ce poste qui le conduira à travailler dans le secteur aéronautique en devenant PDG de la SNECMA (motoriste aéronautique et spatial de premier rang) puis de l’Aérospatiale en 1992. Il quittera l’entreprise juste avant la fusion avec Dassault Aviation.

En 1996, il remplace Loïk Le Floch-Prigent à la tête de la SNCF, puis devient co-président d’EADS et président d’Airbus en 2006. Louis Gallois sera président du groupe EADS en 2007. Lorsqu’il quitte le groupe en mai dernier, il peut se féliciter des très bons chiffres du groupe : plus de 1400 commande dans l’année, un carnet de commande de 540 milliards d’euros et du cash à hauteur de près de 11 milliards d’euros.

Le 10 octobre 2011, il fonde La Fabrique de l'Industrie, un laboratoire d'idées, destiné à ouvrir et stimuler la réflexion sur les enjeux et les perspectives de l'industrie. Il est également président de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (FNARS), une fédération française d'organismes et d'associations proposant aux personnes en situation de grave détresse sociale un accueil, un hébergement et une aide à la réinsertion sociale.

Des qualités remarquées et appréciées

Ses anciens collaborateurs parlent d’un homme très attaché au patriotisme économique « Pour lui, l'aéronautique est une industrie de souveraineté, il considère cela comme une donnée de base », a confié à Challenges l’un d’entre eux. Passionné mais aussi homme de terrain, il a toujours voulu épargner au mieux les salariés lors des plans sociaux ou des restructurations des entreprises qu’il a dirigées.

Entré à la SNCF dans un contexte social extrêmement tendu, il s’est révélé être un expert en dialogue social, apprécié et respecté des cheminots. Lorsqu’il quitte l’entreprise en 2006 pour rejoindre le groupe EADS, ses qualités de dirigeant ont été publiquement et unanimement saluées par les syndicats. Son passage à la tête du groupe aéronautique a confirmé ces qualités : 

« C'est un patron qui défend les intérêts de l'État et des actionnaires, et il ne s'en cache pas. Mais, à la différence de Noël Forgeard (ancien patron d’EADS, ndlr), il tient à ce que les organisations syndicales soient informées en priorité », confiait à la mi-octobre Xavier Petrachi, délégué syndical CGT à Airbus, à l’Expansion.

En outre, lorsqu’il prend la direction du groupe, il refuse un salaire supérieur à 180 000 euros par anNoël Forgeard touchait un salaire de 2,33 millions d’euros. Or les statuts d’EADS prévoient que les salaires versés aux deux co-présidents soient identiques. Louis Gallois a alors proposé que la différence entre son salaire et celui de son homologue allemand Thomas Enders, soit reversé à des associations humanitaires.

Rappel : Soirée-débat avec Louis Gallois le 15 octobre 1987 à Saint-Berthevin - 4 novembre 2012 et  Débat sur l'industrie avec Louis Gallois à Saint-Berthevin (53) - 15 oct.1987 - 5 novembre 2012 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 21:03

Europe libérale ou Europe solidaire et de croissance ?

 

Louis Gallois, commissaire à l’investissement, a remis ce 5 novembre son rapport au Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault. Pacte pour la compétitivité de l’industrie française, tel est le titre de ce document, si attendu et beaucoup commenté, avant même sa publication.

 

C’est l’occasion de revenir sur la soirée-débat organisée par la section locale du PS de Saint-Berthevin sur le thème « L’industrie française : comment redresser la pente ? ». C’était il y a 25 ans, à Saint-Berthevin (Mayenne) - la ville dont j’ai été le maire entre 1990 et 2001 - avec la participation très appréciée de Louis Vincent, qui n’était autre que Louis Gallois. Voir Soirée-débat avec Louis Gallois le 15 octobre 1987 à Saint-Berthevin - 4 novembre 2012.

 

Voici des extraits du compte rendu du débat qui avait suivi l’exposé de Louis Gallois, le 15 octobre 1987. Vous découvrirez des idées qui ont certainement quelque chose à voir avec le « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ».

 

« L’industrie française : comment redresser la pente ? »

 

Pierrick Collin : A force de mettre les aspects financiers en avant, ne va-t-on pas vers une perte de l’identité française ? N’y a-t-il pas danger dans la fuite en avant vers 1992 dans les conditions actuelles ?

 

Louis Gallois : 1992, c’est la « ritournelle », soit du « vent » (Chirac fait sa campagne là-dessus pour passer par-dessus 1988), soit quelque chose de sérieux et, alors, il faut y regarder à deux fois.

Si nous partons pour 92 avec des pays qui, comme actuellement, ne s’entendent que pour démanteler, jamais pour construire (difficulté de l’Europe spatiale et pour établir un tarif extérieur commun, désaccord vis-à-vis de l’attaque des USA sur les exportations de maïs en Espagne et au Portugal…), l’échéance de 1992 devient extrêmement dangereuse. Car fin 1992, il n’y aura plus de frontières entre les 12 et chaque pays, isolément, ne pourra plus se défendre. En forçant un peu le trait, nous risquons d’avoir les pieds et poings liés dans une zone de libre-échange, sans politiques communes.

 

Or, quel est notre projet, notre défi ? C’est, au contraire, de faire de 1992 l’échéance des politiques communes, celles qui viennent d’être évoquées (relance) et celle de la baisse concertée des taux d’intérêt, qui est davantage réalisable au niveau de l’Europe que par un seul pays, celle aussi de la politique industrielle (normes communes à l’Europe, préférence pour les marchés publics aux entreprises européennes, aides communautaires).

Le partage est toujours entre une Europe libérale et une politique de construction d’une Europe solidaire et de croissance.

Les socialistes, eux-mêmes, doivent faire attention quand ils disent 92, 92, 92… Nous ne voulons pas de n’importe quel 92, et en particulier de cette Europe libérale. Il n’est pas sûr que cela ne fasse pas débat à l’intérieur du PS.

 

Il faut revenir sur la baisse des taux d’intérêt, même si c’est compliqué. Les taux d’intérêt, quand ils sont élevés, paralysent l’investissement et la vie économique. Ils sont élevés parce que les USA vivent à crédit (sur notre dos). Ils empruntent 150 milliards de dollars par an au reste du monde. Pour attirer ces capitaux et  pour défendre leur monnaie, ils sont obligés de maintenir les taux d’intérêt élevés, et les autres pays en font autant. La solution appartient aux Américains eux-mêmes, qui devront faire l’effort de ne plus vivre à crédit et de baisser leur niveau de vie.

Ce n’est pas évident en pleine année électorale car Reagan tient à maintenir la croissance à un niveau élevé (3,5 à 4 % en 1987, mais à nos frais, même si on en profite un peu par nos exportations aux USA.

Les 150 milliards de dollars prélevés sur l’épargne mondiale se traduisent par des intérêts élevés. Mais en France, nous avons une petite cause secondaire aux taux d’intérêt élevés, ce sont les privatisations. La ponction de 50 à 70 M² F sur les marchés financiers crée aussi un appel d’air et, si nous avons actuellement les taux d’intérêt les plus élevés du monde (8 % en taux réel, inflation déduite), c’est à la politique de privatisations de Monsieur Balladur que nous le devons.

 

Qu’est-ce que la « financiarisation » de l’économie ?

C’est le fait qu’il est plus intéressant d’investir sur les marchés financiers que dans les entreprises (investissements productifs). La Bourse monte (40 %, 50 % en une année, plus de 100 % au Japon).Actuellement, elle baisse mais c’est qu’on a construit une pyramide artificielle avec des masses financières qui se déplacent sans base réelle. Cette « baudruche » va se dégonfler un jour. C’est de l’inflation concentrée, mais cela ne marche que par la perspective de nouvelles augmentations. Un jour, cela ne monte plus car plus personne n’apporte de l’argent. Quand ? Demain ? Pas sûr. Ce sera peut-être à nous de dégonfler la « baudruche » et l’on nous accusera de tuer la Bourse mais il faudra sans doute le faire. Ce ne sera pas simple, car les mouvements de capitaux se font maintenant sur un message d’ordinateurs à la vitesse de la lumière.

 

Claude Piou : A-t-on vraiment le choix par rapport à l’Europe ? Ne serait-il pas plus dur d’en sortir que d’y rester, même si ce n’est pas satisfaisant ?

 

Louis Gallois : Il n’est absolument pas question de quitter la CEE, ce serait totalement irresponsable. Mais, sur le plan monétaire, nous avons un véritable problème parce que nous sommes depuis 1979 (Système Monétaire Européen SME) dans une zone mark qui ne nous permet pas une croissance supérieure à 1 ou 2 %. Nous n’avons pas la maîtrise de notre monnaie puisque nous sommes liés au mark, qui est constamment poussé à la hausse.

 

Les Anglais ne veulent pas entrer dans le SME, les Italiens ont pris des marges de manœuvre. Nous sommes le seul grand pays, en dehors de l’Allemagne, à y être. Ou nous y sommes tous, ou nous n’y sommes pas. Les Anglais, en 1986, ont baissé leur monnaie de 25 % par rapport au deutschmark et de 18 % par rapport au franc français. Ils font 4 % de croissance cette année (après avoir, il est vrai, pris du retard).

Le SME est formidable pour les Allemands : il leur sert d’amortisseur. A nous, il sert de garrot. Il y a besoin de rééquilibrer. Nous devons faire le pari de l’Europe, en nous appuyant sur les forces sociales qui vont dans le même sens que nous (le PSD allemand, les travaillistes anglais…). La partie n’est pas perdue. Il faut parler fermement aux Allemands, notamment de leur sécurité, mais il faut aussi que nous ayons une porte de sortie si ça ne marche pas.

 

Philippe Minzière : Quelle sera la place des ouvriers dans le redressement de l’économie ?

 

Louis Gallois : De nombreux chefs d’entreprise disent que la gauche a réussi à faire passer entre 1981 et 1986 des choses que la droite n’aurait jamais réussi à faire passer. Ils disent également que c’est pendant cette période que l’esprit d’entreprise est venu aux Français.

Ils portent un jugement globalement positif sur cette période en disant que, passé les « frasques » de la 1ère année, quand les socialistes sont devenus sages, on a réussi à faire beaucoup de choses…  Est-ce cela qu’il faut recommencer ? Non. Il faut tirer les enseignements de ce qui s’est passé.

 

Sommes-nous capables de créer une nouvelle dynamique sociale dans ce pays ? Après la guerre 1939-45, il y a eu un compromis entre les forces sociales en France. Les classes possédantes étaient affaiblies car déconsidérées après Vichy et prêtes à la discussion. Il a été dit aux travailleurs : « pouvoir d’achat-sécurité sociale-emploi ». Et les travailleurs ont dit « alors, on bossera ». C’est Thorez qui a dit « Il faut travailler dans les usines ».

 

Ce compromis social de 1945, sur lequel s’est fait la reconstruction du pays pendant 30 ans, s’est épuisé avec la crise. Sommes-nous capables, nous socialistes, de réfléchir à un nouveau compromis social qui n’exclut pas les affrontements mais qui offre de nouvelles perspectives pour le redressement de l’appareil productif, l’emploi, la compétitivité, la croissance.

 

Sommes-nous capables de dire : « oui, on peut sortir du chômage » ? Dans ce cas, tout le monde s’y met et un compromis peut être passé entre des travailleurs qui renoncent à certains « acquis » (aménagement du temps de travail, mobilité…) et des patrons qui apportent des contreparties en termes d’emplois, de qualifications, de démocratie sociale et économique.

C’est une affaire de longue haleine, peut-être 5 ans, mais l’autre perspective, c’est 4 millions de chômeurs en 1995 (20 % de la population active) annoncés par l’INSEE, ce qui signifie un pays désarticulé, une jeunesse désespérée, des solidarités sociales qui éclatent, le retour en force des corporatismes, un pays paralysé.

Le chômage, c’est la lèpre. Les socialistes ne peuvent rester silencieux. Ils doivent proposer une perspective au pays, laquelle n’est envisageable que s’il y a mobilisation de toutes les forces du pays, le monde du travail au premier rang car les travailleurs, contrairement aux capitaux, sont attachés au sol de France.

C’est donc une tache tout à fait essentielle pour nous de réfléchir à cette nouvelle dynamique sociale, qui est le corollaire indispensable de la croissance et des politiques de compétitivité.

Cet article est le 25ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 22:35

L’industrie française : comment redresser la pente ? 

 

Il m’avait demandé de le présenter sous un faux nom, Louis Vincent, car il ne voulait pas que l’organisation patronale qui l’avait embauché, après son départ du ministère de l’industrie, découvre dans la presse qu’il intervenait dans des réunions socialistes. Directeur de l’industrie de 1982 à 1986, Louis Gallois (voir Wikipédia)* était l’invité du PS à Saint-Berthevin ce soir de tempête (elle commençait au moment où je le reconduisais à son hôtel à Laval, peu avant minuit) le 15 octobre 1987.

 

La soirée, dans une salle du Centre de Rencontres de Saint-Berthevin en Mayenne, s’était partagée en trois parties : des témoignages concernant l’industrie mayennaise, l’exposé de Louis Gallois et le débat. Ce fut l’une des réunions politiques les plus intéressantes auxquelles j’ai participé depuis 1973.

 

Le texte qui suit reste d’une brûlante actualité en 2012 - 25 ans après. C’est un compte rendu de l'exposé de Louis Gallois, que j’ai rédigé à partir de l’enregistrement réalisé par mon ami Georges Garel, qui était alors secrétaire de la section PS de Saint-Berthevin.

 

« L’industrie française : comment redresser la pente ? »

 

L’INDUSTRIE FRANCAISE - DESCRIPTION DE LA SITUATION

 

Ce qui se passe en Mayenne se retrouve au niveau national où le tissu industriel se rétrécit au fur et à mesure des restructurations. L’industrie française connaît une phase de déclin qui, curieusement, coïncide avec une très bonne santé d’un grand nombre d’entreprises. C’est cette situation qu’il faut expliquer.

La production industrielle en 1987 est équivalente à celle de 1979, alors que la croissance de l’économie française et mondiale sur la même période s’est située entre 1 et 2 % par an. Cela traduit une perte de parts de marché en France et à l’étranger. Cette stagnation touche d’autres pays européens mais, par contre, certains font mieux que nous.

Les conséquences sont sensibles au niveau du commerce extérieur des produits manufacturés :

            En 1984 : solde mensuel positif de 8 milliards de francs (import-export).

            En 1987 : solde mensuel négatif de 2 milliards de francs ‘1er semestre)

Soit une différence de 10 milliards F par mois X 12 = 120 milliards F par an.

Ce qui se traduit par une perte de plusieurs centaines de milliers d’emplois.

 

C’est cela la « perte de compétitivité » française. Autrement dit, d’autres sont meilleurs que nous sur les marchés. Nos produits sont fortement concurrencés à deux niveaux : le « haut de gamme » et l’innovation ; ce qui nous fait perdre des marchés dans les pays industrialisés (consommateurs plus exigeants). D’autre part, les marchés des pays en développement se tarissent (ils sont asphyxiés par le surendettement).

Nous sommes donc « coincés » entre, d’un côté, les pays « hyper compétitifs » (Japon, Allemagne, bientôt l’Italie) et de l’autre, les nouveaux pays industrialisés (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, mais aussi l’Espagne, le Portugal, le Brésil, le Mexique, l’Inde…).

Le « catalogue » de l’industrie française est « mité ». De plus en plus de produits ne sont plus fabriqués en France. Nous sommes obligés d’importer (60 % de nos biens d’équipement viennent de l’étranger). C’est ce qui explique qu’une relance (souhaitable) de l’investissement relancerait les importations. Et, pourtant, les entreprises vont bien. Certaines vont beaucoup mieux (augmentation des profits de 20 à 30 % cette année) parce que, depuis 1983-84, des mesures ont été prises pour restaurer leurs marges.

Mais on ne constate aucun progrès dans la situation globale de l’industrie française. C’est la même chose en Grande-Bretagne où, comme en France, les entreprises investissent de préférence à l’étranger. La conséquence est la « déstructuration » du tissu industriel du pays. Les sous-traitants ou « donneurs d’ordre » disparaissent, laissant l’entreprise esseulée. Elle ne vit plus dans un ensemble cohérent qui la porte. Elle n’a plus de relations proches.

 

Le problème de l’industrie française, c’est que les entreprises (dont beaucoup sont désormais prospères) sont obligées de vivre dans un tissu industriel qui n’est pas structuré (« mité »). On ne peut éviter de parler d’un certain « déclin » industriel, même si le mot n’est pas agréable.

-          Entre 1981 et 1986, on a « sauvé les meubles » mais sans pouvoir inverser la tendance. On a empêché des disparitions d’entreprises : Bull, Péchiney, Thomson… On a bien aidé Rhône Poulenc. On a évité que l’industrie textile soit davantage laminée.

-          Depuis mars 1986, le libéralisme n’a fait qu’accentuer le contraste entre des entreprises prospères en position sociale forte et un tissu industriel qui, globalement, se déstructure.

 

ALORS QUE FAIRE ?

 

Trois grands axes d’actions :

1-       Le trio de la compétitivité : formation, recherche, investissement.

2-       Actions structurelles : pour combattre les faiblesses du tissu industriel.

3-       Conditions plus générales dans lesquelles une politique industrielle peut réussir en France.

 

1- Le trio de la compétitivité : formation, recherche, investissement (ce sont des choses évidentes, mais encore faut-il les faire et les payer !).

 

a) La formation ; les entreprises qui réussissent sont celles qui font l’effort de la formation : capacité d’adaptation à des métiers nouveaux, à des nouvelles technologies, à de nouvelles formes de travail qui nécessitent beaucoup d’initiative de la part des salariés.

Dépenses des entreprises pour la formation professionnelle :

-          En Allemagne (RFA) : 83 milliards F (M² F)

-          En France : 23 M² F

Toutes choses égales par ailleurs, c’est plus de deux fois plus d’effort de formation en Allemagne qu’en France. Sur 20 ans, les effets sont cumulatifs. Faut-il s’étonner que les Allemands aient une qualité et un degré d’innovation supérieurs, des formes de travail plus productives ?

Au Japon, toute la classe d’âge est portée au niveau du baccalauréat alors qu’en France, l’objectif de 80 % en l’an 2000 est qualifié d’irréaliste… C’est dire l’ampleur du défi à relever en matière de formation.

Comment agir ? En aidant les entreprises à accroître leurs efforts de formation : par un crédit d’impôt formation, ce qui a été fait pour la Recherche en 1983 et repris par le gouvernement actuel.

Toute entreprise qui accroît son effort de formation peut déduire de ses impôts une partie de l’accroissement de l’effort. Ce sont les PME qui en ont le plus besoin, elles qui ont beaucoup hésité, jusqu’à présent, à s’y engager.

 

b) La recherche ; c’est le « nerf de la guerre ».

Pour être dans la course dans 20 ans sur le plan technique, il nous faut porter notre effort de recherche au niveau du Japon, de l’Allemagne, des USA, voire de la Grande-Bretagne, ce qui revient à passer de 2,2 % de notre produit national (taux actuel) à environ 3 % l’an en 1992, soit une progression de 0,8 % qui correspond à 40 M² F, ce qui est l’équivalent du « trou » de la Sécurité sociale que nous laissera Séguin en juin 1988.

Le principal effort est à porter sur la recherche industrielle car c’est là que le bât blesse. Cet objectif n’est pas irréalisable mais cela suppose de ne pas se contenter de boucher les trous…

 

c) L’investissement : il est insuffisant depuis 1973. Actuellement, l’investissement est surtout consacré à la réduction du coût du travail (substitution capital-travail) mais trop peu à l’innovation et à la fabrication de produits nouveaux.

Une relance de l’investissement est indispensable. Il y a sur ce point un débat à l’Assemblée Nationale pour la préparation du budget 1988. Les socialistes font des propositions. D’abord, la relance de l’investissement suppose l’assainissement de la situation financière des entreprises, ce qui est fait. D’autre part, les entreprises investissent quand elles ont des marchés, quand il y a de la croissance. Il y a peut-être parmi les marchés perdus depuis 7 ou 8 ans des marchés à reprendre. Ce qui suppose de leur part une capacité d’initiative.

Elles investissent quand il est plus intéressant d’investir que de placer son argent sur les marchés financiers. Ce problème est plus compliqué. Il faut rendre l’investissement productif plus « rentable » que l’investissement financier. Comment ? En réduisant certains impôts si le bénéfice est réinvesti dans l’entreprise. Les socialistes proposent dans ce cas de ramener l’impôt sur les sociétés de 42 à 35 % ; par compensation, le taux d’imposition sera plus élevé sur le bénéfice distribué aux actionnaires (pour financer la ressource correspondante). Autre possibilité : le crédit d’impôt investissement.

De toute façon, il faut agir car les taux d’intérêt sont si élevés que toutes les entreprises sont incitées à placer leur argent sur les marchés financiers :

-          taxer les revenus des placements financiers,

-          tout faire pour réduire les taux d’intérêt (ce point doit être développé par ailleurs).

Le financement du trio de la compétitivité suppose un plan urgent dès notre retour au pouvoir, d’où l’idée d’un emprunt dans le pays, remboursable sur 2 ou 3 ans, placé sur un compte spécial, clairement affecté à la formation, à la recherche et à l’investissement.

Mais la condition essentielle de ce financement est l’obtention d’un minimum de croissance. Comme la vitesse est indispensable à la bicyclette pour rouler, il faut de la croissance à un pays comme la France, qui ne roule bien qu’à une certaine vitesse. Entre 1 et 2 % de croissance, l’économie reste immobile, ce qui est le cas actuellement.

 

2- Actions structurelles, pour combattre les faiblesses du tissu industriel français.

 

Trois faiblesses fondamentales : un modèle de gestion industrielle dépassé, un tissu industriel déstructuré (ou insuffisamment solidaire), un problème de dirigeants d’entreprises.

 

a) Un modèle de gestion industrielle dépassé.

L’industrie française s’est constituée dans les années 1960 à partir d’une main-d’œuvre sous-qualifiée, provenant de l’exode rural et de l’immigration, ce qui a modelé tout le tissu industriel :

-          développement du taylorisme : travail à la chaîne, rôle d’exécutants, peu de réflexion, peu de responsabilité, caporalisme dans les usines, main-d’œuvre sous-payée et non préparée au travail industriel, formation non jugée nécessaire.

-          Rapports sociaux modelés par les conditions de production (relations maîtrise-ouvriers ou maîtrise-ingénieurs),

-          Modèle de production jugé satisfaisant parce que non coûteux à l’époque (faible coût du travail).

La réaction a été trop tardive. Elle s’est traduite par des licenciements. Ce modèle de gestion est complètement dépassé dès lors qu’il s’agit désormais de miser sur la qualité, le respect des délais, la motivation du personnel, l’esprit d’initiative, la capacité d’adaptation des travailleurs, le développement des nouvelles technologies (cf Japon et Allemagne : main-d’œuvre très qualifiée).

Il va falloir complètement changer et s’adapter. C’est une réforme gigantesque, qui suppose formation mais aussi transformation du mode de production et des relations sociales dans les entreprises.

L’Etat n’a pas de baguette magique. Son rôle est, au moins, de fixer le cap, situer les enjeux, et s’appuyer sur ceux qui acceptent de s’engager dans cette voie, et il y en a, heureusement !

 

b) Un tissu industriel insuffisamment solidaire.

Sur ce point, l’Etat peut agir, en particulier auprès des PME. Toutes les entreprises sont en situation de concurrence et de coopération. Les grands pays industriels (Japon, Allemagne, Italie) ont bien compris ce qu’en France on ne sait pas faire : s’entendre entre entreprises pour gagner des marchés. Certes, la concurrence a un effet bénéfique (stimulant) mais il faut aussi savoir valoriser toutes les relations de coopération entre entreprises, surtout à l’exportation.

 

Deux entreprises d’un même pays se battant pour un marché en Indonésie, on ne trouve cela qu’en France. Deux Japonais en présence dans les mêmes conditions s’entendent très vite. Les deux entreprises françaises préfèreront laisser la place à un Japonais plutôt que s’allier pour gagner ce marché. En France, on admet très bien qu’un vendeur soit battu par un Japonais (« ils sont les meilleurs ») mais si c’est par une autre entreprise française, on dira de ce vendeur que c’est un incapable… C’est tout un état d’esprit qu’il faut changer.

 

L’Etat peut intervenir en aidant tout ce qui va dans le sens de la coopération entre entreprises (le partenariat). Par exemple, dans le Choletais, cela fonctionne bien entre les entreprises de bonneterie : concertation sur les fournisseurs, structures d’exportation et laboratoires en commun. L’Etat peut jouer un grand rôle. Il l’a démontré par le biais des entreprises nationales et du secteur public.

Ce qui marche bien en France dans l’industrie française a été structuré autour des grands services publics. L’électronique et l’aéronautique se sont développés autour de la Délégation Générale à l’Armement, les télécommunications autour de la DGT, le matériel ferroviaire autour de la SNCF et de la RATP, l’espace autour du CNES, le génie électrique autour d’EDF et du CEA…

 

Ce lien entre les grands pôles publics et les entreprises privées est une spécificité française. C’est un atout formidable que la droite est en train de remettre en cause. Une des légitimités les plus fortes du secteur public et des entreprises nationales est de structurer le tissu industriel autour d’eux.

Un exemple : l’équipement automobile.

-          Peugeot et Renault dans le passé ont serré les prix au point d’écraser leurs sous-traitants, qui ont été absorbés par de Benedetti (Valéo) et Fiat, leur concurrent.

-          Wolkswagen, par contre, a joué la politique de la qualité chez ses sous-traitants tout en leur laissant suffisamment de marge pour vivre. Ils sont les meilleurs aujourd’hui (Peugeot et Renault ont pris conscience de leurs erreurs ; ils ont changé leurs méthodes, mais trop tard).

Cet exemple est très illustratif de ce que nous pouvons demander à nos entreprises nationales jouer avec leur environnement industriel la carte de la qualité, de la promotion mutuelle et de la coopération. C’est une des raisons d’être essentielles du secteur public et c’est pourquoi il importe qu’il reste fort en France.

 

c) Le problème des dirigeants d’entreprises (« ils pourraient être meilleurs »…).

 

Vieillissants (génération d’après-guerre, près de la retraite), ils ont une approche trop hexagonale, patrimoniale (maîtrise de la propriété), frileuse (mais ils ont subi des douches froides dans les années 1970 après s’être endettés excessivement). C’est la faiblesse du capitalisme français. On attend de nouvelles couches de dirigeants. Ce sera peut-être notre responsabilité, en revenant au pouvoir, de favoriser l’éclosion de nouveaux entrepreneurs, plus nombreux, dans le cadre d’un système d’économie mixte où le secteur capitaliste reste très important. Le renouvellement peut aussi se faire par la reprise des entreprises par les salariés.

 

Ce qui est le plus important, c’est de mettre les dirigeants d’entreprises devant leurs responsabilités vis-à-vis de leurs actionnaires et de leurs salariés. Ce doit être le rôle des banques nationalisées de devenir plus actionnaires des entreprises, éventuellement par le biais de filiales, et d’être des actionnaires exigeants vis-à-vis des patrons, lesquels ont besoin d’être mis en responsabilité. Quand on voit le système allemand où les banques jouent un rôle essentiel dans l’actionnariat, on pense à ce que nous aurions pu faire avec notre secteur bancaire public pour revivifier notre tissu industriel et, éventuellement, nous séparer de certains dirigeants incompétents. En laissant Monsieur Mantelet, 86 ans, continuer de présider Moulinex qui est, maintenant, au bord du désastre, nous avons pris une lourde responsabilité. M Mantelet fut, certes, génial, et son entreprise formidable. Mais il n’est plus capable d’être dirigeant à cet âge et personne n’a osé le lui dire parce qu’il est le propriétaire de son entreprise. Les banques avaient les moyens de lui dire : prenez votre retraite. C’est cela la mise en responsabilité par rapport aux actionnaires mais aussi aux salariés.

 

Quand on évoque ce point (responsabilité envers les salariés), il faut parler de la flexibilité. Ce mot ne nous plaît pas car il est chargé d’une certaine histoire depuis 4 ans mais c’est une réalité. Ce qu’il vaut mieux appeler capacité d’adaptation devient une réalité quotidienne avec la formation, la mobilité plus grande à encourager, l’aménagement du travail (ce ne sont pas des choses faciles).

Mais, en face, il doit y avoir des contreparties pour les salariés. Comment et par qui est contrôlée cette flexibilité ? Seulement les dirigeants d’entreprise ou doit-il y avoir intervention des syndicats ? L’expérience de cette entreprise lavalloise (Salmson) est intéressante et il y a eu de nombreux accords syndicaux sur le plan national, y compris avec la CGT.

 

La question essentielle est la suivante : quelles compensations pour les salariés, en termes de qualifications, de justice sociale, d’emplois, de capacité de concertation et de négociation ?

Il y a les termes d’un nouveau dialogue social, un peu rude à la fois pour les dirigeants mais aussi pour les syndicats, qui sont obligés de changer de discours. On n’y discute plus seulement de pouvoir d’achat mais aussi de l’avenir de l’entreprise, de la productivité, du partage des gains de productivité (aux salaires, à l’emploi, à la compétitivité de l’entreprise ?), du programme d’investissements, de formation, de recherche.

On y débat du projet d’entreprise. Et, pour les travailleurs, comme pour les dirigeants, il faut articuler une pratique qui reste conflictuelle (les intérêts sont divergents) avec une sorte de coresponsabilité qui doit s’organiser de telle façon que les travailleurs ne servent pas de faire-valoir aux dirigeants (ceux-ci sont en responsabilité vis-à-vis des travailleurs).

 

3- Conditions de mise en œuvre de cette politique : la croissance, l’Europe industrielle, le plan

 

a) La croissance

Pour mettre en œuvre cette politique, il faut un minimum de croissance pour financer le « trio de compétitivité » et un minimum de solidarité (la sécurité sociale est victime du chômage et du manque de croissance). On sait très bien que les comportements des individus (patrons, consommateurs) sont fortement influencés par les perspectives de croissance.

Mais comment obtenir cette croissance, au niveau français ou européen ?

Actuellement, si les pays européens voulaient relancer ensemble la croissance, ils pourraient le faire ; il y a des réserves de croissance en Europe et les grands équilibres sont établis. La croissance ne serait pas génératrice de déséquilibres. Si ce n’est pas fait, c’est parce que l’Allemagne n’y est pas favorable. Notre devoir est de la convaincre d’accepter cette initiative de croissance européenne, qui pourrait entraîner un gain de croissance de 1 à 2 %, qui serait de nature à changer totalement le climat en France.

Convaincre l’Allemagne, cela signifie lui parler de sa sécurité, mais c’est un autre sujet.

En cas de refus de l’Allemagne, si on en restait à une Europe du démantèlement unilatéral, avec suppression des barrières internes et externes, les perspectives pour 1992 seraient très sombres et les déséquilibres entre le Nord et le Sud de l’Europe s’accentueraient au détriment du Sud et de la France et en faveur de l’Allemagne.

Notre pari, c’est jouer 1992 dans la croissance, sinon mieux vaut ne pas le jouer et reprendre notre liberté. La domination monétaire de l’Allemagne fait que la France se situe dans la zone mark et l’issue ne fait pas de doute : c’est le pot de terre contre le pot de fer.

Dans ce cas, le retrait du système monétaire européen devrait être décidé, ce qui n’a rien de dramatique (la Grande-Bretagne n’y est pas) et nous obligerait à une rigueur soutenue pour faire face à la responsabilité de notre monnaie.

 

b) Politique industrielle européenne

Elle est, actuellement, à la croisée des chemins :

-          soit vers le démantèlement libéral,

-          soit vers la construction de politiques communes.

Le marché unique de 1992 peut être une catastrophe si l’on continue comme maintenant. Ce peut aussi être une chance si l’Europe sait se doter de politiques communes (recherche, grands programmes, aides aux secteurs défavorisés) avec protection extérieure.

 

c) Le plan

Il est indispensable pour un redressement industriel qui a besoin d’une dizaine d’années pour se réaliser. Un plan moderne et adapté suppose :

-          des grands engagements contraignants de l’Etat,

-          un éclairage pour les entreprises afin que celles-ci puissent s’associer de manière contractuelle aux objectifs de l’Etat.

Le cap doit être mieux défini par temps de grands vents et de turbulences. C’est ce que n’ignorent pas les marins…

 

* Le « rapport Gallois » : Louis Gallois a récemment quitté la présidence d’EADS - voir EADS change de direction : retour sur le profil de Louis Gallois (BFMTV, 31 mai 2012) - puis il a été nommé Commissaire général à l’investissement. Voir Louis Gallois revient dans le champ de la politique industrielle française - 9 juin 2012. Le Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, lui a demandé un rapport sur la compétitivité de l’économie française, qu’il lui remettra le 5 novembre 2012. 

Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 21:06

L’Allemagne pourrait subir les conséquences de sa politique

 

La presse s’est fait l’écho des déclarations de l’ancien chancelier allemand, Gerhard Schröder, qui frôlaient l’indécence à l’égard du président de la République française, François Hollande (voir L'Allemagne, donneuse de leçons d'austérité, cherche à imposer sa loi - 3 novembre 2012).

 

Manif Antilles Laval 003 TDans l’éditorial qui accompagne ce 4 novembre la mise à jour hebdomadaire de son site Mes Allemagnes, Jacques Omnès revient sur l’outrecuidance du chancelier social démocrate qui se faisait appeler en Allemagne « le camarade des patrons » et qui, abandonnant la vie politique, s’est empressé de servir les intérêts du consortium germano-russe chargé de la construction et de l'exploitation du gazoduc de la Baltique Nordstream.  

 

En fait, l’Allemagne pourrait bientôt trouver des inconvénients aux politiques Schröder-Merkel quand elle verra ses débouchés en Europe se réduire sous l’effet de ces politiques d’austérité.

 

Editorial

 

"La France est-elle en train de devenir la nouvelle Grèce ?" ("Wird Frankreich das neue Griechenland?") s'interrogeait le journaliste Nikolaus Blome dans le journal à scandale Bild le 30 octobre dernier. Cette grave question, posée en marge de la "conférence européenne" organisée par l'institut du milliardaire Nicolas Berggruen à Berlin, s'appuyait notamment sur des déclarations de l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. Celui-là même qui, avec son "Agenda 2010", a été en 2003 l'initiateur d'une politique d'austérité, dont chacun peut constater aujourd'hui les ravages en Allemagne (augmentation des inégalités, de la précarité et de la pauvreté). Et il prétend aujourd'hui faire la leçon à ses camarades socialistes français : le maintien de la retraite à 60 ans - pour un nombre pourtant très restreint de bénéficiaires - ne serait pas finançable,  l'augmentation de la pression fiscale ferait fuir les capitaux, etc.

Madame Parisot et le Medef applaudiront certainement aux propos de celui qu'on appelait outre-Rhin "le camarade des patrons". Le peuple français, en revanche, a toutes les raisons de se méfier des conseils d'un "social-démocrate", qui, après avoir quitté la vie politique, s'est fait engager par la société russe Gazprom pour présider le conseil de surveillance du consortium germano-russe chargé de la construction et de l'exploitation du gazoduc de la Baltique Nordstream, et qui a été conseiller de Goldman Sachs et de la banque Rothschild, avant de rejoindre comme consultant le groupe de presse suisse Ringier.

Le problème de la France aujourd'hui, ce n'est pas que le gouvernement tiendrait des promesses électorales catastrophiques pour l'économie. C'est, au contraire, qu'il s'engage, à quelques nuances près, dans une politique d'austérité qui risque de ressembler bougrement à celle suivie par l'Allemagne aux niveaux national et européen. Avec des conséquences qui commencent déjà à inquiéter les  Allemands : tel l'arroseur arrosé, le pays, qui misait beaucoup sur l'exportation, voit se réduire ses débouchés dans une Europe du Sud étranglée par l'austérité.

François Hollande serait bien inspiré d'écouter le peuple français plutôt que ses "amis" allemands...

 

Cet article est le 53ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 21:54

L’Europe doit intégrer les différences de compétitivité

 « L'Allemagne ne cache pas son scepticisme face à la politique économique de son partenaire. Gerhard Schröder tire la sonnette d'alarme ».

"La France sera-t-elle la nouvelle Grèce ?"

En prenant connaissance de cet article publié le 2 novembre sur le site du Point, François Hollande a dû avoir des pensées émues pour ses « amis » allemands, qui semblent lui savonner la planche avec délectation. Extrait.

(…) Il n'y a pas qu'en France que les doutes s'accumulent sur la stratégie de François Hollande. Les Allemands commencent eux aussi à se demander s'il y a un pilote dans l'avion. Le très populaire quotidien Bild n'y va pas par quatre chemins. Le journal à plus gros tirage de la presse allemande se demandait mercredi : "La France sera-t-elle la nouvelle Grèce ?" L'article, consultable en ligne, assène que la France est "en chute libre" et que "le président nouvellement élu, François Hollande, ne réagit pas".

C'est notamment l'ancien chancelier Gerhard Schröder qui a inspiré le journaliste Nikolaus Blome, auteur de l'article. Le père de l'agenda 2010, un train de réformes d'inspiration libérale qui a fait passer l'Allemagne du statut d'"homme malade de l'Europe" à une machine à exporter, ne s'est pas privé de douter publiquement du chef de l'État français, en marge de la conférence européenne du Berggruen Institute, qui rassemblait à Berlin de nombreux responsables et ex-responsables politiques et économiques. "Les promesses de campagne du président français vont voler en éclats face à la situation économique", a lâché Gerhard Schröder, pourtant social-démocrate. Il a notamment critiqué le retour de l'âge de la retraite à 60 ans pour certaines catégories de salariés, un "mauvais signal", "non finançable". Il s'est aussi inquiété de l'augmentation de la pression fiscale, qui aura pour effet,

La réponse sur le site québécois Oikos Blogue : L’hypocrisie allemande
On trouve la réponse à Schröder sur ce site québécois, vraiment excellent. Gilles Bourque a écrit, le 29 octobre 2012, un article dans lequel il reprend les propos de Guillaume Duval sur Les raisons du blocage allemand.

(…) Le journaliste économique Guillaume Duval, du magazine Alternatives Economiques, nous explique dans son article Les raisons du blocage allemand que derrière l’intransigeance de l’Allemagne, on trouve la même hypocrisie du plus fort qui cherche à imposer sa loi, parce qu’elle en tire profit. Il montre en particulier que les réformes de libéralisation du marché du travail qu’Angela Merkel veut prescrire à ses voisins de l’Union européenne ne sont aucunement celles qui ont permis à l’Allemagne de garder une santé économique enviée par tous. Le marché du travail allemand ne peut pas être caractérisé comme flexible, bien au contraire. Malgré, nous dit Guillaume Duval, une baisse du PIB de 5,1% en 2009, l’économie allemande aurait conservé tous ses emplois. La structure de codétermination du modèle allemand du travail (où l’on voit les représentants des travailleurs participer aux lieux de gouvernance des entreprises) a fait en sorte que le pays a fait un usage massif de la solidarité à travers un chômage partiel et la réduction du temps de travail dans les entreprises. Résultats : le pouvoir d’achat global des salariés s’est maintenu sans avoir à mobiliser les finances publiques. Pendant la même période, la France et l’Espagne qui ont vu leur PIB baisser respectivement de 2,7% et 3,7% avec des pertes d’emplois de 280 000 pour la première et de 1,4 millions pour la seconde ! Qui est vraiment flexible ?

L’Allemagne s’entête à proclamer que les politiques d’austérité sont les seules réponses viables pour sortir ces pays de la crise parce qu’il est vrai qu’elle a elle-même fait subir aux Allemands ces remèdes à partir du début des années 2000. Mais si cette politique n’a pas eu les effets désastreux qu’elle ne peut qu’avoir aujourd’hui, c’est qu’à cette époque l’Allemagne était seule à la mettre en œuvre. Pendant la même période, tous les autres pays européens s’endettaient pour consommer les produits allemands alors que les pays émergents, en pleine croissance, s’arrachaient les machines-outils et les voitures de luxes allemandes. Le succès de l’Allemagne est là : d’une part une spécialisation dans les équipements productifs à haute valeur ajoutée (la moitié des effectifs européens de cette industrie sont allemands) et les voitures de luxe ; d’autre part une politique de rigueur dont le succès a été possible grâce à la croissance des autres pays.

Guillaume Duval ajoute que ce qui complique les choses, à l’heure actuelle, est le fait que l’Allemagne a profité jusqu’à maintenant de la crise de la dette souveraine européenne. Avec un taux d’intérêt de 1,37% pour ses obligations de dix ans, on peut dire que les investisseurs ‘paient’ l’État allemand pour pouvoir détenir ses titres de dette puisque l’inflation de la zone euro est supérieure à ce taux ! Ainsi, depuis le début de la crise, l’Allemagne aurait épargné 70 milliards d’euros sur les intérêts versés à ses créanciers…ce qui est bien supérieur aux 55 milliards d’euros que l’Allemagne s’est engagée à prêter à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal (…).

 

La réponse de Chevènement : les écarts de compétitivité viennent de loin

Dans son intervention au Sénat, le 29 octobre, Jean-Pierre Chevènement a évoqué les causes des divergences de compétitivité entre la France et l’Allemagne. Voir Au Sénat, Chevènement explique pourquoi il vote contre la règle d'or - 2 novembre 2012.

(…) Ce qui mine en réalité la monnaie unique c’est la compétitivité divergente et de façon croissante, entre les dix-sept pays qui ont cette monnaie en partage. Ainsi la France qui avait une balance commerciale équilibrée en 2001, connaît en 2011 un déficit de plus de 70 milliards d’euros, tandis que dans le même temps, l’Allemagne affiche un excédent de 158 Milliards en 2011.

 

Ces divergences de compétitivité proviennent pour l’essentiel d’écarts dans le développement industriel qui s’enracinent dans l’histoire longue : ainsi l’Allemagne a creusé l’écart avec la France et la Grande-Bretagne dès la fin du XIXe siècle. Les causes en sont connues : cohésion sociale exceptionnelle favorisée par la cogestion syndicats-patronat, valorisation systématique, par consensus national, du « site de production Allemagne », formation par alternance dans le cadre d’un système dual où la moitié des enfants sont orientés dès l’âge de onze ans, mise en application de la science et de la technologie dans toutes les industries, y compris les industries courantes, puissance du « Mittelstand » et des entreprises moyennes, réinvestissement des profits, presque toujours substantiels, dans l’entreprise et dans l’innovation, sous-traitance à bas prix dans les pays voisins de la « Mitteleuropa » et maîtrise de l’assemblage et de la chaine de valeur ajoutée en Allemagne même. Ces écarts sont cumulatifs, comme l’a bien montré Robert Mundell, dans une « zone monétaire non optimale ». Il se produit en Europe ce qui s’était produit en Italie après l’unification italienne et la généralisation de la lire à la péninsule : polarisation des richesses au Nord, mezzogiornisation au Sud.

Les écarts de compétitivité au sein de la zone euro ont été creusés en second lieu par le « choc de compétitivité » mis en œuvre au début des années 2000 par le Chancelier Schröder : déflation salariale, réduction de l’Etat-providence et sous-traitance à la main d’œuvre bon marché des pays proches, politique continuée par Mme Merkel avec la hausse de 3 points de la TVA en 2007. Au total, la France a perdu quinze points de compétitivité par rapport à l’Allemagne de 2000 à 2011
(…).

 

Jacques Omnès ne voit pas dans l’Allemagne un modèle

 

Son site* Mes Allemagnes est une mine d’informations concrètes.

Dans ses éditoriaux des 21 et 28 octobre, il déplore l’image laissée par l’Allemagne en Grèce et ailleurs « Madame Merkel maintient en effet imperturbablement le cap vers une politique européenne d'austérité et de capitulation devant les puissances financières avec un entêtement digne d'une meilleure cause.
La mise à jour de cette semaine ne manquera donc pas de rappeler, à l'aide de liens vers des articles et documents récents, que l'Allemagne n'est décidément pas un modèle dont on pourrait actuellement s'inspirer. Les inégalités, la précarité, la pauvreté continuent d'y faire des ravages (…) ». 

 Cet article est le 52ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 16:12

Moscovici favorable à une reprise par la Banque postale

 

Comment éviter la disparition programmée du Crédit Immobilier de France (CIF), qui aurait des conséquences très graves sur l’emploi (2500 emplois en jeu) et l’accession sociale à la propriété en matière de logements ? Voir, à ce sujet, cet article Les consommateurs appellent à sauver le Crédit Immobilier de France - 27 octobre 2012.

 

Yannick Borde, nouveau dirigeant de Provicis et du Crédit Immobilier de France

Le groupe Provicis, qui contrôle le CIF, s’est donné un nouveau président. Voir Réseau immobilier Procivis: Yannick Borde succède à Claude Sadoun (L’Expansion-L’Express, 29 octobre 2012).

Yannick Borde a commencé sa carrière professionnelle à la direction du Crédit Immobilier de la Mayenne, puis il a été élu à la tête de la structure régionale Ouest du groupe Provicis, qui contrôle le CIF. C’est à ce titre qu’il vient d’être élu président national Provicis, en remplacement de Claude Sadoun, démissionnaire.

Par ailleurs, il n’a cessé de conquérir de nouvelles responsabilités politiques. Conseiller municipal de Saint-Berthevin en 2001, maire depuis 2003, vice-président de la communauté d’agglomération de Laval (il est président de Laval Développement, la commission économique de Laval Agglomération). Il a été élu conseiller général de la Mayenne (élu du canton de Saint-Berthevin) en 2011 et a fait acte de candidature à l’élection législative en juin 2012 en tant que suppléant du maire de Château-Gontier (2ème circonscription). Il s'est présenté avec l'étiquette "indépendant de centre droit". Au Conseil général, il est proche du président, le sénateur Jean Arthuis (CDI).

 

Le ministre de l’économie en faveur d’une reprise des activités par la Banque postale.

Interrogé lors du débat à l’Assemblée nationale, le 23 octobre, par le député Nicolas Sansu (Groupe démocrate et républicain) sur la situation du Crédit Immobilier de France, le ministre Moscovici a répondu « Sachez que je suis, pour ma part, très attaché à l’activité qui était la sienne, très attaché au sort des personnels. Ce sont ces questions que je demande de traiter au nouveau directeur, aux nouveaux dirigeants de cette banque, et j’ai déjà demandé à La Banque postale de reprendre une grande part des activités du Crédit immobilier de France ».

 

Les syndicats plaident pour la création d’une nouvelle structure en lien avec la Caisse des Dépôts

Voici le communiqué commun publié le 30 octobre 2012 par les intersyndicales du CIF (UNSA, SNBCGC, CGT, FO, CFTC, CFDT, SUD) et du Groupe Caisse des dépôts (CGT, FO, UNSA, CFTC, CGC) :

 

OUI, il faut préserver le Crédit Immobilier de France et garantir la pérennité de ses missions au service de la cohésion sociale et territoriale.

A l’heure où la seule issue est la disparition pure et simple du Crédit Immobilier de France avec le «gâchis» qu’elle engendrerait sur le plan économique et social, il est apparu indispensable aux Syndicats du groupe CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS et ceux du CREDIT IMMOBILIER DE FRANCE de se rencontrer. Ces deux intersyndicales constatent qu’elles partagent une préoccupation forte quant à l’avenir de la place de l’accession et des missions sociales actuellement assurées par le Groupe CIF.

Elles se sont réunies le 25 octobre pour porter une revendication commune permettant, d’une part d’éviter la suppression de 2500 d’emplois et d’autre part, de poursuivre une activité d’intérêt général indispensable, par le biais de prêts réglementés, à une frange importante de ménages modestes.

 

Une nouvelle structure doit voir le jour !

Dans la perspective d’un recentrage du Groupe CIF sur ses missions d’intérêt général à l’exclusion de toute autre activité concurrentielle (promotion et crédits immobiliers banalisés), elles se sont accordées sur une vision commune du rôle que pourrait jouer le Groupe CDC par l’intermédiaire de sa section des fonds d’Epargne (Livret A, LDD, LEP) dont elle assure la centralisation partielle au service, à titre principal, du financement du logement social.

La proposition commune forte qu’elles portent auprès de leurs directions respectives, de la représentation nationale et des pouvoirs publics est l’octroi temporaire d’une garantie accordée par les « Fonds d’Epargne » de la CDC à hauteur de 3 milliards d’euros par an, renouvelable et portant uniquement sur des opérations d’intérêt général, facilitant ainsi le refinancement du Groupe CIF sur les marchés dans des conditions raisonnables. Les perspectives de croissance de la collecte de l’épargne réglementée notamment liées à l’engagement des doublements des plafonds permettront l’octroi de cette garantie sans compromettre le financement de l’objectif de construction de 150 000 logements sociaux par an.

Le refinancement est la principale problématique qui conduit le Crédit Immobilier de France à sa situation actuelle alors que celui-ci a toujours été bénéficiaire jusqu’à sa dégradation par Moodys. En outre, il y a une complémentarité de mission évidente entre le CIF et la Caisse des dépôts sur la question de l’accès au logement des populations aux revenus modestes.

Il est nécessaire que les salariés du CIF reprennent au plus vite leurs missions dans le cadre de l’accession sociale, afin de ne pas aggraver les problèmes du logement social actuel et de ses acteurs dans un cadre d’intérêt général.

 

Les écologistes appellent le gouvernement à étudier toutes les solutions possibles

(…) Depuis plus d’un siècle, la Banque a développé une capacité d’accompagnement individualisé et un savoir- faire adapté aux ménages à revenu modeste pour l’accession à la propriété et participe à des programmes de promotion immobilière de logements sociaux, de lutte contre la précarité énergétique et les logements indignes, d’aides au maintien à domicile : des missions à la fois bénéfiques et bénéficiaires.

Les groupes écologistes de l'Assemblée nationale et du Sénat appellent le gouvernement à se donner un temps supplémentaire pour étudier toutes les solutions possibles pour permettre à cet organisme, qui remplit des missions primordiales pour un large public à revenus modestes grâce à une présence sur tout le territoire national, de continuer à fonctionner. La mise en place d’un SIEG (service d'intérêt économique général) est une option qui mérite d'être étudiée pour le moyen terme, à condition de se laisser le temps nécessaire à l’étude du projet via la garantie de l'Etat et un adossement provisoire à la Caisse des Dépôts et Consignations.

C'est dans ce sens qu'interviendront les élus écologistes du Sénat et de l'Assemblée Nationale lors de l'étude du Projet de Loi de Finances 2013, dans lequel est inscrite la garantie de l'Etat.

 

Cet article est le 29ème sur ce blog dans la catégorie Le logement

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