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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 17:35

 

Un regard lucide sur le scrutin du 7 juin en France

 

J’avais déjà remarqué les écrits de Guillaume Bachelay avant le congrès du PS à Reims et sa nomination au secrétariat national, ayant en charge l’industrie. Ce matin, sur France Inter, il a montré qu’il sait débattre et parler juste. Ce soir, je découvre son point de vue sur le site du Monde. Il confirme que l’équipe Fabius est la plus qualifiée pour piloter la refondation du PS. A chacun d’en juger. Voici l’article du Monde.

 

Projet, stratégie, leadership : les socialistes doivent tirer les leçons du 7 juin, par Guillaume Bachelay

 

Si le Parti socialiste a subi un échec aux élections européennes, ce n'est pas la faute du mode de scrutin ou du découpage territorial. Ce n'est pas non plus à cause des médias, des sondeurs ou d'Yann Arthus-Bertrand. De telles certitudes en carton pâte reviennent, à la fin des fins, à penser que les élections seraient plus simples sans électeurs. Si l'on en juge par les résultats du 7 juin, cette perspective est à portée de main...

 

Pas de sursaut sans lucidité. Les couches populaires, les classes moyennes dans la galère, les jeunes et les retraités précarisés sont découragés, consternés, par l'incapacité du PS à se rassembler et à proposer. Certains nous font encore confiance. La plupart s'abstiennent. Beaucoup se tournent vers le vote écologiste comme un refuge d'espoir. D'autres préfèrent une droite qui donne - propagande à l'appui - l'impression de faire ce qu'elle peut plutôt qu'une gauche qui ne dit pas ce qu'elle veut. Inverser la vapeur suppose de tirer trois leçons.

 

La première leçon est politique. L'UMP a su mobiliser, pas nous. Elle a brandi un étendard : le bilan, certes maquillé, de la présidence française de l'Union européenne. Santé, poste, éducation, énergie, emploi - les prochains mois prouveront que décidément, quand l'Europe veut être libérale, elle peut l'être.

 

En temps réel et non à intervalles réguliers de cinq ans, la gauche devra mieux dénoncer la dérégulation opérée par les gouvernements conservateurs en Europe et dire quels contre-feux progressistes elle y oppose. A également pesé la synthèse des droites réussie par Nicolas Sarkozy qui lui assure mécaniquement, quel que soit le scrutin, un socle électoral d'un quart des votants. Autre facteur-clé : la droite convainc une majeure partie de l'électorat qui vieillit et vote, particulièrement sensible aux notions d'autorité et de sécurité. A cette élection, comme à d'autres dans le passé, nous avons payé chèrement le malaise socialiste sur ce sujet - d'autant plus inexplicable que, sur le terrain, la politique gouvernementale échoue et les élus de gauche agissent. Les plus de 60 ans avaient déjà montré leur poids lors de l'élection présidentielle de 2007. A l'avenir, préoccupons-nous davantage de leurs attentes.

 

De notre côté, malgré l'engagement de Martine Aubry dans la campagne, nous n'avons pas imposé notre thématique, celle d'une autre majorité politique en Europe. C'était le sens du "manifesto" du Parti socialiste européen et du rejet de José Manuel Barroso. L'ennui est que peu de gens connaissaient la substance de l'un et l'existence de l'autre. Notre plate-forme socialiste tirait des enseignements du non à la Constitution européenne, à commencer par l'indispensable harmonisation fiscale et sociale. Mais nous avons tardé à isoler quelques mesures emblématiques et concrètes. A cet égard, faire l'impasse sur les frontières de l'UE a été une faute collective : l'Europe à vingt-sept ne doit pas seulement être sociale, elle doit être différenciée. Redonner vie à l'ensemble européen dans la mondialisation suppose de lui fixer un cap et des limites. Tout cela a contribué à la grève du vote en général et au boycottage du bulletin socialiste en particulier.

 

La deuxième leçon, qui saute aux yeux, est idéologique : si l'échec du libéralisme économique se traduit par une déroute politique de la social-démocratie, c'est parce que celle-ci en a souvent appliqué les solutions et parfois accompagné les dérives. Que les socialistes français aient moins versé dans le social-libéralisme que d'autres ne change rien à l'affaire ! En privatisant l'économie et en individualisant la société, en prônant le développement durable sans contester le déploiement du capitalisme, la gauche gouvernementale a moins fait perdre la droite qu'elle ne s'est perdue elle-même. Que deux chefs de gouvernement sociaux-démocrates, José Luis Zapatero et Gordon Brown, approuvent la reconduction de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne illustre ce dévoiement. La chute du New Labour britannique, fer de lance de la "troisième voie", en confirme l'impasse.

 

En France, au congrès de Reims de novembre 2008, le PS a utilement distingué modernisation et droitisation. Hélas, cette réorientation salutaire, à la fois radicale et efficace, de gauche tout simplement, a été éclipsée par les batailles de chiffonniers pour la direction, la vaine querelle des générations, le combat résiduel des courants et sous-courants, le refuge anesthésiant dans un localisme flirtant avec l'apolitisme à mesure que l'on se rapproche du centre-ville des grandes métropoles.

 

L'ultime leçon est stratégique : si l'UMP est en tête dans les régions, c'est la gauche, qu'elle se dise "réformiste" ou "mouvementiste", qui est majoritaire dans le pays. Majoritaire et impuissante car fragmentée en une multitude de partis et d'aspirants chefs. Alors même - fait rarement souligné - que l'émiettement politique des forces de gauche contraste avec son homogénéité idéologique, la plus forte depuis le programme commun d'il y a trois décennies, pensé et adopté avant la déferlante néolibérale amorcée dans les années Thatcher-Reagan. Intervention de la puissance publique face au capitalisme financier pour plus de transparence et de justice, encadrement du libre-échange commercial pour une mondialisation régulée, amélioration des conditions de travail et de la rémunération des salariés, "mutation verte" de l'appareil de production et des modes de consommation, ces options étaient communes aux projets du PS, d'Europe Ecologie, du Front de gauche, voire du NPA.

 

Ces trois leçons dessinent un horizon : rassembler les formations de la gauche autour d'un projet post-libéral et pas seulement antilibéral ; bâtir une organisation qui dépasse les bunkers actuels ; identifier le leader aux épaules assez solides pour mener la reconquête face à Nicolas Sarkozy.

 

Le projet post-libéral sera social-écologique. Il mêlera plus qu'il hiérarchisera croissance économique, progrès social, saut technologique, préservation environnementale, diversité culturelle, contre-pouvoirs démocratiques. Son point d'appui réside dans les politiques innovantes engagées par la gauche (déjà) unie dans les collectivités locales. Profitons des élections régionales pour organiser, sur le terrain et dès maintenant, des "rassemblements du changement" ouverts aux syndicats, aux associations, aux universitaires et aux scientifiques, aux citoyens qui pourront non seulement discuter le projet, mais le voter. Sur cette base, un contrat de législature pour 2012 pourra être élaboré entre les partis de gauche.

 

Leur unification en découlera. La fusion est impensable - le caporalisme est étranger à tous - et l'absorption irréalisable - quand bien même le voudrait-il, le PS n'est pas en mesure de pratiquer l'hégémonisme. C'est d'une fédération que la gauche a besoin. Cette "maison commune" est affaire de volonté plus que de procédures. D'autant qu'en ramenant, aux municipales puis aux européennes, le MoDem à ses basses eaux, les électeurs ont tranché la question des alliances.

 

L'incarnation, enfin, s'impose. Que cela plaise ou non, l'élection présidentielle structure le débat public et nos institutions. Se chercher un candidat, c'est donc rechercher un président. Avant de se lancer dans les expérimentations hasardeuses, réfléchissons : quel sens et quel bénéfice y a-t-il à mettre en concurrence devant les Français des personnalités pour incarner un projet qu'elles auront bâti ensemble ? Pour avoir mis dans des "primaires de personnes" toute son énergie, oubliant au passage d'en garder pour les idées, la gauche italienne a été laminée par Silvio Berlusconi. Méditons ce contre-exemple.

 

L'histoire l'a prouvé : les cycles politiques vont et viennent, tandis que les partis naissent, vivent et meurent. S'il trouve la force collective de se reconstruire, le PS ne se sauvera pas seulement lui-même : il préservera les chances d'une alternative imminente au libéralisme autoritaire de la droite européenne dont le sarkozysme est l'avatar français.

   

Cet article est le 103ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 22:20

Reconstruire la démocratie et l’Europe à partir des nations

 

 

Le PS est victime de la crise et de Sarkozy. Il a perdu son âme en se nourrissant du libéralisme économique et en ne luttant pas contre le capitalisme financier mondialisé.

 

La crise, dont l’amplitude dans l’échelle de gravité est comparable à celle de 1929, exige pour en sortir d’avoir les idées claires et solides.

 

Ce PS en est bien incapable, d’autant plus que Sarkozy, contrairement à son prédécesseur à l’Elysée, conduit une redoutable guerre de mouvement, dans le but de rendre impossible le retour de la gauche au pouvoir.

 

Ne nous y trompons pas : le président de la République est conscient d’être un rempart efficace, bien que fragile, pour les forces capitalistes contre les forces du progrès social.

Pour lui, Cohn-Bendit est un allié utile qui joue l’Europe libérale et communautariste contre le socialisme républicain national.

 

Depuis 1983, la gauche en France a choisi l’Europe au détriment du socialisme. On peut dire qu’elle s’est laissée entraîner par la grande mystification néolibérale des années 1980.

 

Avec la crise, si elle veut survivre, elle doit faire l’effort de sortir de l’idéologie libérale et de renaître à la vie politique démocratique dans un environnement économique capitaliste.

 

C’est une aventure passionnante que j’ai envie de vivre et j’invite les jeunes à s’investir, à la façon dont Robert Buron* le faisait, juste avant sa mort, en 1973, dans son dernier livre « Par goût de la vie** ». En manière de conclusion de son livre et de sa vie, il adressait une lettre ouverte aux jeunes qui veulent « changer le monde » :

 

« Investissez votre vie dans une entreprise qui en vaille la peine : le changement du monde et de vous-même ». Robert Buron était un économiste de formation. Le mot investir n’est pas choisi au hasard. Il rappelle qu’il y a quatre siècles l’économie ne voulait connaître que l’investissement à court terme. Seuls, quelques audacieux s’engageaient dans ce qu’on appelait alors « le prêt de la longue aventure ». Ce sont ceux-là qui, à la fin du XVème siècle, ont transformé le monde d’alors.

 

* Robert Buron - Wikipédia : ce fut Robert Buron qui prononça le discours de clôture du congrès socialiste d’Epinay-sur-Seine, en 1971.

« Le 18 mars 1971, Robert Buron participe à Paris à un grand meeting d'union de la gauche avec les dirigeants du PCF et du Parti socialiste. Il lance un appel aux chrétiens à rallier la gauche. Robert Buron participe au congrès d'Épinay du Parti socialiste en 1971. Sa motion Vie nouvelle / Objectif 72 recueille 1,5% des suffrages. Il est maire de Laval de 1971 à sa mort en 1973 ».

** C’est par référence à ce livre que j’avais proposé à mon équipe municipale de Saint-Berthevin d’adopter le slogan « Par goût de la vie », ce qu’elle fit bien volontiers, en présence de la veuve de Robert Buron, au début des années 1990.

 

Sur la crise du PS, après les élections européennes, lire l’article de Michel Noblecourt, paru ce 10 .juin sur le site du quotidien Le Monde : Le navire PS prend l’eau sans qu'aucune brèche n’ait été colmatée.

Jean-Pierre Chevènement était, ce 10 juin, l’invité de Radio Classique. Il a répondu aux questions de Nicolas Pierron. Voir la vidéo sur le blog de JPC Face à l'Europe libérale, construire un projet pour les couches populaires

Voir aussi sur ce blog Gauche Avenir propose une méthode pour un nouveau Front populaire - 9 avril 2009.

 

Cet article est le 102ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 21:58

Le PS et Guillaume Garot, malmenés, notamment à Laval

 

Après des articles décrivant les résultats nationaux des élections européennes (voir Elections européennes : transfert électoral du PS vers les écologistes - 7 juin 2009 et Européennes : l'électorat populaire antilibéral est resté à la maison - 8 juin 2009), j’en viens à la Mayenne, avec le concours d’un bon observateur de la vie politique départementale.

 

Jean-Yves Delort, fidèle lecteur de ce blog, m’a autorisé à publier le texte qu’il a rédigé après le scrutin du 7 juin, à titre personnel (il n’est plus salarié du Courrier de la Mayenne). Je le remercie de sa contribution. Il ne faut pas en déduire qu’il partage les orientations militantes de ce blog.

 

Européennes en Mayenne : l’UMP s’impose, les Verts* devancent le PS

 

Une UMP encore plus triomphante qu’au niveau national (31% contre 28%) et un Parti socialiste encore plus faible (15% contre 16,4%) sont les principaux résultats étonnants de l’élection des députés au Parlement européen. Les autres surprises de cette élection de dimanche sont la forte percée des Verts qui arrivent en deuxième position et le bon score de la liste Libertas de Philippe de Villiers. 

 

L’UMP largement en tête

 

En obtenant près du tiers des suffrages, et en arrivant en tête dans plus de neuf communes sur dix, le parti de la majorité réalise la course en tête. Les électeurs mayennais ont voté d’abord pour le parti du Président Nicolas Sarkozy, soutenu sans exception par tous les responsables de l’UMP mayennaise. La défaite de 2004 (l’UMP derrière le P.S. et l’UDF) est oubliée. On n’a noté aucune défaillance à droite ; l’unité a payé.

Même si la campagne électorale a été plutôt discrète  (un seul meeting du candidat Christophe Béchu à Laval mardi dernier, quelques présences des militants et distribution de tracts sur les marchés), l’UMP mayennaise a vogué dans la lignée du mouvement national. A Laval et Mayenne, villes acquises à la gauche lors des dernières municipales, la liste de Christophe Béchu obtient 28 et 25% et arrive en tête. Sur 268 communes mayennaises, seules 17 ont choisi de mettre en tête une autre tête de liste que Christophe Béchu  (à Saint-Erblon, il est en tête avec le même nombre de voix que la liste Modem).

Les raisons nationales (la présidence de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Union européenne il y a quelques mois, des listes bien constituées, une stratégie électorale plutôt soft) ont largement joué. La Mayenne, selon son image traditionnelle amplifie la victoire de la droite en France. La vieille règle politique (pour des élections intermédiaires, le citoyen se défoule et choisit des petits partis) n’a pas joué à droite. 

 

Les Verts en tête dans sept communes

 

La surprise, elle vient de la liste des Verts Europe Écologie qui avec 15,3% des voix coiffe celle du parti socialiste. Et pourtant les Verts mayennais  n’avaient pas été particulièrement actifs durant la campagne électorale. La liste de Yannick Jadot arrive en tête dans sept communes (Deux-Evailles, Commer, Maisoncelles-du-Maine, Sacé, Montflours, Longuefuye, St Pierre-sur-Erve). Il s’agit le plus souvent de communes, soit ancrées à gauche, soit marquées par la présence d’élus sensibles à l’environnement.

Cette présence de la liste écologiste venue “brouiller les  cartes” dans le jeu traditionnel entre la droite et la gauche rappelle les élections européennes de 1994 lorsque la liste Tapie avait sérieusement devancé celle conduite par Michel Rocard.

Cinq ans plus tard c’est la droite qui, à son tour, avait été victime du même sort lorsque la liste Pasqua-de Villiers avait devancé celle de Nicolas Sarkozy. Si l’on ajoute au résultat des Verts, les 4% de la liste Alliance écologiste indépendante, le “pôle écologique” atteint quand même en Mayenne le cinquième des électeurs. Beau résultat.

 

Le PS : seulement 19% des voix à Laval

 

Le Parti socialiste arrive en troisième position, avec 15% des suffrages, légèrement moins qu’au niveau national. Quelle différence avec les dernières élections de 2004 où le PS était arrivé en première position avec près de 26% des voix ! Pourtant, le PS avait organisé une journée de débat  avec sa candidate au vieux château de Laval, il avait mobilisé ses militants et ses ténors (Guillaume Garot), développé un argumentaire pour une Europe sociale. Mais on pouvait avoir de sérieux doutes sur l’enthousiasme des militants.

Si cette journée  avec la candidate Bernadette Vergnaud et la mayennaise Sylvie Pichot avait été très pédagogique, elle avait sérieusement manqué d’élan. On avait pu entendre certains élus socialistes ironiser sur les interventions des orateurs au cours même de la réunion. Ça fait désordre. La liste socialiste arrive en tête seulement dans cinq communes mayennaises très marquées à gauche (Chalons-du-Maine, Port-Brillet, Voutré, Saint-Léger-en-Charnie, La Baconnière),

A Laval ou Mayenne, villes dirigées par des maires socialistes, la liste de l’UMP arrive en tête. A Laval, le PS n’atteint pas les 20% des voix. Faut-il  y voir un certain désaveu à l’égard des premières mesures prises par le nouveau maire Guillaume Garot (forte augmentation des impôts, projets locaux gelés...) ? Ce n’est pas impossible. 

 

En quatrième position, la liste de Philippe de Villiers Libertas, dépasse les 10% des voix, ce qui constitue un résultat honorable, le double du  taux français. Le MPF est en tête à Chammes et à Neau. Le résultat est en retrait toutefois par rapport à 2004 (13%) ; la Mayenne a contribué à l’élection du seul siège du MP. au Parlement européen. 

 

L’absence des centristes européens

 

Est il possible de comparer les 9,6% du Modem de dimanche dernier avec les 17% de l’UDF obtenus en 2004 ? Non, car les centristes se sont divisés depuis cette date, la majorité des élus  se refusant, à l’exemple de Jean Arthuis et de François Zocchetto, à suivre l’itinéraire très individuel de François Bayrou. Le résultat semble dire qu’ils ont eu raison. La liste Modem de Sylvie Goulard recueille un peu plus qu’au niveau national. Elle est en tête à Denazé, à Montreuil-Poulay et à St Erblon. La Mayenne conserve une fibre centriste réticente à l’UMP.

Un des paradoxes de cette élection a  été la division des centristes mayennais alors qu’ils sont parmi les européens les plus fervents. Jacques Barrot était venu le 4 mai rappeler son enthousiasme pour l’Europe. La matinée-débat organisée par Jean Arthuis quelques jours plus tard à Laval sur l’Europe en Mayenne était davantage un débat de fond sur la Pac, la bio-éthique que sur la politique habituelle. La solution de la crise centriste passe t-elle par le départ de François Bayrou et un rassemblement des militants des deux camps ? Ce n’est pas impossible. 

 

Autres enseignements

 

Du coté des plus “petites” listes, on note que personne ne se détache vraiment : ni le nouveau parti anticapitaliste, ni le Front de gauche, ni le Front national, qui se situent entre 3 et 5% des voix ; pourtant les trois formations avaient convié les têtes de liste en Mayenne, notamment le Front de gauche qui avait tenu un meeting bien organisé au Vieux Château de Laval. Mais les électeurs n’ont pas suivi ; l’absentéisme (plus de 60% des électeurs) a aussi mordu sur les extrêmes. Le système de vote compliqué, la distance entre les questions locales et européennes, la volonté des partis (surtout les plus importants) de ne pas trop se mobiliser, ont dissuadé une majorité d’électeurs de se rendre aux urnes. 

 

La victoire de la droite en pleine crise économique et alors qu’elle est au pouvoir en France constitue une remarquable performance. Même si, dans l’ensemble, le rapport entre les blocs de droite et de gauche n’est pas vraiment modifié. Elle peut redonner confiance à l’UMP mayennaise en vue des élections régionales de l’an prochain. L’hypothèse d’un retour de la région Pays de la Loire à droite peut être sérieusement envisagée.

 

A gauche, le succès des Verts de Daniel Cohn-Bendit  aura t-il des conséquences sur les organisations politiques  (un parti plus renforcé) ou renforcera t-il les préoccupations environnementales, notamment à gauche ? Au Parti socialiste, la tendance favorable à Ségolène Royal (dont fait partie le maire de Laval)  peut-elle assurer un renouvellement des idées et des hommes ?   Finalement, ces élections que l’on disait secondaires risquent d’avoir plus d‘influence sur la vie politique que prévu.

 

Les principaux chiffres

 

Liste U.M.P. : 31,3% ; liste Europe Écologie : 15,30% ; liste Parti socialiste 15,09% ; liste Philippe de Villiers : 10,71% ; liste Modem : 9,62% ; liste NPA 4,74% ; liste Alliance écologique 4,10% ; liste Front de gauche 3,20% ; liste Front national : 3,18% ; liste Lutte Ouvrière : 1,51%. 

 

* Une précision : la liste Europe Ecologie était un rassemblement écologiste animé par D Cohn-Bendit, allant bien au-delà des Verts.

 

Cet article est le 32ème paru sur ce blog dans la catégorie Européennes 2009.

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 21:53

La gauche n’a un avenir qu’en dehors du libéralisme

 

Comment faire comprendre à Martine Aubry qu’elle doit couper le cordon paternel qui la lie au libéralisme européen ? Sans quoi, elle ne réussira jamais à rassembler l’électorat populaire et perdra toutes les élections qui se présenteront.

 

Ses positions sur l’Europe ne la distinguent pas de Bayrou ou de Cohn-Bendit, ce qui explique la déperdition électorale qu’a subie le PS, hier, au bénéfice des écologistes, toutes tendances confondues.

 

L’électorat populaire n’a pas confiance dans ce parti qui n’a pas tenu compte du résultat du référendum du 29 mai 2005 et qui a accepté le subterfuge du traité de Lisbonne. Tant que le PS n’aura pas compris cette vérité de base, son déclin sera irrémédiable.

 

Voici le commentaire de Jean-Pierre Chevènement (sur son blog ce 8 juin) :

 

La droite l'emporte en fait par défaut

 

Les élections européennes n'en finissent pas de battre le record de l'abstentionnisme : 57% en 2004, 60% en 2009. Ce record, largement partagé hors de nos frontières, traduit le triple échec économique, politique et identitaire de l'Europe libérale et technocratique.

 

L'explosion du chômage et la délocalisation de nos industries reflètent la soumission de cette construction européenne au capitalisme financier mondialisé. Les peuples ne se reconnaissent pas dans cette machine d'impuissance, incapable de les défendre des concurrences les plus déloyales, celle du dollar, comme celle des pays à très bas coûts salariaux.

A cet égard, le traité de Lisbonne, véritable déni de démocratie, ne peut rien régler. Il faut tout remettre à plat. Voilà ce qu'ont voulu dire les 3/5 des électeurs qui ont refusé de s'exprimer dans un simulacre d'élection à un simulacre de Parlement.

Le fait dominant est la décomposition de la gauche sociale-libérale. L'échec du PS, en France, reflète son incapacité persistante à faire la critique du tournant libéral et européiste qui depuis les années 80 l'a progressivement coupé des couches populaires.

Le succès apparent de la droite en Europe, et particulièrement de l'UMP en France, doit être relativisé par le niveau sans précédent de l'abstention. Les listes de l'UMP n'ont rassemblé en réalité qu'11,2% des électeurs.

La poussée des écologistes reflète la désagrégation de l'électorat socialiste. Le reste est accessoire : il suffit de rapporter les scores obtenus au nombre des électeurs qui se sont exprimés, moins de deux sur cinq.

Pour la gauche, la solution à l'avenir serait de mobiliser les 3/5 des électeurs qui ont refusé de voter. Le MRC est prêt pour sa part à contribuer à une refondation républicaine dont la nécessité s'impose à l'évidence.

A défaut d'une révolution copernicienne, la gauche me paraît vouée à un déclin inexorable.

 

Le responsable du site Rue89, Pierre Haski, faisait, hier soir, un constat qui va dans le même sens : voir Des électeurs orphelins d'une gauche à reconstruire.

 

Sur le site du quotidien Le Monde, ce 8 juin, Françoise Fressoz ne voit pas d’avenir au PS. Voir Européennes : l'effet boomerang de l'antisarkozysme et"Triste soirée pour la social-démocratie européenne".

 

Sur le site de Libération, ce 8 juin, voir La carte de France des résultats.

 

Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie Européennes 2009.

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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 22:54

Reconstruire la gauche de fond en comble

 

Dans ce scrutin pour l’élection des représentants au Parlement de l’Union européenne, il est arrivé aux listes PS, ce qui était arrivé en 1994, un transfert partiel de son électorat. Il y a 15 ans, le responsable était Bernard Tapie. Ce soir, c’est Daniel Cohn-Bendit. Des personnalités atypiques, médiatiques, au langage percutant.

D’abord, il faut interpréter les résultats en tenant compte des abstentions, votes blancs et nuls, qui dépassent 60%. Les modalités de la construction européenne et la politique actuelle de l’Union sont en cause dans ce désastre démocratique.

 

Ensuite, il faut noter que les gagnants sont ceux qui se sont investis pleinement dans les questions européennes. Cohn-Bendit et Sarkozy, chacun à sa manière, ont traité de l’Europe, l’un en tant que parlementaire sortant, président de groupe, l’autre en tant que président, au second semestre 2008, du Conseil de l’Union européenne.

 

La question écologiste et climatique, au niveau de la planète, mobilise l’attention des citoyens. Europe-Ecologie, qui rassemblait bien au-delà des Verts, a su capter les regards d’électeurs intéressés à la fois par l’Europe et l’écologie. Mais, comme en 1994, avec la liste Tapie, cela ne garantit pas que les Verts se maintiendront à ce niveau électoral.

 

Il est incontestable, néanmoins, que le PS est un parti menacé d’affaiblissement durable, un peu comme le parti radical dans le passé.

 

Martine Aubry serait bien inspirée d’écouter Marie-Noëlle Lienemann qui, avec Paul Quilès et Gauche Avenir, a proposé une démarche conduisant au rassemblement de la gauche sur des bases nouvelles, de type Front populaire.

 

Je fais partie des signataires de leur appel : Un nouveau Front populaire, par Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann et j’approuve leur déclaration, ce soir, dès la publication des résultats.

 

Première réaction après les élections européennes

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

de Marie-Noëlle  LIENEMANN et Paul  QUILES, anciens ministres

                                                                (7 juin, 21h30)

 

Après les élections européennes, il faut vite créer

un « comité national pour un nouveau Front Populaire »
 

             Les résultats de ces élections montrent que :

 

Ø  l’écart entre gauche et droite demeure comparable à celui de 2004, mais la droite est plus unie, la gauche explosée et le PS affaibli ;

Ø  les forces qui progressent à gauche sont celles qui ont organisé un certain rassemblement, diversifiant leur influence et qui ont essayé de proposer un projet de société;

Ø  l’abstention a été forte chez les jeunes et dans les couches populaires, alors qu’ils s’étaient mobilisés  lors du référendum constitutionnel (en faveur du Non)  et qu’ils subissent aujourd’hui de plein fouet les effets désastreux de la crise.

 

             Faute de présenter tout à la fois un projet  alternatif et une perspective d’alternance effective, le PS et la gauche n’ont pas su convaincre une partie de leur électorat. En Europe, comme en France, le monde du travail, les couches populaires attendent une gauche forte, claire, unie capable de préparer une nouvelle société, des changements profonds, une vision d’avenir  et de répondre à l’urgence sociale et environnementale.

 

             Pour la gauche, les résultats de ce scrutin sanctionnent donc l’absence d’un projet alternatif et d’une perspective d’alternance. Ils prouvent qu’il est urgent d’engager une stratégie de rassemblement de la gauche pour imposer des décisions immédiates (pouvoir d’achat, emploi, interdiction des licenciements boursiers, abrogation du bouclier fiscal), mais aussi pour présenter un projet de société à nos concitoyens et une perspective de victoire en 2012.   

 

             C’est pourquoi nous demandons aux responsables des organisations de gauche et écologistes d’engager immédiatement la création d’un « Comité pour un nouveau Front populaire», avec le souci d’associer les partis et toutes les forces de gauche et de l’écologie (clubs, associations, mouvements syndicaux …).

 

Ø  Ce comité préparera des « Etats généraux de la gauche », qui dégageront des thèmes fondateurs, en vue de la mise au point, avant mi 2010, d’une charte pour l’élection présidentielle, ambitieuse et novatrice.

Ø  Sur la base de cette charte, seront élaborés le programme d’un candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle, ainsi qu’un accord législatif assurant une représentation de la diversité des composantes de la gauche et de l’écologie.

Ø  L’organisation de primaires, où les militants des organisations signataires de la Charte seraient consultés, permettra alors de désigner le candidat qui portera les couleurs de ce nouveau Front populaire.

  

Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie Européennes 2009.

 

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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 19:24

Le malaise des citoyens se traduit par l’abstention

 

Alors que les derniers votes ont lieu et que nous allons connaître les résultats du scrutin européen dans la soirée, voici quelques éléments d’information et de réflexion puisés dans diverses sources.

 

D’abord, la participation au vote, qui plafonnerait à 40% en France (voir sur le site du quotidien Le Monde, ce soir, un titre rassurant pour présenter une réalité tristounette : Une abstention record qui ne discrédite pourtant pas l'Europe).

 

En fait, l’abstention est un acte politique. Les citoyens veulent manifester leur désaccord avec les modalités de la construction européenne et avec la politique menée par les institutions européennes.

 

Le site Rue89 (David Servenay, 6 juin) s’est efforcé de mettre à la disposition de ses lecteurs les éléments à connaître : Avant de voter aux élections européennes, lisez !

Le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) a réalisé une enquête dans le but de mieux cerner les pouvoirs réels du Parlement de l’Union européenne (4 juin, voir http://www.m-pep.org/spip.php?article1352).

Le Monde (Arnaud Leparmentier, 6 juin) voit Derrière une campagne atone, deux conceptions de l'Europe s'affrontent.

 

Cet article est le 29ème paru sur ce blog dans la catégorie Européennes 2009.

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 22:50

La France va-t-elle s’aligner sur tout, tout voile dehors ?

 

Après le discours du Caire, très symbolique de la nouvelle posture diplomatique des USA, le commentaire qu’en a fait à Caen, ce 6 juin, le président français ne manque pas d’étonner.

 

Certes, la question du port du voile à l’école est mineure, comparée à celle du conflit israélo-palestinien, mais elle est significative de la conception française de la laïcité. La déclaration du président Sarkozy confirme qu’il a décidé de la réformer, ce qui veut dire, là comme ailleurs, de s’aligner sur les pays anglo-saxons.

 

D’abord, le très beau discours du Caire du président Obama.

 

Il y a une volonté de rupture avec l’approche de son prédécesseur. Espérons que les pays du Proche Orient, à commencer par Israël, vont saisir la balle au bond. Encore faut-il que les deux grandes formations représentant les Palestiniens, le Fatah et le Hamas, prennent les virages nécessaires à un accord entre elles, compte tenu de l’opportunité historique qui ne se renouvellera pas.

Discours du Caire : Obama inaugure la nouvelle diplomatie américaine (L’Humanité, Jérémy Collado, 5 juin)

Barack Obama dit « Salam alikoum » au monde musulman (Rue89, Pierre Haski, 4 juin)

 

Ensuite, avec le président Sarkozy, la France hors la loi … sur le voile.

 

La phrase de Barack Obama "Il importe que les pays occidentaux évitent d'empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple en dictant ce qu'une musulmane devrait porter" est apparue comme une réprobation envers la loi française de 2004 concernant le port du foulard dans les écoles.

Arnaud Leparmentier, ce 6 juin, sur le site du quotidien Le Monde, constate que, dans la déclaration de Nicolas Sarkozy, il n’y a « pas un mot pour rappeler que les jeunes filles n'ont pas le droit de porter le foulard dans les écoles publiques ». Le président de la République se met sciemment hors la loi, afin de marquer la similitude de sa pensée avec celle d’Obama.

Sarkozy, "d’accord" avec Obama sur la liberté du port du voile islamique


  La Riposte Laïque est foudroyante ! Voir le texte de Cyrano (Pierre Cassen), qui n’y va pas de main morte, mais c’est la posture de ce remarquable journal en ligne « des esprits libres, pour l’égalité hommes-femmes, pour la République sociale », qui a édité « Les dessous du voile. 1989-2009 : 20 ans d’offensive islamique contre la République laïque ».

Egypte : la forfaiture d’Obama, qui défend le voile, la trahison d’Hillary Clinton, qui le porte


Cet article est le 14ème paru sur ce blog dans la catégorie Laïcité et communautarismes.

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 22:52

Une économie centralisée coopérant avec le capitalisme

 

Nous n’avons pas oublié ce qui s’est passé, il y a vingt ans, place Tiananmen à Pékin. Ce pays, qui occupe une place géostratégique sans égal, continue d’être dirigé de manière autoritaire par le Parti Communiste Chinois. Depuis le 4 juin 1989, les espaces démocratiques ont diminué en Chine, mais l’économie a pris son envol.

Le pouvoir politique n’aime pas être questionné à propos de la répression du mouvement étudiant en 1989. Voir Il y a 20 ans, la répression sur la place Tiananmen (images rappelées sur le site du Nouvel Observateur, 4 juin).

 

Et Pierre Haski, qui dirige Rue89, a fourni, le 4 juin, un document intéressant (extraits) :

 

20 ans après Tiananmen : le spectre de la réforme politique

François Mitterrand déclarait, au lendemain du massacre de Tiananmen : "un régime qui tire sur sa jeunesse n'a pas d'avenir". Vingt ans plus tard, le régime chinois est toujours en place, et a fait de la Chine une puissance économique et politique majeure. Mitterrand a-t-il donc eu tort ?

A voir la nervosité du pouvoir chinois à l'approche de ce vingtième anniversaire, avec une censure draconienne d'internet , l'éloignement de quelques malheureux dissidents de la capitale, et une surveillance policière tous azimuts, on peut se demander si le régime chinois est si sûr de lui et de son avenir.

Aucune menace réelle ne justifie aujourd'hui un tel verrouillage, alors que la jeunesse actuelle a eu le cerveau vidé de toute référence au Printemps de Pékin, que le reste du monde se tait pour ne pas provoquer l'ire de Pékin, et que la population chinoise s'inquiète plus des conséquences de la crise mondiale que de réclamer des comptes sur le passé.

Le refus de tourner la page de 1989

Alors pourquoi cette obstination à ne pas vouloir tourner la page de 1989, à refuser de reconnaître les morts de 1989 malgré l'exemplaire mobilisation des Mères de Tiananmen , et à refuser de revenir sur le jugement de "mouvement contrerévolutionnaire" porté à l'époque, et qui continue de pénaliser la vie de nombreuses personnes ? (…)

Cette nervosité permanente se comprend mieux quand on découvre les mémoires d'outre-tombe de Zhao Ziyang, le Secrétaire général du Parti communiste chinois au moment du Printemps de Pékin, limogé pour s'être opposé à l'usage de la force contre les étudiants qui occupaient la place. Zhao Ziyang, un réformateur qui aurait pu être dans d'autres circonstances le "Gorbatchev chinois", a été assigné à résidence pendant dix-sept ans, jusqu'à sa mort en 2005.

Mémoires d'outre-tombe de Zhao Ziyang*

Pendant toutes ces années de silence, Zhao Ziyang a néanmoins enregistré ses mémoires, dictées sur des cassettes de musique pour enfants afin de contourner la surveillance dont il faisait l'objet. Ces mémoires, qui viennent de sortir aux Etats-Unis et à Hong Kong, ont été authentifiées par Bao Tong, le secrétaire particulier de l'ancien numéro un, lui aussi en résidence surveillée depuis vingt ans.

Zhao Ziyang, c'est le "fantôme de Tiananmen" qui vient hanter les dirigeants actuels, dont la légitimité remonte au choix de la force fait en 1989 par Deng Xiaoping, le vieux patriarche communiste que les membres du Bureau Politique, divisés sur la suite des événements, sont allés sortir de sa retraite et de ses parties de bridge, pour lui demander de trancher. L'homme que le monde vénère pour son choix des réformes économiques à la mort de Mao Zedong, trancha pour la force contre ceux qui défiaient le PCC : assurer le pouvoir par-dessus tout.

C'est lui qui, en effet, décida de faire donner l'armée contre les étudiants, comme l'avaient déjà révélé les "Archives de Tiananmen", sorties clandestinement de Chine en 2000. Et on y relevait déjà cette prise de position de Zhao Ziyang, dans son "autocritique" du 23 juin 1989, au lendemain du massacre : "Longtemps je me suis considéré comme un réformateur économique et un conservateur politique. Mais ma pensée a changé ces dernières années. A présent, je sens que la réforme politique doit être une priorité."

Le spectre de la réforme politique

La "réforme politique", cette hydre qui ressurgit à intervalles réguliers dans le débat chinois, depuis près d'un siècle comme l'avait montré le sinologue Jean-Philippe Béjadans son livre "A la recherche d'une ombre chinoise - le mouvement pour la démocratie en Chine [1919-2004], (Seuil 2004)…

Après Tiananmen, tirant les leçons du Printemps de Pékin mais aussi de l'effondrement du communisme à Moscou et en Europe, le pouvoir conclut un nouveau "contrat social" avec la classe moyenne urbaine : l'enrichissement et la fierté d'être chinois, en échange d'une paix politique et sociale. Ce Pacte informel a fonctionné pendant une douzaine d'années, mais montre aujourd'hui ses limites.

Aujourd'hui encore, alors que les dirigeants communistes ne cessent de réaffirmer que la "démocratie chinoise" ne sera pas calquée sur le modèle occidental, ils ont vu surgir en décembre dernier la "Charte08", initiée par une poignée de dissidents, et qui réclame rien de moins que l'application en Chine des valeurs universelles, la liberté d'expression et d'association, le multipartisme…

Ce 4 juin 2009 n'est finalement pas tant un jour de mémoire pour les familles des victimes qu'un jour symbolique de peur pour un régime qui n'arrive pas à se débarrasser de ce fantôme de la réforme politique, dont beaucoup de Chinois pensent qu'elle est la clé d'une modernisation réelle de leur pays.

* Sur le site du quotidien Le Monde, le 16 mai, Tiananmen : le brûlot posthume de Zhao Ziyang.

 

 

Pour prendre connaissance d’éléments économiques et financiers concernant la Chine :

 

- La Chine va moins bien qu'avant, mais mieux que les autres (Le Monde, 17 avril 2009)

 

- Le yuan, future monnaie internationale (Le Monde, 27 avril 2009)

 

- La Chine : scénario pour le futur : Intervention de Claude Martin, Ambassadeur de France, au colloque organisé par la Fondation Res Publica le 8 septembre 2008 sur le thème L'Asie vue d'Europe.

 

Cet article est le 5ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

 

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 22:52

Faudra-t-il 20 ans et une guerre mondiale pour en sortir ?

 

Ce soir, je mets bout à bout trois documents :

 

- Deux dossiers qui m’ont été transmis par Loïc Daguzan, syndicaliste à la Banque de France, coordonnateur du collectif « Pas touche au Livret A ! » : l’un met en évidence la croissance rapide des dossiers de surendettement des ménages (Vivapresse, 2 juin), l’autre décrit l’évolution prévisible du chômage au niveau mondial (AP, 3 juin).

 

- Le troisième provient du responsable de La Chronique Agora, qui compare la crise actuelle à celle de 1929 (Bill Bonner, 4 juin).

Le surendettement explose

Depuis leur création, en 1990, les commissions de surendettement n’ont jamais vu cela : le nombre des dossiers a augmenté de près d’un tiers en un an…

La Banque de France vient de publier des chiffres inquiétants sur le surendettement. Les cas ont augmenté de 30% en un an. Le nombre de dossiers présentés auprès des commissions départementales de surendettement a explosé depuis le début de l’année et atteint des niveaux record en mars, avec 21 747 dossiers déposés. Le montant moyen de l’endettement a lui aussi augmenté (26% en trois ans). Il est en moyenne de 40 000 euros. Du jamais vu depuis la création des commissions, en 1990. Les plans sociaux, l’augmentation du chômage durable, technique ou partiel, la fin des contrats d’intérim sont bien sûr en cause.

Pour payer le loyer

Mais les commissions voient de plus en plus arriver des travailleurs pauvres, et particulièrement des jeunes de 25 à 30 ans dont les maigres revenus ne leur permettent pas de faire face à leurs charges. Les retraités affluent également. Il s’agit généralement de femmes seules dont la retraite oscille autour de 800 euros ; totalement insuffisant lorsqu’on est locataire. Aujourd’hui, ce n’est pas pour acheter une voiture ou un téléviseur dernier cri que l’on s’endette, mais simplement pour assurer l’ordinaire : payer son loyer, régler un Caddie.

Principaux incriminés dans cette spirale d’endettement : les crédits renouvelables (ou revolving), ces réserves d’argent prêtées à des taux avoisinant les 20% et octroyées sans vérification, par les établissements de crédit, de la situation de l’emprunteur. Ils sont impliqués dans la quasi-­totalité des dossiers. Les naufragés du crédit en ont en général au moins cinq, mais parfois beaucoup plus. Les établissements de crédit font état d’une forte progression des incidents de paiement.

La ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a présenté le 22 avril un projet de loi sur le crédit à la consommation, et notamment le revolving, afin de mieux prévenir le surendettement des ménages. La réforme encadre la publicité, qui ne devra plus encourager les consommateurs à souscrire ce type de crédits en insistant sur la simplicité des démarches : « en un clic ou sur un simple coup de fil ».

Peut encore (mieux) faire

La loi porte aussi le délai de rétractation de sept à quatorze jours et oblige les établissements de crédit à consulter le fichier des incidents de paiement afin de ne plus accorder un prêt à un emprunteur déjà endetté. Enfin, elle prévoit le remboursement par l’emprunteur d’une partie du capital à chaque échéance.

Pour les associations de consommateurs, si cette loi est un progrès, elle reste insuffisante. Elles espèrent des propositions plus audacieuses lors de la présentation du texte à l’Assemblée nationale, cet été.


Chômage : la crise pourrait durer de six à huit ans, selon le chef de l'OIT

L
a crise de l'emploi et la protection sociale provoquée par la crise économique mondiale actuelle pourrait durer six à huit ans, a mis en garde mercredi le directeur général de l'Organisation internationale du Travail (OIT) Juan Somavia.

Devant les délégués de la 98e Conférence internationale du travail, il a appelé à l'adoption d'un pacte mondial pour l'emploi.

Avec quelque 45 millions de personnes qui entrent chaque année sur le marché du travail, le monde aura besoin de créer 300 millions de nouveaux emplois d'ici 2015, rien que pour les taux de chômage restent stables, a-t-il prévenu.

Or "les choses vont dans la direction opposée", a constaté Juan Somavia, lors de l'assemblée annuelle de l'organisation onusienne qui regroupe 183 pays.

Juan Somavia a déclaré que l'économie mondiale allait se contracter de 1,3% cette année et que le chômage risquait d'augmenter encore en 2010 et peut-être en 2011. Les faillites augmentent de façon "exponentielle", a-t-il mis en garde, la pauvreté augmente et les classes moyennes sont fragilisées.

Le diplomate chilien, qui dirige l'OIT depuis 1999, appelle les gouvernements à prendre des mesures pour soutenir l'emploi et la protection sociale en plus des plans de relance qui se sont concentrés sur le sauvetage des banques et des entreprises.

Si le G-20 a pris des mesures audacieuses pour lutter contre la crise financière, a-t-il expliqué, la situation de l'emploi ne se rétablit généralement après une crise qu'au bout de quatre à cinq ans. Dans le cas présent, "le monde fait peut-être face à une crise des emplois et de la protection sociale d'une durée de six à huit ans", a-t-il estimé. "Faire passer en premier les personnes, pas seulement le dire mais le faire, doit être la priorité".


2009 continue de ressembler au Krach de 1929


En 1930, six mois après que le front orageux initial se soit éloigné, la production mondiale avait baissé de 15% environ. On en est environ au même chiffre aujourd'hui. Les marchés n'avaient perdu que 20% au milieu des années 30. Aujourd'hui, ils en sont à -35% par rapport à leurs sommets. Et le commerce mondial a diminué de 15% durant les six mois qui ont suivi l'arrivée du Krach de 1929. Aujourd'hui, il est en baisse de 25%


Pour lire la suite...


Cet article est le 56ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie
.

 

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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 22:52

Déclin américain, la balle dans le camp de la Chine

 

 

 

Sans surprise, General Motors s’est mis sous la protection de la loi américaine sur les faillites. La fin d’un monde et d’un symbole (Claude Nicolet et Bernard Maris). L’Etat fédéral sauve l’entreprise, mais pas tous les emplois, loin de là. Et les perspectives ne sont pas bonnes pour le dollar, comme le souligne Jean-Luc Gréau. L’inflation est au bout du chemin, comme le prévoit Philippe Béchade.

 

Voir Claude Nicolet (MRC Nord), ce jour, sur son blog :

 

General Motors: la fin d'un monde et d'un symbole.

La multinationale de l'industrie automobile, la General Motors est en faillite depuis hier. Voilà qu'une entreprise géante, la première de sa catégorie depuis soixante dix ans, est obligée de disparaître et de se mettre sous la protection en particulier du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites.

Lire la suite...


Voir aussi le texte de Bernard Maris (France Inter et Marianne, 2 juin) :


USA, Allemagne, la bataille de General Motors
 

 

Le symbole du triomphe américain fait faillite. L'administration Obama emploie les grands moyens avec la nationalisation du géant automobile et le gouvernement allemand fait tout pour préserver ses intérêts. Explications. 

 

Lire la suite dont la phrase : « Ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique » (Charlie Wilson, pdg du groupe en 1955). 

 

 

Jean-Luc Gréau, économiste indépendant, dans un entretien avec Philippe Cohen (Marianne, 28 mai), évoque les conséquences éventuelles d’une implosion du dollar :

 

Gréau : pourquoi la bombe dollar plane au dessus de nos têtes

 

Et si le dollar implosait ? La Chine, qui soutient l'économie américaine en achetant des centaines de milliards de bons du trésor, développe des velléités d'émancipation monétaire. Jusqu'où ?...  

 

Lire la suite

 

 

Philippe Béchade, rédacteur de la Chronique Agora (diffusion gratuite par courriel), analyste des marchés,  a imaginé ce que seront les trois prochaines années :

 

Cet article est le 9ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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