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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 23:12

 

Ce journal aura été un lien de vie, pas seulement professionnelle, pour les ruraux


 

Nous ne nous y attendions pas à cette mort de L'Avenir agricole. En fait, elle signifie la disparition d'un monde, celui de l'après-guerre. Ce journal, né en décembre 1944, a fait preuve dans sa vie d'un grand dynamisme et d'une qualité rédactionnelle tout à fait remarquable. Il meurt aussi parce que le monde économique et politique n'est plus le sien, et la crise sanitaire n'a fait qu'aggraver les difficultés auxquelles il devait faire face depuis une dizaine d'années.


 

Voici la lettre des dirigeants, la première et la dernière, l'unique lettre signée par Xavier Chauvel, en tant que directeur de publication, et Fernand Thuault, en tant que président de l'association-support "Graines d'avenir", Avec l'espoir que des graines germeront pour faire vivre une nouvelle initiative originale et indépendante, qui prendra le relais.

 

 

Aux lectrices et lecteurs de l’Avenir agricole
 

L'Avenir agricole va s'arrêter. L'édition du 18 décembre 2020 sera la dernière.

C’est avec une émotion toute particulière que nous nous adressons directement à vous cette semaine dans les colonnes de l’Avenir agricole. C’est la première fois. Ce sera la dernière.

Comme vous toutes et vous tous, nous sommes abonnés à l’Avenir agricole et nous prenons le même plaisir à le retrouver chaque semaine dans nos boîtes à lettres ou sur Internet depuis quelques mois.

L’association Graines d’avenir porte le capital de la société éditrice Pressavenir. Adhérents de l’association, nous avons accompagné et soutenu l’Avenir agricole, animés par la seule volonté de lui permettre d’être un journal de qualité, libre et indépendant, dans un monde de la presse agricole où, bien souvent, beaucoup plus que de journalisme il s’agit de communication sélectionnée et présentée en fonction d’enjeux économiques ou syndicaux.

Depuis bientôt dix ans s’était ouverte une période difficile sur le plan de la rentabilité du journal. Les initiatives se sont succédé pour conquérir de nouveaux lecteurs en remplacement de ceux qui partaient en retraite, quittaient l’agriculture ou partaient s’informer par d’autres moyens et pour faire face aux baisses des recettes de publicité, de petites annonces et d’annonces légales.

Pendant ce temps, malgré des efforts constants d’optimisation, les coûts du papier, de l’imprimerie, de La Poste ne cessaient d’augmenter, plus ou moins vite. Nous avons tenu à préserver l’effectif de l’équipe salariée, de la rédaction. C’était indispensable au maintien de la richesse et de la diversité des articles et des informations.

Depuis un an et demi, le décès du directeur délégué et rédacteur en chef Michel Guillet, puis la crise sanitaire, ont apporté bien des difficultés supplémentaires. Nous avons fait front et, avec l’équipe salariée, renforcée par l’arrivée en décembre 2019 d’une nouvelle directrice déléguée Lucie de Castro, un ensemble de réflexions et d’actions ont été menées dont vous avez pu voir certains effets : nouveau site internet avec offres numériques, rajeunissement de la présentation du journal.

Jusqu’à ces derniers jours, nous avons continué à rechercher des solutions malgré des conditions bien perturbées par la crise sanitaire.

Aucune piste ne s’est dégagée permettant d’envisager de poursuivre sereinement l’activité. Les réorganisations qu’il aurait fallu entreprendre pour cela auraient conduit à véritablement dévitaliser l’Avenir agricole sans pour autant rassurer à moyen terme.

Nous avons donc décidé l’arrêt de sa publication au 18 décembre. Cette décision entraîne un projet de licenciement économique pour l’ensemble des salariés, auxquels nous apportons et apporterons la plus grande attention.

Au nom de Graines d’Avenir, au nom de tous les lecteurs qui par leur fidélité n’ont pas cessé de témoigner de leur reconnaissance des qualités du journal, nous tenons à exprimer nos plus sincères remerciements aux salariées et aux salariés. Chacune et chacun, à sa place et dans son rôle, a apporté sa contribution personnelle à la conception, à la production et à la diffusion du journal avec un haut niveau de conscience professionnelle, de sens de la responsabilité et de solidarité au sein de l’équipe.

Nous souhaitons que de nouveaux horizons prometteurs s’ouvrent rapidement devant eux.

Nous saluons les annonceurs. Nous les remercions pour les collaborations et le dialogue que l’Avenir Agricole a entretenus avec eux, en particulier dans les années récentes avec la mise en place de sa régie de publicité intégrée.

Nous souhaitons aux agricultrices et aux agriculteurs de trouver dans le foisonnement des médias indépendants et des nouveaux outils d’information et de communication une presse à la hauteur de ce que l’Avenir Agricole a eu pour ambition constante de leur proposer.

 

Cet article est le 3166 ème sur le blog MRC 53 - le 462ème, catégorie AGRICULTURE et PAC

L'édition du 27 novembre 2020 de L'avenir agricole

L'édition du 27 novembre 2020 de L'avenir agricole

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28 novembre 2020 6 28 /11 /novembre /2020 23:43

 

Près de 2000 participants pour réaffirmer les principes républicains

 

"Le rassemblement de contestation de la Loi Sécurité globale, initié par la Ligue des droits de l’homme 53 et 14 organisations syndicales, politiques et associatives, a réuni ce samedi 28 novembre 2020, à Laval (Mayenne) près de 2 000 personnes" (Ouest-France, 28 novembre 2020).

 

Voir Plus de 1 000 participants ont dit non au projet de loi Sécurité globale

 

Voir aussi France Bleu : A Laval, plus de 1.000 personnes manifestent contre la loi Sécurité globale

 

Voir le communiqué commun des organisations : APPEL POUR LES MARCHES DES LIBERTÉS SAMEDI 28 NOVEMBRE PARTOUT EN FRANCE

Appel pour les marches des libertés, samedi 28 novembre partout en France
Nous appelons à participer aux Marches des Libertés organisées partout en France ce samedi 28 novembre 2020. A Paris, celle-ci aura lieu de 14h à 18h de la place de la République jusqu’à la place de la Bastille, sur laquelle un rassemblement se tiendra avec des prises de paroles d’artistes et de grandes voix des libertés. Nous vous invitons à marcher avec une croix X sur votre masque, symbolisant l’atteinte à la liberté d’expression.
Après les rassemblements du 17 novembre à l’Assemblée nationale, du 21 novembre sur la place du Trocadéro et aux quatre coins du pays, réunissant des dizaines de milliers de personnes, le mouvement pour la liberté de l’information et pour le respect de l’État de droit et de nos libertés ne cesse de croître.
Le ministre de l’Intérieur nous a reçu sans nous écouter. Face à cette politique autoritaire et au basculement possible dans un Etat de police, comme sur la place de la République, dans la nuit du lundi 23 novembre au cours de laquelle des demandeurs d’asile et des journalistes ont été tabassés par les forces de l’ordre, il est urgent de rassembler toutes les forces syndicales, associatives, politiques et culturelles du pays qui s’opposent au Nouveau schéma national du maintien de l’ordre ainsi qu’à la Loi sécurité globale, avant qu’elle ne soit soumise au Sénat.
Nous ne voulons pas d’une loi qui porte atteinte aux libertés fondamentales et au regard des citoyen.nes.
Nous refusons que la France soit le pays des violences policières et des atteintes à la liberté d’informer.
Nous alertons sur le fait que la France risque de se retrouver cette année aux côtés du Pakistan, du Soudan, de la Somalie, de la Turquie, d’Israël et de la Chine… sur la liste des pays qui violent la liberté de la presse, lors de la prochaine session du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies, à Genève,début 2021.
Nous soutenons que sans images diffusées par la société civile, les violences policières resteront impunies.
Nous ne voulons pas d’une société où l’État peut voir avec des drones et des caméras piétons, sans être vu.
Nous rappelons que le droit français sanctionne les actes et non les intentions, comme le prévoit l’article 24.
Nous affirmons que l’atteinte au droit des citoyens et de la presse à informer est disproportionnée et que l’arsenal juridique existant est amplement suffisant pour protéger les forces de l’ordre d’éventuelles agressions consécutives à la diffusion d’images
Nous rappelons que l’article 12 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen institue une force publique et non pas une force floutée.
Nous sommes aux côtés de l’ONU, de la Commission européenne, du Parlement européen, de la CNCDH, de la Défenseure des droits, et de toutes les forces progressistes pour condamner ces lois liberticides.
La coordination « StopLoiSecuriteGlobale », composée de syndicats, sociétés, collectifs, associations de journalistes et de réalisateurs, confédérations syndicales, associations, organisations de défense de droits humains appelle tou·tes les citoyen·nes à signer cet appel, à se mobiliser et à organiser des Marches des libertés partout en France ce samedi 28 novembre 2020. Nous ne resterons pas silencieux·ses ni assis·es, nous ne laisserons pas la France devenir une démocratie illibérale sans réagir.

 

Cet article est le 3165 ème sur le blog MRC 53 -  le 77ème dans la catégorie République Parlement

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 22:45

 

Tout faire pour limiter la casse économique et sociale

 

Patrick NIVET était conseiller municipal à Libourne (Gironde), où il n'est pas tout à fait retraité en tant que médecin au Centre hospitalier. Actuellement conseiller municipal de Saint-Christophe-des-Bardes (33), il est par ailleurs responsable du Mouvement Républicain et Citoyen en Gironde et membre du bureau national du MRC.

Il y a six mois, il m'avait transmis un texte concernant la pandémie, que j'avais publié le 20 avril 2020. Voir L'opinion de Patrick Nivet (MRC 33) sur la gestion de la crise sanitaire
 

Ce 16 octobre, il me demande de publier son point de vue, que voici :
 

Lutter contre le COVID aujourd’hui, limiter la crise sanitaire et sociale, imaginer et construire le monde d’après…
 

Depuis le printemps, l’épidémie virale frappe le monde entier. Assez vite, des pays ont réussi à mettre à l’abri leur population. Bien sûr, la Chine, mais aussi un certain nombre d’autres qui ont réussi l’exploit à ce jour de la contenir à leurs frontières. Pays aussi divers que le Vietnam, Taïwan, l’Uruguay ou le Paraguay…..et même la nouvelle Calédonie en France.

Ces pays se sont surtout appuyés sur des mesures épidémiologiques appliquées avec beaucoup de vigueur (dépistage notamment aux frontières, isolement drastique des contaminés, recherche et mise en quatorzaine des contacts); bien sûr, ils ont soigné les malades, éventuellement en structures hospitalières spécialisées et, dès le début, ils ont appliqué les mesures barrières avec beaucoup de discipline.

Certains comme la Chine ont même, qui plus est, confiné les populations les plus menacées…

En Europe certains pays ont dans un premier temps mieux fait que d’autres, notamment les pays du nord ou de l’est de l’Europe. Par contre, la Grande Bretagne, l’Italie, l’Espagne et la France ont été durement touchés. Ces pays, et notamment le nôtre, n’étaient absolument pas préparés que ce soit matériellement (absence de masques, de tests...) que conceptuellement (peu de notion des mesures épidémiologiques...), stratégie de mise à l’hôpital des patients très symptomatiques et à domicile des patients qui l’étaient moins mais qui évidemment étaient contaminants.

Dès lors, l’épidémie a très vite menacé de submerger nos hôpitaux conduisant ces derniers à des plans blancs avec arrêt général des activités non programmées, dans le cadre d’un confinement drastique des populations qui a duré deux mois.

L’épidémie a été largement maîtrisée mais pas éteinte, conduisant le gouvernement, au mois de mai, à un déconfinement progressif qui a commencé par les écoles primaires, les enfants paraissant les moins exposés aux symptômes du Covid et peut-être à la contamination et à la transmission de la maladie.

L’été est arrivé et de toute évidence dans les pays les plus exposés au brassage des populations, notamment par le tourisme de relative proximité, mais aussi socialement contrariés dans leurs habitudes relationnelles par les mesures barrières trop vite oubliées, l’épidémie est repartie au début de l’automne, notamment dans les régions peu exposées lors du printemps (Bouches-du-Rhône, Aquitaine…). 

Par ailleurs, l’épidémie  devenue pandémie frappe toujours durement de grands pays à forte population qui ont  échoué à la maîtriser pour des raisons diverses mais où l’inconséquence politique des décideurs (USA, Brésil...) et la structure sociale et économique des pays concernés ont joué un rôle accélérateur (Iran, Inde…). L’Afrique restant curieusement un peu à l’écart, sans l’être tout à fait….

A l’heure actuelle, l’épidémie progresse et ou reprend, nous la percevons mieux grâce à l’élargissement des diagnostics, elle touche des populations plus jeunes, peu symptomatiques. Pour autant, la courbe des hospitalisations se fait de nouveau menaçante même si la mortalité est moindre qu’au printemps, en partie sans doute grâce à l’amélioration des prises en charge médicales, ce qui laisse entendre qu’elles n’étaient pas optimales… 

Confronté à la crise économique provoquée par la crise sanitaire et à la reprise de l’épidémie, le gouvernement essaie de nouveau de la contenir par l’application quelquefois forcée des mesures barrières, s’étant essayé par le biais notamment des ARS à une stratégie d’approche épidémiologique tardive et timide souvent localisée autour des foyers devenus de plus en plus nombreux...

 

A noter un fond médiatique confus, assez délétère, avec beaucoup de polémiques médicales, qui perturbe, quelque soit l’intérêt des idées émises, le contexte dans lequel sont prises les décisions, fragilisées avant même d’être mises en œuvre.

Il y a même sur fond de crise économique de plus en plus patente malgré les aides très vite mises en œuvre et la mobilisation financière de plus en virtuelle tant à l’échelon européen que national, un risque de jacquerie notamment des professions les plus exposées (restaurateurs ,secteurs du tourisme de la culture...).

 

Dans ce contexte, les Républicains se doivent, au moins de ne pas jeter d’huile sur le feu mais surtout de soutenir les mesures qui visent à freiner l’épidémie  et qui devraient, mieux que cela, tendre à l’éteindre pour rejoindre les pays qui l’ont déjà réussi.

Ces mesures sont contraignantes d’autant qu’elles sont tardives et que l’épidémie chez nous n’a pas été contenue à son début mais elles sont indispensables. On peut par ailleurs comprendre que le gouvernement fasse son possible pour ne pas s’engager dans un nouveau confinement généralisé. 

Le succès, vu ou nous en sommes, demande une mobilisation populaire très large s’appuyant sur la solidarité générationnelle et l’application des mesures barrières.

Cette crise sanitaire en révélant de manière criante  l’impréparation médicale de notre pays, notre faiblesse industrielle et notre extrême dépendance économique vis-à-vis des pays à bas coûts, justifie, et au-delà, les craintes et les perspectives inquiètes que les souverainistes émettent depuis de nombreuses années dans notre pays, tout particulièrement le MRC.

Le monde « d’après » doit évidemment être conceptualisé, il faut y travailler, mais rien n’est possible sans avoir obtenu la fin de cette épidémie qui doit être notre premier objectif; plus nous tarderons à l’obtenir, plus les dégâts de tous ordres seront difficiles à surmonter. Attendre l’immunité collective est une perspective trop lointaine et trop incertaine, de même que celle d’un encore hypothétique vaccin.

 

Cet article est le 3164 ème sur le blog MRC 53 -  le 66ème dans la catégorie Santé et sécu sociale

Patrick Nivet, intervenant le 29 juin 2014, en séance du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC)

Patrick Nivet, intervenant le 29 juin 2014, en séance du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC)

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 22:23

 

Europe : le choc du réel

 

Le 26 mai 2019, avaient lieu les élections européennes. Emmanuel Maurel avait animé une réunion publique à Laval. Voir Européennes 2019 : réunion de la liste Manon Aubry le 14 mai à Laval.

 

Elu sur la liste de La France insoumise en mai 2019 (après un mandat de cinq ans avec le groupe des socialistes), Emmanuel Maurel est membre du groupe de la Gauche unitaire européenne. Notons avec satisfaction que Les insoumis sont les Français les plus actifs au Parlement européen.


 

Le nouveau parti de la Gauche républicaine et socialiste (GRS), qu'il anime au niveau national (voir aussi Gauche Républicaine et Socialiste), était associé à La France insoumise (LFI) lors des élections européennes 2019.

 
Au bout d'un an de mandat, il publie le document "Europe : le choc du réel – 1 an de mandat". Une première année marquée par la crise du Coronavirus Covid-19.


 

A noter aussi cette vidéo compte-rendu de mandat d'Emmanuel Maurel. Et cette intervention récente au Parlement européen Emmanuel Maurel - NON AU DÉPEÇAGE DE L'INDUSTRIE.

 
Le 4 août 2020, Emmanuel Maurel interrogeait la Commission européenne après la non ratification par le parlement de Chypre du traité commercial de l'UE avec le Canada (CETA).

"En conséquence, pouvez-vous nous indiquer à quelle date l’application « provisoire » du CETA sera suspendue ? Par ailleurs, n’est il pas temps de réinterroger la politique commerciale de l’Union ?"

Voir Chypre refuse le CETA : sa suspension doit intervenir rapidement


 

Cet article est le 3163 ème sur le blog MRC 53 - le 153ème , catégorie France et Europe

Emmanuel Maurel intervenait à Laval (Mayenne) le 14 mai 2019 lors d'une réunion publique dans le cadre de la campagne des élections européennes.

Emmanuel Maurel intervenait à Laval (Mayenne) le 14 mai 2019 lors d'une réunion publique dans le cadre de la campagne des élections européennes.

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24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 15:31

 

Anticiper l’après Covid-19

 

Le laboratoire d'idées Urgence Transformation Agricole et Alimentaire (UTAA) a publié le 22 juin 2020 la seconde partie des réflexions liées à la crise sanitaire et aux enseignements à en tirer au niveau de notre système alimentaire, sous le titre "Covid-19 : dès maintenant, préparer l'après-crise", par Barthélémy Chenaux, agronome, et Romain Dureau, agroéconomiste.

Rappel sur le site de UTAA :
- (1ère partie) Covid-19 : dans l’urgence, garantir l’approvisionnement alimentaire

- Romain Dureau (Marianne, 30 mars 2020) : « La crise du coronavirus est le grain de sable qui bloque l’agriculture mondialisée »


 

Cette seconde partie sera présentée en 4 articles successifs sous le titre global :

Covid-19 : analyser les fragilités de notre système alimentaire


 

Ici, le quatrième : Anticiper l’après Covid-19

 

L’intrication des économies à l’échelle planétaire est désormais telle un réseau de chemin de fer : une crise peut en cacher une autre.

En effet, au niveau mondial, la récolte 2020 de céréales devrait être la « la deuxième plus grosse récolte jamais enregistrée » d’après le CIC, avec un total de 2170 millions de tonnes. La baisse de la production de maïs est visiblement moins importante que prévue, et est largement compensée par la hausse de la production de blé et d’orge.

D’après la FAO, cette hausse de l’offre en céréales devrait être compensée par une hausse de leur utilisation, ce qui assurerait la stabilité des marchés internationaux. Toutefois, le risque existe que cette moisson record se traduise par une baisse du cours des céréales au niveau mondial. Si une telle baisse des prix internationaux était effective, les producteurs européens et français seraient négativement impactés, car la production européenne de céréales est, quant à elle, annoncée en baisse par le Coceral.

En mars 2020, la récolte européenne de blé était estimée à 136,5 millions de tonnes, soit 9,2 millions de tonnes de moins qu’en 2019. Ceci est dû, notamment, aux évènements climatiques ayant impacté les cultures (pluies excessives retardant les semis, sécheresse, canicule, gel). Les déficits hydriques des premiers mois de l’année 2020 risquent d’être la cause d’une baisse significative des rendements européens (FAO). En France, si la pluviométrie du mois de juin 2020 est suffisante, les rendements devraient pouvoir se maintenir à bon niveau. Pour l’instant, les précipitations de mai et juin 2020 semblent avoir redonné de l’élan aux cultures céréalières françaises.

Ainsi, si ces tendances se confirment, l’Union Européenne devrait dès à présent anticiper le risque d’une baisse des cours mondiaux des céréales, notamment par la mise en œuvre d’un prix minimum à l’importation, ceci afin de maintenir le prix des céréales à un niveau stable. Sinon, les agriculteurs européens se retrouveront dans la même situation qu’en 2016, avec des conditions climatiques défavorables au printemps avaient fait chuter les rendements céréales d’environ 30%, dans le contexte d’une production record et de stocks importants au niveau mondial.

Sans des mesures de régulation des marchés, l’Union Européenne sera contrainte, une fois encore, de gérer une crise agricole à courte vue en débloquant des fonds publics d’aide conjoncturelle.

Conclusion provisoire

Si une telle pandémie ne pouvait être prédite avec précision, il est toutefois remarquable que ses conséquences sur notre système alimentaire sont exacerbées par des fragilités internes à ce système, c’est-à-dire des fragilités structurelles. Ces fragilités sont, depuis deux décennies au moins régulièrement mises au jour par des crises sectorielles : flambée des prix en 2007, crises de l’élevage 2015-2016 et crise des céréales en 2016.

Une première analyse nous permet de nous rendre compte que cette crise sanitaire peut en cacher d’autres, notamment des crises liées au dérèglement climatique. Nous avons souffert, face à cette pandémie, d’un manque d’anticipation des responsables politiques. Apprenons de cette erreur. Nous devrons rapidement tirer les conséquences de cette crise sanitaire devenue crise globale, notamment dans l’objectif majeur de sécuriser notre système alimentaire face aux risques financiers, économiques et écologiques croissants.

Ces réflexions feront l’objet de la troisième partie de cette note.


 

Cet article est le 3162 ème sur le blog MRC 53 -  le 461ème, catégorie AGRICULTURE et PAC

Les fragilités du système alimentaire français vues par UTAA - partie 4
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24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 15:00

 

Assumer une rupture avec les dogmes libéraux


 

Le laboratoire d'idées Urgence Transformation Agricole et Alimentaire (UTAA) a publié le 22 juin 2020 la seconde partie des réflexions liées à la crise sanitaire et aux enseignements à en tirer au niveau de notre système alimentaire, sous le titre "Covid-19 : dès maintenant, préparer l'après-crise", par Barthélémy Chenaux, agronome, et Romain Dureau, agroéconomiste.

Rappel sur le site de UTAA :
- (1ère partie) Covid-19 : dans l’urgence, garantir l’approvisionnement alimentaire

- Romain Dureau (Marianne, 30 mars 2020) : « La crise du coronavirus est le grain de sable qui bloque l’agriculture mondialisée »

Cette seconde partie sera présentée en 4 articles successifs sous le titre global :

Covid-19 : analyser les fragilités de notre système alimentaire

 

Ici, le troisième : Assumer une rupture avec les dogmes libéraux

Comment en est-on arrivé là, alors qu’il y a 30 ans, par exemple, nous étions autosuffisants en fruits et légumes ? L’idéologie libérale, et notamment la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo, est passée par là. D’après cette théorie, un pays aurait intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquels il a le plus d’avantages comparativement aux autres productions, et à importer ce qu’il ne produit pas.

La France a ainsi volontairement délaissé certaines productions (maraîchage) pour se concentrer sur d’autres (céréales, viande bovine, lait) afin de les exporter. Nous avons perdu notre capacité de production de fruits et légumes, et les importons désormais d’autres pays de l’Union Européenne (Espagne) ou non (Maghreb). Or, nos sols et nos paysans pourraient parfaitement produire ces fruits et légumes que nous consommons.

La seule raison qui rend les pays mentionnés plus « compétitifs » que la France est un travail moins bien rémunéré, des conditions sanitaires et environnementales de production peu enviables (usage massif de plastiques et de pesticides) et un coût de transport faible (prix du pétrole). Or, en production de fruits et légumes, le besoin en main d’œuvre est environ 10 fois supérieur à la moyenne du secteur agricole. La main d’œuvre constitue le premier poste de dépense des exploitations maraîchères. Par exemple, le travail en Espagne « coûte » 1,7 fois moins qu’en France. On comprend mieux la difficulté de ces exploitations à être compétitives, d’autant plus qu’elles ne touchent que peu d’aides européennes, car celles-ci sont réparties au prorata de la surface et ne tiennent aucun compte de l’emploi.

L’absurdité de ce système réside aussi dans la destruction des systèmes alimentaires locaux au profit de grandes filières mondialisées. Les produits agricoles sont transportés d’un bout à l’autre du continent et du monde, et font parfois de nombreux va-et-vient : un porc né ici, engraissé là, abattu ailleurs, transformé et conditionné autre-part, pour finalement revenir en France pour être commercialisé.

La France a perdu de vue l’essentiel, qui est de produire pour nourrir sa population, en rapprochant les lieux de production et de consommation. La spécialisation exacerbée des exploitations agricoles et des territoires au nom des avantages comparatifs, le manque de diversité agronomique et alimentaire, fragilise notre système agro-alimentaire. L’avenir sera fait d’une stratégie d’indépendance nationale vis-à-vis des importations pour les produits de base. Il est indispensable de relocaliser l’ensemble du secteur, de la production agricole à la transformation. La production agricole française stagne mais demeure largement suffisante pour nous nourrir et assurer notre souveraineté alimentaire.

Pourquoi les gouvernements successifs ont-ils cependant refusé d’agir réellement dans ce sens, préférant le marché unique européen et les accords de libre-échange ?

Ils n’ont de cesse, depuis des années, de nous vendre la France comme une « puissance agricole », exportatrice, parfaitement intégrée sur les marchés internationaux. L’agroalimentaire serait ainsi indispensable à l’équilibre de notre balance commerciale. Le solde agroalimentaire du pays est certes positif et se place en 3e position. Il est cependant aujourd’hui relativement faible (6,8 milliards d’euros en 2018) et a surtout été divisé par deux entre 2011 et 2017.

La France ne parvient en réalité pas à conserver ses parts de marchés tant la compétition mondiale s’exacerbe et les prix internationaux sont faibles et volatiles. Il est ridicule d’imposer à l’ensemble de notre production les prix des marchés internationaux qui ne concernent pourtant que 15% des échanges. A moins d’accepter de produire n’importe comment, dans n’importe quelles conditions sociales et environnementales, nous n’avons plus d’intérêt à participer à cette concurrence mortifère.

Cela est d’autant plus vrai que l’essentiel de notre excédent commercial agroalimentaire repose sur des produits sous signe de qualité, à forte valeur ajoutée, tels que les vins, le cognac, les fromages, et non sur des produits standards (poulets de batterie, porc industriel, céréales conventionnelles…).

La force de notre agriculture à l’export ne reposera jamais positivement sur une « compétitivité-prix » mais au contraire sur la différenciation, la qualité et la typicité de nos produits de terroir.

Cet article est le 3161 ème sur le blog MRC 53 -  le 460ème, catégorie AGRICULTURE et PAC

Les fragilités du système alimentaire français vues par UTAA - partie 3
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24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 12:56

 

Dépendance aux marchés internationaux et souveraineté alimentaire

 

Le laboratoire d'idées Urgence Transformation Agricole et Alimentaire (UTAA) a publié le 22 juin 2020 la seconde partie des réflexions liées à la crise sanitaire et aux enseignements à en tirer au niveau de notre système alimentaire, sous le titre "Covid-19 : dès maintenant, préparer l'après-crise", par Barthélémy Chenaux, agronome, et Romain Dureau, agroéconomiste.

Rappel sur le site de UTAA :
- (1ère partie) Covid-19 : dans l’urgence, garantir l’approvisionnement alimentaire

- Romain Dureau (Marianne, 30 mars 2020) : « La crise du coronavirus est le grain de sable qui bloque l’agriculture mondialisée »

Cette seconde partie sera présentée en 4 articles successifs sous le titre global :

Covid-19 : analyser les fragilités de notre système alimentaire

Ici, le second : Dépendance aux marchés internationaux et souveraineté alimentaire

La crise induite par le Covid-19 affecte également le fonctionnement des marchés agricoles. L’agriculture française et européenne est totalement inscrite dans les règles du commerce international édictées par l’OMC, et fait l’objet d’accords de libre-échange bilatéraux supplémentaires (CETA, Mercosur…). Notre économie agricole est dépendante des marchés internationaux, que ce soit pour son approvisionnement ou la commercialisation de ses produits. Les biens agricoles sont devenus une monnaie d’échange sur ces marchés, ce qui a fait perdre de vue le caractère essentiel et stratégique du secteur agricole.

D’un côté, les productions qui sont fortement intégrées sur les marchés internationaux et destinées à l’export, telles que les vins (30% de la production exportée) et spiritueux, les céréales (50% du blé exporté) ou les produits laitiers (10% de la production exportée), se retrouvent confrontées à la perte de débouchés ou la diminution de la demande mondiale. C’est le cas de la poudre de lait exportée en Chine ou encore du porc et des broutards exportés en Italie. Dans ce cas, celui des broutards, les jeunes bovins sont exportés vivants en Italie, où ils sont engraissés : le fait de ne pas pouvoir les vendre et de les garder plus longtemps sur la ferme augmente les coûts de production pour les éleveurs, coûts qui ne seront très certainement pas compensés par un prix de vente plus élevé après la crise.

De l’autre côté, nous l’avons vu, les producteurs engagés dans des circuits de proximité (vente directe, notamment en maraîchage) sont également concernés par la réduction du nombre de marchés locaux, seuls 35% d’entre eux étant ouverts à cette heure. Certains paysans ont toutefois trouvé d’autres manières de commercialiser leur production, bénéficiant de la plus forte adaptabilité de leurs systèmes agricoles.

Les filières d’élevage sont déstabilisées par les effets induits du coronavirus. La perte des débouchés en Restauration Hors Domicile (RHD) n’est pas contrebalancée par la hausse des achats des ménages, qui s’orientent vers des produits différents. Cette baisse des abattages ainsi que la diminution des importations n’ont pas évité la chute des prix des vaches laitières, ce qui pèse à la baisse sur l’ensemble du marché de la viande, sans pour autant que les prix en rayons n’aient été affectés. La principale difficulté semble reposer sur le déséquilibre de valorisation des différents quartiers des animaux abattus, notamment ceux qui étaient habituellement exportés : le cours des jeunes bovins est en baisse, et le nombre d’animaux abattus est plus faible qu’à la même période de l’année passée. Seule la demande italienne semble se maintenir, les autres exports, notamment vers les pays tiers, diminuent.

Ces modifications dans la structure des marchés internationaux avaient conduit la FNB à demander au Ministre de l’agriculture la mise en place d’un prix minimum payé aux éleveurs équivalent au coût de production (4,89€/kg), alors que, fin mars 2020, les animaux étaient vendus « à un prix inférieur d’1 euro du kilo, en moyenne, à [leur] coût de production », soit 3,71€/kg. Cette proposition d’une intervention publique forte est plus que bienvenue, ne serait-ce que temporairement. En effet, en termes de rapport de force, ces situations sont plus que défavorables aux éleveurs : d’une part, à court terme, la baisse de la demande à l’export n’occasionne pas de hausse de prix payé à l’éleveur, et le report de la consommation domestique vers des viandes françaises cache une disparité de valorisation des différents morceaux ; d’autre part, une fois les bêtes arrivées à leur poids de vente, allonger leur durée de séjour sur l’exploitation revient à augmenter le coût de production, ainsi que les risques de frais vétérinaires supplémentaires.

Le gouvernement n’a donné aucune réponse à la demande la FNB, ce qui a conduit la Fédération à appeler les éleveurs à garder leurs animaux sur les fermes : de toute évidence, seule une action collective et solidaire de la profession est à même de mettre une pression suffisante sur les intermédiaires. Cet appel a été rejoint par les Jeunes Agriculteurs et la Confédération Paysanne.

Précisons cependant, comme le mentionne la Confédération Paysanne dans son communiqué, que ces propositions de régulation des marchés agricoles (prix minimum et volumes) devront être portées au-delà de la période présente : il n’est pas du tout étonnant d’observer une inadéquation des prix avec les dynamiques d’offre et de demande sur les marchés agricoles, cette sous-rémunération des produits agricoles étant structurelle, et non spécifiquement liée aux effets du coronavirus.

De plus, si nous produisons et exportons de manière importante des excédents pour certaines denrées (vins et spiritueux, céréales, produits laitiers), nous sommes également dépendants des importations pour plusieurs produits indispensables. Un rapport d’information du Sénat en date de mai 2019 estime que nous importons environ 20% de notre alimentation. Cela concerne principalement les fruits et légumes (50% sont importés, pour un coût de 2,5 à 3 milliards d’euros), la viande de porc (25% importés), la volaille (34%), la viande bovine (environ 30%), la viande ovine (50%) mais aussi les aliments pour les animaux d’élevage (3 millions de tonnes de soja importés d’Amérique latine chaque année). Nous ne parlons pas là de produits annexes, mais de produits de consommation quotidienne.

Cette dépendance aux importations pose enfin la question de la traçabilité de la production. Il est estimé que 10 à 25% des importations ne respecteraient pas les normes sociales, sanitaires et environnementales françaises. Nous voyons aujourd’hui le danger que représente cette dépendance aux marchés internationaux sciemment organisée : notre souveraineté alimentaire – comprendre : pour les denrées alimentaires de consommation quotidienne – a été perdue du fait de choix politiques contraires à cet intérêt fondamental de la Nation.

Nous alertons sur l’importance de réfléchir désormais à une véritable politique d’indépendance et de sécurité alimentaire : qu’arriverait-il si, pendant plusieurs mois, les échanges internationaux et intra-communautaires devaient être stoppés ? Nous ferions face à un risque effectif de pénurie pour un certain nombre de produits agricoles, notamment les oléo-protéagineux et les fruits et légumes, produits indispensable à une alimentation équilibrée. Une telle situation de dépendance alimentaire n’est pas acceptable, d’autant plus qu’elle n’est en aucun cas une fatalité, mais le résultat de politiques délibérées et fondées sur des dogmes avec lesquels nous devons rompre d’urgence.

Cet article est le 3160 ème sur le blog MRC 53 -  le 459ème, catégorie AGRICULTURE et PAC

Les fragilités du système alimentaire français vues par UTAA - partie 2
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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 22:09

 

Manque structurel de main-d'oeuvre agricole

 

Le laboratoire d'idées Urgence Transformation Agricole et Alimentaire (UTAA) a publié le 22 juin 2020 la seconde partie des réflexions liées à la crise sanitaire et aux enseignements à en tirer au niveau de notre système alimentaire, sous le titre "Covid-19 : dès maintenant, préparer l'après-crise", par Barthélémy Chenaux, agronome, et Romain Dureau, agroéconomiste.

Rappel sur le site de UTAA :
- (1ère partie) Covid-19 : dans l’urgence, garantir l’approvisionnement alimentaire

- Romain Dureau (Marianne, 30 mars 2020) : « La crise du coronavirus est le grain de sable qui bloque l’agriculture mondialisée »

Cette seconde partie sera présentée en 4 articles successifs sous le titre global. Ici, le premier :

Covid-19 : analyser les fragilités de notre système alimentaire

Basiquement, la crise du coronavirus est ce grain de sable que beaucoup redoutaient, et qui vient bloquer les engrenages d’une économie agricole fortement dépendante des marchés internationaux, pour son approvisionnement comme sa commercialisation. Cette fragilité – qui était latente et ponctuellement mise en lumière par des crises sectorielles – est désormais en plein jour.

Quels sont les impacts de cette crise sanitaire globale sur notre système agricole ? Didier Guillaume a appelé l’« armée des ombres » (sic) à aller travailler dans les champs pour répondre au manque de main d’œuvre étrangère habituellement employée lors des pics saisonniers. L’agriculture française est fortement intégrée sur les marchés internationaux, ce qui, en période de crise globale, n’est pas sans conséquence.

Nous le voyons : le seul exemple du manque de main d’œuvre sur les fermes françaises suffit à démontrer que notre système alimentaire comporte des fragilités inquiétantes, qui sont aujourd’hui mises à jour par la crise induite par la pandémie de Covid-19, mais qui étaient latentes depuis de nombreuses années.

Manque structurel de main d’œuvre agricole

Entre 40 000 et 280 000 saisonniers travaillent chaque année dans l’agriculture, ce qui représentait 15,4% de la main d’œuvre agricole en 2016. Parmi eux, 40% environ sont des saisonniers étrangers, soit environ 100 000 personnes, avec un nombre croissant sous statut de travailleurs détachés : ils étaient 67 601 en 2017 (contre 26 000 en 2016), principalement en viticulture, en maraichage et arboriculture, mais aussi en grandes cultures et production ovine, en moindre mesure. Ce recours au travail détaché est en forte hausse dans le secteur agricole : on estime que cela représente un total de 550 000 jours de travail détaché par an. Ces travailleurs, venus du Portugal, de Pologne, d’Allemagne, de Roumanie, mais aussi du Maghreb et d’Amérique latine, n’ont pas un contrat de travail français, puisqu’ils sont employés par une entreprise installée hors du territoire national, et n’ont donc pas les mêmes droits que les travailleurs embauchés en France. Ils ne paient également pas les cotisations sociales en France, mais dans le pays où a été signé leur contrat. En Roumanie, par exemple, les cotisations sociales ont quasiment été supprimées. La conséquence est bien sûr l’absence de protection sociale pour les travailleurs. Nous savons également que le statut de travailleur détaché est propice à de nombreuses fraudes et dérives. C’est ce que met en lumière le bilan intermédiaire 2018 du Plan National de lutte contre le travail illégal. Ces détournements concernent soit le recours à une activité régulière qui ne devrait pas relever du travail détaché, soit le non-respect du droit du travail minimum français. 11% des exploitations agricoles contrôlées étaient en infraction. La profession dans son ensemble s’est engagée à améliorer cette situation, mais c’est en réalité le travail détaché lui-même qu’il faut remettre en cause. Or, la « libre-circulation des travailleurs » est inscrite dans le traité de Rome de 1957, et la directive européenne sur le travail détaché organise honteusement ce dumping social au sein du marché unique. Profiter du déracinement d’un travailleur agricole est un comble inacceptable.

L’agriculture a, depuis la deuxième moitié du XXe siècle et la mise en œuvre de la « deuxième révolution agricole des Temps modernes », perdu plusieurs millions d’emplois dans les secteurs de l’agriculture. Alors que l’agriculture représentait plus de 20% des actifs du pays en 1950, elle en représente aujourd’hui que moins de 3%. Ces 15 dernières années notamment, l’agriculture a perdu environ 350 000 actifs permanents. En 2016, l’emploi agricole correspondait à 564 000 exploitants et co-exploitants agricoles, 191 000 salariés permanents. L’INSEE estime qu’en moyenne, chaque jour, 110 000 saisonniers sont actifs dans le secteur agricole. En 2016 toujours, l’agriculture employait 149 000 salariés saisonniers et/ou temporaires avec une hausse des travailleurs saisonniers (+3 % depuis 2010).

L’évolution historique, depuis les débuts de la deuxième révolution agricole des Temps modernes, mais aussi l’évolution récente de la structure de l’emploi agricole et de ses caractéristiques (productivité du travail, part de l’emploi permanent et de l’emploi saisonnier, part du travail détaché) démontrent que ce manque de main d’œuvre agricole est pour partie structurel, ce qui est d’autant plus évident lorsque l’on connaît le rythme de travail effréné de nombreux agriculteurs. Les agriculteurs qui ont recours à l’emploi de travailleurs détachés argumentent souvent qu’ils ne trouvent pas cette main d’œuvre en France. C’est étonnant dans un contexte de chômage de masse, et cela en dit long sur la perte d’attrait des métiers de l’agriculture, ou du moins de certains modes de production qui sont aujourd’hui décriés. Ainsi et d’une part, si les contrats saisonniers sont indispensables à l’agriculture (notamment en production de fruits et légumes), ils pourraient être moins courants et massivement employés qu’aujourd’hui, notamment dans l’objectif d’un meilleur partage du travail. D’autre part, l’agriculture – et notamment celle reposant sur les principes de l’agroécologie – pourrait créer 300 000 emplois permanents si les politiques publiques l’accompagnaient dans ce sens. Cela passe par une revalorisation des métiers de l’agriculture : développer un espace rural agréable à vivre, notamment en développant des services publics, assurer une digne rémunération du travail paysan, permettre l’accès plus facile à un service de remplacement pour prendre des vacances, assurer la formation initiale et continue des futurs agriculteurs… Il y a une volonté assez puissante dans la société d’un « retour à la terre », et donc potentiellement une main d’œuvre disponible pour travailler dans les champs. Toutefois, ces « néo-paysans » ont également la volonté d’une autre agriculture, plus écologique et produisant pour les besoins locaux de la population. Si le secteur veut attirer de nouveaux paysans, il doit aussi accepter de se transformer.

L’agriculture peut et doit créer massivement de nouveaux emplois paysans, permanents et saisonniers, si elle veut relever les défis posés par la relocalisation écologique de notre production alimentaire. Cela appelle à une meilleure création et un meilleur partage de la valeur ajoutée au sein du système alimentaire.

Cet article est le 3159 ème sur le blog MRC 53 -  le 458ème, catégorie AGRICULTURE et PAC

Les fragilités du système alimentaire français vues par UTAA - partie 1
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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 21:49

 

L'Avant et l'Après coronavirus

 

 

Le sujet de la prochaine réunion GRS 53 va porter sur la relance économique. Avant de commencer, j'aimerais faire un tour d'horizon sur mes réflexions lors de mon confinement.

 

Nous avons eu dans l'histoire de l'humanité diverses définitions de l'économie. Pour ceux qui martèlent que l'économie est une science, donc ne peut être changée, ils ont faux car l'économie est un moyen.

 

Venons-en à nos jours. La tendance économique un peu partout dans le monde est très libérale et, paradoxalement, aussi conservatrice. Ces idéologies remontent à la fin des années 1970 et leur mouvement s'est accéléré ces 30 dernières années. L'une d'elles met l'économie au-dessus des Etats-Nations, c'est le néolibéralisme. Cette idéologie a fait admettre à un grand nombre de partis politiques que c'était cette voie et rien d'autre. Heureusement que certains continuent de penser autrement.

 

De ce fait, on constate chez nous et ailleurs que l'histoire de l'économie est un éternel recommencement sans fin. Donc, nous sommes prisonniers par manque de courage de proposer clairement une autre approche idéologique pour l'humanité.

 

Les dieux de l'Argent-Roi dominent par leurs mensonges, oublient le bien, le partage, la nature, et se moquent bien des conséquences. Aujourd'hui, les peuples s'en aperçoivent, encore plus chez nous.

 

Mais, pour autant, allons-nous faire entendre une autre approche idéologique, sans promettre la lune, juste un idéal pour toutes et tous qu'est le bonheur et l'harmonie de la richesse produite pour tous ?

S'il y a une leçon qui doit être tirée de la période récente, c'est que la ligne conduite par Macron et ceux qui le soutiennent n'est plus acceptable. Aujourd'hui, ils disposent d'une liberté d'action quasiment absolue par le biais de nos institutions, par une répression policière et judiciaire sans précédent, qui ne suscite presque aucune levée de réactions des élites de notre pays.

 

Si nous ne faisons rien, nous irons à la catastrophe et, cela, pour nos enfants et petits-enfants nous n'en avons pas le droit. Il est temps de revoir les institutions de notre République, sans tout casser, mais afin de les mettre à jour par rapport à notre époque, en tenant compte de la modernité, des avancées ou pas, du fait que nous ne pouvons plus rester là sans rien modifier. Il faut mettre vraiment plus de justice dans les institutions. Aussi dure soit la réalité à accepter. De même, il va falloir que les formations politiques se remettent réellement en question. Il faut exiger pour notre République que le pouvoir ne soit pas biaisé par le gouvernement. Car, il faut se rendre à l'évidence que, depuis 30 ans, le plus grand nombre de forces politiques, alternatives ou pas, se sont rangées derrière cette philosophie libérale dans le pays.

 

Donc, sans une force politique démocratique sociale réelle, nous sommes condamnés à l'impuissance face au néolibéralisme. Il est grand temps de proposer une alternative qui soit cohérente dans le monde actuel, de l'identifier et de la soumettre au peuple, ce qui n'a jamais été fait. Nous n'avons pas le droit de reproduire les erreurs du passé. Il est temps que Macron et les médias qui sont à son service prennent leurs responsabilités. Sinon, ils devront rendre des comptes.

 

Les citoyennes et citoyens ne peuvent continuer d'être pris pour des imbéciles. On connaît la chanson...

Quand il faut sauver le pays, ils sauvent le CAC 40 !

Quand il faut sauver le peuple, ils sauvent l'oligarchie (petit groupe de décideurs) !

Quand il faut sauver la démocratie, ils sacrifient nos libertés, la justice, les droits, les syndicats, sur l'autel de la sécurité !

Est-ce là l'avenir que nous souhaitons pour nos enfants et petits-enfants ? Le moment que nous vivons commande à chacun de nous de prendre ses responsabilités, quelles que soient nos classes sociales.

 

Si nous ne prenons pas garde à notre Constitution républicaine, si nous ne prenons pas garde aux situations existantes en France, en Europe et dans le monde, nous prenons le risque que le soit-disant renouveau démocratique qu'ils nous promettent laisse la place au chaos le plus terrifiant de notre Histoire. Comment ? Soit par l'effondrement des institutions républicaines (j'en ai parlé), laissant place à l'anarchie, soit par le basculement vers le totalitarisme, ce qui a déjà commencé, hélas !

 

Pour moi, nous avons le devoir d'agir dès maintenant avec toutes les forces de gauche sur un concept bien établi et accepté par ceux qui le voudront et, au-delà, aussi avec les Gilets jaunes. Sinon, sans l'unité, rien ne changera et nous laisserons le malheur à nos enfants et petits-enfants.

 

N'avons-nous pas trop longtemps été prisonniers de nos egos, nous faisant jouer le jeu de l'idéologie néolibérale, qui n'a cessé de nous diviser pour mieux régner, à notre détriment ? Alors, bougeons et réinventons une espérance de vie humanisée avec un concept de justice sociale et une économie responsable.

 

L'union de la gauche ? Vous avez déjà tenté de recoller un vase cassé ? C'est fragile et c'est un peu le cas de la gauche qui essaie de recoller ses morceaux éparpillés. Si c'est une fausse union, magouillée, avec des promesses mais, au bout du compte, la trahison, ce n'est pas la peine de la faire. Je suis perplexe devant la situation actuelle de la gauche, qui n'a que trop duré, les ambitions personnelles ayant beaucoup trop de place.

 

Nous sommes une République sociale et laïque. C'est autour de ses valeurs de justice sociale que les gauches doivent se rassembler, ce qui fera réfléchir tout le monde. Sinon, rien ne se fera.

La République est à nous, le peuple. Donnons-lui une âme de gauche en étant vrais et réalistes.

 

Cet article est le 3158 ème sur le blog MRC 53 -  le 98ème catégorie MRC 53 et Pays de la Loire

Gérard Beillard (Saint-Berthevin, MRC 53 et GRS 53)

Gérard Beillard (Saint-Berthevin, MRC 53 et GRS 53)

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 19:10

 

Des erreurs manifestes commises par les dirigeants du pays

 

Patrick NIVET termine son mandat de conseiller municipal dans la ville, Libourne (Gironde), où il exerce en tant que médecin hospitalier. Le 15 mars 2020, il a été élu conseiller municipal de Saint-Christophe-des-Bardes (33330). Il est responsable du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) en Gironde.

Voici le texte qu'il m'a transmis concernant la pandémie, avec ce titre :

"Contre le Covid-19, continuer jusqu’au 11 mai…?"

Le Président de la République, le lundi 13 avril, a fait une intervention honorable sur la forme - ceci dit, la partie où il reconnaît les erreurs est quand-même pour le moins limitée au minimum et franchement aseptisée « j’ai vu des ratés, trop de lenteur, de procédures inutiles…»

En fait, il y a eu deux erreurs manifestes, très largement dues aux dirigeants du pays.

A)    Une non prise en compte de l’épidémie chinoise et du risque qu’elle présentait jusqu'à la mi-mars.

B)     Une confiance aveugle dans un « Comité scientifique » tout entier acquis à l’idée fausse que la lutte contre l’épidémie reposait sur la seule bonne mise en œuvre de l’appareil sanitaire (urgences et services de réanimation notamment…), oubliant, à partir de la diffusion de l’épidémie dans l’Oise et surtout en Alsace, toute démarche d’épidémiologie consistante (isolement des patients contaminés en dehors de leurs familles et de leur domicile, recherche des contacts, contrôles médicaux aux frontières et dans les aéroports…).

Par ailleurs nous avons découvert ce que beaucoup d’entre nous dénoncions depuis longtemps : la dépendance en moyens médicaux de notre pays et l’absence de masques et de solution hydro-alcoolique pour ce qui concerne les moyens de protection contre la contagiosité de ce virus.

Là, ils ont menti, en diminuant voire en niant l’utilité de ces moyens barrières... toujours si peu disponibles cinq semaines après le début du confinement qu’il faille le continuer jusqu’au 11 mai sans allégement possible. Il en fut de même pour les tests… 

Le résultat, c’est que l’épidémie s’est propagée jusqu'à ce jour et tue des centaines de patients chaque jour. Nous sommes parmi les pays très largement les plus touchés tant dans l’absolu qu’en proportion de notre population.

Nous partageons ce résultat catastrophique avec les italiens, les espagnols, les anglais et les USA …tous les autres font mieux - et parfois de beaucoup - en Europe et dans le monde… 

Rien n’est  inéluctable, il est temps de modifier ce qui peut l’être, nos territoires d’Outre-mer appliquant efficacement les mesures de protections épidémiologiques. Sans doute motivés par la faiblesse de leurs capacités médicales, ils font mieux que la métropole (notamment la Nouvelle Calédonie…).

Que propose le Président ?

A)     Continuer un mois de plus la même politique sanitaire dont il paraît satisfait « les règles prévues par le gouvernement…sont en train de montrer leur efficacité », alors qu’il s’agirait surtout d’en reconnaître les limites…

B)      Promettre le déconfinement progressif à partir du 11 mai en commençant par les enfants et sans être le moins du monde sûr que l’épidémie sera maîtrisée…

C)      Bien sûr, des mesures dites d’accompagnement économique pour les entreprises et quelques pansements sociaux qui seront évidemment bien venus.

En fait, pour répondre un tant soit peu à la crise économique, il faut mener sans répit la lutte contre l’épidémie en appliquant au plus tôt les mesures épidémiologiques qui s’imposent, que nous n’aurions jamais dû abandonner, et non après le 11 mai comme le propose le Président : « les personnes ayant le virus pourront être mises en quarantaine…».

Deux mois après le début du confinement, enfin, nous commencerions à la combattre autrement qu’en proposant des places en réanimation ??? Les Chinois, eux, n’ont plus eu de cas autochtone à Wuhan depuis la mi-mars et en terminent avec leur déconfinement (les enfants seront les derniers…).

Au bout du compte, notre gestion de la crise n’a été bonne que sur le plan hospitalier où la mise en commun de tous les moyens dont nous disposions (public et privé) et la Coopération inter-régionale furent et restent un succès. C’est un résultat qui, malheureusement, n’empêche nullement l’hécatombe de patients et l’effondrement économique… 

Quand aux promesses pour « l’après », on verra, mais l’acharnement à s’arc-bouter sur les frontières de Schengen - que la plupart des pays européens qui ont obtenu des résultats n’ont pas jugé utiles - n’augure rien de bien probant… et penche plutôt vers une poursuite de l'euro libéralisme sous une forme ou une autre.

Voir aussi cet article sur le même sujet sur le blog MRC 53 (14 mars 2020) :  Coronavirus : une crise sanitaire révélatrice d'une impasse politique


Cet article est le 3157 ème sur le blog MRC 53 -  le 65ème dans la catégorie Santé et sécu sociale

Le coronavirus CoVid-19 est à l'origine de plus de 20 000 décès en France

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