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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 17:26

Le cabillaud et la sole mettent le feu à la Côte d’Opale

 

Les pêcheurs du Nord-Pas-de-Calais sont en souffrance et contestent le niveau de quotas accepté par le ministre de l’agriculture et de la pêche, Michel Barnier, lors de la négociation européenne en décembre 2008.

 

Sur le site de l’Express, ce 16 avril, voici les dernières nouvelles et les réactions : Quotas de pêche : Greenpeace réclame plus de transparence.

 

Parmi les réactions, celle de Philippe de Villiers, relevée ce 16 avril par l’Observatoire de l’Europe : La pêche française victime d'un affreux marchandage ?

 

Lire aussi Les pêcheurs lèvent le blocage des ports mais restent mobilisés (Le Monde, 16 avril).

 

Pour comprendre, l’article paru le 15 avril sur le site de Libération, signé Guillaume Launay, est bien utile. Le voici.
Pêcheurs : les quotas ne passent pas


Depuis hier après-midi, les ports de Boulogne-sur-Mer, Calais et Dunkerque sont totalement paralysés par les pêcheurs locaux. «Un blocage total et illimité, annonce Patrice Haezebrouck, vice-président du comité local des pêches et représentant de la CGT. Ça ne nous fait pas plaisir mais on n’a plus le choix.» Après une année 2008 marquée par la flambée du gazole, ce sont à nouveau les quotas européens qui sont au cœur des revendications.


«Dérisoires».
Ce que réclament les pêcheurs ? De pouvoir retourner en mer. Mais leur quota de cabillaud et de sole étant atteint, toute sortie les placerait hors-la-loi, et les amendes sont salées. «Si on applique la réglementation, on ferme», résume Patrice Haezebrouck. Une centaine de bateaux sont impliqués dans le mouvement et dénoncent des quotas visant à éliminer les «petits», et à «casser la pêche artisanale» au profit de «grands trusts». «Les quotas sont dérisoires, poursuit Patrice Haezebrouck. Pour la sole, à Dunkerque, on a 133 tonnes pour 20 bateaux. Or c’est l’équivalent de la capture de trois bateaux sur l’année. Il nous faudrait au moins 600 tonnes. D’autant que le constat qu’on fait, c’est qu’il y a du poisson.» Bruno Dachicourt, secrétaire général de la CFTC marins-pêcheurs, renchérit : «Certains bateaux n’avaient qu’une tonne de cabillaud pour l’année. C’est ce qui peut être atteint en une seule sortie.»


Charles Braine, du WWF-France, tempère cette apparence d’abondance de cabillaud : «Il y a une concentration au niveau du goulet du Pas-de-Calais. Mais les études montrent qu’il s’agit d’un effet local et ponctuel, alors que la situation est globalement dramatique dans la zone Manche-Est et mer du Nord. Il faut lever un peu la tête et regarder autour ce qui se passe.» Les pêcheurs ne l’entendent pas ainsi et demandent à la France de retourner au front à Bruxelles : «On veut un quota suffisant pour qu’il soit viable pour les entreprises et pour préserver la ressource. Les pêcheurs ne veulent pas d’argent, ils veulent simplement qu’on les laisse vivre», poursuit Bruno Dachicourt.


Voté.
Mais si Michel Barnier se dit prêt à «poursuivre le dialogue», il ne semble pas disposé à rouvrir la bataille, rappelant que la France a déjà obtenu une hausse de 30 % pour cette campagne, après une augmentation de 25 % en juin. «Dès le premier trimestre, certains ont dépassé de 60%», précise le ministère de l’Agriculture et de la Pêche, qui souligne «l’aspect local du mouvement» et insiste sur la différence de situation entre la sole - où les pêcheurs, en surcapacité, demandent chaque année des quotas supplémentaires - et le cabillaud qui connaît un pic de ressources conjoncturel.


Et le ministère d’avertir que «la pêche hors quota constitue une infraction», qui, de plus, diminue le quota des pêcheurs des autres ports. De toute façon, Bruxelles ne semble pas prêt à rouvrir la négociation : «On peut comprendre les pêcheurs, mais il fallait râler avant que le ministre ne vote les quotas, a tranché hier la porte-parole du Commissaire européen à la Pêche, interrogée par l’AFP. On ne revient pas sur les attributions de quotas une fois qu’elles ont été décidées.»


Pourtant, tout s’était bien passé, en décembre 2008, lors des négociations entre les ministres des 27 pays de l’Union européenne
, à en juger par cet article paru sur le site du quotidien Le Monde, le 19 décembre 2008 :

 

Accord européen sur les quotas de pêche 2009

 

Les ministres de la pêche de l'Union européenne ont trouvé un accord, vendredi 19 décembre, sur la répartition des quotas de pêche de 2009, "adopté à l'unanimité", selon le ministre de la pêche français Michel Barnier. Le principal enjeu de l'accord réside dans les quotas de pêche du cabillaud, une espèce considérée comme menacée.

 

Pour la première fois depuis longtemps, les quotas de capture de ce poisson vont fortement augmenter en mer du Nord, ainsi qu'en Manche est (+ 30 % par rapport à 2008). "Le plan de reconstitution" du cabillaud, mis en place sur le long terme par l'Europe, "commence à fonctionner", a expliqué le commissaire européen à la pêche, le Maltais Joe Borg. En contrepartie, dans ces zones, des mesures sont prévues pour réduire les rejets de poissons en mer par les pêcheurs, avec des filets et engins de pêche plus sélectifs, notamment, et l'obligation pour les chalutiers de quitter des zones considérées comme trop sensibles. Les ONG estiment que la moitié des poissons capturés en mer en moyenne y sont immédiatement rejetés, parce qu'ils ne sont pas assez grands ou qu'ils ne correspondent pas aux espèces recherchées.


DES NÉGOCIATIONS APAISÉES

Dans la plupart des autres zones maritimes de l'Atlantique concernées par l'accord, les quotas de cabillaud seront en revanche de nouveau en forte baisse en 2009, avec une réduction de 25 % en moyenne, conformément à ce que demandait la Commission européenne. Le cabillaud est une espèce peu migrante, l'état des réserves pouvant donc fortement différer d'une zone à l'autre. Parmi les autres décisions prises, les quotas d'aiguillat (petit requin) vont baisser de 50 % (au lieu d'une fermeture demandée par Bruxelles). Dans le golfe de Gascogne, la France a obtenu de ramener la réduction du quota de langoustines à 5 %, contre 15 % proposé au départ. En revanche, la fermeture de la pêche à l'anchois dans le golfe de Gascogne, en vigueur depuis quatre ans, est maintenue.

Les négociations ont été beaucoup plus paisibles, cette année, que par le passé. Les ONG font notamment valoir qu'avec le temps, les pêcheurs se montrent plus responsables dans la gestion des ressources, ce qui facilite les négociations. "Nous avons trouvé ce point d'équilibre, toujours très difficile, dans un bon climat entre le souci de la gestion responsable et durable des ressources halieutiques fragiles, et celui de l'activité des marins pêcheurs qui mérite d'être encouragée", a dit M. Barnier.


A noter, l’intervention du président de la République
, en janvier 2008, qui avait défrayé la chronique (à lire sur le site EurActiv.fr, 22 janvier 2008) : Nicolas Sarkozy provoque la polémique sur les quotas de pêche ...


Cet article est le 121ème paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC
.

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 21:39

Le retour du politique après la dérive néolibérale

 

D’une part, le Sénat semble avoir pris un coup de jeune depuis l’élection de son nouveau président, Gérard Larcher et, d’autre part, l’Assemblée nationale recherche plus d’autonomie vis-à-vis du pouvoir exécutif. La mise en œuvre de la réforme constitutionnelle créant les conditions d’un rapport de forces moins défavorable au pouvoir législatif, les députés et les sénateurs tentent d’exister, face au gouvernement et au président de la République.


Le Groupe de travail sur la crise financière internationale est une innovation parlementaire proposée par les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale et acceptée par le président de la République. Selon un article de Claire Guélaud (Le Monde, 14 avril), les travaux de ce groupe de députés et sénateurs donnent satisfaction. Les 12 députés et les 12 sénateurs (de divers groupes de la majorité et de l’opposition) étaient reçus ce 15 avril par le président de la République.


Voir, à ce sujet, le blog du MRC 44
(cliquez ici). "C'est bien que nous puissions nous pencher ensemble sur une crise qui nous dépasse tous", a déclaré le président du Mouvement républicain et citoyen, Jean-Pierre Chevènement, membre de ce groupe.


C’est une bonne initiative, d’autant que la crise financière et monétaire est toujours devant nous (voir, sur ce blog USA : l'effondrement du dollar aurait de graves conséquences en Europe - 21 mars 2009).

Les USA font en sorte que la question du dollar ne soit pas abordée dans les discussions internationales.
Elle est pourtant centrale. Jacques Sapir, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), est parmi les rares économistes qui n’hésitent pas à en parler. Lire l’entretien qu’il a accordé au quotidien Le Monde (Anne Rodier, 14 avril) sous le titre

Crise économique : "Nous allons connaître une grande incertitude sur le dollar"

 

Pourquoi se pose aujourd'hui la question du rôle du dollar ?

Parce que les Etats-Unis vont devoir placer sur les marchés financiers entre 1 700 et 1 900 milliards de Bons du Trésor. Se posent alors deux questions : combien devront-ils monétiser de bons du Trésor en les faisant racheter par la Réserve fédérale (Fed) et quelle part les pays du Golfe et les Chinois vont pouvoir acheter ?

Pour le principe, les Chinois en achèteront sans doute une centaine de milliards mais certainement pas plus. Car ils ont déjà indiqué que les Etats-Unis devaient soit avoir une politique financière beaucoup plus rigoureuse, soit ne plus compter sur la Chine pour acheter leurs bons du Trésor.

Nous allons donc connaître une grande incertitude sur le dollar. Le G20 a partiellement rassuré les marchés. Mais à partir de cet été on va commencer à assister à une baisse régulière du dollar. La période où le dollar était la valeur refuge va se terminer.


Quelle est la conséquence de la baisse du dollar pour les autres pays ?


Concrètement ça va nous mettre, nous Européens, dans une situation absolument intenable. L'euro qui est déjà fort (1,32-1,35 dollars) va augmenter. C'est une situation qui ne sera pas supportable par les pays de la zone euro, qui va provoquer des craquements extrêmement brutaux dans les pays les plus vulnérables. Nos possibilités d'exporter vont fondre. A terme l'économie française est visée.

Les pays qui détiennent des quantités considérables de dollars seront aussi touchés. La Chine détient environ 1 900 milliards de dollars de Bons américains, la Russie doit en détenir 270 milliards, Hongkong détient 150 milliards de réserves dont une bonne partie de bons du Trésor américain. Ils auront le sentiment très net qu'il va falloir quitter le dollar, car ils seront menacés.

Je ne pense pas que cette chute du dollar va se transformer en une déroute complète qui amènerait l'euro à plus de 2 dollars, etc. Mais il suffit que les Chinois décident de faire monter la part de l'euro et faire baisser la part du dollar dans leurs réserves pour que cela ait des conséquences extrêmement importantes.

On va tout droit vers une fragmentation du système monétaire d'ici à 2010-2011. C'est-à-dire que les différents pays vont établir leur monnaie en monnaie de réserve. Ce sera le cas du yuan, du rouble, de l'euro et du dollar. L'euro va continuer à fonctionner mais de manière résiduelle. Il servira de monnaie de réserve pour les pays de l'Europe, qui seront relativement contents de pouvoir s'y accrocher chacun à sa façon. D'autres monnaies vont s'accrocher au rouble, au yuan (les monnaies de Corée, du Vietnam, de Malaisie, de Thaïlande). La Corée achète déjà de la dette chinoise. On va donc arriver à une fragmentation de la globalisation.


A quoi ressemblerait un monde sans dollar ?


Ce serait la mise en place d'une monnaie internationale de réserve qui n'est la monnaie d'aucun pays et la monnaie de tous suivant la formule établie. Cette monnaie serait gérée soit par un FMI modifié, soit par un autre comité quelconque. Mais je ne vois pas cette solution à court terme.

Ça peut être la proposition des Chinois et des Russes d'utiliser les droits de tirages spéciaux (DTS) du FMI [leur valeur est déterminée à partir d'un panier de monnaies]. Mais le problème est que, comme tout le monde le sait, les Etats-Unis ne veulent sous aucun prétexte de cette solution, déjà proposée par la France en 1964. Car ils veulent conserver aussi longtemps qu'ils le peuvent le dollar comme devise de référence.

Dans une période transitoire de cinq à dix ans vont donc se multiplier les monnaies de réserve. A terme ces monnaies de réserves régionales doivent donner naissance à des zones régionales commerciales, vouées à se développer dans les deux ou trois ans à venir. Les monnaies régionales vont fonctionner avec un risque d'instabilité monétaire forte et donc un risque d'instabilité économique.


Cet article est le 71ème paru sur ce blog dans la catégorie
Capitalisme .

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 14:28

Un parlement européen de plus en plus loin des peuples

 

Pendant que les médias commencent à s’inquiéter du manque d’intérêt des citoyens pour les élections européennes, on découvre que le Parlement européen s’est prononcé en faveur de liens plus étroits entre l’Union européenne et les Etats-Unis d’Amérique, dans le prolongement du traité de Lisbonne, dès que celui-ci entrera en application (voir sur ce blog La ratification du traité de Lisbonne par l'Allemagne dépend des juges - 13 février 2009).

 

L’information est parue sur le site de Marianne, le 9 avril, sous la plume d’un fonctionnaire international, E. Aperaude (voir http://www.marianne2.fr/L-Europe-de-la-servitude-volontaire_a177994.html). Texte reproduit, ci-après.

 

L'Europe de la servitude volontaire

L'alignement des Etats européens sur les Etats-Unis, déjà perceptible lors du G20, se confirme implacablement par une résolution votée au parlement européen qui renforce la suprématie américaine dans les relations transatlantiques.

« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » disait E. de la Boétie. Le 26 mars 2009, le Parlement européen (PE) a approuvé par 503 voix pour, 51 voix contre et 10 abstentions, une résolution sur « l'état des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux États-Unis ». Certes, une résolution du PE n’a pas de pouvoir contraignant dans la législation européenne, mais elle indique l’état d’esprit des eurodéputés et exprime la vision qu’a cette institution  du projet européen.

 

La marche à suivre jusqu'en 2015

 

Ce document (A6-0114/2009) d'une dizaine de pages rédigées par la droite européenne (groupe PPE-DE) et voté avec le soutien massif de la gauche, trace les perspectives des relations entre l'Europe et les États-Unis d'ici à 2015, soit une période qui couvrira l'actuel mandat, et le second mandat potentiel du président étasunien, Barack Obama. C'est donc une référence importante pour comprendre ce qu'attendent les États-Unis et ce que projette la Commission Barroso, l'actuelle et la prochaine puisqu'à en croire les oracles, nous n'avons pas encore voté qu'elle serait déjà reconduite.

 

Considérant que  « le partenariat transatlantique doit demeurer une pierre angulaire de l'action extérieure de l'Union », le but de cette résolution est affirmé sans détour : il s’agit de construire « un véritable marché transatlantique intégré », qui devra être établi « d'ici à 2015 », fruit du travail du Conseil économique transatlantique (CET). Le CET, conseillé entre autres par « des représentants du monde de l'entreprise », veillera notamment à l'harmonisation des législations pour faciliter « l'approfondissement du marché transatlantique ». On imagine sans mal les choix qui seront opérés entre place de l'État et rôle du marché.

 

L'accord de partenariat, à négocier une fois le traite de Lisbonne ratifié, devra être conclu d'ici à 2012. Il devrait comprendre la création d'un Conseil politique transatlantique (CPT) de haut niveau, chargé de coordonner « systématiquement » la politique étrangère et de sécurité. Au cas où quelque chose échapperait à l'OTAN, « pierre angulaire de la sécurité transatlantique » dont le rôle est déjà gravé dans le marbre du traité de Lisbonne (en son article 42), le CPT serait ainsi chargé de rectifier « systématiquement » des positions « coordonnés ». Ce qu'en d'autres termes on appelle l'alignement. 

 

Les Européens sont d'ailleurs sommés d'augmenter leur effort de défense.

La lecture de cette résolution est édifiante. Ce texte s’inscrit pleinement dans la reprise des cadres économiques structurels néolibéraux et dans une soumission à la puissance étasunienne : encouragement au lobbying (article 16) ; demande de conclusion du cycle de libéralisation de Doha de l’OMC qui pourtant a bien du plomb dans l'aile (article 22) ; coopération énergétique et donc soumission aux buts de guerre des EU (article 24) ; félicitations prématurées aux envoyés spéciaux étasuniens au Proche-Orient et en Afghanistan (articles 26 et 29) et aux troupes étasuniennes présentes en Irak (article 31) ; échanges de données personnelles ; demande d’intégration des marchés financiers avec convergence des cadres réglementaires actuels et suppression de toutes entraves aux échanges ; libéralisation des investissements étrangers grâce à une « législation ayant une incidence territoriale sans consultation ni accord préalable » (sic, article 52 et 53) ; etc. Le document vaut la peine d'être lu dans son entier.

 

Cette feuille de route confirme, pour les plus sceptiques, que la stratégie étasunienne de la « Triple couronne », définie par l'administration Clinton à la fin du XXème siècle, est toujours d'actualité : à l'OTAN la défense; à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) le dialogue politique et le respect des droits de l'Homme - armes douces pour les régions sensibles des frontières de l'Empire, comme les Balkans ou la Géorgie - à l'UE le grand marché unifié et libéralisé, de Dublin jusqu'à la Syrie. Il faudra bien, en effet, comme l'a dit Obama à Prague, inclure la Turquie dans l'UE d'autant plus que, ironie des concepts de la Maison blanche, l'intégration de cet État laïc serait un signal positif envers les... musulmans.

 

Cet inquiétant discours de la servitude volontaire de l'Europe est, dans la perspective des élections de juin prochain, un vrai sujet de débat. Ce projet, certes public mais discret, est noyé dans la masse de la production du Parlement ou de la Commission et appuyé par l'énorme majorité des eurodéputés. Il engage pourtant de manière déterminante notre continent, nos États et nos populations sur une voie délicate.

 

Qu’en disent les forces politiques, notamment à gauche, qui solliciteront nos suffrages le 7 juin ?

 

Comment s’étonner que L’abstention guette les européennes (Libération, 13 avril) ?

 

Pour information :

- Européennes : les partis français tardent à s'organiser (Le Monde, 8 avril).

- Européennes : mais comment et à qui en parler ? (Ouest-France, 14 avril).

Cet article est le 25ème paru sur ce blog dans la catégorie Européennes 2009.

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 21:07

La PAC est nécessaire pour la sécurité alimentaire

 

Lors de son Assemblée Générale, le 12 mars 2009, la Confédération Paysanne de la Mayenne avait invité Lucien Bourgeois*, conseiller du président de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA), en lui demandant de parler de la crise et des politiques agricoles.

 

Lucien m’ayant transmis la présentation de son exposé, sachant que je pourrais en faire un bon usage**, voici ce texte qui a servi de base à sa présentation orale le 12 mars, dans la salle de la MSA à Laval.

 

Les politiques agricoles et la crise économique

 

Une crise systémique qui oblige à revoir les règles du jeu

 

Les explications faciles de la crise agricole

  1. Le blé augmente comme les autres matières premières industrielles et le pétrole
  2. La cause est la démographie mondiale, la météo défavorable et des achats chinois
  3. Il y a un risque de pénurie alimentaire
  4. Il faut libéraliser les échanges pour  augmenter la production par tous les moyens et dans tous les pays où c’est possible

- Le prix du blé a baissé de 50% depuis la fin Mars 2008

- Le prix du beurre n’a jamais été aussi bas depuis trois ans

 

Ni la météo, ni la Chine  mais la peur de manquer de pétrole et l’imprévoyance

  1. Les récoltes mondiales de 2007 et de 2008 sont des records historiques
  2. Les importations chinoises de céréales ont baissé
  3. Les stocks ont baissé pendant 7 ans
  4. Les USA ont affecté 60 millions de tonnes de maïs à la production d’éthanol
  5. La production agricole actuelle est très dépendante du pétrole  

L’agroalimentaire UE : un secteur essentiel

 

- Même dans l’UE à 25, la France assure plus de 20 % de la production

- Les produits agroalimentaires : moins de 9 % des échanges mondiaux

- L’UE fait désormais presque jeu égal avec les USA sur l’agroalimentaire

- Les USA ont des échanges agroalimentaires négatifs avec l’UE

- Les échanges agroalimentaires portent de plus en plus sur les produits transformés

 

La Chine et l’Inde ont pris les problèmes agricoles très au sérieux

          Heureusement pour la paix dans le monde, les deux pays les plus peuplés de la terre ont mis en place des politiques agricoles efficaces qui leurs ont permis d’assurer leur sécurité alimentaire.

          La Chine est le premier producteur mondial de céréales et de viandes.

 

- La production agricole augmente plus vite que la population mondiale

- La Chine produit autant de viande que l’ensemble USA et UE

 

La PAC est au départ une stratégie défensive

          La guerre froide coupe l’Europe en deux et pousse la partie Ouest à rechercher l’autosuffisance alimentaire.

          Il faut attendre 12 ans pour signer le Traité de Rome et 5 ans de plus pour mettre en œuvre une politique commune (Mur de Berlin en 1961).

          Depuis la chute du Mur de Berlin en 1989, la PAC n’a plus la même légitimité.

 

En 20 ans, l’UE a relevé le défi alimentaire

          L’UE à 15 a trois fois moins de terres arables que les USA et plus d’habitants.

          En 1980, l’autosuffisance est assurée même dans le secteur des céréales.

          En 1984, l’UE impose les quotas laitiers. Mais elle utilise des opportunités favorables sur les céréales (dollar fort et embargo US).

 

- La reconquête UE et le feu de paille US

- Depuis 15 ans, la part des produits transformés est supérieure à 50 %

- L’UE exporte plus de produits agroalimentaires que les USA

 

La PAC : des résultats économiques évidents

  1. Avec deux fois moins de terres agricoles que les USA, l’UE à 25 assure l’auto-approvisionnement de 150 millions de personnes de plus.
  2. De plus, l’UE exporte autant de produits agroalimentaires qu les USA avec une meilleure spécialisation sur les produits transformés.
  3. La productivité du travail dans le secteur agricole a augmenté au même rythme que la moyenne en France.
  4. Les IAA restent le premier secteur industriel dans l’UE.  

La PAC : Une sécurité alimentaire à un coût acceptable

  1. Les aides PAC pour la régulation des marchés ont d’abord pour but d’assurer la sécurité alimentaire pour les consommateurs
  2. Cette sécurité est réelle et permet de retrouver l’origine des produits mis sur le marché (traçabilité)
  3. Le coût global est moins important que celui de la sécurité des biens (automobile et logement)  

La PAC permet un circuit économique performant

  1. Les aides PAC pour la régulation des marchés sont strictement égales aux investissements agricoles. On peut donc dire qu’elles sont intégralement recyclées
  2. La modernisation qui en découle permet de baisser les prix des produits agricoles. Cela assure aux IAA un approvisionnement parfaitement sécurisé et à des prix compétitifs  

- Dépenses agricoles UE maîtrisées et restitutions divisées par 5 en 15 ans

 

La PAC : des points à améliorer

  1. Une distribution des aides très inégalitaire.
  2. Trop grande importance des aides dans les revenus individuels.
  3. La forte baisse des prix agricoles ne bénéficie pas aux consommateurs.
  4. La restructuration des exploitations n’a pas favorisé l’emploi.  

- Depuis 1992, moins de baisse des prix agricoles et augmentation des prix alimentaires

- Deux fois moins d’actifs agricoles en 25 ans, stagnation pour les IAA

- Le prix des terres agricoles augmente à nouveau depuis dix ans

 

Tous les gouvernements sont intervenus sur l’alimentation

Il s’agit d’un besoin quotidien alors que de nombreuses récoltes sont annuelles et sensibles aux aléas climatiques.
1 - Il faut donc favoriser une production suffisante pour éviter les famines.

2 - Organiser le stockage dans l’année et entre bonnes et mauvaises années.

3 - Permettre une répartition socialement acceptable.

 

Les USA ont la même politique agricole depuis 70 ans

La politique agricole adoptée par Franklin Roosevelt après la crise de 1929 :

1 - un protectionnisme renforcé,

2 - des mesures de soutien des prix (stockage provisoire),

3 - des mesures de régulation de l’offre (gel des terres),

4 - des mesures agri-environnementales (lutte contre l’érosion des sols).

 

La réalité dans le monde

  Les agriculteurs représentent encore la moitié de la population active dans le monde. Un enjeu social essentiel !

  En Chine, par exemple, il y a 330 millions d’actifs agricoles, avec chacun 1/3 d’hectare en moyenne. Passer à un hectare de moyenne supposerait le départ de 220 millions d’actifs et de leur famille.

          Il y a encore 850 millions de personnes qui souffrent de la faim et 3 sur 4 sont dans les ménages  agricoles.

 

- La régulation des marchés agricoles moins chère que l’assurance des biens

 

Le Président des USA, Georges BUSH a déclaré (Préambule au Farm Bill de 2002)

 

          « Ceux qui critiquent la politique agricole des États-Unis sont prêts à abandonner notre production alimentaire au profit de pays instables comme dans le Tiers-Monde.  Mais, aujourd’hui quel Américain voudrait dépendre du Tiers-Monde pour un approvisionnement sûr et abondant de nourriture et de fibres ? ».

          « Une nation qui peut nourrir sa population est une nation en sécurité ».  

 

* Voir Lucien Bourgeois - Catherine Coutelle et Crise alimentaire mondiale avec Edgar Pisani et Lucien Bourgeois ....

 

** Depuis notre participation commune à la Table ronde organisée par la Fondation Res Publica, présidée par Jean-Pierre Chevènement (voir Quelle politique agricole, au défi de la crise alimentaire mondiale ? 9 juin 2008), je suis resté en contact avec Lucien Bourgeois, qui est un lecteur attentif de ce blog.

 

Cet article est le 120ème paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 22:56

La gauche est inaudible sur la question néolibérale

Il faut se rendre à l’évidence : les dirigeants du monde capitaliste, après le G20 de Londres, font tout pour sauver le système et rien pour le changer, ou si peu. Nous ne devons pas être dupes.

Sur les questions les plus importantes, les réponses du G20 sont clairement en faveur de la continuité du système qui a failli. Non à la nationalisation des banques, non au protectionnisme, non à un autre système monétaire, qui ne serait pas lié au seul dollar (voir, à ce sujet, G20 : la refondation du système monétaire international, non abordée - 5 avril 2009).

Et la gauche n’aborde aucun de ces sujets fondamentaux. Elle semble attendre le salut du président des USA et elle se trompe, car Barack Obama n’a pas l’intention de remettre en cause les thèses néolibérales, qui sont pourtant à l’origine de la crise du capitalisme.

 

Voici quelques informations, afin de mieux comprendre ce qui se passe en réalité.

 

Jean-Luc Gréau: «Le G20 a sauvé le soldat libre-échange» (site de Marianne, 6 avril)

L’auteur de «La Trahison des économistes» critique vertement les mesures prises à l’occasion du sommet de Londres et en appelle, à nouveau, à la mise en place d’un «protectionnisme européen».

Ne surtout rien changer, si ce n’est à la marge. Donner l’impression que l’on agit, mais ne pas s’attaquer de front aux véritables problèmes. Invité à participer à un forum du club Gauche avenir, ce week-end, à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Gréau a affirmé que les « puissants de ce monde » réunis à Londres ont réussi leur coup : « L’objectif du G20 était de sauver le soldat libre-échange ». L’économiste en veut pour preuve tous les sujets sur lesquels l’impasse a été faite. Il évoque notamment « la titrisation » alors que l’on connaît aujourd’hui parfaitement la responsabilité de cette pratique dans la crise des subprimes. Mais ce qu’il regrette aussi, c’est que le G20 n’ait pas donné « un diagnostic purement économique » de la crise.

 

Lui qui « il y a quinze ans, [était] libre échangiste », lui qui se définit comme étant de « tradition libérale de droite » (il a œuvré comme expert au Medef, ndlr), livre sans hésiter son interprétation de la crise. Il évoque en premier lieu « la sous-rémunération du travail » qui a conduit à « l’endettement des ménages » : « Il a pris une intensité particulière depuis quinze ans. Nous sommes passés d’un régime d’endettement acceptable à un régime d’endettement inacceptable. »

Il voit donc derrière la tempête financière, économique et sociale (et peut-être bientôt politique ?) que nous traversons, « une crise de la demande ». Mais il distingue deux types de pays parmi les premières victimes de cette crise. D’une part, les pays qui ont joué le jeu du surendettement à outrance (Etats-Unis, Angleterre, Espagne, etc.) et, d’autre part, les pays qui apparaissaient comme étant « les plus compétitifs » : « Ce sont ces pays qui ont été les plus touchés : le Japon, la Corée, l’Allemagne. Il faut rappeler ça aux partisans du libre-échange »

 

Jean-Luc Gréau a aussi proposé une batterie de mesures pour réformer le système. L’auteur de La Trahison des économistes (1) propose pêle-mêle de « revaloriser le travail », de « nationaliser les banques » (« A la faveur de la crise, explique-t-il, les banquiers ont pris le pouvoir » !), de « rétablir un marché coopératif du crédit », d’« encadrer la titrisation » et de lancer « un nouveau Bretton Woods  »

 

« Il faut ouvrir le débat sur le protectionnisme »

 

Mais il propose, aussi et surtout, d’« ouvrir le débat sur le protectionnisme » : « Le G20, s’indigne-t-il, l'a clôt avant qu’il n’ait commencé » ! Et de se moquer de ceux qui voient dans le protectionnisme « une maladie », comme Pascal Lamy dont il fait semblant de ne plus savoir s’il est directeur général de l’Organisation mondiale du commerce ou de l’Organisation mondiale de la santé !

Jean-Luc Gréau réfute par ailleurs en bloc l'argument maintes fois utilisé par les opposants au protectionnisme qui consiste à dire que son application au moment de la crise de 1929 a conduit à la catastrophe : « On est en train de falsifier l’histoire des années 1930. Les deux secteurs moteurs de l’économie américaine étaient l’automobile et le logement. Entre 1929 et 1932, la construction chute de 80%, l’automobile de 75%. Ce sont des marchés intérieurs qui se sont effondrés… »

  

Voilà pourquoi il n’hésite pas aujourd’hui à « [appeler] de [ses] vœux » la mise en place d’un « protectionnisme européen » : « Il faut refonder l’Europe avec une nouvelle doctrine de la concurrence européenne. Cela permettra d’établir une concurrence loyale, équitable. Mais il faut un protectionnisme moderne, intelligent, éclairé, partiel… » Intelligents et éclairés, les « 20 », ne l’ont pas été assez à son goût. Reste les responsables politiques français ? Jean-Luc Gréau regrette d’avoir si peu vu le protectionnisme évoqué dans les programmes des partis pour les élections européennes…

  

(1)     La Trahison des économistes. Editions Gallimard, 2008, 250 pages, 15,50 euros. 

 

Dans le même sens, Laurent Pinsolle (Marianne, 6 avril) : G20 : on ne change pas un système qui perd.

 

A noter, venant des USA, le point de vue critique de Joseph Stiglitz (Les Echos, 9 avril) :

 

Joseph Stiglitz : "Ni les Etats-Unis ni le G20 ne proposent un cadre convaincant de régulation      

Chargé par les Nations Unies de piloter une commission indépendante d'experts sur la crise financière, l'économiste Joseph Stiglitz (Columbia University), prix Nobel 2001, porte un regard critique sur le bilan du G20 de Londres.  

Le G20 de Londres représente-t-il un succès pour Barack Obama à vos yeux ; quels sont les véritables gagnants ?

D'un point de vue politique, ce sommet lui a donné une occasion de déployer ses talents diplomatiques et de jouer un rôle de médiateur. Sa conférence de presse finale était très claire et impressionnante. Compte tenu de la position délicate initiale des Etats-Unis qui étaient largement considérés comme "la source du problème", il a réussi à désamorcer l'hostilité potentielle. Mais le bilan est beaucoup plus maigre en termes de substance par rapport aux quatre priorités initiales : effort de relance globale, système de régulation renforcé, aide aux pays en développement et prévention du protectionnisme. Il n'y a pas de vrai gagnant (…).

 

A signaler, aussi, le message de Julien Landfried, membre du secrétariat national du MRC, qui souligne l’intérêt de l’analyse de l’Institut Montaigne sur la crise (à lire sur le site de Libération, 28 mars).

http://www.liberation.fr/economie/0101558601-le-liberal-institut-montaigne-pique-une-crise-d-altermondialisme.

Cet article est le 70ème paru sur ce blog dans la catégorie Capitalisme .

 

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 16:41

L’unité le 1er mai et la radicalité dans certains cas

 

Après le 29 janvier, puis le 19 mars (voir, sur ce blog : A Laval et ailleurs, ce 19 mars, le monde du travail était dans la rue), voici le 1er mai : les syndicats représentatifs du monde du travail avancent des revendications salariales, face aux représentants du capital et de l’Etat.

 

Voir cet article paru sur le site de L’Humanité, le 7 avril :

 

Un 1er mai pour quoi faire ?

 

Et, le 10 avril, le début d’une série d’articles permettant aux syndicats de s’exprimer sur le sens qu’ils donnent à ce 1er mai unitaire :

 

1er mai 2009 : ce que souhaitent les syndicats

 

Par ailleurs, au niveau des entreprises, les syndicats utilisent des méthodes qui tiennent compte des situations particulières constatées, notamment des interlocuteurs patronaux sur place. Quand il s’agit de cadres qui n’ont pas le pouvoir de décision, celui-ci appartenant à des dirigeants hors du territoire national, comme c’est le cas pour Caterpillar, Sony, et d’autres, des pressions sont exercées sur les cadres locaux afin de faire aboutir les revendications.

 

Lire cet article paru dans Ouest-France, le 10 avril, sous la plume de Carine JANIN (entretien) :

 

Urgence sociale, conflits plus radicaux

Dirigeants de Caterpillar, de Sony, de Scapa, de Faurecia... retenus par leurs salariés. Des séquestrations pas nouvelles, mais révélatrices d'un climat. Rude.

Les séquestrations de dirigeants, un phénomène nouveau ?

Pas du tout. L'histoire du mouvement ouvrier est marquée par des phénomènes d'occupation d'usine, dès 1936, et d'occupation et de séquestration, plutôt à partir des années 1970, après mai-68.

Les motivations ont changé...

Bien sûr. Dans les années 1970, c'est l'apogée des Trente glorieuses. Les mouvements sociaux sont liés à des revendications en matière de salaire. Aujourd'hui, ce ne sont que des conflits « défensifs » liés à l'emploi : défendre l'emploi ou négocier au mieux les conditions de licenciement, de « sortie ».

La structure des entreprises aussi s'est transformée ?

Oui, on n'est plus dans le modèle « patrimonial de l'entreprise » : vous avez un patron, vous n'êtes pas content de votre sort, vous pouvez aller le voir, il existe en chair et en os. Aujourd'hui, c'est une particularité de ces séquestrations : les entreprises concernées ont toutes leur siège social à l'étranger. Continental, Caterpillar, Scapa...

Les entreprises s'internationalisent, les directions aussi et, finalement, les salariés n'ont plus personne en face d'eux pour exprimer leur mécontentement. Ils ne savent plus trop à qui appartient leur entreprise, qui décide. Ils ont en face d'eux des dirigeants qui ne font qu'obéir à des logiques qui les dépassent, décidées par d'autres, à d'autres endroits. Bref, qui n'ont, eux-mêmes, pas vraiment de pouvoir de décision.

Séquestrer, c'est en réaction à cela ?

Oui, c'est une manière de garder la main sur des choses que l'on sait qu'elles vont nous échapper. Même si, au fond, tout est déjà perdu. Ces conflits sont liés à une urgence sociale. Ceux qui les mènent n'ont plus rien à perdre.

Les injustices sociales, les cas de ces dirigeants qui partent avec des sommes faramineuses alimentent, bien sûr, ces actions. Le fait aussi, que les pouvoirs publics n'aient pas beaucoup bougé malgré deux grosses journées de mobilisation.

Le mouvement s'amplifie. Inquiétant ?

Cinq ou six cas de séquestrations depuis un mois, ça ne fait pas un mouvement ! La répétition peut être liée au contexte actuel, et à un phénomène de contagion « médiatico-syndicale » : quand on voit que certains utilisent ce mode d'action et que ça paie, bien sûr que ça peut donner des idées. Mais il est bien trop tôt pour parler de « mouvement ». En revanche, ce qui est inquiétant, c'est que le gouvernement ne semble pas saisir le danger de ces situations. Malgré les mises en garde des syndicats.

 

Sur le site du quotidien Le Monde, le 10 avril, Sylvia Zappi montre la sympathie de l’opinion publique à l’égard de ces actions syndicales qui font céder les dirigeants d’entreprises. La dérive scandaleuse, puis la déroute, de la finance mondiale, et ses conséquences économiques et sociales, ont créé un climat de mécontentement sans précédent, à caractère prérévolutionnaire.

 

Lire cet article : Pourquoi les séquestrations de patrons sont populaires

 

Sur le site de ce quotidien, Bernard Thibault a répondu aux critiques concernant ces actions :

 

Les séquestrations de dirigeants d'entreprises en France ne peuvent être assimilées à des prises d'otages et sont défendables tant que l'intégrité physique des patrons n'est pas menacée, estime le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. "Ce sont des actions syndicales coordonnées, organisées, ce n'est pas comparable à des prises d'otages", a déclaré Bernard Thibault sur RTL.

Le patron de la CGT a dit qu'il comprenait ce type de mouvements et qu'il les défendrait "dès lors que ce sont des actions qui ne portent pas une atteinte physique à ces dirigeants". Selon lui, Nicolas Sarkozy et le gouvernement portent une part de responsabilité dans cette radicalisation pour ne pas avoir entendu la colère des salariés.

"Si l'on constate un certain nombre de modifications dans la conduite des revendications (...), je crois que c'est aussi la conséquence directe d'un certain nombre de déclarations et d'attitudes du chef de l'Etat et du gouvernement qui ont minoré jusqu'à présent le mécontentement", a-t-il dit.

"On ne peut pas à la fois dire que l'on est dans un pays où les grèves et les manifestations ne se voient pas et s'étonner que les salariés pour être entendus et pris en considération imaginent d'autres formes d'actions" qui permettent "d'attirer les micros et les caméras" (…) - Le Monde, 10 avril.

Pour en savoir plus, lire Militants politiques et activistes à l'assaut des syndicats (Rue89, 26 mars). Alors que les mobilisations s'amplifient, le NPA ou les Désobéissants tentent d'en tirer profit au détriment des syndicats (…).

 Cet article est le 50ème paru sur ce blog dans la catégorie Travail Economie.

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 19:02

Face à la crise, le MRC veut clarifier le rôle du politique

 

Le 22 mars, le Conseil national du MRC n’a pas seulement abordé la question des élections européennes. Patrick Quinqueton* a présenté une communication sur le rôle de l’intervention politique dans le contexte de crise que nous subissons.

Patrick est membre du secrétariat national du MRC. Je l’avais invité en Mayenne en avril 2005, dans le cadre de la campagne référendaire, que nous menions au nom du comité 53 pour un non républicain. Il avait présenté, en réunion publique à Changé, le traité constitutionnel européen (voir, sur ce blog, l’article paru le 26 juillet 2006 : Réunion QUINQUETON à Changé - avril 2005 - Comité 53 pour un NON républicain.

 

Plus récemment, on lira avec intérêt les grands axes du projet du MRC, que Patrick avait préparés (voir Face à la crise, le MRC prépare les éléments d'un projet politique - 17 novembre 2008).

 

Voici le texte de Patrick Quinqueton (secrétaire national du MRC à l'Université d’été, au Projet et aux prises de position du parti), mis en ligne sur le site du MRC le 23 mars.

La crise financière, économique et sociale grave que nous traversons doit être l’occasion de mettre de la politique dans un débat qui, parce que beaucoup ne le comprennent pas, reste un débat de connaisseurs.


1 – Une réalité économique

La crise financière demeure. Certains établissements financiers, notamment aux Etats-Unis, sont encore en difficultés. Les banques ont augmenté les garanties qu’elles demandaient et le crédit est donc plus rare.

C’est de récession qu’il faut parler et non pas d’une croissance en baisse ou d’une croissance négative. Il est curieux que le mot ne soit que rarement employé. En 6 mois, la production a baissé de l’ordre de 2,5 % en France. Cela entraîne (en positif) une baisse de l’inflation, qui était déjà faible et approche le niveau zéro.

La production automobile, traditionnellement élément important de la croissance dans les pays industrialisés qui ont une telle industrie, est toujours en baisse, malgré la « prime à la casse », qui n’a fait qu’amortir la récession dans ce secteur.

La crise immobilière (dont le lien, via le crédit hypothécaire, avec le déclenchement de la crise est évident) est importante : baisse des ventes, baisse des prix (ce qui n’a pas que des inconvénients, dans la mesure où ils avaient monté de façon spéculative). Pourtant, la difficulté de trouver un logement est plus que jamais une réalité. Les pays qui avaient développé sans retenue l’accession à la propriété (Etats-Unis, Espagne) sont à cet égard en grande difficulté.

Le nombre d’emplois supprimés est important. Il est de l’ordre de 300 000 emplois en France, et de près de 3 millions aux Etats-Unis.

Les pays traditionnellement exportateurs de biens d’équipement (Allemagne, Japon) voient leurs commandes s’effondrer. Les exportations allemandes connaissent une baisse supérieure à 30 %.

 

2 – Des conséquences sociales

Le chômage est en hausse. La poursuite de la tendance actuelle conduit à un chômage de 8,8 % en juin, soit une augmentation de plus de 20% du nombre des chômeurs depuis le début de l’an dernier. Le chômage partiel (heures ou jours non travaillés sans qu’il y ait rupture du contrat de travail), qui se comptait en centaines de milliers d’heures l’an dernier, est désormais supérieur à 10 millions d’heures par mois.

Le pouvoir d’achat diminue, malgré une inflation proche de zéro, du fait de l’augmentation du chômage et de la sous-activité, ainsi que de la tendance à l’épargne de précaution. Mais, comme le montre le débat actuel, les inégalités sont fortes.

Les sinistres industriels ne sont pas toujours directement liés à la récession, ils conservent une dimension de délocalisation d’activités. Si Heuliez (autocars et équipements automobile) a des difficultés directement liées à la crise, la décision de délocalisation est davantage présente pour Continental à Clairoix.

Les grandes journées d’action manifestent une unité syndicale nouvelle incluant l’UNSA et SUD en plus du cercle des cinq grandes organisations. Mais le contenu de cette unité est pour l’instant assez flou.

 

3 – L’intervention politique

Le discours dominant est celui de la parenthèse : une fois la parenthèse de la crise passée, tout redeviendrait comme avant. Or, c’est bien entendu une profonde transformation qu’il nous faut exiger, à la hauteur de la gravité de la crise.

Le retour de l’Etat est une donnée qu’il nous faut théoriser. En effet, l’intervention de l’Etat dans l’économie n’est pas indispensable seulement en temps de crise, c’est au contraire la crise qui met en évidence une insuffisante intervention de l’Etat, au nom de l’intérêt général, dans la régulation des activités économiques. L’Etat ne doit pas s’excuser d’intervenir dans le capital des banques, il doit en exiger la contrepartie : son mot à dire dans les conseils d’administration.

L’Union européenne est inexistante face à la crise. Pourtant, elle ne change rien à sa doctrine de fond : la concurrence plutôt que la politique industrielle, le libre échange plutôt que la protection, la marché plutôt que le service d’intérêt général. Elle met juste un (petit) bémol à certaines positions qui apparaîtraient décalées (par exemple sur les aides d’Etat), mais son mandat ultra libéral n’a pas été changé.

Il existe des débats intéressants, mais mal posés et qui exigent donc une clarification politique de la part de la gauche. C’est la question de la maîtrise du système économique, au nom de l’intérêt général, qui est au centre de la crise que nous traversons. Or, une telle maîtrise est contestée dans sa légitimité depuis que la victoire de l’ultralibéralisme dans les pays anglo-saxons au début des années 80, puis dans le monde entier par la suite.

Il nous faut nous emparer des débats réels qui existent aujourd’hui pour transformer les débats conjoncturels en débats de fond :
- le débat sur la régulation financière : ce n’est pas seulement quelques règles de transparence qu’il faut imposer aux marchés, c’est une vraie régulation nationale et internationale de la place de la finance qui est nécessaire ;
- le débat sur la protection et les limites du libre échange : ce n’est pas seulement quelques correctifs qu’il faut apporter en s’excusant, c’est la protection contre la mise en concurrence des systèmes sociaux qui est légitime ;
- le débat sur les revenus des patrons et les « boni » des financiers : ce n’est pas seulement une question morale dont il faut se scandaliser quand la crise atteint les petites gens, c’est une nouvelle inversion de la part respective des revenus du travail et de ceux du capital qui est nécessaire ;
- le débat sur la relance montre que les Etats-Unis et l’Europe montre que nous n’en avons pas fini avec les déficits américains qui vont s’accroître : les parts respectives du soutien aux banques, aux entreprise et aux ménages doivent bouger en Europe, malgré les réticences allemandes et communautaires ;
- le débat sur les paradis fiscaux est ambigu, dans la mesure où il peut se substituer à la nécessité d’une régulation financière : or, il faut à la fois remettre en cause les paradis fiscaux et réglementer l’activité financière.

Sur toutes ces questions, la gauche est tout, sauf claire. C’est pour nous l’occasion d’une intervention publique claire, au nom de l’intérêt général. La période nécessite plus que jamais de l’audace pour combattre les idées qui permettent au capitalisme financier mondialisé de s’imposer sur le ton de l’évidence.

 

* Voir Introduction de Patrick Quinqueton et Patrick Quinqueton | Profession Politique.

 

Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national.

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 22:57

 

Le peuple, la crise et Chevènement : le tiercé gagnant

 

Les propositions de Gauche Avenir ont été présentées sur ce blog. Il faut les rappeler, même si elles ne semblent pas beaucoup inspirer le PS. Mais il faut les croiser avec celles de Jean-Pierre Chevènement. C’est possible, car elles sont compatibles.

 

En fait, je suis persuadé qu’un sursaut salvateur de notre pays passe par la combinaison de trois éléments indispensables : le peuple français qui souhaite un avenir, la crise qui ouvre de nouvelles perspectives, l’homme d’Etat capable d’une nouvelle synthèse républicaine progressiste, qu’est Jean-Pierre Chevènement.

 

Un nouveau Front populaire, par Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann

 

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, signataires de Gauche Avenir, ont publié un point de vue dans le monde du 9 avril 2009.

La crise s'approfondit, les mécontentements se multiplient et l'attente de changement est là, mais la gauche n'incarne, pour l'heure, ni une véritable alternative ni une alternance prometteuse. L'une et l'autre sont pourtant nécessaires, urgentes, indissociables, car l'incertitude des temps et le malaise social peuvent enclencher un cycle bien connu dans l'histoire : désespérance, impasse, peur, révoltes, restauration de l'ordre et durcissement réactionnaire.

L'absence d'un débouché politique crédible apparaît comme un danger majeur pour la démocratie. Cependant, rien n'est joué, à condition que les dirigeants de gauche veuillent bien sortir de la léthargie actuelle, en posant, enfin, la question de la stratégie pour gagner la prochaine élection présidentielle.

La posture du PS, qui consiste à présenter quelques propositions programmatiques, à chercher à assurer sa position dominante par rapport aux autres candidats de gauche et à compter sur le rejet de Nicolas Sarkozy pour capitaliser les voix de gauche au second tour, s'est avérée par trois fois inefficace. Cela risque de durer si les nombreuses ambitions personnelles, faciles à décrypter et contradictoires, continuent à paralyser tout choix stratégique.
Certains proposent de conserver la réponse "classique", en la complétant par l'organisation de primaires, afin de trouver le "bon" candidat censé sauver la gauche. Outre le fait que la méthode n'a pas été suffisante en Italie pour empêcher la défaite et que la culture politique américaine est très différente de celle de la France, chacun mesure bien que le choix des Français ne se fera pas seulement sur la personnalité du présidentiable, mais sur sa capacité à proposer une sortie de crise. De plus, cette méthode fait l'impasse sur la question majeure, qui constitue la condition essentielle de la victoire : l'unité de la gauche.

A la présidentielle, c'est toujours le camp le plus uni qui l'emporte. Il s'agira en 2012 de présenter un projet collectif en phase avec les attentes du peuple de gauche. Aucune des forces en présence ne peut prétendre le porter seule, pas même le PS. Sans l'unité, il ne sera pas possible d'élaborer une nouvelle synthèse qui dépasse les antagonismes passés, les rancoeurs accumulées, les procès d'intention plus tournés vers le passé que vers l'avenir. Sans l'unité, les Français demeureront dubitatifs sur la capacité de la gauche à gouverner et à transformer. Il y a urgence à lancer un nouveau Front populaire !

IMPOSER DES MESURES PLUS JUSTES

On ne peut plus s'en tenir à une référence formelle au rassemblement, sans définir comment le réaliser, sur quelles bases, avec qui, selon quel calendrier. Nous proposons, au contraire, une démarche éloignée des tentations mortifères de l'hyper présidentialisation, qui mette en avant le projet, le programme, de façon à créer les conditions d'une reconquête et d'une victoire. Cette démarche comprendrait :

1 - L'organisation immédiate d'une "convergence des gauches" (politiques, syndicales, associatives, citoyennes) pour faire reculer le gouvernement, imposer des mesures plus justes, présenter une autre logique que celle de Nicolas Sarkozy.

2 - La création d'un "Comité pour un nouveau Front populaire", avec le même souci d'associer, avec les partis, toutes les forces qui s'engagent à gauche. Ce comité préparerait des "Etats généraux de la gauche", dégageant des thèmes fondateurs en vue de la mise au point d'une charte pour l'élection présidentielle, à achever avant mi-2010.

3 - L'élaboration, sur la base de cette charte, du programme d'un candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle.

4 - L'organisation de primaires, où les militants des organisations signataires de la Charte seraient consultés, prendrait alors tout son sens. La constitution de ce nouveau Front populaire est la seule voie sérieuse pour organiser la victoire de la gauche en 2012. Les responsables politiques de la gauche seront-ils à la hauteur de cette attente ?

 

Pour sa part, Jean-Pierre Chevènement s’est exprimé dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, avril 2009 (voir sur son blog l’article paru le 7 avril).

Face à la crise, le retour du politique

 

Finie l’ère du tout marché, du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’interdiction des aides d’Etat, de la prohibition des déficits et des endettements excessifs ! Depuis l’automne 2008, la « main invisible » censée réaliser l’optimum social pourvu que l’autorité publique ne s’en mêlât point n’inspire plus confiance. Les dieux du Marché sont tombés de leurs autels. Les grands prêtres se sont tu. La foule qui se prosternait à l’énoncé de vérités éternelles qui tombaient de leurs bouches a déserté leurs temples.

L’Etat est revenu avec ses gros sabots pour assurer plans de refinancement et plans de relance face à la dépression. C’est celle-ci qui a conduit, en catastrophe, les politiques, libéraux de doctrine ou fraîchement convertis, à changer de pied devant les foules éberluées.

« A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». C’est par centaines de milliards de dollars ou d’euros que s’énoncent les plans destinés à sauver les banques de la faillite. Les pays anglo-saxons ne reculent pas devant les nationalisations. D’autres, de tradition moins libérale, comme la France, se bornent paradoxalement à prêter à leurs banques à des taux presque usuraires pour qu’elles continuent de financer l’économie à des taux bien inférieurs. Comprenne qui pourra : La plus grande de nos banques par exemple qui continue de déclarer des bénéfices, s’endette à grands frais auprès de l’Etat et rachète dans le même temps des activités bancaires dans les pays voisins.

Dans tout cela flotte comme un air d’improvisation. Les doctrinaires du désendettement public viennent maintenant expliquer qu’il y a « la bonne dette » à côté de la mauvaise, et que l’explosion des déficits n’est en fait qu’une illusion d’optique. Après les plans de refinancement viennent les plans de relance, dont l’effet paraît nul, tant le bruit sourd d’un effondrement continu monte des profondeurs de l’économie : deux millions et demi d’emplois supprimés aux Etats-Unis en quelques mois. Un million de chômeurs supplémentaires en Espagne en moins d’un an. En un trimestre, les ventes et la production d’automobiles plongent presque partout de 40 %.

 

Une chose cependant devrait frapper les esprits : si leurs effets ne sont pas encore visibles, les plans de relance ont été annoncés partout par les autorités nationales, à l’instar des Etats-Unis.
En Europe, c’est le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, qui a pris l’initiative de lancer son plan à travers une instance qui ne s’était jamais encore réunie, le G4, c’est-à-dire les quatre principales économies européennes, puis le G16, instance tout aussi improvisée puisqu’elle consistait à faire entrer la Grande-Bretagne dans l’Eurogroupe. Il en a résulté deux choses : un montage qui juxtaposait les plans nationaux et qu’approuva in fine l’Union à vingt-sept, et enfin l’initiative d’un G20 imposée à un G.W. Bush finissant. Il est vrai qu’une relance coordonnée répondait à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Dans cette affaire, non seulement Nicolas Sarkozy, mais aussi Gordon Brown et l’Administration américaine elle-même, ont donné l’exemple d’une réactivité inattendue de la part de dirigeants présumés libéraux.

C’est en tout cas dans le cadre national que des décisions d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ont été prises. L’Union à vingt-sept et le G20 n’ont été que de vastes mises en scène. De bout en bout, les décisions ont été nationales, y compris dans l’Allemagne de Mme Merkel, au départ la plus réticente à agir dans un cadre européen ou même tout simplement multilatéral.
Les décisions ont été nationales pour une raison toute simple : la nation reste le seul cadre démocratique où des gouvernants appuyés sur l’opinion publique et sur le Parlement ont la légitimité pour agir avec force à l’échelle requise.
La Commission européenne a disparu dans un trou de souris. Le FMI fait des communiqués. Les textes européens ont été « suspendus ». Le retour du politique s’est donc fait dans un cadre national. Seuls jusqu’alors des responsables politiques portés sur la théorie, c’est-à-dire isolés, avaient osé soutenir que les marchés financiers n’étaient pas l’horizon de l’humanité mais que les peuples et les nations restaient les permanences de l’Histoire.

Depuis près de trois décennies, la « doxa » libérale avait réussi à diaboliser l’intervention de l’Etat dans l’économie et à ringardiser l’idée même d’une politique industrielle. Mais dans l’immense désarroi qui s’est emparé des esprits après la chute des géants de la finance de Wall Street, on s’est tourné d’emblée et comme instinctivement, vers les pouvoirs qui trouvaient leur source dans le vouloir-vivre des nations. Celles-ci qu’on avait démonisées comme l’origine des pires fléaux, retrouvaient leurs couleurs. Certes il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme, perversion de l’idée de nation, mais simplement de la réaffirmation du rôle démocratique des nations qui, au début du XXIe siècle, partagent d’ailleurs les mêmes valeurs et les mêmes principes.

Le retour à la nation a des raisons plus prosaïques : C’est qu’il allait falloir payer. On se tournait vers le citoyen. On se tournait aussi vers le contribuable. Seul l’Etat en effet pouvait offrir une garantie pour les prêteurs. Lui seul paraissait assez armé pour tirer des traites sur l’avenir.

Mais quel avenir ? Arrivés à ce point, les thuriféraires du libéralisme hésitent. Leur voix tremble. Ils veulent se rassurer. Il ne saurait, bien évidemment, à leurs yeux, n’être question que d’ouvrir une « parenthèse interventionniste » comme il y eut pour d’autres, jadis, en 1983, une « parenthèse libérale ». Ils se refusent encore à réglementer, à prendre des participations publiques au capital des entreprises, à fixer des plafonds aux rémunérations. Ils préfèrent s’en remettre aux codes de bonne conduite qu’on laisse aux patrons le soin d’élaborer. La faiblesse de cette position commence à apparaître.

Car on devine que la crise sera longue et profonde. Immenses sont les problèmes qui restent irrésolus : réglementation des hedge funds et des banques en général, prohibition des paradis fiscaux, politique des revenus, parités monétaires, programmes publics et politiques industrielles capables de soutenir une relance enfin efficace, etc.

Le retour du politique prendra du temps, lui aussi. Il s’avance à tâtons et ne sait encore la forme qu’il prendra. Une chose est sûre : il faudra inventer ou réinventer l’Etat, développer les capacités d’anticipation, de prévision et de programmation, articuler le renouveau du civisme à de nouvelles formes de patriotisme, trouver des formes de coordinations encore inédites à l’échelle internationale, penser une Europe à géométrie variable, des institutions économiques et monétaires mondiales, associant aux vieux pays riches les puissances émergentes, sans oublier – espérons-le – les pays qui n’émergent pas.

Surtout il faudra donner forme humaine au retour du politique : recréer l’espoir en pensant le monde avec trente ans d’avance. Déjà on devine que d’immenses investissements sont nécessaires pour préparer l’après-pétrole, limiter l’émission de gaz à effet de serre, nourrir l’humanité, économiser les biens rares : eau, air, sols, et que l’idée de service public garde toute sa force pour faire de la santé, de l’éducation, de la culture et de la recherche les vraies priorités du développement humain. Ces priorités, pourtant incontestables, ne s’imposeront pas d’elles-mêmes. Pour dépasser les concurrences et les tensions inévitables et préparer un monde réellement meilleur, on ne fera pas l’impasse des luttes et de la conscience, bref de ce qu’on appelle « la politique ».

Voir le sommaire de la revue de l'ENA, dont le dossier est "Le monde face à la crise".

 

  Cet article est le 101ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 11:41

Pour un véritable front de gauche, plus large et uni

 

A la suite de la décision prise par le Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen, le 22 mars, de ne pas associer le MRC au Front de gauche porté par le PCF et le PG (voir Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen), le MRC de Charente-Maritime a analysé la situation et adopté ce texte, ci-après, que m’a transmis Alain Girard, responsable MRC 17.

Européennes : Déclaration de la fédération de Charente-Maritime.


"Les militants MRC de Charente-Maritime se sont réunis le 27 mars 2009 afin de débattre de la décision du Conseil national de ne pas donner suite à un éventuel accord concernant les élections européennes avec les différents partis ayant appelé à la constitution d'un front de  gauche.


Après une étude approfondie des textes et du constat expliqué de cet échec, nous exprimons un sentiment de déception profonde de ne pas allier nos forces contre les méfaits des politiques nationales dont les conséquences rassemblent aujourd'hui des millions de personnes dans la rue, ensemble  dans l'action unitaire des syndicats de salariés mais qui va  bien au delà.


Le MRC
qui soutient ces  manifestations aurait pu  dans cette dynamique exprimer davantage encore ses idées et ainsi se présenter aux suffrages des électeurs, compte tenu des prochaines échéances électorales.

Par ailleurs, le MRC17 regrette son retrait du débat  politique sur le plan national concernant un sujet où nous ne manquons pas d’arguments à faire connaître à nos concitoyens. Cette élection européenne importante aurait pu permettre au MRC d'exister sur ses propres bases de mise en cause des orientations européennes actuelles. Les différents traités nous ont amenés, avec d'autres, à combattre une structure européenne contre nature, qui ne prend pas en compte les besoins des différentes nations et des peuples.


Nous estimons qu'il y a eu un manque d'information et d'explication, un manque de consultation et de travail en amont avec les adhérents et militants du MRC, qui, sur le terrain, participent souvent localement à des actions communes avec des représentants des partis concernés. Une meilleure communication interne sur l'avancement des négociations et les points de blocage constatés aurait certainement permis d'éviter une délicate justification après coup de la position adoptée nationalement, en direction de militants parfois déconcertés.


En outre, la décision du Conseil national, bien qu'avalisée démocratiquement, laisse de côté notre travail de conquête sur le terrain auprès des citoyennes et citoyens qui cherchent un parti capable de les mener vers un projet social et républicain.


Cela démontre qu'au MRC nous n'avons pas été jusqu'au bout de notre logique de construction d'un grand parti qui, depuis les derniers congrès, semble soumis à une sorte de centralisme national ne laissant pas encore place au renouvellement possible et nécessaire pour enfin sortir du noir médiatique, et retrouver un parti de militants pourtant disposés à construire une force politique de  gauche respectée et reconnue.


Cependant, et pour être tout à fait objectifs, nous approuvons que le MRC ne puisse s'allier à une démarche de posture politique basée sur une contestation, certes légitime, mais sans lendemain concernant les grandes questions posées : la restructuration de l'Union européenne, le recentrage de l'Etat-nation, la place du citoyen dans une nouvelle gouvernance de gauche - à construire avec qui et comment ? - les réponses aux problèmes soulevés par la mondialisation, la désindustrialisation, le chômage de masse, les communautarismes, l'immigration, etc., etc.


Pour nous, le front de gauche ne peut
se résumer à deux partis, et nous sommes d'accord pour dire que l'avenir passe par un véritable front de gauche plus large et uni - par exemple dans ce grand parti confédéral de toute la gauche souhaité par le MRC - pour une victoire de la gauche en 2012, avec un MRC fort, rassembleur autour de nos valeurs républicaines. C'est la raison pour laquelle nous sommes, à la fois convaincus que dans cette affaire notre stratégie n'a pas été la meilleure, mais que notre désaccord avec le Front de gauche, tel qu'il existe et se positionne aujourd'hui, est aussi un possible argument politique pour les mois qui viennent.


Nous réaffirmons notre adhésion aux principes fondateurs du MRC et notre volonté de participer pleinement à l'indispensable essor de notre parti."


Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie
Européennes 2009.

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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 17:49

Le gouvernement va-t-il opter pour une réforme radicale ?

 

Les nombreuses critiques qui ont accompagné la présentation du rapport Balladur sur la réorganisation territoriale (voir sur ce blog : Le rapport Balladur remis à l'Elysée a été mis en examen à Matignon - 7 mars 2009) n’ont pas découragé Edouard Balladur, proche du président de la République.

 

Lors d’un entretien avec Alain Auffray, paru le 9 mars 2009 sur le site de Libération (voir «L’avenir est aux régions et à l’intercommunalité»), l’ancien premier ministre était monté au créneau, face aux réactions des élus locaux, considérant que les propositions de son rapport répondent à une forte aspiration au changement dans la population.

 

Les Verts ont volé à son secours et ont voulu lui faire savoir en le recevant, le 1er avril, pour lui dire tout le bien qu’ils pensent de son rapport (voir l’article paru sur le site de Marianne, le 2 avril : Les Verts balladurisés).

 

Jean-Pierre Chevènement est plus nuancé. Il rejette une partie des orientations du rapport et conseille de prendre le temps de la réflexion. C’est ce qu’il a confié dans un entretien à la publication Acteurs publics, n° 53, avril 2009. Voici un extrait du texte paru le 1er avril sur son blog :

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Acteurs publics : "L’administration perd ses moyens et ses compétences"

 

Le sénateur du Territoire-de-Belfort rejette une partie des orientations du rapport Balladur qui place l’échelon régional au cœur de l’organisation territoriale. En période de crise, il appelle le gouvernement à tourner le dos aux "vieilles lunes" libérales et à se montrer pragmatique. Sévère sur la RGPP, qu’il juge "technocratique", l’ancien ministre de l’Intérieur déplore aussi la valse des préfets.

Acteurs publics : Le gouvernement va travailler sur une réforme des collectivités locales basée sur le rapport Balladur. Approuvez-vous les conclusions de l’ancien Premier ministre et de son comité ?


Jean-Pierre Chevènement :
Le rapport Balladur part d’une idée simple qui est de favoriser deux échelons : la région et l’intercommunalité. Je vous rappelle qu’historiquement, la République a fondé l’organisation du territoire sur les communes et les départements. C’est donc un changement d’orientation radical qu’on nous propose.

 

L’échelon régional n’est-il pas aujourd’hui le plus pertinent ?

 
De toutes les collectivités, la région est la plus récente, la moins enracinée et sa pertinence n’est pas toujours évidente. Quant à l’intercommunalité, pour avoir donné un élan vigoureux à cette forme de coopération [allusion à la loi Chevènement de 1999 renforçant l’intercommunalité et créant notamment les communautés d’agglomération, ndlr], je pense qu’il est erroné de la considérer comme un niveau de collectivité territoriale parmi d’autres.

 

L’intercommunalité n’est qu’une coopérative de communes. Je suis inquiet à l’idée de l’élection de son président au suffrage universel. Ce choix délégitimerait les maires. Cette élection, même par fléchage, comme le propose le comité Balladur, et même la mission du Sénat sur l’organisation et l’évolution des collectivités locales, va introduire un nouvel esprit, inévitablement plus politicien. Les maires maîtriseront moins bien la représentation de leur commune.

 

Et dans le même temps, le gouvernement va priver les intercommunalités de leur principale ressource, la taxe professionnelle. Cela manque de logique, sauf si on veut casser l’investissement public.

 

Le rapport Balladur fait donc fausse route ?

Tout n’est pas mauvais dans ce rapport, mais nous devons procéder avec beaucoup de précaution. Il faut d’abord achever la carte des intercommunalités avant d’envisager une autre étape. Et surtout, il ne faut pas affaiblir ni dévaloriser la commune et les maires, ni casser le département.

 

La critique des financements croisés est-elle justifiée ?

Je m’élève contre cette critique systématique des financements croisés. L’État en est d’ailleurs à l’origine avec les contrats de plan. Beaucoup de projets n’auraient pas vu le jour sans les financements croisés, notamment dans les communes les plus pauvres. Et que fait l’État quand il demande aux collectivités locales de financer les nouvelles lignes de TGV ?

 

Êtes-vous favorable au rapprochement des régions et des départements ?

Je n’y suis pas hostile. La région a aujourd’hui une représentation un peu hors sol. De plus, la représentation proportionnelle donne la main aux apparatchiks. Je pense que le département pourrait dans certains cas légitimer la région s’il était retenu comme circonscription d’élection des conseillers régionaux.

 

En revanche, il faut réfléchir à deux fois avant de supprimer les cantons, qui sont très utiles en zone rurale. On pourrait peut-être introduire une différence entre les zones rurales et les zones urbaines mais là, je redoute la manipulation politique, puisque les villes votent plutôt à gauche aujourd’hui. Supprimer les cantons dans les villes pourrait se traduire par : "Ce que tu as, je le partage, et ce que j’ai, je le garde"…

 

Adhérez-vous à l’idée du Grand Paris, même si le gouvernement semble vouloir engager la capitale dans la cette voie un peu plus tard ?

Je suis pour. L’idée d’organiser Paris comme ville-monde est une idée de bon sens. Paris étouffe dans sa ceinture périphérique et il est bon d’avoir une organisation à la hauteur des ambitions mondiales d’une grande capitale comme Paris.

 

La crise économique ne nécessite-t-elle pas de prendre des mesures radicales pour mettre fin à l’enchevêtrement des responsabilités locales ?

C’est un diagnostic excessif. En réalité, cela ne fonctionne pas aussi mal qu’on le dit. Les financements croisés sont très utiles pour beaucoup de projets. Le gouvernement veut-il casser l’investissement des collectivités locales ? Au moment où l’on souhaite relancer l’économie, il est paradoxal de vouloir freiner l’investissement local, qui représente 75 % de l’investissement public !

 

Une nouvelle étape dans la décentralisation serait-elle utile ?

Il faut se donner le temps de la réflexion. Regardez l’intercommunalité : c’est une réforme qui s’est faite à relativement bas bruit, mais dont les effets ont été considérables. Parce qu’elle a été votée à la quasi-unanimité du Parlement, parce qu’elle avait été bien étudiée, parce que les dispositifs incitatifs ont bien fonctionné et qu’elle répondait à un besoin évident. Ce n’était pas une réforme prétentieuse, mais elle a changé beaucoup de choses sur le terrain. En matière d’organisation territoriale, soyons pragmatiques et laissons du temps au temps (…).
 

Voir aussi : Politique territoriale : intervention au Sénat de JP Chevènement - 7 décembre 2008

 

Cet article est le 7ème paru sur ce blog dans la catégorie Collectivités territoriales.

 

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